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	<title>TAMAZGHA </title>
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		<title>TAMAZGHA </title>
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		<title>Une machine de guerre contre Tamazight...</title>
		<link>http://tamazgha.fr/Une-machine-de-guerre-contre.html</link>
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		<dc:date>2010-09-27T20:22:26Z</dc:date>
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		<dc:creator>Masin</dc:creator>


		<dc:subject>Notre s&#233;lection</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous avons assist&#233; r&#233;cemment &#224; quelques interventions d'intellectuels alg&#233;riens, parfois mal plac&#233;s pour s'exprimer sur une question qui concenrne en premier lieu des linguistes berb&#233;risants, sur la question du choix de l'alphabet pour la transcription de tamazight. Et comme par hasard, ces derniers plaident pour la transcription de tamazight en caract&#232;res arabes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous publions ci-apr&#232;s la position de Salem Chaker &#224; ce sujet, une position exprim&#233;e d&#233;j&#224; depuis quelques d&#233;cennies. &lt;br class='autobr' /&gt; Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://tamazgha.fr/-Analyses-.html" rel="directory"&gt;Analyses&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://tamazgha.fr/+-Notre-selection-+.html" rel="tag"&gt;Notre s&#233;lection&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L138xH150/arton2630-48fa3.jpg?1774394667' class='spip_logo spip_logo_right' width='138' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous avons assist&#233; r&#233;cemment &#224; quelques interventions d'intellectuels alg&#233;riens, parfois mal plac&#233;s pour s'exprimer sur une question qui concenrne en premier lieu des linguistes berb&#233;risants, sur la question du choix de l'alphabet pour la transcription de tamazight. Et comme par hasard, ces derniers plaident pour la transcription de tamazight en caract&#232;res arabes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous publions ci-apr&#232;s la position de Salem Chaker &#224; ce sujet, une position exprim&#233;e d&#233;j&#224; depuis quelques d&#233;cennies.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class='spip_document_2280 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L399xH469/photo_chaker-c2fb3.jpg?1774394667' width='399' height='469' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;bat autour de l'alphabet : serpent de mer / arme de guerre*&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs d&#233;cennies, on voit revenir cycliquement dans le d&#233;bat public &#8211; politique et universitaire &#8211; la m&#234;me controverse sur la question de la graphie usuelle de la langue berb&#232;re : &lt;i&gt;graphie latine, graphie arabe, graphie tifinagh ?&lt;/i&gt; Pseudo d&#233;bat, totalement pr&#233;d&#233;termin&#233; par les options id&#233;ologiques, et en d&#233;finitive par l'instance politique : cela a &#233;t&#233; le cas au Maroc avec l'adoption surprise des n&#233;o-tifinagh par l'Ircamen 2002 ; c'est le cas en Alg&#233;rie avec ceux qui voudraient imposer la graphie arabe. Pour contextualiser le d&#233;bat, on rappellera qu'apr&#232;s le Printemps berb&#232;re de 1980, le FLN et le Pr&#233;sident Chadli&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On sait qu'il sera suivi dans cette position par le Pr&#233;sident Bouteflika qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d&#233;claraient d&#233;j&#224; : &#034;&lt;i&gt;Oui &#224; l'enseignement du berb&#232;re, &#224; condition qu'il soit &#233;crit en caract&#232;res arabes&lt;/i&gt;&#034; ! Cette id&#233;e est donc ancienne et &#233;mane toujours de milieux fortement marqu&#233;s par l'id&#233;ologie arabiste (plus qu'islamiste d'ailleurs) et en g&#233;n&#233;ral proches des milieux dirigeants de l'Etat.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
Pour tous les berb&#233;risants s&#233;rieux, du moins ceux qui se sont pench&#233;s sur cette question depuis longtemps et qui ne d&#233;couvrent pas les probl&#232;mes d'am&#233;nagement du berb&#232;re depuis que les instances politiques alg&#233;riennes et marocaines ont donn&#233; leur &#034;feu-vert&#034;, la r&#233;ponse ne fait pas de doute. Pour ma part, je m'en suis expliqu&#233; depuis pr&#232;s de trente ans : une diffusion large du berb&#232;re passe n&#233;cessairement par la graphie latine, parce que :&lt;br /&gt;
&#8210; L'essentiel de la documentation scientifique disponible est dans cette graphie ; &lt;br /&gt;
&#8210; Un travail significatif d'am&#233;nagement de cette graphie a &#233;t&#233; men&#233; durant tout le XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ; &lt;br /&gt;
&#8210; L'essentiel de la production destin&#233;e au grand public (revues associatives, production litt&#233;raire), en Afrique du Nord comme en Europe, utilise cet alphabet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Revenons pr&#233;cis&#233;ment au d&#233;bat que l'on essaie r&#233;guli&#232;rement de relancer. On notera d'abord que l'on invoque g&#233;n&#233;ralement la science, l'universit&#233; : on mobilise les savoirs des linguistes quant &#224; la relation purement conventionnelle entre une langue et sa repr&#233;sentation graphique ; ceux des historiens sur l'existence de traditions anciennes de graphies du berb&#232;re en caract&#232;res arabes ; du sociologue de l'&#233;ducation et de la culture pour rappeler que la majorit&#233; de la population a une pratique de l'alphabet arabe. Tout cela pour d&#233;fendre &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; une notation usuelle en caract&#232;res arabes.&lt;br /&gt;
On occulte bien s&#251;r le fait que les notations arabes du berb&#232;re, bien attest&#233;es depuis le haut Moyen &#226;ge, &lt;br /&gt;
&#8210; Sont rest&#233;es &lt;i&gt;l'apanage de milieux lettr&#233;s tr&#232;s restreints ; &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&#8210; Qu'elles n'ont jamais donn&#233; lieu &#224; une v&#233;ritable codification graphique du berb&#232;re ; &lt;br /&gt;
&#8210; Que toutes les &#233;tudes r&#233;centes montrent qu'il s'agissait plus d'aide-m&#233;moires, de b&#233;quilles pour une transmission rest&#233;e fondamentalement orale et qu'il est impossible de d&#233;coder ces textes berb&#232;res, &lt;i&gt;anciens ou actuels,&lt;/i&gt; &#233;crits en arabe sans une oralisation t&#226;tonnante (voir notamment les test r&#233;alis&#233;s par A. El Mountassir 1994). &lt;br /&gt;
On occulte bien s&#251;r aussi le fait que l'alphabet latin est, lui aussi, tr&#232;s largement r&#233;pandu en Afrique du Nord.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au niveau de l'abstraction transhistorique, nous savons bien que toute langue, sous r&#233;serve d'adaptations plus ou moins importantes, peut &#234;tre repr&#233;sent&#233;e par n'importe quel syst&#232;me d'&#233;criture. C'est ce qui explique que les &#233;critures ont pu voyager, ont &#233;t&#233; emprunt&#233;es et adapt&#233;es de peuple &#224; peuple, de langue &#224; langue : l'alphabet latin du fran&#231;ais n'est pas celui de Rome, ni celui de l'allemand, ni celui des langues scandinaves ou du tch&#232;que. De m&#234;me que l'alphabet arabe du persan, du turc ottoman et des autres langues d'Asie centrale n'est pas celui de l'arabe classique. De m&#234;me, sur moins d'un si&#232;cle, certaines langues d'Asie centrale ont &#233;t&#233; &#233;crites en alphabet arabe, en latin et en cyrillique ! A ce niveau de g&#233;n&#233;ralit&#233;, il est &#233;vident que le berb&#232;re, comme toute langue, pourrait &#234;tre &#233;crit en syllabaire japonais ou en alphabet cyrillique. Mais au-del&#224; de ces consid&#233;rations abstraites et des potentialit&#233;s th&#233;oriques, une &#233;criture usuelle, du fait m&#234;me de cette qualit&#233;, se d&#233;veloppe dans un contexte historique et un environnement socioculturel d&#233;termin&#233;s, et pas seulement dans les cabinets des linguistes et grammairiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car, ignorance r&#233;elle ou ignorance feinte, on occulte dans tous les cas le fait que depuis un bon si&#232;cle, un travail de r&#233;flexion sur la notation usuelle &#224; base latine, directement inspir&#233; par la recherche universitaire sur le berb&#232;re, a &#233;t&#233; men&#233; et a permis des avanc&#233;es significatives. Initi&#233; et accompagn&#233; par des universitaires, par des praticiens du berb&#232;re, largement relay&#233; par le mouvement associatif, ce travail sur la graphie usuelle &#224; base latine a connu des am&#233;liorations progressives et simplifications qui en font d&#233;sormais une &#233;criture fonctionnelle, raisonn&#233;e et adapt&#233;e &#224; toutes les formes de berb&#232;re. Repr&#233;sentation phonologique, ma&#238;trise et explicitation de la segmentation font de la graphie usuelle latine une v&#233;ritable &#233;criture &#034;berb&#232;re&#034;, g&#233;n&#233;ralisable &#224; l'ensemble du domaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tourner le dos &#224; un si&#232;cle d'usage social actif de la graphie &#224; base latine pour imposer l'alphabet arabe ne pourrait qu'avoir de graves incidences n&#233;gatives et ralentir voire bloquer le processus de diffusion de l'&#233;crit. &lt;br /&gt;
Pour des raisons pratiques d'abord : seule la notation latine &#224; fait l'objet d'un processus de codification et d'adaptation aux contraintes particuli&#232;res et lourdes du berb&#232;re. Utiliser un autre alphabet reviendrait &#224; jeter aux orties ce lent et complexe travail de maturation, d&#233;j&#224; largement adopt&#233; par les producteurs sur le terrain, notamment les &#233;crivains. Tr&#232;s concr&#232;tement, une graphie arabe pour le berb&#232;re serait une r&#233;gression s&#233;v&#232;re dans le processus de codification et de diffusion de l'&#233;crit. On en reviendrait forc&#233;ment &#224; des notations de type phon&#233;tique, fortement dialectalis&#233;es, &#224; segmentation al&#233;atoire et non explicite et ne permettant pas la lecture sans oralisation. Car, outre que le processus de codification n'a jamais &#233;t&#233; engag&#233; &#224; partir de l'alphabet arabe, on aurait &#8211; m&#234;me en supposant de la bonne volont&#233; et des intentions g&#233;n&#233;reuses &#8211; de s&#233;rieuses difficult&#233;s &#224; s'abstraire des contraintes de la tradition arabisante pour construire &#224; partir de cette &#233;criture une repr&#233;sentation coh&#233;rente et efficace du berb&#232;re.&lt;br /&gt;
Mais aussi pour des raisons symboliques : qu'on le veuille ou non, l'&#233;mergence berb&#232;re, l'&#233;mergence de la langue berb&#232;re s'est faite au cours du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle contre l'id&#233;ologie arabo-islamique dominante et, pour l'essentiel, hors du cadre culturel arabo-islamique. C'est l'ouverture sur le monde et sur l'Occident qui a donn&#233; aux Berb&#232;res et &#224; la langue berb&#232;re les outils de leur affirmation et de leur existence. Vouloir imposer au berb&#232;re l'habit de l'alphabet arabe trahit explicitement une volont&#233; de le (les) faire rentrer dans le giron de la famille arabo-musulmane, pour l'y &#233;touffer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En r&#233;alit&#233;, on a affaire &#224; une machine de guerre contre le berb&#232;re, que l'on d&#233;ploie lorsqu'il est devenu impossible de s'opposer, sur le principe, &#224; sa reconnaissance, &#224; son d&#233;veloppement et &#224; sa g&#233;n&#233;ralisation. On met alors en avant le probl&#232;me &#034;technique&#034; de l'alphabet, pour tenter de d&#233;truire l'acquis et orienter d'embl&#233;e le passage &#224; l'&#233;crit et l'enseignement de la langue berb&#232;re vers un cul-de-sac assur&#233;, vers l'enlisement et/ou la floklorisation. C'est ce qui se confirme au Maroc avec le choix des n&#233;o-tifinagh. C'est ce qui se passerait en Alg&#233;rie si l'alphabet arabe venait par malheur &#224; &#234;tre impos&#233;. Au fond, il s'agit, dans tous les cas, m&#234;me si les argumentaires sont &#233;videmment tr&#232;s diff&#233;rents, de bloquer toute possibilit&#233; de d&#233;veloppement r&#233;el de la langue berb&#232;re, de la neutraliser en lui imposant un carcan non fonctionnel qui la condamne &#224; une simple fonction embl&#233;matique (pour les n&#233;o-tifinagh) ou au rejet et &#224; la d&#233;saffection par les populations elles-m&#234;mes (pour l'alphabet arabe) ; en un mot, il s'agit d'enfermer le berb&#232;re dans l'insignifiance. On retrouve l&#224; une pratique tr&#232;s solidement ancr&#233;e des Etats nordafricains, la strat&#233;gie de neutralisation et de domestication des &#233;lites, de tous les acteurs et facteurs sociaux et culturels non contr&#244;l&#233;s&#8230; En l'occurrence, il s'agit de &#034;r&#233;duire le lion berb&#232;re en un doux agneau b&#234;lant&#034;, int&#233;gr&#233; &#224; l'appareil d'Etat et &#224; l'id&#233;ologie dominante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Salem Chaker,&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Professeur de berb&#232;re&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Universit&#233; de Provence / Inalco &#8211; Centre de Recherche Berb&#232;re&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br &gt;
&lt;br /&gt;
Pour lire la totalit&#233; de l'article de Salem Chaker : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='http://tamazgha.fr/La-codification-graphique-du.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La codification graphique du berb&#232;re : Etat des lieux et enjeux.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;(*) : Extrait de la communication envoy&#233;e par Salem Chaker au colloque sur la standardisation de tamazight organis&#233; par le HCA &#224; Boumerd&#232;s du 20 au 23 septembre 2010. La communication est intitul&#233;e &#034;La codification graphique du berb&#232;re : Etat des lieux et enjeux.&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On sait qu'il sera suivi dans cette position par le Pr&#233;sident Bouteflika qui a fait le m&#234;me type de d&#233;clarations publiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La codification graphique du berb&#232;re : Etat des lieux et enjeux.*</title>
		<link>http://tamazgha.fr/La-codification-graphique-du.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Masin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La codification graphique du berb&#232;re : &lt;br class='autobr' /&gt;
Etat des lieux et enjeux. &lt;br class='autobr' /&gt;
2par Salem Chaker2 (Universit&#233; de Provence / Inalco &#8211; Centre de Recherche Berb&#232;re) &lt;br class='autobr' /&gt; La langue berb&#232;re n'a pratiquement jamais connu de processus de normalisation linguistique. Il n'existe pas &#8211; et il semble qu'il n'ait jamais exist&#233; &#8211; de koin&#232; supra-dialectale, litt&#233;raire ou autre. Tamazight se pr&#233;sente donc de nos jours sous la forme d'un nombre &#233;lev&#233; de vari&#233;t&#233;s r&#233;gionales (les &#034;dialectes&#034; dans la nomenclature des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://tamazgha.fr/-Analyses-.html" rel="directory"&gt;Analyses&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La codification graphique du berb&#232;re :&lt;br /&gt;
Etat des lieux et enjeux.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2&lt;i&gt;par Salem Chaker&lt;/i&gt;2&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;(Universit&#233; de Provence / Inalco &#8211; Centre de Recherche Berb&#232;re)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La langue berb&#232;re n'a pratiquement jamais connu de processus de normalisation linguistique. Il n'existe pas &#8211; et il semble qu'il n'ait jamais exist&#233; &#8211; de &lt;i&gt;koin&#232;&lt;/i&gt; supra-dialectale, litt&#233;raire ou autre. &lt;i&gt;Tamazight &lt;/i&gt;se pr&#233;sente donc de nos jours sous la forme d'un nombre &#233;lev&#233; de vari&#233;t&#233;s r&#233;gionales (les &#034;dialectes&#034; dans la nomenclature des berb&#233;risants), r&#233;partis sur l'ensemble de l'Afrique du Nord et de la zone saharo-sah&#233;lienne, s&#233;par&#233;es les unes des autres par des distances souvent consid&#233;rables et entre lesquelles l'intercompr&#233;hension peut &#234;tre tr&#232;s laborieuse. &lt;br /&gt;
