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Les plumes empoisonnées

14 avril 2010, 03:40, par Caméléa Caméléon

Quand j’étais petite j’étais kabyle et à 10 ans j’ai découvert Alger. On m’a alors dit que j’étais algérienne.
Je dois l’avouer : cela m’a traumatisé. D’autant que mes petites camarades d’Alger me disaient souvent : "retourne dans ton pays". J’ai quitté l’Algérie pour la France. Avouez qu’il y avait de quoi être déboussolée. Nous avons souffert d’une guerre atroce pour libérer l’Algérie du colonialisme, nous avons chanté "tahya eldjazaïr" et "qasamen", nous ne comprenions rien de ce qu’on nous demandait de chanter mais nous reprenions en chœur. Nous avons défilé au son des darboukas le 5 juillet 1962 dans des camions affrétés pour la belle occasion. Quelle liesse ! Puis nous avons eu le privilège de recevoir un enseignement franco-arabe. Nous récitions à chaque début de cours le "bismallah". Les kabyles de la classe étaient de bons élèves. Nous étions trilingues. 2 année plus tard je me suis retrouvée à Orly avec un oncle illettré et un papa que je ne connaissais pas vraiment. J’avais pour tout passeport une carte d’identité algérienne ! Isolée dans une petite pièce j’ai fini par apprendre que j’étais française. Ce que je niais fortement du haut de mes douze ans. Normal, je débarquais de Kabylie. J’avais toujours entendu dire que j’étais Kabyle. Je n’allais tout de même pas me laisser déposséder sans rechigner un minimum quand même ! J’ai cependant dû me rendre à l’évidence administrative : Kabyle bien française et par filiation. La totale. Un de mes professeurs de français, à Paris, m’a demandé un jour si je rêvais en kabyle ou en français. Je rêve en français Monsieur le Professeur. Je rêve en français mais je pleure en kabyle. Lorsque j’ai dû renouveler mes papiers il y a une quinzaine d’années, l’officier d’état civil m’a dit suspicieux : "comment se fait-il que vous soyez française avec un nom pareil". Allons bon ! Qu’allais-je découvrir encore ? Tout simplement que je ne portais pas le bon nom pour ma nationalité. Je n’y avais jamais prêté attention. J’ai un nom à consonance Arabe. Il a des kabyles qui ont un nom bien kabyle des hébreux qui ont un nom berbère et moi française kabyle je portais un nom arabe. Mon nom ne m’avait jamais posé problème jusqu’à ce jour. Allez, je vous dis tout : depuis, je chante et cela m’enchante ; je chante avec mon frère Enrico "enfants de tous pays". Ayant développé une faculté d’adaptation sans pareil je suis désormais capable de m’installer n’importe où. Tel un caméléon. Dans un monde caméléon, l’identité Monsieur le Président, parlons-en !