En cons&#233;quence, la codification graphique du berb&#232;re est un processus r&#233;cent, qui &#233;merge au d&#233;but du XXe si&#232;cle en Kabylie, et qui s'inscrit dans une dynamique globale de passage &#224; l'&#233;crit, dans un contexte tr&#232;s d&#233;favorable, marqu&#233; par l'absence de soutien institutionnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je me situe ici dans une perspective de la longue dur&#233;e : la prise en charge (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'oralit&#233; dominante et la grande variation linguistique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3&lt;i&gt;Le d&#233;bat autour de l'alphabet : serpent de mer / arme de guerre&lt;/i&gt;3&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis plusieurs d&#233;cennies, on voit revenir cycliquement dans le d&#233;bat public &#8211; politique et universitaire &#8211; la m&#234;me controverse sur la question de la graphie usuelle de la langue berb&#232;re : &lt;i&gt;graphie latine, graphie arabe, graphie tifinagh ?&lt;/i&gt;Pseudo d&#233;bat, totalement pr&#233;d&#233;termin&#233; par les options id&#233;ologiques, et en d&#233;finitive par l'instance politique : cela a &#233;t&#233; le cas au Maroc avec l'adoption surprise des n&#233;o-tifinagh par l'Ircamen 2002 ; c'est le cas en Alg&#233;rie avec ceux qui voudraient imposer la graphie arabe. Pour contextualiser le d&#233;bat, on rappellera qu'apr&#232;s le Printemps berb&#232;re de 1980, le Flnet le Pr&#233;sident Chadli&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On sait qu'il sera suivi dans cette position par le Pr&#233;sident Bouteflika qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;d&#233;claraient d&#233;j&#224; : &#171; &lt;i&gt;Oui &#224; l'enseignement du berb&#232;re, &#224; condition qu'il soit &#233;crit en caract&#232;res arabes &lt;/i&gt; &#187; ! Cette id&#233;e est donc ancienne et &#233;mane toujours de milieux fortement marqu&#233;s par l'id&#233;ologie arabiste (plus qu'islamiste d'ailleurs) et en g&#233;n&#233;ral proches des milieux dirigeants de l'Etat.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
Pour tous les berb&#233;risants s&#233;rieux, du moins ceux qui se sont pench&#233;s sur cette question depuis longtemps et qui ne d&#233;couvrent pas les probl&#232;mes d'am&#233;nagement du berb&#232;re depuis que les instances politiques alg&#233;riennes et marocaines ont donn&#233; leur &#171; feu-vert &#187;, la r&#233;ponse ne fait pas de doute. Pour ma part, je m'en suis expliqu&#233; depuis pr&#232;s de trente ans : une diffusion large du berb&#232;re passe n&#233;cessairement par la graphie latine, parce que :&lt;br /&gt;
&#8210; L'essentiel de la documentation scientifique disponible est dans cette graphie ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8210; Un travail significatif d'am&#233;nagement de cette graphie a &#233;t&#233; men&#233; durant tout le XXe si&#232;cle ; &lt;br /&gt;
&#8210; L'essentiel de la production destin&#233;e au grand public (revues associatives, production litt&#233;raire), en Afrique du Nord comme en Europe, utilise cet alphabet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Revenons pr&#233;cis&#233;ment au d&#233;bat que l'on essaie r&#233;guli&#232;rement de relancer. On notera d'abord que l'on invoque g&#233;n&#233;ralement la science, l'universit&#233; : on mobilise les savoirs des linguistes quant &#224; la relation purement conventionnelle entre une langue et sa repr&#233;sentation graphique ; ceux des historiens sur l'existence de traditions anciennes de graphies du berb&#232;re en caract&#232;res arabes ; du sociologue de l'&#233;ducation et de la culture pour rappeler que la majorit&#233; de la population a une pratique de l'alphabet arabe. Tout cela pour d&#233;fendre &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; une notation usuelle en caract&#232;res arabes.&lt;br /&gt;
On occulte bien s&#251;r le fait que les notations arabes du berb&#232;re, bien attest&#233;es depuis le haut Moyen &#226;ge, &lt;br /&gt;
&#8210; Sont rest&#233;es &lt;i&gt;l'apanage de milieux lettr&#233;s tr&#232;s restreints ; &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&#8210; Qu'elles n'ont jamais donn&#233; lieu &#224; une v&#233;ritable codification graphique du berb&#232;re ; &lt;br /&gt;
&#8210; Que toutes les &#233;tudes r&#233;centes montrent qu'il s'agissait plus d'aide-m&#233;moires, de b&#233;quilles pour une transmission rest&#233;e fondamentalement orale et qu'il est impossible de d&#233;coder ces textes berb&#232;res, &lt;i&gt;anciens ou actuels,&lt;/i&gt; &#233;crits en arabe sans une oralisation t&#226;tonnante (voir notamment les test r&#233;alis&#233;s par A. El Mountassir 1994). &lt;br /&gt;
On occulte bien s&#251;r aussi le fait que l'alphabet latin est, lui aussi, tr&#232;s largement r&#233;pandu en Afrique du Nord.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au niveau de l'abstraction transhistorique, nous savons bien que toute langue, sous r&#233;serve d'adaptations plus ou moins importantes, peut &#234;tre repr&#233;sent&#233;e par n'importe quel syst&#232;me d'&#233;criture. C'est ce qui explique que les &#233;critures ont pu voyager, ont &#233;t&#233; emprunt&#233;es et adapt&#233;es de peuple &#224; peuple, de langue &#224; langue : l'alphabet latin du fran&#231;ais n'est pas celui de Rome, ni celui de l'allemand, ni celui des langues scandinaves ou du tch&#232;que. De m&#234;me que l'alphabet arabe du persan, du turc ottoman et des autres langues d'Asie centrale n'est pas celui de l'arabe classique. De m&#234;me, sur moins d'un si&#232;cle, certaines langues d'Asie centrale ont &#233;t&#233; &#233;crites en alphabet arabe, en latin et en cyrillique ! A ce niveau de g&#233;n&#233;ralit&#233;, il est &#233;vident que le berb&#232;re, comme toute langue, pourrait &#234;tre &#233;crit en syllabaire japonais ou en alphabet cyrillique. Mais au-del&#224; de ces consid&#233;rations abstraites et des potentialit&#233;s th&#233;oriques, une &#233;criture usuelle, du fait m&#234;me de cette qualit&#233;, se d&#233;veloppe dans un contexte historique et un environnement socioculturel d&#233;termin&#233;s, et pas seulement dans les cabinets des linguistes et grammairiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car, ignorance r&#233;elle ou ignorance feinte, on occulte dans tous les cas le fait que depuis un bon si&#232;cle, un travail de r&#233;flexion sur la notation usuelle &#224; base latine, directement inspir&#233; par la recherche universitaire sur le berb&#232;re, a &#233;t&#233; men&#233; et a permis des avanc&#233;es significatives. Initi&#233; et accompagn&#233; par des universitaires, par des praticiens du berb&#232;re, largement relay&#233; par le mouvement associatif, ce travail sur la graphie usuelle &#224; base latine a connu des am&#233;liorations progressives et simplifications qui en font d&#233;sormais une &#233;criture fonctionnelle, raisonn&#233;e et adapt&#233;e &#224; toutes les formes de berb&#232;re. Repr&#233;sentation phonologique, ma&#238;trise et explicitation de la segmentation font de la graphie usuelle latine une v&#233;ritable &#233;criture &#171; berb&#232;re &#187;, g&#233;n&#233;ralisable &#224; l'ensemble du domaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tourner le dos &#224; un si&#232;cle d'usage social actif de la graphie &#224; base latine pour imposer l'alphabet arabe ne pourrait qu'avoir de graves incidences n&#233;gatives et ralentir voire bloquer le processus de diffusion de l'&#233;crit. &lt;br /&gt;
Pour des raisons pratiques d'abord : seule la notation latine &#224; fait l'objet d'un processus de codification et d'adaptation aux contraintes particuli&#232;res et lourdes du berb&#232;re. Utiliser un autre alphabet reviendrait &#224; jeter aux orties ce lent et complexe travail de maturation, d&#233;j&#224; largement adopt&#233; par les producteurs sur le terrain, notamment les &#233;crivains. Tr&#232;s concr&#232;tement, une graphie arabe pour le berb&#232;re serait une r&#233;gression s&#233;v&#232;re dans le processus de codification et de diffusion de l'&#233;crit. On en reviendrait forc&#233;ment &#224; des notations de type phon&#233;tique, fortement dialectalis&#233;es, &#224; segmentation al&#233;atoire et non explicite et ne permettant pas la lecture sans oralisation. Car, outre que le processus de codification n'a jamais &#233;t&#233; engag&#233; &#224; partir de l'alphabet arabe, on aurait &#8211; m&#234;me en supposant de la bonne volont&#233; et des intentions g&#233;n&#233;reuses &#8211; de s&#233;rieuses difficult&#233;s &#224; s'abstraire des contraintes de la tradition arabisante pour construire &#224; partir de cette &#233;criture une repr&#233;sentation coh&#233;rente et efficace du berb&#232;re.&lt;br /&gt;
Mais aussi pour des raisons symboliques : qu'on le veuille ou non, l'&#233;mergence berb&#232;re, l'&#233;mergence de la langue berb&#232;re s'est faite au cours du XXe si&#232;cle contre l'id&#233;ologie arabo-islamique dominante et, pour l'essentiel, hors du cadre culturel arabo-islamique. C'est l'ouverture sur le monde et sur l'Occident qui a donn&#233; aux Berb&#232;res et &#224; la langue berb&#232;re les outils de leur affirmation et de leur existence. Vouloir imposer au berb&#232;re l'habit de l'alphabet arabe trahit explicitement une volont&#233; de le (les) faire rentrer dans le giron de la famille arabo-musulmane, pour l'y &#233;touffer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En r&#233;alit&#233;, on a affaire &#224; une machine de guerre contre le berb&#232;re, que l'on d&#233;ploie lorsqu'il est devenu impossible de s'opposer, sur le principe, &#224; sa reconnaissance, &#224; son d&#233;veloppement et &#224; sa g&#233;n&#233;ralisation. On met alors en avant le probl&#232;me &#171; technique &#187; de l'alphabet, pour tenter de d&#233;truire l'acquis et orienter d'embl&#233;e le passage &#224; l'&#233;crit et l'enseignement de la langue berb&#232;re vers un cul-de-sac assur&#233;, vers l'enlisement et/ou la floklorisation. C'est ce qui se confirme au Maroc avec le choix des n&#233;o-tifinagh. C'est ce qui se passerait en Alg&#233;rie si l'alphabet arabe venait par malheur &#224; &#234;tre impos&#233;. Au fond, il s'agit, dans tous les cas, m&#234;me si les argumentaires sont &#233;videmment tr&#232;s diff&#233;rents, de bloquer toute possibilit&#233; de d&#233;veloppement r&#233;el de la langue berb&#232;re, de la neutraliser en lui imposant un carcan non fonctionnel qui la condamne &#224; une simple fonction embl&#233;matique (pour les n&#233;o-tifinagh) ou au rejet et &#224; la d&#233;saffection par les populations elles-m&#234;mes (pour l'alphabet arabe) ; en un mot, il s'agit d'enfermer le berb&#232;re dans l'insignifiance. On retrouve l&#224; une pratique tr&#232;s solidement ancr&#233;e des Etats nordafricain, la strat&#233;gie de neutralisation et de domestication des &#233;lites, de tous les acteurs et facteurs sociaux et culturels non contr&#244;l&#233;s&#8230; En l'occurrence, il s'agit de &#171; r&#233;duire le lion berb&#232;re en un doux agneau b&#234;lant &#187;, int&#233;gr&#233; &#224; l'appareil d'Etat et &#224; l'id&#233;ologie dominante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3&lt;i&gt;Les caract&#232;res latins, une option bien ancr&#233;e et fonctionnelle&lt;/i&gt;3&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons en effet que d&#232;s le d&#233;but du XXesi&#232;cle, la volont&#233; de sortir la langue de l'oralit&#233; s'est traduite par la publication d'importants corpus litt&#233;raires ou de textes sur la vie quotidienne. L'impulsion pour le passage &#224; l'&#233;crit en Kabylie commence avec des hommes comme l'instituteur Boulifa&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui, avant les ann&#233;es 1920, avait d&#233;j&#224; publi&#233; : une m&#233;thode de langue kabyle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; il sera suivi par une &#034;cha&#238;ne culturaliste&#034; ininterrompue, constitu&#233;e d'enseignants, d'hommes et femmes de lettres de formation francophone. Dans le domaine litt&#233;raire surtout, le support &#233;crit imprim&#233; vient suppl&#233;er significativement la transmission orale et la m&#233;moire collective. Vers 1945-50, la diffusion de l'&#233;crit &#224; base latine &#8211; &lt;i&gt;en dehors de tout enseignement formalis&#233; en Kabylie&lt;/i&gt;&#8211; est suffisamment avanc&#233;e pour que de nombreux membres des &#233;lites instruites soient capables de composer et &#233;crire le texte de chansons, de noter des pi&#232;ces de po&#233;sie traditionnelle. Bela&#239;d A&#239;t-Ali&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf.Etudes et documents berb&#232;res, 2, 1986 ou Hommes et femmes de Kabylie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; qui n'&#233;tait pas l'un des plus instruits &#8211; r&#233;dige &#224; la m&#234;me &#233;poque (avant 1950) ce qui doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme la premi&#232;re &#339;uvre litt&#233;raire &#233;crite kabyle : &lt;i&gt;Les cahiers de Bela&#239;d, &lt;/i&gt;recueil de textes, de notations, descriptions et r&#233;flexions sur la Kabylie tout &#224; fait exquises.&lt;br /&gt;
Le mouvement de production s'est poursuivi et a connu un net regain &#224; partir de 1970, avec une forte intervention de l'&#233;migration kabyle en France surtout, mais aussi rifaine aux Pays-Bas et en Belgique, apr&#232;s 1980.&lt;br /&gt;
Depuis la lib&#233;ralisation politique en Alg&#233;rie (1989), les publications en langue berb&#232;re (revues, recueils po&#233;tiques, nouvelles, romans, traductions) se sont multipli&#233;es dans le pays m&#234;me, au point qu'il est devenu difficile de suivre cette production foisonnante, port&#233;e par des associations, des auteurs individuels, de nombreux &#233;diteurs priv&#233;s et l'institution (HCA). En France &#233;galement, des &#233;diteurs associatifs ou priv&#233;s publient maintenant r&#233;guli&#232;rement des titres en langue berb&#232;re. &lt;i&gt;L'&#233;crasante majorit&#233; de ces publications r&#233;centes sont &#233;crites en caract&#232;res latins&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quasiment toutes celles qui sont publi&#233;es en Alg&#233;rie, en France et en Europe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. publications de type litt&#233;raire, il faut ajouter un embryon de presse, surtout en Alg&#233;rie o&#249; il a exist&#233;/existe plusieurs hebdomadaires bilingues (fran&#231;ais/berb&#232;re) et o&#249; plusieurs grands quotidiens nationaux ont/ont eu leur &#034;page berb&#232;re&#034;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, ne l'oublions pas, cette production r&#233;cente se rajoute &#224; l'immense corpus de textes litt&#233;raires et ethnographiques, de grammaires et &#233;tudes diverses, collect&#233;s, publi&#233;s et quasiment toujours transcrits en caract&#232;res latins par les berberisants depuis le d&#233;but des &#233;tudes berb&#232;res, il y a plus de 150 ans.&lt;br /&gt;
De sorte qu'il existe d&#233;sormais un usage &#233;crit &#224; base latine tout &#224; fait significatif. M&#234;me si l'on dispose de peu d'informations sur sa diffusion r&#233;elle et sa r&#233;ception&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui lit, qui &#233;crit en berb&#232;re ? Existe-t-il un vrai march&#233; ou s'agit-il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il ne s'agit plus d'exp&#233;riences isol&#233;es de militants sans impact social : la production &#233;crite s'est multipli&#233;e, consolid&#233;e, diversifi&#233;e et circule largement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3&lt;i&gt;Les conventions de notation : de la phon&#233;tique &#224; la phonologie du mot&lt;/i&gt;3&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;
Apr&#232;s de longs t&#226;tonnements, les notations courantes du berb&#232;re se sont stabilis&#233;es et homog&#233;n&#233;is&#233;es, sous l'influence d&#233;terminante des travaux et usages scientifiques. Les travaux et publications d'Andr&#233; Basset (dans les ann&#233;es 1940 et 1950), ceux du &lt;i&gt;Fichier de Documentation Berb&#232;re&lt;/i&gt; (FDB : de 1947 &#224; 1977), l'&#339;uvre et l'enseignement de l'&#233;crivain et berb&#233;risant Mouloud Mammeri, ont &#233;t&#233; d&#233;cisives. &lt;br /&gt;
A une premi&#232;re g&#233;n&#233;ration (1860 &#8211; 1945) de notations &#034;spontan&#233;es&#034;, directement inspir&#233;es des usages orthographiques du fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec de nombreux digrammes, une non-distinction des voyelles et semi-voyelles.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, vont succ&#233;der des graphies phon&#233;tiques beaucoup plus fines, d'origine scientifique, dont le mod&#232;le accompli est celui du FDB.&lt;br /&gt;
Apr&#232;s la d&#233;colonisation, s'inspirant tr&#232;s directement des travaux et usages acad&#233;miques ou para-acad&#233;miques (Facult&#233; des Lettres d'Alger, Inalco, FDB), Mouloud Mammeri a diffus&#233;, &#224; travers ses &#233;crits et son enseignement, &#224; travers le relais du milieu militant kabyle, une notation usuelle &#224; base latine du kabyle &lt;i&gt;d'inspiration phonologique. &lt;/i&gt;L'id&#233;e de base &#233;tant que la notation usuelle doit gommer au maximum les particularit&#233;s phon&#233;tiques dialectales, de fa&#231;on &#224; ce qu'un texte &#233;crit, quelle que soit la vari&#233;t&#233; r&#233;gionale utilis&#233;e, soit &#224; peu pr&#232;s d&#233;codable par tout berb&#233;rophone. C'est ainsi, par exemple, qu'on a supprim&#233;, d&#232;s les ann&#233;es 60 la notation des ph&#233;nom&#232;nes de spirantisation des occlusives, caract&#233;ristiques du kabyle (par opposition au chleuh ou au touareg), mais non, ou tr&#232;s faiblement, distinctifs. &lt;br /&gt; L'introduction et l'interpr&#233;tation supra-r&#233;gionale du principe phonologique a ainsi permis de r&#233;duire sensiblement les divergences dans la repr&#233;sentation graphique des dialectes berb&#232;res. Les particularit&#233;s phon&#233;tiques dialectales &#224; caract&#232;re syst&#233;matique (comme la spirantisation des occlusives simples) sont consid&#233;r&#233;es comme r&#233;alisations r&#233;gionales du phon&#232;me &#034;berb&#232;re&#034; et ne sont donc plus not&#233;es ou seulement par de discr&#232;tes diacrit&#233;s. Concr&#232;tement, cela permet d'&#233;crire la langue de la m&#234;me fa&#231;on, quel que soit le dialecte. On notera ainsi : &lt;i&gt;tam&#611;art, &lt;/i&gt;&#034;la vieille&#034; ; &lt;i&gt;abrid, &lt;/i&gt;&#034;chemin&#034;, &lt;i&gt;akal &lt;/i&gt;&#034;terre&#034;, que l'on soit en touareg, en chleuh... qui prononceront effectivement [tam&#611;art], [abrid], [akal] ou en kabyle, rifain... qui r&#233;alisent en fait (notation API) : [&#952;am&#611;ar&#952;], [a&#946;ri&#948;], [a&#231;al]...&lt;br /&gt;
De m&#234;me, la dentale sourde tendue /tt/, particuli&#232;rement fr&#233;quente en raison de sa pr&#233;sence dans plusieurs morph&#232;mes grammaticaux, est normalement trait&#233;e en affriqu&#233;e [tts] (API : [C]) dans la plupart des parlers kabyles. Dans la pratique usuelle, cette particularit&#233;, tr&#232;s marquante du kabyle, est not&#233;e seulement par une diacrit&#233; (c&#233;dille sous la lettre : &#034;t&#807;&#034;), ce qui permet de maintenir une repr&#233;sentation graphique tr&#232;s proche de celle des autres dialectes berb&#232;res qui ne connaissent pas l'affriction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On est ainsi progressivement parvenu &#224; des &lt;i&gt;graphies phonologiques larges, &lt;/i&gt;dans lesquelles toutes les particularit&#233;s phon&#233;tiques, voire les oppositions phonologiques &lt;i&gt;locales&lt;/i&gt;, sont effac&#233;es. Cette option s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;e apr&#232;s 1970, gr&#226;ce au relais efficace du r&#233;seau associatif berb&#232;re et &#224; une production &#233;crite de plus en plus significative. &lt;i&gt;En dehors de toute intervention institutionnelle ou &#233;tatique, &lt;/i&gt;une pratique graphique dominante s'est mise en place. Au d&#233;part, exclusivement kabyle, elle s'est progressivement diffus&#233;e &#224; la plupart des dialectes berb&#232;re du Nord (Mzab, Maroc, Libye).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3&lt;i&gt;De la phonologie du mot &#224; la phonologie de la cha&#238;ne&lt;/i&gt;3&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la graphie du berb&#232;re, le probl&#232;me de la repr&#233;sentation des fronti&#232;res de morph&#232;mes est sans doute l'un des plus d&#233;licats. Il existe en effet en berb&#232;re une foule d'unit&#233;s grammaticales, tr&#232;s courtes (g&#233;n&#233;ralement mono-phon&#233;matiques), de statuts divers (pr&#233;positions, affixes pronominaux, affixes d&#233;ictiques, affixes d'orientation spatiale...), susceptibles de former syntagmes avec le nom et/ou le verbe auquel elles sont associ&#233;es. L'ind&#233;pendance syntaxique de ces morph&#232;mes est toujours tr&#232;s &#233;vidente, mais leur fusion phon&#233;tique et prosodique avec le nom ou le verbe auquel ils sont associ&#233;s est totale ; ils forment notamment une seule unit&#233; accentuelle (&lt;i&gt;cf.&lt;/i&gt; Chaker 1995, chap. 8). &lt;br /&gt;
Pour la notation usuelle, trois solutions de repr&#233;sentation sont possibles, selon que l'on privil&#233;gie l'analyse syntaxique (s&#233;paration par un blanc : 1), la fusion phon&#233;tique et accentuelle (tout est coll&#233; : 2), ou que l'on adopte une solution interm&#233;diaire (tiret s&#233;parateur : 3) :&lt;br /&gt;
1 &#8211; &lt;i&gt;yefka yas t idd &lt;/i&gt;= [il-a-donn&#233;#&#224; lui#le#vers ici] = il le lui a donn&#233; (vers ici)&lt;br /&gt;
2 &#8211;&lt;i&gt; yefkayastidd&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
3 &#8211;&lt;i&gt; yefka-yas-t-idd&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le flottement est encore sensible pour l'instant, du moins entre les solutions (1) et (3), car l'option du &#034;tout coll&#233;&#034; (2), clairement d'inspiration phon&#233;tique, est d&#233;sormais abandonn&#233;e dans les notations &#224; base latine (seules les graphies arabes l'utilisent encore de mani&#232;re quasi syst&#233;matique). &lt;br /&gt;
La solution (3), que j'ai pr&#233;conis&#233;e depuis longtemps (1982/84) est reprise dans les recommandations de l'Inalco ; elle est certainement celle qui est la plus favorable &#224; un d&#233;codage rapide par le lecteur : elle individualise les composants syntaxiques de l'&#233;nonc&#233; tout en marquant leur liaison &#233;troite au noyau. Les tests psycholinguistiques de lecture r&#233;alis&#233;s sur d'autres langues (notamment africaines) pr&#233;sentant le m&#234;me type d'agglutinations confirment cette analyse, de m&#234;me que ceux r&#233;alis&#233;s sur le berb&#232;re marocain par A. El Mountassir (1994 notamment).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus probl&#233;matiques encore sont les incidences des nombreuses assimilations phon&#233;tiques qui se produisent &#224; la fronti&#232;re des morph&#232;mes : toutes ces unit&#233;s grammaticales courtes, souvent de localisation dentale ou labiale, ont tendance &#224; s'assimiler au segment phonologique du nom ou du verbe avec lequel elles sont en contact. Les plus fr&#233;quentes sont celles qui se produisent avec les pr&#233;positions &lt;i&gt;n &lt;/i&gt;&#034;de&#034;, &lt;i&gt;d&lt;/i&gt; &#034;et/avec&#034;, le morph&#232;me de pr&#233;dication nominale &lt;i&gt;d&lt;/i&gt; (&#034;c'est/il y a&#034;), l'affixe pronominal direct -t (&#034;le&#034;) :&lt;br /&gt;
S'agissant de morph&#232;mes tr&#232;s usuels, la fr&#233;quence de ces assimilations est tr&#232;s &#233;lev&#233;e. Beaucoup d'entre elles sont m&#234;me tout &#224; fait pan-berb&#232;re (/d#t/ &gt; [tt]), d'autres sont plus localis&#233;es, mais souvent attest&#233;es en des points divers du monde berb&#232;re (par ex. : /n#w/ &gt; [ww] : Kabylie, Haut-Atlas marocain...).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A partir des ann&#233;es 1980, quand l'&#233;crit a commenc&#233; &#224; devenir une pratique courante, la r&#233;flexion sur le sujet &#8210; d&#233;j&#224; engag&#233;e par le &lt;i&gt;FDB, cf.&lt;/i&gt; n&#176; 120, 1973, P. Reesink) &#8210; s'est approfondie et est devenue plus explicite. Sur l'initiative d'universitaires (principalement S. Chaker 1982/1984, puis le Centre de Recherche Berb&#232;re de l' Inalco, 1993, 1996, 1998), le champ d'application du principe phonologique a progressivement &#233;t&#233; &#233;tendu &#224; de nombreux ph&#233;nom&#232;nes, jusque l&#224; mal ou non trait&#233;s : la labio-v&#233;larisation, l'affriction des dentales tendues, et surtout, les tr&#232;s nombreux ph&#233;nom&#232;nes d'assimilations aux fronti&#232;res de morph&#232;mes, assimilations qui sont souvent propres &#224; un dialecte, voire &#224; un parler d&#233;termin&#233; et qui leur donnent une &#034;identit&#233; phon&#233;tique&#034; tr&#232;s sp&#233;cifique : ex. /n + w-/ &gt; [ww] &gt; [bbw] &gt; [ppw] ; ainsi, en kabyle, un syntagme nominal d&#233;terminatif comme /n wergaz/ = &#034;de (l')homme&#034;, peut &#234;tre r&#233;alis&#233; localement :&lt;br /&gt;
[n urgaz]&lt;br /&gt;
[wwergaz]&lt;br /&gt;
[ggwergaz]&lt;br /&gt;
[bbwergaz]&lt;br /&gt;
[ppwergaz]&lt;br /&gt;
...&lt;br /&gt;
Bien s&#251;r, pour le linguiste, ces r&#233;alisations assimil&#233;es sont facilement identifiables et, dans le cadre d'une &#034;phonologie de la cha&#238;ne&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui consid&#233;rera donc les fronti&#232;res de morph&#232;mes comme un contexte cl&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il restituera les segments sous-jacents (avec, &#233;ventuellement utilisation du tiret) :&lt;br /&gt;
[awal ttem&#611;art] &gt; /awal n tem&#611;art/ &#034;parole de vieille (femme)&#034; &lt;br /&gt;
[awal wwergaz/awal bbw] &gt; /awal n wergaz/ &#034;parole d'homme&#034;&lt;br /&gt;
[udi ttament] &gt; /udi d tament/ &#034;(du) beurre et (du) miel&#034;&lt;br /&gt;
[tkerze&#7789;&#7789;] &gt; /tkerze&#7693;-t/ &#034;tu as labour&#233;-le (tu l'as labour&#233;)&#034;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est sur ce probl&#232;me des assimilations &#224; la fronti&#232;re des morph&#232;mes que l'on observe les fluctuations les plus grandes dans les usages graphiques actuels : les notations &#034;spontan&#233;es&#034; sont de type phon&#233;tique (= maintien des assimilations) ; celles qui &#233;manent des praticiens ayant une formation berb&#233;risante (universitaires, militants associatifs, &#233;crivains...) sont g&#233;n&#233;ralement plus analytiques, encore que bien souvent les auteurs ne traitent pas de mani&#232;re homog&#232;ne tous ces cas d'assimilations.&lt;br /&gt;
Mais la tendance dominante est d&#233;sormais tr&#232;s nettement &#224; la notation analytique (morpho-)phonologique, pouss&#233;e parfois &#224; un point sans doute excessif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi, je ne crois pas que l'on ait vraiment int&#233;r&#234;t &#224; noter ta&#611;a&#7693;t(&#171; ch&#232;vre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; souvent le tiret (ou toute autre marque de liaison) n'est pas utilis&#233;, y compris dans les cas de fusion phonique avanc&#233;e (/n#w../ &gt; [bbw..]) o&#249; il serait plus r&#233;aliste de conserver un indice graphique l&#233;ger de l'assimilation : &lt;i&gt;n_w.. &lt;/i&gt;ou &lt;i&gt;n-w.. &lt;/i&gt;plut&#244;t que &lt;i&gt;n w..,&lt;/i&gt; particuli&#232;rement d&#233;routant par rapport &#224; la prononciation r&#233;elle.&lt;br /&gt;
Cette graphie analytique (phonologique et syntaxique) est celle qui gomme le maximum de particularit&#233;s dialectales et celle qui rend explicites les composants syntaxiques ; donc celle qui unifie et stabilise au maximum la forme &#233;crite du berb&#232;re.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3&lt;i&gt;R&#233;alisme et &#233;quilibre indispensables&lt;/i&gt;3&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il est clair que la repr&#233;sentation analytique (ou morpho-phonologique), phonologiquement et syntaxiquement parfaitement fond&#233;e, est d'une mise en &#339;uvre d&#233;licate ; &lt;i&gt;elle suppose en effet une analyse et une d&#233;composition qui n'est ni imm&#233;diate ni &#233;vidente pour le locuteur natif sans formation linguistique.&lt;/i&gt; La diff&#233;rence entre le niveau phon&#233;tique et le niveau (morpho-)phonologique est dans ce cas trop importante pour que l'on puisse attendre du locuteur une restitution, sans une formation minimum pr&#233;alable.&lt;br /&gt;
Cette notation est particuli&#232;rement int&#233;ressante au niveau du &lt;i&gt;d&#233;codage&lt;/i&gt; &#8210; la repr&#233;sentation graphique est quasiment la m&#234;me pour tous les dialectes et tous les constituants de l'&#233;nonc&#233; sont bien individualis&#233;s &#8210;, mais elle est co&#251;teuse pour ce qui est de l'&lt;i&gt;encodage&lt;/i&gt;, l'&#233;criture supposant alors une formation pr&#233;alable lourde. On ne peut plus &#034;&#233;crire spontan&#233;ment&#034; et une forme d'enseignement devient alors absolument indispensable avant tout passage &#224; l'acte d'&#233;crire. Si l'on veut aboutir &#224; la g&#233;n&#233;ralisation et la ma&#238;trise suffisante de cette graphie, cela implique son enseignement g&#233;n&#233;ralis&#233; pr&#233;coce car il ne s'agit plus du tout d'une simple &#171; transcription de l'oral &#187;, que l'on peut facilement acqu&#233;rir &#224; tout &#226;ge, mais d'une vraie formation &#224; la langue, &#224; ses structures grammaticales. &lt;br /&gt;
L'&#233;crit &#233;tant destin&#233; fondamentalement &#224; la communication non-imm&#233;diate, c'est bien &#233;videmment le d&#233;codage, donc le r&#233;cepteur qui doit &#234;tre privil&#233;gi&#233;. Sur un plan fonctionnel g&#233;n&#233;ral, il ne peut donc faire de doute que c'est la notation de type analytique qui devra s'imposer car il ne s'agit plus, depuis longtemps, de &#171; transcrire de l'oral &#187;, mais bien de construire une tradition &#233;crite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en l'&#233;tat actuel des choses, on recommandera le r&#233;alisme, &lt;i&gt;l'exp&#233;rimentation &lt;/i&gt;et, surtout, la n&#233;cessit&#233; d'inscrire l'action de codification dans la dur&#233;e. &#171; Normaliser &#187;, s&#233;lectionner, privil&#233;gier telle forme sur telle autre, on ne peut y &#233;chapper d&#232;s que l'on s'engage dans le processus de passage &#224; l'&#233;crit. Mais la mod&#233;ration et la prudence paraissent indispensables. Il faut que les am&#233;nageurs berb&#233;risants trouvent la voie m&#233;diane entre l'attitude ultra-normalisatrice, qui couperait la langue standard des usages r&#233;els, et la th&#233;orie du &#171; laisser &#233;crire &#187;, qui ram&#232;nerait la pratique de l'&#233;crit au niveau des premi&#232;res notations spontan&#233;es phon&#233;tiques et qui aurait pour effet certain de bloquer le d&#233;veloppement du berb&#232;re et la consolidation de son statut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3&lt;i&gt;Un chantier ouvert&lt;/i&gt;3&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;
On le voit, malgr&#233; les avanc&#233;es tout n'est pas r&#233;gl&#233; au niveau de la codification graphique, loin de l&#224;. Les &#171; questions d&#233;licates en suspens &#187; sont encore nombreuses ; le groupe de l'Inalco en a list&#233; certaines (notamment lors des rencontres de 1996 et 1998), qui ne font pas encore l'objet de pratiques unifi&#233;es :&lt;br /&gt;
&#8210; L'usage de la ponctuation, point d'autant plus important que la prosodie joue un r&#244;le consid&#233;rable dans l'organisation syntaxique de l'&#233;nonc&#233; berb&#232;re (&lt;i&gt;cf.&lt;/i&gt; Chaker 1995 et 2009). Bien des textes publi&#233;s sont difficiles &#224; lire, voire ambigus, de ce fait.&lt;br /&gt;
&#8210; La question des majuscules, en particulier sur les noms &#224; l'&#233;tat d'annexion.&lt;br /&gt;
&#8210; La question des sigles et abr&#233;viations, qui posent des probl&#232;mes sp&#233;cifiques en berb&#232;re du fait de la structure morphologique et syllabique des nominaux.&lt;br /&gt;
&#8210; La graphie des noms propres, en particulier celle des toponymes : vu leur fonction d&#233;nominative particuli&#232;re, faut-il en respecter la prononciation locale ou les &#171; normaliser &#187; ? &lt;i&gt;I&#611;il bbwammas&lt;/i&gt;ou &lt;i&gt;I&#611;il n wammas ?&lt;/i&gt;...&lt;br /&gt;
&#8210; Les pr&#233;positions et leurs variantes dialectales et intra-dialectales : faut-il faire un choix entre toutes les variantes locales ou les consid&#233;rer toutes comme possibles ?&lt;br /&gt;
&#8210; L'&#233;criture des complexes faisant intervenir le pronom ind&#233;fini &lt;i&gt;i, ay : seg way deg / segwaydeg / seg-way-deg, &#611;ef way deg/&#611;efwaydeg/&#611;ef-way-deg, i deg/ideg/i-deg, i &#611;ef/i&#611;ef/i-&#611;ef&#8230; &lt;/i&gt;Faut-il en souder les composants, les s&#233;parer par des blanc, des tirets ? &lt;br /&gt;
&#8210; L'&#233;criture de l'indice de 3e personne masc. sing. du verbe : &lt;i&gt;y-, ye-, i- ? (yedda &lt;/i&gt;ou &lt;i&gt;idda ?)&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&#8210; L'&#233;criture de l'Etat d'annexion du nom masculin singulier : [w- / u-&lt;/i&gt; (et dans quels contextes) ou toujours u- ? &lt;i&gt;(wergaz ou urgaz ?)&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&#8210; La question de la notation du &#171; schwa &#187; ([&#477;]), pour lequel les fluctuations de l'usage restent encore tr&#232;s importantes (et qui oppose nettement la pratique kabyle &#224; celle du Maroc).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M&#234;me si la r&#233;flexion a &#233;t&#233; poursuivie au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie et m&#234;me si des propositions pr&#233;cises ont &#233;t&#233; faites&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment par K. Na&#239;t-Zerrad, sans doute le chercheur le plus avanc&#233; sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il reste encore &#224; construire un consensus de principe et &#224; le concr&#233;tiser dans les pratiques sur tous ces points.&lt;br /&gt;
On esp&#232;re que des rencontres comme celle d'Alger permettront d'avancer sur le chemin ouvert depuis des d&#233;cennies par les pr&#233;curseurs kabyles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;[|*|]&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3&lt;i&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques.&lt;/i&gt;3&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;
[Centre de Recherche Berb&#232;re / Inalco] : &lt;br /&gt;
&#8211; &lt;i&gt;Actes de la Table ronde internationale &#034;Phonologie et notation usuelle dans le domaine berb&#232;re &#8211; Inalco, avril 1993&#034; &lt;/i&gt; : 23 contributions + 4 notes [= &lt;i&gt;Etudes et documents berb&#232;res, &lt;/i&gt;11, 1994 et 12, 1995].&lt;br /&gt;
&#8211; &#171; Propositions pour la notation usuelle &#224; base latine du berb&#232;re (Atelier du 24-25 juin 1996, Inalco/Crb ; synth&#232;se des travaux par S. Chaker), &lt;i&gt;Etudes et documents berb&#232;res, &lt;/i&gt;14, 1997, pp. 239-253.&lt;br /&gt;
&#8211; &lt;i&gt;Am&#233;nagement linguistique de la langue berb&#232;re, &lt;/i&gt;Normalisation et perspectives, Paris, Inalco, 5 au 9 octobre 1998, Paris, (publication provisoire r&#233;alis&#233;e par Tamazgha, Paris, f&#233;vrier 2000), 15 p. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#8211; Achab Ramdane, 1979, L&lt;i&gt;angue berb&#232;re. Initiation &#224; l'&#233;criture, &lt;/i&gt;Paris, Imedyazen-GEB.&lt;br /&gt;
&#8211; Achab Ramdane, 1990, &lt;i&gt;Tira n tamazight, &lt;/i&gt;Tizi-Ouzou, Tafsut.&lt;br /&gt;
&#8211; Achab Ramdane, 1998, &lt;i&gt;Langue berb&#232;re. Introduction &#224; la notation usuelle en caract&#232;res latins, &lt;/i&gt;Paris, Editions Hoggar.&lt;br /&gt;
&#8211; Castellanos Carles, 1998, &lt;i&gt;El proc&#233;s de standarditzacio de les lleng&#252;es. Estudi comparatiu i aplicacio a la llengua amazigha (berber) :&lt;/i&gt; Th&#232;se de doctorat, Universitat Autonoma de Barcelona (Dept. de Traduccio i d'Interpretacio).&lt;br /&gt;
&#8211; Chaker Salem, 1982, &#034;Propositions pour une notation usuelle du berb&#232;re (kabyle)&#034;, &lt;i&gt;Bulletin des Etudes Africaines de l' Inalco&lt;/i&gt; (Paris), II/3, 1982, pp. 33-47 [repris dans le suivant].&lt;br /&gt;
&#8211; Chaker Salem,1984, Textes en linguistique berb&#232;re. (Introduction au domaine berb&#232;re), Paris, CNRS.&lt;br /&gt;
&#8211; Chaker Salem, 1989/1998, &lt;i&gt;Berb&#232;res aujour'hui, &lt;/i&gt;Paris, L'Harmattan.&lt;br /&gt;
&#8211; Chaker Salem, 1994, &#034;Pour une notation usuelle du berb&#232;re &#224; base tifinagh&#034;, &lt;i&gt;Table-ronde &#034;Phonologie et notation dans le domaine berb&#232;re&#034;,&lt;/i&gt; Paris, Inalco, 26-27 avril 1993 [= &lt;i&gt;Etudes et Documents Berb&#232;res, &lt;/i&gt;11, pp. 31-42].&lt;br /&gt;
&#8211; Chaker Salem, 1995, &lt;i&gt;Linguistique berb&#232;re. Etudes de syntaxe et de diachronie, &lt;/i&gt;Paris/Louvain, Editions Peeters.&lt;br /&gt; &#8211; Chaker Salem, 2002, &#034;Variation dialectale et codification graphie en berb&#232;re. Une notation usuelle pan-berb&#232;re est-elle possible ?&#034;, &lt;i&gt;Codification des langues de France, &lt;/i&gt;&#233;dit&#233; par D. Caubet, S. Chaker et Jean Sibille, Paris, L'Harmattan, p. 341-354.&lt;br /&gt; &#8211; Chaker Salem, 2009, &#034;Structuration prosodique et structuration (typo-)graphique en berb&#232;re : exemples kabyles&#034;, &lt;i&gt;Etudes de phon&#233;tique et linguistique berb&#232;re. Hommage &#224; Na&#239;ma Louali&lt;/i&gt;, Paris/Louvain, Peeters, p. 69-88.&lt;br /&gt; &#8211; El Mountassir Abdellah, 1994, &#034;De l'oral &#224; l'&#233;crit, de l'&#233;crit &#224; la lecture. Exemple des manuscrits chleuhs en graphie arabe&#034;, &lt;i&gt;Etudes et documents berb&#232;res, &lt;/i&gt;11, p. 149-156.&lt;br /&gt;
&#8210; &lt;i&gt;Fichier de Documentation Berb&#232;re, &lt;/i&gt;120, 1973 (IV) : &#034;A propos de quelques changements de transcription&#034;, p. 45-50.&lt;br /&gt;
&#8211; Galand Lionel, 1989, &#034;Les langues berb&#232;res&#034;, &lt;i&gt;La r&#233;forme des langues.&lt;/i&gt; His&#173;toire et avenir, IV, Hamburg, H. Buske Verlag.&lt;br /&gt;
&#8211; Mammeri Mouloud, 1976, &lt;i&gt;Tajerrumt n tmazight &lt;/i&gt;(tantala taqbaylit), Paris, Masp&#233;ro [= Grammaire berb&#232;re, dialecte kabyle].&lt;br /&gt;
&#8211; Na&#239;t-Zerrad Kamal, 1994, &lt;i&gt;Manuel de conjugaison kabyle : le verbe en berb&#232;re,&lt;/i&gt; Paris, L'Harmattan, 318 p.&lt;br /&gt;
&#8211; Na&#239;t-Zerrad Kamal, 2001, &lt;i&gt;Grammaire moderne du kabyle, &lt;/i&gt;Paris, Karthala, 225 p.&lt;br /&gt;
&#8211; Na&#239;t-Zerrad Kamal, 2001, &#034;Les syst&#232;mes de notation du berb&#232;re&#034;, &lt;i&gt;Codification des langues de France, &lt;/i&gt;&#233;dit&#233; par D. Caubet, S. Chaker et Jean Sibille, Paris, L'Harmattan, p. 331-340.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;(*) : Communication envoy&#233;e par Salem Chaker au colloque sur la standardisation de tamazight organis&#233; par le HCA &#224; Boumerd&#232;s du au 23 septembre 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je me situe ici dans une perspective de la longue dur&#233;e : la prise en charge par l'institution &#233;tatique date seulement de 1995 en Alg&#233;rie et de 2002 au Maroc. Et pendant la p&#233;riode coloniale, la codification du berb&#232;re &#233;tait une probl&#233;matique totalement inexistante pour l'administration comme pour l'Universit&#233; fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On sait qu'il sera suivi dans cette position par le Pr&#233;sident Bouteflika qui a fait le m&#234;me type de d&#233;clarations publiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui, avant les ann&#233;es 1920, avait d&#233;j&#224; publi&#233; : une m&#233;thode de langue kabyle (dont 350 pages de textes imprim&#233;es en kabyle), un recueil de po&#233;sies, une histoire de la Kabylie et une description d'un parler berb&#232;re marocain. Cf.S. Chaker (dir.) : &lt;i&gt;Hommes et femmes de Kabylie&lt;/i&gt;&#8230;, Aix-en-Provence, Edisud/Ina-yas, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf.&lt;i&gt;Etudes et documents berb&#232;res,&lt;/i&gt; 2, 1986 ou &lt;i&gt;Hommes et femmes de Kabylie, Dictionnaire biographique&#8230;,&lt;/i&gt; vol. I, (sous la dir. de S. Chaker), Aix-en-Provence/Alger, Edisud/Ina-yas, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quasiment toutes celles qui sont publi&#233;es en Alg&#233;rie, en France et en Europe utilisent l'alphabet latin ; la situation est plus contrast&#233;e au Maroc o&#249; l'alphabet arabe est souvent utilis&#233; ; mais les parutions r&#233;centes sont d&#233;sormais majoritairement en latin dans ce pays aussi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui lit, qui &#233;crit en berb&#232;re ? Existe-t-il un vrai march&#233; ou s'agit-il encore de r&#233;alisations port&#233;es par le militantisme ? Il est encore difficile de r&#233;pondre &#224; ces questions faute d'&#233;tudes pr&#233;cises.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec de nombreux digrammes, une non-distinction des voyelles et semi-voyelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui consid&#233;rera donc les fronti&#232;res de morph&#232;mes comme un contexte cl&#233; de l'analyse phonologique en berb&#232;re (&lt;i&gt;cf.&lt;/i&gt;Chaker 1984, chap. 6).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi, je ne crois pas que l'on ait vraiment int&#233;r&#234;t &#224; noter &lt;i&gt;ta&#611;a&#7693;t&lt;/i&gt;(&#171; ch&#232;vre &#187;), m&#234;me si l'on sait bien qu'il ne s'agit que de la forme f&#233;minine de &lt;i&gt;a&#611;a&#7693;&lt;/i&gt;(&#171; caprin &#187;). Si l'option analytique apporte un plus dans le d&#233;codage des syntagmes et des &#233;nonc&#233;s, elle n'apporte pas grand-chose au sein des mots.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notamment par K. Na&#239;t-Zerrad, sans doute le chercheur le plus avanc&#233; sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Regard sur le &#034;Printemps berb&#232;re&#034; : t&#233;moignage et r&#233;flexions de Salem Chaker</title>
		<link>http://tamazgha.fr/Regard-sur-le-Printemps-berbere.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://tamazgha.fr/Regard-sur-le-Printemps-berbere.html</guid>
		<dc:date>2010-05-02T11:10:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Masin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Nous publions ci-apr&#232;s l'article de Salem Chaker paru dans l'ouvrage collectif, coordonn&#233; par Arezki A&#239;t-Larbi, intitul&#233; Avril 80. Insurg&#233;s et officiels du pouvoir racontent le &#034;Printemps berb&#232;re&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet ouvrage comporte quatre parties : la premi&#232;re consacr&#233;e aux r&#233;cits de cinq acteurs du Printemps berb&#232;re &#224; Tizi-Ouzou. Il s'agit de Mohand Ouamar Ousalem (enseignant), Aziz Tari (&#233;tudiant en sciences exactes), Sa&#239;d Khellil (pharmacien biologiste), Mouloud Lounaouci (m&#233;decin) et Ferhat Mehenni (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://tamazgha.fr/-Analyses-.html" rel="directory"&gt;Analyses&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L147xH150/arton2592-bf1c6.jpg?1774394667' class='spip_logo spip_logo_right' width='147' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ci-apr&#232;s l'article de Salem Chaker paru dans l'ouvrage collectif, coordonn&#233; par Arezki A&#239;t-Larbi, intitul&#233; &lt;i&gt;Avril 80. Insurg&#233;s et officiels du pouvoir racontent le &#034;Printemps berb&#232;re&#034;&lt;/i&gt;.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Cet ouvrage comporte quatre parties : la premi&#232;re consacr&#233;e aux r&#233;cits de cinq acteurs du Printemps berb&#232;re &#224; Tizi-Ouzou. Il s'agit de Mohand Ouamar Ousalem (enseignant), Aziz Tari (&#233;tudiant en sciences exactes), Sa&#239;d Khellil (pharmacien biologiste), Mouloud Lounaouci (m&#233;decin) et Ferhat Mehenni (chanteur du groupe Imazighen Imula). La deuxi&#232;me partie est consacr&#233;e &#224; l'universit&#233; d'Alger, avec les t&#233;moignages de Salem Chaker et de trois &#233;tudiants (Ihsen El-Kadi, M&#233;ziane Ourad et Arezki A&#239;t-Larbi). Dans cette m&#234;me partie, Hac&#232;ne Hir&#232;che relate les prolongements du mouvement au sein de l'&#233;migration en France. La troisi&#232;me partie est consacr&#233;e &#224; trois officiels : Hamid Sidi-Sa&#239;d, wali de Tizi-Ouzou en 1980, Abdelhak Brerhi, ministre de l'Enseignement sup&#233;rieur &#224; l'&#233;poque des &#233;v&#233;nements, et El-Hadi Khediri, directeur g&#233;n&#233;ral de la S&#251;ret&#233; nationale de 1977 &#224; 1987. La quatri&#232;me partie comporte des annexes.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Nous tenons &#224; remercier Salem Chaker qui a bien voulu nous autoriser &#224; reprendre cet article et le partager avec les lecteurs de &lt;i&gt;Tamazgha.fr&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;br&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;REGARD SUR LE &#034;PRINTEMPS BERBERE&#034; :&lt;br&gt;
T&#233;moignage et r&#233;flexions d'un acteur - observateur.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;par Salem CHAKER&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Professeur des Universit&#233;s (berb&#232;re), Universit&#233; de Provence / Inalco (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Le genre &#034;t&#233;moignage&#034; est difficile, surtout 30 ans apr&#232;s les faits. N&#233;anmoins, on me permettra de pr&#233;ciser que j'ai g&#233;n&#233;ralement une bonne m&#233;moire et que, surtout, j'ai tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement &#233;crit et publi&#233; depuis 1980 des documents et analyses sur ces &#233;v&#233;nements, publications qui constituent autant de rep&#232;res et de points de v&#233;rification. Plusieurs de ces textes comportent d'ailleurs des annexes factuelles tr&#232;s pr&#233;cises, parues pour certaines d'entre elles, il y a plus de 25 ans. Je ne peux bien s&#251;r garantir l'exactitude litt&#233;rale des propos pr&#234;t&#233;s ici &#224; certains protagonistes importants, mais je peux cependant en certifier l'exactitude quant au fond. Par ailleurs, je fais allusion &#224; un certain nombre de documents et courriers : j'en d&#233;tiens bien s&#251;r tous les originaux quand j'en suis l'auteur ou des copies dans les autres cas.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;
&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt; Le &#034;Printemps berb&#232;re&#034; de 1980 a &#233;t&#233; un &#233;v&#233;nement consid&#233;rable dans mon parcours personnel. Il a influenc&#233;, voire d&#233;termin&#233;, mon positionnement et mes analyses ult&#233;rieures et il demeure un rep&#232;re essentiel dans ma vie professionnelle, intellectuelle et politique : pour moi, il y a v&#233;ritablement un avant et un apr&#232;s 1980. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un parcours personnel sp&#233;cifique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans l'ensemble de la militance berb&#232;re kabyle, que je fr&#233;quentais d&#233;j&#224; bien avant 1980, mon itin&#233;raire personnel &#233;tait sans doute assez singulier. Enfant d'une vieille &#233;migration familiale kabyle en France (o&#249; je suis n&#233;), le retour en Alg&#233;rie en 1963 avait &#233;t&#233; un v&#233;ritable &#034;choc linguistique&#034; : je d&#233;couvrais brutalement que la majorit&#233; des Alg&#233;riens parlaient une autre langue que celle de ma famille et je fus confront&#233;, comme toute une g&#233;n&#233;ration de Kabyles &#034;descendus&#034; &#224; Alger, aux premi&#232;res &#233;tapes d'une politique d'arabisation agressive et clairement anti-berb&#232;re. Cette circonstance a &#233;t&#233; d&#233;terminante, &#224; la fois pour mon engagement en faveur de la langue berb&#232;re &#8210; &lt;i&gt;d&#232;s mon adolescence, j'avais d&#233;cid&#233; que je serai linguiste et consacrerai ma vie &#224; la langue berb&#232;re &lt;/i&gt;&#8210; mais aussi pour ce que j'appellerai ma &#034;r&#233;implantation sociale kabyle&#034; : dans les ann&#233;es 1963 &#224; 1970, je tissais des liens d'amiti&#233;s ou de camaraderie durables avec de nombreux Kabyles d'Alger, confront&#233;s eux aussi &#224; ce &#034;choc linguistique&#034;, m&#234;me si leur cheminement avait &#233;t&#233; diff&#233;rent &#8211; &lt;i&gt;ils arrivaient de Kabylie, je rentrais de France.&lt;/i&gt; Beaucoup deviendront des acteurs de premier plan du mouvement revendicatif berb&#232;re kabyle ou des chercheurs de haut niveau dans le domaine berb&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je pense, entre autres, &#224; mon ami Rachid Bellil, certainement l'un des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nombre d'entre eux &#233;taient d&#233;j&#224; proches, pour les plus &#226;g&#233;s, ou se rapprocheront plus tard du FFS qui, &#224; l'&#233;poque, &#233;tait le parti d'opposition (clandestin) en position d'h&#233;g&#233;monie en Kabylie. Pour ce qui me concerne, mon parcours fut plus &#034;intellectuel&#034;, plus &#034;litt&#233;raire&#034; aussi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alors que la grande majorit&#233; des camarades kabyles de l'&#233;poque avaient un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et je tenais absolument &#224; acqu&#233;rir une formation universitaire de nature &#224; l&#233;gitimer mon travail sur la langue berb&#232;re. C'est &#224; cette p&#233;riode (&#224; partir de 1965) que j'ai commenc&#233; &#224; fr&#233;quenter durablement Mouloud Mammeri, qui m'accordait un parrainage bienveillant, m'orientait dans mes lectures et me conseillait pour mes &#233;tudes. Alors que j'&#233;tais encore lyc&#233;en, je suivais avec une poign&#233;e de camarades&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les premi&#232;res ann&#233;es, &#224; peine plus de 5 personnes, parmi lesquelles, si ma (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; le cours de langue berb&#232;re qu'il avait &#233;t&#233; autoris&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce cours &#233;tait rattach&#233; &#224; la section d'ethnologie. Mammeri lui-m&#234;me m'a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; assurer &#224; la Facult&#233; des Lettres d'Alger &#224; partir d'octobre 1965. Je fr&#233;quentais aussi assid&#251;ment la Biblioth&#232;que nationale et certaines biblioth&#232;ques municipales dont la documentation berb&#233;risante &#233;tait &#224; l'&#233;poque encore tr&#232;s riche. &lt;br&gt;
&lt;br&gt; Apr&#232;s une ann&#233;e de &#034;Prop&#233;deutique&#034; &#224; la Facult&#233; des Lettres d'Alger (1968), je profitais d'une bourse d'une fondation fran&#231;aise pour repartir en France (Paris puis Aix-en-Provence) poursuivre des &#233;tudes en linguistique g&#233;n&#233;rale et en berb&#232;re, chose &#233;videmment impossible &#224; l'&#233;poque en Alg&#233;rie. Je suis rentr&#233; &#224; Alger, apr&#232;s avoir soutenu ma th&#232;se de 3e cycle sur le verbe kabyle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le syst&#232;me d&#233;rivationnel verbal berb&#232;re (dialecte kabyle), Universit&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour commencer une carri&#232;re d'enseignant de linguistique g&#233;n&#233;rale &#224; la Facult&#233; des Lettres d'Alger (octobre 1973). Au cours de cette p&#233;riode de formation universitaire, je continuais &#224; fr&#233;quenter de fa&#231;on sporadique la &#034;militance berb&#232;re&#034;, &#224; Paris comme &#224; Alger, dans toutes ses composantes, culturelle et intellectuelle (M. Mammeri, Taos Amrouche&#8230;), ou plus engag&#233;e sur le terrain politique (milieux proches du FFS, Acad&#233;mie berb&#232;re, groupes &#233;tudiants kabyles &#224; Alger).&lt;br&gt;
&lt;br&gt; Durant mon exercice &#224; l'universit&#233; d'Alger, bien avant 1980, j'ai, &#224; de nombreuses reprises, toujours en concertation avec M. Mammeri et avec le relais attentif de Youcef Nacib&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui &#233;tait &#224; l'&#233;poque sous-directeur des Lettres et Sciences Humaines &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, propos&#233; l'int&#233;gration d'enseignements de berb&#232;re &#224; l'Universit&#233;. On trouvera un rappel sommaire des nombreuses d&#233;marches que j'ai men&#233;es en ce sens dans mon article paru dans &lt;i&gt;Les Temps Modernes &lt;/i&gt;(1982) ou dans la premi&#232;re &#233;dition de mon &lt;i&gt;Berb&#232;res aujourd'hui/Imazighen ass-a&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;'La revendication culturelle berb&#232;re', Les Temps Modernes, n&#176; 432-433, 1982 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A chaque fois, nous nous sommes heurt&#233;s &#224; une fin de non recevoir. A l'&#233;poque r&#233;gnait sans partage l'id&#233;ologie arabo-islamique du FLN, en particulier &#224; travers les positions de sa Commission Culture totalement contr&#244;l&#233;e par les arabisants de formation moyen-orientale, acquis aux id&#233;aux de l'arabisme. Pour eux, le berb&#232;re n'&#233;tait qu'un obstacle et un danger pour l'unit&#233; nationale, unit&#233; qui ne pouvait &#234;tre parachev&#233;e qu'avec la disparition du berb&#232;re.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Cette phase aussi sera d&#233;cisive pour la suite, pour ma perception du contexte global alg&#233;rien et pour mon positionnement dans le &#034;Printemps berb&#232;re&#034;. Car apr&#232;s la disparition du cours de M. Mammeri (1973), le refus tenace de toute ouverture au berb&#232;re dans l'Universit&#233;, les relances successives de la politique d'arabisation &#8210; &#224; l'Universit&#233; comme dans la soci&#233;t&#233; globale &#8210;, le rejet de la dimension berb&#232;re dans la fameuse Charte nationale de 1976, les proc&#232;s pr&#233;fabriqu&#233;s et autres faits de r&#233;pression anti-berb&#232;re (1974, 1976, 1977, 1978), dessinaient une configuration de fermeture absolue et d'anti-berb&#233;risme doctrinal et institutionnel. Rappelons &#233;galement qu'&#224; l'&#233;poque r&#233;gnait une atmosph&#232;re de terreur induite par l'omnipr&#233;sence (r&#233;elle ou suppos&#233;e) de la police politique du r&#233;gime (la S&#233;curit&#233; Militaire) et le quadrillage de la soci&#233;t&#233; et des organisations par le parti unique FLN.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cr&#233;ation de l'universit&#233; de Tizi-Ouzou : un vent nouveau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ouverture en 1978 d'un Centre Universitaire &#224; Tizi-Ouzou, qui s'inscrivait dans un plan de d&#233;sengorgement de l'Universit&#233; d'Alger, allait cr&#233;er une situation nouvelle, sans doute tout &#224; fait impr&#233;vue pour les d&#233;cideurs de l'&#233;poque. La concentration en Kabylie m&#234;me d'une population d'universitaires et d'&#233;tudiants, quasiment tous originaires de la r&#233;gion, favorisa d'embl&#233;e un climat de contestation ; d'autant que beaucoup de ces jeunes universitaires, qui rentraient de France apr&#232;s une th&#232;se, &#233;taient tr&#232;s politis&#233;s, avaient des exp&#233;riences d'engagement militant dans le mouvement culturel berb&#232;re en France et/ou dans les partis politiques de l'opposition clandestine (FFS, PRS, extr&#234;me-Gauche&#8230;). On retrouvera des informations assez pr&#233;cises sur cette atmosph&#232;re de &#034;bouillonnement&#034; qui se met en place d&#232;s la premi&#232;re ann&#233;e d'existence du CUTO dans le &lt;a href='http://tamazgha.fr/Journal-des-evenements-de-Kabylie,2591.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#034;Journal des &#233;v&#233;nements de Kabylie&#034;&lt;/a&gt; de Rachid Chaker.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Temps modernes, n&#176; 432-433, 1982 ; &#034;Alg&#233;rie : espoirs et r&#233;alit&#233;s&#034;.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt; D&#232;s l'ann&#233;e 1979, le contact est &#233;tabli entre les groupes actifs de l'universit&#233; de Tizi-Ouzou et moi-m&#234;me, par l'interm&#233;diaire de mon fr&#232;re Rachid et d'autres enseignants &#034;berb&#233;ristes&#034; que je connaissais de longue date, et, dans un second temps, par l'interm&#233;diaire de Sa&#239;d Sadi. A l'&#233;poque, j'assurais un s&#233;minaire de recherche r&#233;gulier au CRAPE (Alger), o&#249; j'&#233;tais chercheur contractuel et disposais d'un bureau personnel ; je pouvais donc recevoir ais&#233;ment et relativement discr&#232;tement les repr&#233;sentants de la communaut&#233; universitaire de Tizi-Ouzou. Durant toute cette p&#233;riode, le CRAPE fut d'ailleurs l'un des principaux lieux de rencontre et de contact de la mouvance &#034;berb&#233;riste&#034; &#224; Alger, continuant ainsi une &#034;tradition&#034; commenc&#233;e d&#232;s le d&#233;but de la d&#233;cennie 1970 autour de M. Mammeri.&lt;br&gt;
Pendant cette m&#234;me ann&#233;e 1979, &#224; partir de juin, j'ai pris les premiers contacts formels avec la direction du Centre universitaire de Tizi-Ouzou. En octobre, je fus re&#231;u, en compagnie de Mouloud Mammeri, par le recteur Arab, le rendez-vous avait &#233;t&#233; pris par mon fr&#232;re Rachid ; j'eu &#233;galement plusieurs entrevues avec ses vice-recteurs, toujours par l'interm&#233;diaire de Rachid qui avait de bonnes relations avec eux. Par l'entremise de Sa&#239;d Sadi, je fis la connaissance de feu Rabah Stambouli, qui, je crois, dirigeait alors le d&#233;partement d'arabe et semblait &#234;tre l'un des &#034;hommes forts&#034; du Centre universitaire. A tous et &#224; chaque fois, j'ai propos&#233; la cr&#233;ation d'un enseignement de langue berb&#232;re et fait part de mon souhait d'&#234;tre affect&#233; &#224; Tizi-Ouzou. Le recteur tint des propos tr&#232;s &#233;vasifs et &#034;bottera en touche&#034; en renvoyant toute d&#233;cision au minist&#232;re&#8230; Nous &#233;tions donc revenus &#224; la &#034;case d&#233;part&#034;, telle que je l'avais exp&#233;riment&#233;e &#224; l'universit&#233; d'Alger. En revanche, m&#234;me si mon impression premi&#232;re n'avait pas &#233;t&#233; tr&#232;s bonne car je l'avais trouv&#233; trop enflamm&#233; et faisant trop de promesses, je dois t&#233;moigner que R. Stambouli s'&#233;tait s&#233;rieusement engag&#233; dans cette perspective qui, selon ma perception &#233;videmment subjective, semblait lui tenir &#224; c&#339;ur. En tout cas, je pense qu'il a fait, &#224; son niveau et avec les moyens dont il disposait, ce qui &#233;tait &#224; sa port&#233;e pour d&#233;bloquer la situation. Mais manifestement les temps n'&#233;taient pas m&#251;rs et le syst&#232;me &#233;tait encore fig&#233; dans ses certitudes anti-berb&#232;res.&lt;br&gt;
&lt;br&gt; Lorsque survient l'incident du 10 mars 1980, avec l'interception du v&#233;hicule de Mouloud Mammeri qui se rendait &#224; l'Universit&#233; de Tizi-Ouzou pour y donner une conf&#233;rence sur &#034;la po&#233;sie kabyle ancienne&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A l'occasion de la parution de son ouvrage Po&#232;mes kabyles anciens, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; l'invitation d'un collectif &#233;tudiant, la situation locale &#233;tait donc d&#233;j&#224; tendue et le centre universitaire &#233;tait un &#034;foyer d'agitation&#034; depuis plus d'une ann&#233;e. En fait, Mammeri avait re&#231;u la veille un appel, tr&#232;s confus, apparemment de la direction de l'universit&#233;, lui demandant de renoncer &#224; son d&#233;placement. A l'&#233;poque, Mammeri et moi &#233;tions tr&#232;s proches et nous nous voyions tous les jours au CRAPE ; il s'en &#233;tait ouvert &#224; moi et m'avait fait part de sa grande perplexit&#233;. Le 10 au matin, n'ayant eu aucune notification officielle des instances de l'universit&#233;, il d&#233;cida de se rendre &#224; Tizi-Ouzou et de r&#233;pondre &#224; l'invitation des &#233;tudiants. Nous &#233;tions trois dans la voiture de Mammeri (une Peugeot 204 d'un &#226;ge respectable), le chauffeur du CRAPE, Oula&#239;d, Mammeri et moi-m&#234;me. L'interception par un barrage de police eut lieu, en fin de matin&#233;e, &#224; Draa-Ben Khedda, une dizaine de Km avant d'arriver &#224; Tizi-Ouzou. Nous f&#251;mes escort&#233;s jusqu'&#224; la wilaya o&#249; M. Mammeri fut re&#231;u seul par le wali. A son retour &#224; notre v&#233;hicule gar&#233; &#224; l'int&#233;rieur de la wilaya, M. Mammeri nous annon&#231;a que le wali lui avait signifi&#233; l'interdiction de sa conf&#233;rence et lui demandait de repartir sur Alger. Nous e&#251;mes alors un &#233;change rapide et, sur ma proposition, nous d&#233;cid&#226;mes de nous rendre sur le campus universitaire pour informer de la situation la direction de l'universit&#233; et le collectif des &#233;tudiants. Si mes souvenirs sont bons, l'entrevue avec les responsables universitaires fut rapide et les repr&#233;sentants &#233;tudiants qui &#233;taient pr&#233;sents ou dans les parages imm&#233;diats, furent imm&#233;diatement inform&#233;s des derniers d&#233;veloppements. Nous repart&#238;mes pour Alger sans autre incident.&lt;br&gt;
&lt;br&gt; Le lendemain eut lieu la premi&#232;re manifestation publique dans les rues de Tizi-Ouzou pour d&#233;noncer l'interdiction de la conf&#233;rence de M. Mammeri. Commen&#231;ait alors le &#034;Printemps berb&#232;re&#034; de 1980, avec ses quatre mois de manifestations, gr&#232;ves, occupations d'usines, affrontements et, bien s&#251;r, l'assaut donn&#233; le 20 avril par les forces de l'ordre &#224; l'universit&#233; occup&#233;e et la vague d'arrestations qui s'en suivit. D'hyst&#233;rie anti-kabyle aussi de la presse officielle alg&#233;rienne, qui d&#233;non&#231;ait p&#234;le-m&#234;le le &#034;s&#233;paratisme&#034;, la &#034;contre-r&#233;volution&#034; et les &#034;ing&#233;rences de l'imp&#233;rialisme et du n&#233;o-colonialisme&#034;, voire les &#034;agissements des services sp&#233;ciaux &#233;trangers&#034;, visant &#224; porter atteinte &#224; l'unit&#233; de la nation&#8230; Mammeri eut droit, on le sait, &#224; son lot d'injures et d'insanit&#233;s.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;strong&gt; Une configuration in&#233;dite&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt; Mais ce d&#233;cha&#238;nement m&#233;diatique, les diatribes contre les &#034;ennemis de la R&#233;volution&#034;, les arrestations, &#233;taient des ph&#233;nom&#232;nes relativement &#034;classiques&#034; pour notre g&#233;n&#233;ration et ne nous surprenaient pas : nous avions pu les conna&#238;tre d&#233;j&#224; pendant toute la d&#233;cennie 1970, sous le r&#233;gime de Boumediene. Et, pour les plus vieux d'entre nous, entre 1963 et 1965, lorsque la presse et la justice aux ordres de Ben Bella et ses alli&#233;s d'alors se d&#233;cha&#238;naient contre l'insurrection du FFS en Kabylie. Mais deux &#233;l&#233;ments essentiels, tout &#224; fait in&#233;dits et qui constituent une v&#233;ritable rupture, vont caract&#233;riser le &#034;Printemps berb&#232;re&#034; :&lt;br&gt; &#8210; L'&#233;cho international des &#233;v&#232;nements ;&lt;br&gt; &#8210; L'irruption dans la contestation de la soci&#233;t&#233; civile &#224; travers une mobilisation de masse.&lt;br&gt;
&lt;br&gt; Jusque-l&#224;, l'Alg&#233;rie 'r&#233;volutionnaire' avait r&#233;ussi ce tour de force de museler toute opposition, de pratiquer la r&#233;pression structurelle de toute contestation, de proc&#233;der &#224; des arrestations et d&#233;tentions extra-judiciaires &#224; grande &#233;chelle, de pratiquer r&#233;guli&#232;rement la torture et les ex&#233;cutions sommaires, la liquidation physique des opposants, sans que quasiment jamais la presse internationale et les organisations de d&#233;fense des droits de l'homme ne se saisissent des cas. Jusqu'en 1980, Amnesty International, par exemple, ne connaissait qu'un seul d&#233;tenu politique en Alg&#233;rie : l'ancien pr&#233;sident Ahmed Ben Bella ! Alors qu'ils ont &#233;t&#233; des milliers &#224; avoir &#233;t&#233; d&#233;tenus arbitrairement, &#224; avoir &#233;t&#233; tortur&#233;s, entre 1962 et 1980 : les militants du FFS d'A&#239;t-Ahmed &#224; partir de 1963, ceux du PRS de Mohammed Boudiaf, les communistes du PAGS et autres marxistes apr&#232;s le coup d'Etat de Boumediene (19 juin 1965), les &#034;berb&#233;ristes&#034; des ann&#233;es 1970&#8230;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Deux ressorts fondamentaux ont &#233;t&#233; utilis&#233;s par l'appareil d'Etat alg&#233;rien pour &#034;r&#233;primer en silence&#034; pendant deux d&#233;cennies : &lt;i&gt;la mise sous tutelle imm&#233;diate et totale de l'appareil judicaire, d&#232;s l'ind&#233;pendance ; l'exploitation syst&#233;matique de l'image &#034;r&#233;volutionnaire&#034; de l'Alg&#233;rie aupr&#232;s des relais d'opinion internationaux.&lt;/i&gt; La presse et la Gauche fran&#231;aises, notamment, ont longtemps fait preuve d'une complaisance sans limites vis-&#224;-vis du r&#233;gime alg&#233;rien, par&#233; de toutes les vertus &#034;r&#233;volutionnaires&#034; et &#034;socialistes&#034;, alors que, au m&#234;me moment, le pouvoir marocain, &#034;alli&#233; de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain&#034;, &#233;tait vou&#233; aux g&#233;monies et d&#233;nonc&#233; sans rel&#226;che. Pourtant les crimes de l'un n'avaient pas grand chose &#224; envier &#224; ceux de l'autre. Dans le cas de l'Alg&#233;rie, il est &#233;vident que le r&#233;gime a su remarquablement jouer sur le capital de sympathie acquis pendant la lutte pour l'ind&#233;pendance aupr&#232;s des milieux anti-colonialistes et anti-imp&#233;rialistes. Les Fran&#231;ais y ont &#233;videmment rajout&#233; un fort complexe &#034;d'anciens colonisateurs&#034;, qui leur interdisait toute critique contre l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante. J'ai moi-m&#234;me entendu, en d&#233;cembre 1986 &#224; Valladolid, feu Yves Jouffa, pr&#233;sident historique de la Ligue Fran&#231;aise des Droits de l'Homme et ancien d&#233;fenseur des d&#233;tenus du FLN pendant la guerre de lib&#233;ration, me d&#233;clarer lors du congr&#232;s de la FIDH : &#034;&lt;i&gt;Ces gens que j'ai d&#233;fendus dans leur combat pour la lib&#233;ration de l'Alg&#233;rie ne peuvent pas &#234;tre devenus les fascistes et les tortionnaires que vous d&#233;crivez !&lt;/i&gt;&#034;&#8230; Oubliant au passage que plus d'un des tortionnaires fran&#231;ais de militants alg&#233;riens entre 1954 et 1962 avaient &#233;t&#233; des r&#233;sistants fran&#231;ais &#224; l'occupation nazie.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
En 1980, les acteurs du &#034;Printemps berb&#232;re&#034;, dans leur diversit&#233;, &#233;taient d&#233;cid&#233;s &#224; briser ce mur du silence. Ils avaient compris que le meilleur alli&#233; du pouvoir &#233;tait cette chape de plomb qui avait pr&#233;valu jusque-l&#224; et que leur plus s&#251;re protection contre la r&#233;pression &#233;tait l'&#233;cho international donn&#233; &#224; leur protestation. A l'&#233;poque, c'&#233;tait une v&#233;ritable petite r&#233;volution car le sentiment nationaliste &#233;tait tellement fort chez les Alg&#233;riens de l'apr&#232;s-ind&#233;pendance que beaucoup r&#233;pugnaient &#224; d&#233;noncer les violations du droit et des droits de l'homme par 'leur' Etat, surtout aupr&#232;s de la presse fran&#231;aise. Je crois me souvenir qu'Arezki A&#239;t-Larbi, alors jeune &#233;tudiant en m&#233;decine, est l'un de ceux qui ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans cette nouvelle approche.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Personnellement, d&#232;s la fin 1979/d&#233;but 1980, par des voies diverses, g&#233;n&#233;ralement &#233;trang&#232;res au milieu berb&#233;riste et au &#034;groupe de Tizi-Ouzou&#034;, j'ai pu tr&#232;s rapidement &#233;tablir des relations de confiance avec de nombreux repr&#233;sentants de la presse internationale en poste &#224; Alger (&lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;, AFP, Reuters&#8230;) et avec les grandes organisations internationales de d&#233;fense des droits de l'homme, en premier lieu Amnesty International et, un peu plus tard, la FIDH. Il est certain que ma position d'universitaire m'a grandement facilit&#233; la t&#226;che et confort&#233; ma cr&#233;dibilit&#233;, d'autant que j'avais tendance &#224; &#234;tre aussi mesur&#233; et pr&#233;cis que possible car je disposais d'informations de sources diverses et pas uniquement du noyau &#034;berb&#233;riste&#034;, notamment &#224; travers mon fr&#232;re Rachid qui avait longtemps milit&#233; au PRS. Plus d'une fois d'ailleurs, ce sont les observateurs &#233;trangers eux-m&#234;mes qui ont pris l'initiative de me contacter.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
En tout &#233;tat de cause, les acteurs du &#034;printemps berb&#232;re&#034; ont obtenu ce qu'aucune contestation ou opposition alg&#233;rienne n'avait jusque l&#224; r&#233;ussi : une couverture extraordinaire par la presse internationale pendant plusieurs semaines et une entr&#233;e en action des organisations comme Amnesty International. Il est aussi av&#233;r&#233; que les relais de la militance kabyle, majoritairement FFS, en France et en Europe ont jou&#233; &#224; plein dans la mobilisation ext&#233;rieure des m&#233;dias et de l'&#233;migration kabyle. Cela a &#233;videmment &#233;t&#233; permis par le d&#233;veloppement consid&#233;rable durant la d&#233;cennie 1970 des r&#233;seaux militants kabyles et oppositionnels dans l'&#233;migration, notamment estudiantine.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
L'autre donn&#233;e nouvelle &#8210; &lt;i&gt;le caract&#232;re massif et populaire des protestations&lt;/i&gt;&#8210; a aussi &#233;t&#233; une nouveaut&#233; d&#233;cisive, y compris sans doute par rapport au probl&#232;me de la r&#233;pression, sur lequel je reviendrai plus loin. Jusque-l&#224;, l'engagement pour la culture berb&#232;re &#233;tait le fait de personnalit&#233;s culturelles ou intellectuelles isol&#233;es, de groupes estudiantins plut&#244;t circonscrits (universit&#233; d'Alger, groupes estudiantins parisiens) et de quelques militants politiques comme feu Bessaoud Mohand Arab. Objectivement, leur/notre repr&#233;sentativit&#233; sociale &#233;tait incertaine et leur/notre combat pouvait appara&#238;tre comme tr&#232;s &#233;litaire et assez d&#233;sesp&#233;r&#233;. On n'avait jamais vu jusque-l&#224; des &#233;tudiants nombreux, des lyc&#233;ens, des ouvriers et salari&#233;s, des villageois&#8230;, toute une r&#233;gion se mettre en gr&#232;ve et manifester, affronter les forces de l'ordre pour exiger la reconnaissance de la langue et de la culture berb&#232;res. Or c'est bien ce qui s'est produit au printemps 1980. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire connue, des populations berb&#232;res se mobilisaient massivement et durablement pour la d&#233;fense des param&#232;tres de leur identit&#233; propre : leur langue et leur culture.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
On comprendra ais&#233;ment que pour moi, universitaire, linguiste, qui avait eu jusque-l&#224; une trajectoire plut&#244;t solitaire d'&#233;rudit, l'&#233;v&#232;nement ait &#233;t&#233; un bouleversement profond. Mon engagement scientifique personnel pour la langue berb&#232;re se voyait en quelque sorte l&#233;gitim&#233; par la revendication de toute une population. Nous n'&#233;tions plus, moi et quelques rares autres, les &#034;derniers des Mohicans&#034; ou, pour reprendre la phras&#233;ologie des milieux dominants, les &#034;repr&#233;sentants attard&#233;s de la politique berb&#232;re de la France&#034;, mais bien les &#233;claireurs lucides d'un peuple qui arrivait &#224; la conscience de soi. La disparition des Berb&#232;res et de leur langue n'&#233;tait plus une donn&#233;e in&#233;luctable.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Au milieu de la temp&#234;te, une trag&#233;die familiale&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt; En juin 1980, apr&#232;s trois mois de manifestations, de gr&#232;ves et d'affrontements en Kabylie et secondairement &#224; Alger, intervient la lib&#233;ration des 24 &#034;meneurs&#034; d&#233;f&#233;r&#233;s &#224; la Cour de S&#251;ret&#233; de l'Etat et les poursuites sont suspendues contre toutes les personnes recherch&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De nombreux acteurs de la contestation, notamment des universitaires, qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette phase d'apaisement est mise &#224; profit par le &#034;groupe de Tizi-Ouzou&#034; pour organiser le s&#233;minaire de Yakouren&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont les actes sont parus sous le titre : Alg&#233;rie : quelle identit&#233; ? Actes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, destin&#233; &#224; donner au mouvement sinon un programme, du moins des &#233;l&#233;ments de doctrine. Je n'y ai particip&#233; que tr&#232;s marginalement, &#224; la fin de la rencontre. Jusqu'au 20 juillet, j'&#233;tais hospitalis&#233; &#224; l'H&#244;tel-Dieu de Paris pour des probl&#232;mes ophtalmologiques d&#233;j&#224; anciens et, surtout, le 18 juillet survenait un accident de la route dramatique qui allait co&#251;ter la vie &#224; mon fr&#232;re Rachid et &#224; trois autres membres de notre famille : sa femme Fatima, son fils &#226;g&#233; de 6 mois, Mennad, et notre m&#232;re. Le choc fut terrible, pour la famille comme pour tous ses proches. Tout particuli&#232;rement pour moi car j'&#233;tais tr&#232;s li&#233; &#224; mon jeune fr&#232;re, au plan affectif bien s&#251;r, mais aussi au plan politique : nous &#233;tions tous les deux depuis longtemps sur des positions tr&#232;s critiques vis-&#224;-vis du r&#233;gime alg&#233;rien. Rachid, &#233;conomiste, &#233;tait plut&#244;t marxiste et s'&#233;tait engag&#233; dans le PRS de Mohammed Boudiaf pendant ses &#233;tudes doctorales faites en France (&#224; Grenoble), mais nous partagions largement, depuis l'adolescence, les m&#234;mes engagements &#034;berb&#233;ristes&#034;. C'&#233;tait un gar&#231;on vif et intelligent, incisif et exigeant, vis-&#224;-vis des autres comme de lui-m&#234;me. Apr&#232;s sa th&#232;se de doctorat, il avait &#233;t&#233; recrut&#233; en 1979 sur un poste d'enseignant en &#233;conomie au Centre universitaire de Tizi-Ouzou, tout nouvellement cr&#233;&#233;. Il &#233;tait &#233;galement chercheur contractuel &#224; l'Institut de Recherches en Economie Appliqu&#233;e de Ben-Aknoun, alors dirig&#233; par Abdelatif Benachenhou qui, je crois bien, avait &#233;t&#233; son professeur. A partir de sa &#034;r&#233;implantation&#034; en Kabylie, il a &#233;t&#233; en quelque sorte &#034;mon poisson-pilote&#034; dans le milieu universitaire local, qu'il connaissait tr&#232;s bien, car beaucoup de ses coll&#232;gues avait &#233;t&#233; ses camarades d'&#233;tudes &#224; l'Universit&#233; d'Alger (o&#249; il avait fait sa licence d'&#233;conomie) ou en France et, parfois aussi, ses compagnons d'engagement politique.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Plusieurs correspondants de la presse &#233;trang&#232;re, et bien s&#251;r beaucoup de proches, m'ont demand&#233; &#224; l'&#233;poque si cet accident n'&#233;tait pas &#034;suspect&#034;, &#233;voquant par l&#224; la possibilit&#233; d'un accident provoqu&#233; ou d'un assassinat d&#233;guis&#233; en accident par les services secrets alg&#233;riens. C'est une hypoth&#232;se que j'ai toujours exclue car les conditions concr&#232;tes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mon fr&#232;re se rendait de nuit &#224; Tizi-Ouzou, pendant la p&#233;riode de Ramadhan ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de cet accident &#233;taient telles qu'il ne pouvait &#234;tre ni programm&#233; ni pr&#233;vu par quiconque.&lt;br&gt;
&lt;br&gt; Apr&#232;s le choc et l'abattement initial, ce drame m'a plut&#244;t galvanis&#233; et a renforc&#233; ma d&#233;termination et mon engagement dans la lutte en cours. Au fond, je travaillais aussi pour la m&#233;moire de Rachid. J'avais aussi &#233;t&#233; fortement impressionn&#233; par la foule immense qui &#233;tait venue &#224; son enterrement au village et par les innombrables marques de sympathie et de soutien que, de toutes parts, on nous avait manifest&#233;es. Dans le deuil et la douleur, nous avions eu une exp&#233;rience &#233;mouvante de solidarit&#233; d'un cercle d'amis et de relations tr&#232;s large. D&#232;s le mois d'ao&#251;t (lettre du 16/08/1980), j'ai formellement demand&#233; au ministre de l'Enseignement Sup&#233;rieur, Abdelhak Bererhi, de me muter &#224; l'Universit&#233; de Tizi-Ouzou, en hommage &#224; mon fr&#232;re. Sa r&#233;action officielle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des r&#233;actions officieuses, positives, m'&#233;taient d&#233;j&#224; parvenues.&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est intervenue deux mois plus tard ; il m'a re&#231;u le 25 octobre et, apr&#232;s les formules d'usages &#224; propos de Rachid, il m'annonce que :&lt;br&gt;
&#8210; &lt;i&gt;&#034;le probl&#232;me de ma mutation &#224; Tizi-Ouzou sera r&#233;gl&#233; d'ici dix jours, le temps de contacter les deux recteurs concern&#233;s ;&lt;br&gt;
&#8210; Il fera appel &#224; moi pour mettre en place un cadre de recherche en berb&#232;re.&#034;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
J'ai un souvenir tr&#232;s pr&#233;cis des propos du ministre parce qu'ils &#233;taient &#224; la fois clairs et quelque peu &#034;ampoul&#233;s&#034;, manifestant une certaine prudence dans la formulation de son engagement. En particulier, je suis absolument s&#251;r qu'il n'a parl&#233; que de &#034;recherche&#034;, et n'a pas &#233;voqu&#233; l'&#034;enseignement&#034;. Ce n'est pas du tout anodin, car en tant que ministre de la Recherche scientifique, il pouvait effectivement assez ais&#233;ment m'affecter &#224; Tizi-Ouzou sur la base d'un projet de recherche, rattach&#233; au CRAPE par exemple puisque j'y &#233;tais d&#233;j&#224; sous contrat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je rappellerai que depuis plusieurs ann&#233;es d&#233;j&#224;, sous l'aura protectrice de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sans envisager l'ouverture d'un enseignement et d'un dipl&#244;me de berb&#232;re, ce qui aurait eu une signification symbolique et politique bien plus consid&#233;rable.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Le &#034;front acad&#233;mique&#034; : un engagement personnel intense.&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Pendant toute cette p&#233;riode, qui d&#233;bute en fait pour moi en juin 1979 et s'&#233;tend jusqu'&#224; la fin 1981, j'ai jou&#233;, en pleine conscience, le r&#244;le d'universitaire berb&#233;risant de r&#233;f&#233;rence, Mammeri &#233;tant d&#233;j&#224; &#224; la retraite et, de plus, assez peu enclin par nature aux engagements publics ; nous avons cependant toujours pr&#233;cis&#233;ment discut&#233; ensemble de mes initiatives. J'ai donc port&#233; &#034;le versant universitaire&#034; de la revendication en pr&#233;sentant r&#233;guli&#232;rement aux autorit&#233;s (Universit&#233;s d'Alger et de Tizi-Ouzou, Minist&#232;re de l'Enseignement Sup&#233;rieur) des dossiers en vue de l'int&#233;gration du berb&#232;re &#224; l'universit&#233;. Mes propres d&#233;marches &#233;taient confort&#233;es par celles du collectif des enseignants de l'universit&#233; de Tizi-Ouzou, avec lequel j'&#233;tais en contact r&#233;gulier : la strat&#233;gie, mise en place &#224; la rentr&#233;e 1980, &#233;tait d'exercer une pression parall&#232;le et coordonn&#233;e sur le ministre de l'Enseignement sup&#233;rieur d'alors, A. Bererhi, pour l'amener &#224; concr&#233;tiser sa promesse, faite &#224; plusieurs reprises aux repr&#233;sentants de l'universit&#233; de Tizi-Ouzou et &#224; moi-m&#234;me, &lt;i&gt;&#034;d'ouvrir un cadre d'enseignement et de recherche en berb&#232;re &#224; Tizi-Ouzou&#034;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;.
&lt;br&gt;
Quand on examine nos demandes acad&#233;miques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On en trouve une synth&#232;se dans Alg&#233;rie : quelle identit&#233; ? Actes du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'&#233;poque avec le recul du temps, elles ne peuvent qu'appara&#238;tre comme tr&#232;s modestes, voire d&#233;risoires : il faudra pourtant attendre 10 ans (1990) pour que le premier d&#233;partement de berb&#232;re soit cr&#233;&#233; &#224; Tizi-Ouzou et que le magister de langue et culture berb&#232;res soit enfin ouvert. Cela donne en contrepoint la mesure du degr&#233; de blocage et de fermeture du syst&#232;me politique FLN, incapable de la moindre n&#233;gociation et compromis avec la soci&#233;t&#233;. Il faudra les &#233;meutes d'octobre 1988, la fin du parti unique et la nouvelle constitution de 1989, c'est-&#224;-dire un v&#233;ritable &#233;branlement politique, pour que se dessine un d&#233;but de d&#233;crispation.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Ayant &#233;t&#233; re&#231;u personnellement plusieurs fois par A. Bererhi, au cours de cette p&#233;riode, j'ai tendance &#224; penser qu'il &#233;tait sans doute personnellement favorable &#224; une solution d'ouverture. Mais il me para&#238;t &#233;galement &#233;vident qu'il faisait partie de ces &#034;ministres techniques&#034; dont le poids politique &#233;tait limit&#233;, face aux orientations id&#233;ologiques lourdes du FLN. J'en vois une confirmation dans le fait que lorsque je l'ai rencontr&#233; en octobre ou novembre 1981, alors que quelques semaines auparavant, il me confirmait encore &#034;&lt;i&gt;sa volont&#233; de me muter &#224; l'Universit&#233; de Tizi-Ouzou pour y mettre en place un cadre pour le berb&#232;re&lt;/i&gt;&#034;, il m'a d&#233;clar&#233; tout net : &#034;&lt;i&gt;le Comit&#233; central du FLN s'est saisi du dossier et va engager d'ici le printemps un d&#233;bat interne sur la culture, je ne peux donc rien d&#233;cider tant que ce d&#233;bat n'est pas tranch&#233; !&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce d&#233;bat, qui fait suite au &#034;d&#233;bat national sur la culture&#034; officiellement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je dispose d'un autre indice objectif de sa probable bonne volont&#233; personnelle, en tout cas, de sa bonne disposition &#224; mon &#233;gard : en 1983, alors que ma situation statutaire n'&#233;tait toujours pas r&#233;gl&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'&#233;tais d&#233;j&#224; Professeur associ&#233; de berb&#232;re &#224; l'Universit&#233; de Provence &#224; Aix, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il a tent&#233; de &#034;trouver une solution &#224; mon cas personnel&#034; en me d&#233;tachant &#224; plein temps au CRAPE : je d&#233;tiens encore l'arr&#234;t&#233; &lt;i&gt;sign&#233; de sa main&lt;/i&gt;, dat&#233; du 20 avril 1983 (!), jour o&#249; il m'a re&#231;u au minist&#232;re en pr&#233;sence de Y. Nacib.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Mais notre &#034;strat&#233;gie acad&#233;mique&#034; fut double : &#224; la fin de l'ann&#233;e 1980, lorsqu'il nous est apparu que l'Enseignement sup&#233;rieur &#034;tra&#238;nait en longueur&#034;, voire &#034;nous menait en bateau&#034; et ne se d&#233;cidait pas &#224; honorer ses promesses, nous d&#233;cid&#226;mes, d'ouvrir un &#034;second front&#034; en organisant une &#034;pression par la base&#034; sous la forme de meetings, cycles de conf&#233;rences et &#034;cours sauvages&#034; partout o&#249; la mobilisation des &#233;tudiants le permettait. En fait, l'initiative avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; lanc&#233;e &#224; Tizi-Ouzou d&#232;s la rentr&#233;e d'octobre 1980 et des cours &#034;sauvages&#034; r&#233;guliers s'y d&#233;roulaient sans probl&#232;me particulier : il y avait sur place plusieurs enseignants d&#233;j&#224; bien form&#233;s et exp&#233;riment&#233;s comme Ramdane Achab, Idir Ahmed-Za&#239;d&#8230; Je m'y rendais quasiment toutes les semaines et nous tenions des r&#233;unions techniques tr&#232;s studieuses de notre &#034;Comit&#233; Provisoire pour l'Enseignement et la Recherche en Berb&#232;re&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Formellement mis en place &#224; l'occasion d'une AG qui s'est tenue le 19 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sur les programmes et contenus des enseignements. J'ai notamment souvenir d'une s&#233;ance du 29 janvier 1981, &#224; laquelle participait une trentaine d'enseignants de Tizi-Ouzou, dont R. Stambouli, qui a envisag&#233; une int&#233;gration &lt;i&gt;de facto &lt;/i&gt;de ces enseignements dans les cursus officiels et la mise en place d'un magister. Pour ce qui est d'Alger, o&#249; les choses se mettent en place un peu plus tard, &#224; partir du second semestre (en f&#233;vrier 1981), il me semble me souvenir que cette forme d'action visait &#233;galement &#224; contourner les difficult&#233;s rencontr&#233;es par les collectifs de la r&#233;gion d'Alger &#224; organiser de grands rassemblements sur la voie publique, les tentatives de manifestations &#233;tant durement et imm&#233;diatement r&#233;prim&#233;es &#224; Alger. Il y avait donc un d&#233;calage net entre les possibilit&#233;s d'action en Kabylie et &#224; Alger et les enceintes universitaires apparaissaient comme pouvant permettre de maintenir une pression revendicative &#224; Alger et de &#034;d&#233;senclaver la Kabylie&#034;.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Ce fut alors, jusqu'au 19 mai 1981 lorsque les autorit&#233;s d&#233;cid&#232;rent d'arr&#234;ter les principaux acteurs des collectifs &#233;tudiants alg&#233;rois, un v&#233;ritable floril&#232;ge de conf&#233;rences-d&#233;bats dans de tr&#232;s nombreuses enceintes universitaires (facult&#233;s et &#233;coles d'ing&#233;nieurs, cit&#233;s universitaires&#8230;) de la r&#233;gion d&#8216;Alger, avec une assistance toujours nombreuse (plusieurs centaines de personnes, voire plus d'un millier) et motiv&#233;e : les d&#233;bats et s&#233;ances de questions-r&#233;ponses &#233;taient interminables. Il &#233;tait difficile de r&#233;pondre &#224; la demande car des comit&#233;s locaux &#233;tudiants se mettaient en place un peu partout, d'Alger &#224; Boumerdes et nous demandaient l'organisation de conf&#233;rences. Le clou fut certainement le &#034;cours sauvage&#034; de la Facult&#233; des Lettres d'Alger-centre qui se tenait r&#233;guli&#232;rement dans le grand amphi bond&#233; de l'immeuble historique de la v&#233;n&#233;rable institution. A l'une des s&#233;ances (celle du 13 avril 1981), M. Mammeri m'avait accompagn&#233; et &#233;tait intervenu, mais g&#233;n&#233;ralement je les ai assur&#233;es seul. Au meeting du 20 avril 1981 organis&#233; &#224; la Facult&#233; centrale, nous e&#251;mes l'immense honneur d'avoir &#224; la tribune parmi nous Kateb Yacine, dont l'engagement historique pour &lt;i&gt;tamazi&#947;t &lt;/i&gt;ne s'est jamais d&#233;menti. L'initiative faisait rapidement t&#226;che d'huile et des &#034;cours sauvages&#034; r&#233;guliers se mettaient en place ailleurs, &#224; l'universit&#233; scientifique de Bab Ez-Zouar, dans certaines &#233;coles d'ing&#233;nieurs et autres &#233;tablissements d'enseignement sup&#233;rieur, &#224; l'initiative de militants, souvent anciens &#233;tudiants de Mammeri&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je crois me souvenir notamment d'un cours assur&#233; par Mustapha Benkhemou.&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
C'est dans cette m&#234;me dynamique que furent officiellement d&#233;pos&#233;s les statuts constitutifs de deux associations culturelles, la premi&#232;re &#224; Tizi-Ouzou, la seconde &#224; Alger, dont l'objet &#233;tait de &#034;promouvoir les langues et cultures populaires&#034;. Il faut se souvenir qu'&#224; l'&#233;poque le droit d'association, de fait, n'existait pas en Alg&#233;rie puisqu'il &#233;tait soumis au r&#233;gime de l'&lt;i&gt;agr&#233;ment pr&#233;alable&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ordonnance 71-79 du 03/12/1971.&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et que toutes les associations devaient se placer sous l'&#233;gide du parti unique (et donc obtenir son aval). En cons&#233;quence, depuis l'ind&#233;pendance, aucune association culturelle travaillant dans le domaine berb&#232;re n'avait pu se constituer. Bien que port&#233;s par des noms prestigieux, ces projets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'association d'Alger (&#034;Amuggar&#034;), dont les statuts furent d&#233;pos&#233;s par mes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ne re&#231;urent bien entendu aucune suite. Nous n'en f&#251;mes pas surpris mais notre but &#233;tait, comme dans l'enceinte de l'Universit&#233;, de mettre les autorit&#233;s au pied du mur en les contraignant soit &#224; autoriser, soit &#224; r&#233;primer clairement nos initiatives pacifiques, et donc &#224; &#034;interdire la culture&#034;.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Je ne me rappelle pas d'affrontements ou de tentatives d'intervention de la police pour emp&#234;cher ces rassemblements, toujours pacifiques, qui tendaient &#224; tisser en quelque sorte une &#034;universit&#233; berb&#232;re libre&#034;. N&#233;anmoins la surveillance polici&#232;re &#233;tait permanente et la hi&#233;rarchie universitaire nous faisait r&#233;guli&#232;rement &#233;tat de rapports tr&#232;s d&#233;favorables et de l'intervention imminente des forces de l'ordre pour mettre fin &#224; ces rassemblements de &#034;&lt;i&gt;propagande politique&lt;/i&gt;&#034;. Il est certain que les hi&#233;rarques universitaires et minist&#233;riels, qui &#233;taient dans leur grande majorit&#233; proches du FLN ou du courant &#034;pagsiste&#034; (ex-communistes ralli&#233;s au r&#233;gime) ne voyaient pas d'un bon &#339;il cette agitation &#034;berb&#233;riste&#034; et attendaient avec impatience l'intervention de la police. D'autres acteurs-t&#233;moins plus inform&#233;s que moi pourront rappeler le contexte et les circonstances pr&#233;cises qui ont conduit aux arrestations de mai 1981 et &#224; la fin de cette exp&#233;rience. Il me semble me souvenir, sans pourtant pouvoir &#234;tre tout &#224; fait affirmatif, que ce fut une tentative de manifestation en dehors de l'enceinte universitaire, puis des heurts, sans gravit&#233; particuli&#232;re, avec des groupes d'&#233;tudiants &#034;arabistes&#034; du FLN &#8210; tr&#232;s certainement des agents provocateurs de la police &#8210; qui a servi de pr&#233;texte &#224; l'intervention des forces de l'ordre et l'arrestation des principaux membres du collectif des &#233;tudiants d'Alger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont Arezki A&#239;t-Larbi qui avait &#233;t&#233; mon &#034;contact&#034; permanent et la cheville (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de Bougie.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Pour ce qui me concerne en tout cas, je peux t&#233;moigner que je n'ai jamais &#233;t&#233; s&#233;rieusement inqui&#233;t&#233; &#224; l'&#233;poque, ni par la police ou la justice, ni par ma hi&#233;rarchie universitaire qui aurait pu ais&#233;ment engager contre moi une proc&#233;dure disciplinaire puisque je m'&#233;tais, tout &#224; fait formellement, mis en gr&#232;ve&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par un courrier du 10/12/1980, j'ai annonc&#233; &#224; ma hi&#233;rarchie universitaire et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et refusais d'assurer un quelconque service d'enseignement autre qu'en berb&#232;re et que j'occupais sans la moindre autorisation des locaux universitaires pour y donner des cours et conf&#233;rences qui n'&#233;taient pr&#233;vus dans aucun cursus officiel.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Il est certain, l&#224; encore, que ma position d'universitaire, le caract&#232;re pacifique de mon action qui n'a jamais d&#233;bord&#233; du cadre et de l'enceinte universitaire, a &#233;t&#233; une protection efficace. Je dois aussi pr&#233;ciser que j'ai toujours pris soin &#224; ne jamais participer &#224; une quelconque r&#233;union de type organique, ni avec les groupes de militants qui appartenaient &#224; des partis politiques clandestins, ni m&#234;me avec les collectifs &#233;tudiants, y compris ceux qui assuraient l'organisation de mes cours et conf&#233;rences. Mes contacts avec les acteurs du terrain &#233;taient toujours soit individuels, soit totalement publics (au moment des cours ou d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales par exemple). Je m'&#233;tais sur ce point construit une doctrine absolument intangible : refuser toute action ou r&#233;union clandestine et assumer publiquement et partout mes positions et engagements. C'est sans aucun doute l'une des clefs de compr&#233;hension de la &#034;tol&#233;rance&#034; dont j'ai fait l'objet : je d&#233;fendais pacifiquement des id&#233;es que j'assumais publiquement. Dans une telle configuration, une arrestation, ou m&#234;me une &#034;interdiction professionnelle&#034; comme cela se pratiquait alors beaucoup dans les pays &#034;socialistes&#034;, eut certainement &#233;t&#233; d'un co&#251;t &#233;lev&#233; pour le r&#233;gime alg&#233;rien : au-del&#224; de l'impact symbolique interne qu'aurait pu constituer l'arrestation de l'universitaire berb&#233;risant, les autorit&#233;s alg&#233;riennes craignaient sans doute l'&#233;cho international d'une telle mesure. J'ai pu tr&#232;s concr&#232;tement v&#233;rifier plusieurs fois par la suite combien les responsables alg&#233;riens d'alors &#233;taient encore sensibles &#224; l'image ext&#233;rieure du pays ; un simple article dans Le Monde, une d&#233;p&#234;che de l'AFP a pu suffire &#224; les faire renoncer &#224; une mesure de r&#233;tention ou &#224; une proc&#233;dure judiciaire en cours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce fut notamment le cas en f&#233;vrier-mars 1985 lorsque je fus inculp&#233; pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Certes, comme bien des camarades, j'ai &#233;t&#233; soumis &#224; une surveillance &#233;troite &#8210; celle du CRAPE &#233;tait permanente &#8210;, certes on m'a &#034;transmis&#034; de nombreux messages m'annon&#231;ant une arrestation imminente, une convocation devant le juge, des sanctions disciplinaires, que &#034;les plus hautes instances du parti exigeaient mon arrestation&#034;&#8230; ; certes, j'ai &#233;t&#233; comme beaucoup &#034;intercept&#233;&#034; &#224; plusieurs reprises &#224; l'a&#233;roport d'Alger, &#224; l'arriv&#233;e ou au d&#233;part&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On m'a m&#234;me fait redescendre de l'avion en juin 1980 alors que je me rendais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais je n'ai jamais &#233;t&#233; &#224; cette &#233;poque v&#233;ritablement inqui&#233;t&#233; ou menac&#233;. Et je dois dire qu'&#224; chaque fois que j'ai eu affaire &#224; la police alg&#233;rienne et &#224; ses plus hauts responsables, en 1980 et apr&#232;s, j'ai toujours &#233;t&#233; trait&#233; correctement et, jamais, &#224; l'&#233;poque, je n'ai subi la moindre brutalit&#233; ou menace physique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les menaces physiques viendront beaucoup plus tard, &#224; partir de 2001. Mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette donn&#233;e m&#233;rite d'autant plus d'&#234;tre point&#233;e qu'autour de moi les arrestations ont &#233;t&#233; nombreuses, en 1980-1981 comme plus tard en 1985, et tr&#232;s souvent accompagn&#233;es de s&#233;vices et mauvais traitements. Indiscutablement, les autorit&#233;s ont pratiqu&#233; une r&#233;pression s&#233;lective, assez intelligente, puisqu'on s'est gard&#233; de s'en prendre &#224; l'universitaire connu pour faire porter la pression sur les militants de base ou, surtout, &lt;i&gt;sur les acteurs dont on savait ou supposait qu'ils appartenaient &#224; des organisations politiques clandestines.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Cette volont&#233; arr&#234;t&#233;e d'assumer publiquement nos actions et opinions &#233;taient largement partag&#233;e parmi tous les acteurs ; elle &#233;tait m&#234;me, chez certains, pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai encore en m&#233;moire le souvenir visuel d'Arezki A&#239;t-Larbi distribuant aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette attitude, tout &#224; fait nouvelle en Alg&#233;rie, a d&#251; s&#233;rieusement d&#233;sar&#231;onner les autorit&#233;s et a d&#251; constituer une protection efficace, au moins pendant un moment. Surtout, elle obligeait les autorit&#233;s &#224; s'engager sur un mode r&#233;pressif embarrassant pour elles, habitu&#233;es qu'elles &#233;taient &#224; &#034;&lt;i&gt;r&#233;primer les complots&lt;/i&gt;&#034; et les &#034;&lt;i&gt;organisations clandestines t&#233;l&#233;guid&#233;es de l'&#233;tranger&lt;/i&gt;&#034; ; elle a permis de limiter au maximum les arrestations et d&#233;tentions arbitraires extra-judiciaires, qui avaient &#233;t&#233; jusque l&#224; quasiment la r&#232;gle en mati&#232;re de r&#233;pression de &#034;d&#233;lits politiques&#034;. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Aussi, au-del&#224; de mon cas personnel, la r&#233;pression du printemps 1980 n'a pas &#233;t&#233; aussi radicale et sanglante que l'on pouvait le redouter : que mes amis et compagnons de l'&#233;poque, mes parents, en particulier ceux qui on &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et/ou maltrait&#233;s me pardonnent, mais si l'on juge &#224; l'&#233;chelle de la longue dur&#233;e, &#224; l'&#233;chelle des pratiques ant&#233;rieures et de celles qui suivront durant les d&#233;cennies 1990 et 2000, il faut reconna&#238;tre que la contestation kabyle de 1980 a &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;e avec une certaine mesure. Pour prendre un point de comparaison local, on est rest&#233; tr&#232;s loin des 128 morts du &#034;printemps noir&#034; de 2001. On peut donc aussi analyser cette gestion r&#233;pressive &#034;mesur&#233;e&#034; comme la volont&#233; de certains hauts responsables politiques de ne pas radicaliser une situation per&#231;ue comme potentiellement dangereuse. N'oublions pas que les Kabyles &#233;taient tr&#232;s nombreux dans l'appareil d'Etat alg&#233;rien, &#224; tous les niveaux, ainsi que parmi les &#233;lites intellectuelles et technocratiques, et qu'une r&#233;pression aveugle, non ma&#238;tris&#233;e, aurait pu avoir des cons&#233;quences politiques profondes en provoquant une v&#233;ritable &lt;i&gt;rupture ethnique,&lt;/i&gt; et pousser massivement ces &#233;lites kabyles dans une opposition radicale &#224; l'Etat alg&#233;rien. Au fond, l'Alg&#233;rie officielle n'a pu fonctionner et se maintenir entre 1962 et 1990 que parce qu'elle a su int&#233;grer l'essentiel des &#233;lites kabyles, et &#233;viter leur basculement dans une attitude oppositionnelle qui les aurait amen&#233;es &#224; rejoindre en masse les opposants kabyles historiques au r&#233;gime, Krim Belkacem et/ou A&#239;t-Ahmed. Je suis personnellement persuad&#233; que l'une des lignes d'action permanente des d&#233;cideurs politiques et des services de s&#233;curit&#233; alg&#233;riens entre 1962 et 1989 a &#233;t&#233; d'emp&#234;cher, ou du moins de limiter au maximum, la jonction entre les &#233;lites kabyles et l'opposition historique kabyle. Cette th&#233;orie &#233;claire, si l'on r&#233;fl&#233;chit bien, la gestion globale du terrain berb&#232;re par l'Etat alg&#233;rien.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Une p&#233;riode d'enthousiasme et de confusion&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt; Certes, apr&#232;s la lib&#233;ration des d&#233;tenus et autres gestes d'apaisements du pouvoir (en juin 1980), il y avait un enthousiasme extraordinaire, &#224; l'Universit&#233; comme parmi la population en Kabylie ; les grands rassemblements &#224; Tizi-Ouzou r&#233;unissaient des dizaines de milliers, voire plus de cent milles personnes. N&#233;anmoins des points de fragilit&#233; me sont apparus tr&#232;s t&#244;t. D&#232;s que j'ai pu reprendre le contact avec les principaux acteurs, j'ai pris conscience de certaines limites et probl&#232;mes structurels du mouvement. Il me semble important de pr&#233;ciser ici qu'il ne s'agit pas de ma part d'une analyse &lt;i&gt;a post&#233;riori,&lt;/i&gt; trois d&#233;cennies apr&#232;s les &#233;v&#233;nements, mais bien de r&#233;flexions et notations faites &#034;&#224; chaud&#034;, au moment des &#233;v&#233;nements.&lt;br&gt;
&lt;br&gt; D'une part, j'ai constat&#233;, d&#232;s le mois de &lt;i&gt;juin &lt;/i&gt;et surtout en &lt;i&gt;septembre/octobre&lt;/i&gt; 1980, que le &#034;groupe de Tizi-Ouzou&#034; et beaucoup de mes proches, dont feu M. Mammeri, faisaient preuve d'une euphorie excessive ; la tendance &#233;tait alors &#224; consid&#233;rer que la partie de &#034;bras de fer&#034; avec le pouvoir avait &#233;t&#233; gagn&#233;e. La lib&#233;ration des &#034;meneurs&#034; et l'arr&#234;t des poursuites judiciaires &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme un recul d&#233;cisif des autorit&#233;s ; pour bien des acteurs, tout paraissait d&#233;sormais permis et possible. L'organisation, tout &#224; fait tol&#233;r&#233;e, du s&#233;minaire de Yakouren &#233;tait un signe tangible de ce nouveau rapport de forces. En particulier, tous pensaient que l'ouverture d'un enseignement de berb&#232;re &#224; Tizi-Ouzou et &#224; Alger &#233;tait une chose acquise : j'ai le souvenir pr&#233;cis de vifs &#233;changes &#224; ce sujet avec Mouloud Mammeri (d&#232;s&lt;i&gt; juin&lt;/i&gt; 1980) et Sa&#239;d Sadi (en &lt;i&gt;septembre&lt;/i&gt; 1980). Une rumeur, tr&#232;s certainement distill&#233;e par les services de s&#233;curit&#233;, circulait avec insistance, annon&#231;ant la cr&#233;ation imminente d'un d&#233;partement de berb&#232;re &#224; Alger et Tizi-Ouzou. Beaucoup consid&#233;raient donc que les &#034;objectifs universitaires&#034; &#233;taient d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;s et qu'il fallait d&#233;sormais &#233;largir la lutte &#224; des revendications d&#233;mocratiques plus fondamentales, remettant en cause le syst&#232;me FLN. L'avenir allait montrer combien cette perception &#233;tait illusoire et relevait purement et simplement de l'intoxication polici&#232;re et/ou de l'auto-intoxication. Certes, je ne pr&#233;tends pas que cette erreur d'appr&#233;ciation de la situation ait &#233;t&#233; absolument condamnable, car il faut se replacer dans le contexte de l'&#233;poque : effectivement, c'&#233;tait bien la premi&#232;re fois que le r&#233;gime alg&#233;rien reculait devant un mouvement revendicatif et acceptait la &#034;n&#233;gociation&#034; avec les contestataires. On pouvait donc, dans l'euphorie d'une victoire apparente, penser que les temps &#233;taient venus d'une action et d'objectifs politiques plus ambitieux.&lt;br&gt;
&lt;br&gt; Personnellement, si j'&#233;tais beaucoup plus prudent dans mon &#233;valuation de la situation, c'est &#224; la fois parce que :&lt;br&gt;
&#8210; J'avais observ&#233; que le &lt;i&gt;discours &lt;/i&gt;officiel (notamment la presse) n'avait absolument pas chang&#233; sur le fond, sa phras&#233;ologie &#233;vitant toujours soigneusement toute reconnaissance du berb&#232;re et/ou d'un mouvement revendicatif ext&#233;rieur au syst&#232;me ;&lt;br&gt;
&#8210; La gestion globale de la crise par les autorit&#233;s &#233;tait manifestement de type &#034;manipulatoire&#034; et de &#034;contournement&#034; : en r&#233;ponse &#224; la revendication, on lan&#231;ait par exemple un &#034;d&#233;bat sur la culture&#034; &lt;i&gt;dans le cadre du parti unique FLN,&lt;/i&gt; ce qui impliquait que le monopole et les options de celui-ci pr&#233;vaudraient au final ;&lt;br&gt;
&#8210; Enfin, &#224; partir de la rentr&#233;e, j'observais, au fil des semaines qui passaient, que l'engagement du ministre de l'Enseignement Sup&#233;rieur de &#034;&lt;i&gt;me muter &#224; Tizi-Ouzou&lt;/i&gt;&#034; ne se concr&#233;tisait pas. Or, dans l'ordre des pouvoirs et pr&#233;rogatives d'un ministre, une telle d&#233;cision individuelle &#233;tait normalement une &#034;broutille&#034; qui aurait pu &#234;tre prise en quelques jours m&#234;me en respectant scrupuleusement le formalisme des proc&#233;dures. &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Tr&#232;s vite, pour moi il n'a pas fait de doute qu'il y avait une r&#233;sistance politique s&#233;rieuse et que rien n'&#233;tait acquis. &lt;/i&gt;Ce que la suite des &#233;v&#232;nements allait rapidement confirmer.
&lt;br&gt; &lt;br&gt; Je sais bien que beaucoup d'amis et camarades de Tizi-Ouzou et d'Alger, m&#234;me tr&#232;s proches, pensaient qu'en pr&#244;nant une ligne centr&#233;e sur les objectifs universitaires, je d&#233;fendais alors avant tout des int&#233;r&#234;ts personnels. Ce en quoi ils se sont tromp&#233;s lourdement, quant &#224; mes motivations d'abord, mais surtout quant &#224; l'&#233;valuation des rapports de forces r&#233;els. D&#232;s cette p&#233;riode (&lt;i&gt;septembre/octobre 1980&lt;/i&gt;), mes analyses et appr&#233;ciations personnelles ont commenc&#233; &#224; diverger nettement avec celles du &#034;groupe de Tizi-Ouzou&#034;, en particulier Sa&#239;d Sadi qui avait une tendance tr&#232;s marqu&#233;e &#224; minimiser le r&#244;le de l'Universit&#233; et &#224; opposer les attentes de la &#034;&lt;i&gt;population&lt;/i&gt;&#034; &#224; celles des &#034;&lt;i&gt;universitaires&lt;/i&gt;&#034;, &#034;&lt;i&gt;objectifs &#224; longs termes&lt;/i&gt;&#034; et &#034;&lt;i&gt;objectifs limit&#233;s et sectoriels&lt;/i&gt;&#034;...&lt;br&gt;
&lt;br&gt; D'autre part et concomitamment, les faiblesses organiques et &#034;doctrinales&#034; du mouvement apparaissaient au grand jour. A vrai dire, vu le contexte global, elles &#233;taient sans doute in&#233;vitables : l'absence de vie d&#233;mocratique ne permettant pas aux diff&#233;rents courants et sensibilit&#233;s de s'exprimer et de se positionner clairement l'un par rapport &#224; l'autre, dans le cadre d'un jeu politique pluraliste. Il s'agissait en fait d'un large mouvement de masse, peu structur&#233;, initi&#233; par des &#034;minorit&#233;s agissantes&#034; : un noyau dur FFS &#224; Tizi-Ouzou autour de Sa&#239;d Sadi, des militants du PRS, des militants d'extr&#234;me-Gauche, des militants &#034;ind&#233;pendants&#034; de la culture berb&#232;re, des collectifs universitaires fluctuants, o&#249; tous ces courants pouvaient &#234;tre repr&#233;sent&#233;s. A tout moment, il a donc &#233;t&#233; extr&#234;mement difficile de fixer &#224; la protestation des objectifs clairs et consensuels, autres que ceux qui constituaient le &#034;minimum d&#233;nominateur commun&#034;, notamment la lutte contre la r&#233;pression et pour la lib&#233;ration des personnes arr&#234;t&#233;es. Immanquablement, des divergences au sein des collectifs sont tr&#232;s vite apparues, limitant les capacit&#233;s de r&#233;action et de mobilisation, favorisant l'activisme et la surench&#232;re. Bien entendu, l'infiltration polici&#232;re n'a pas d&#251; arranger les choses !&lt;br&gt;
&lt;br&gt; Une autre faiblesse li&#233;e &#224; cette configuration plut&#244;t confuse tient au fait que beaucoup d'intellectuels kabyles, surtout alg&#233;rois, ont &#233;t&#233; tr&#232;s r&#233;ticents &#224; s'engager dans un mouvement, o&#249;, de fa&#231;on notoire, agissaient des partis politiques clandestins. La crainte de la manipulation et de la r&#233;cup&#233;ration partisane, en particulier par le FFS qui &#233;tait clairement en position h&#233;g&#233;monique dans le mouvement, &#233;tait omnipr&#233;sente ; j'ai eu &#224; Alger de longues et difficiles discussions &#224; ce sujet. Personnellement, je ne consid&#233;rais pas que la pr&#233;sence des &#034;politiques&#034; &#233;tait ill&#233;gitime et elle ne m'a jamais emp&#234;ch&#233; de collaborer avec tous, &#224; partir du moment o&#249; j'assumais mes propres positions publiquement. En tout cas, cette donn&#233;e a s&#233;rieusement limit&#233; l'engagement des intellectuels et a certainement contribu&#233; &#224; l'isolement et au repli progressifs de la contestation sur la seule Kabylie. Il est &#233;vident que ces r&#233;ticences des intellectuels quant &#224; la pr&#233;sence de partis politiques d'opposition dans le mouvement &#233;taient aussi motiv&#233;es par le fait que c'&#233;tait un facteur qui aggravait singuli&#232;rement le risque r&#233;pressif, l'appartenance &#224; (ou le lien avec) une organisation politique clandestine relevant alors directement de la Cour de s&#251;ret&#233; de l'Etat !&lt;br&gt;
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&lt;strong&gt;Une exp&#233;rience personnelle forte&lt;/strong&gt;
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Chaque fois que je me suis d&#233;plac&#233; pour une conf&#233;rence-d&#233;bat sur la langue berb&#232;re j'ai &#233;t&#233; profond&#233;ment &#233;mu par l'accueil toujours chaleureux et attentif que je recevais partout, dans l'Alg&#233;rois, en Kabylie. J'ai pris conscience &#224; ce moment-l&#224; d'une r&#233;alit&#233; assez sp&#233;cifique &#224; la Kabylie, soulign&#233;e d'ailleurs par un observateur ext&#233;rieur, Mohammed Harbi : la (relative) symbiose qui existe dans cette r&#233;gion entre la population, m&#234;me rurale voire analphab&#232;te, et ses &#233;lites. On peut souvent y faire l'exp&#233;rience d'un fort sentiment d'appartenance &#224; une m&#234;me communaut&#233;, quel que soit le niveau socioculturel et le statut des personnes.&lt;br&gt;
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Il est certain que cette mobilisation populaire durable et profonde, cette immersion dans la &#034;Kabylie profonde&#034; fut une r&#233;v&#233;lation pour moi : quelles qu'aient &#233;t&#233; les circonstances personnelles et globales, mon engagement pour le &#034;droit &#224; l'existence berb&#232;re&#034; en a &#233;t&#233; d&#233;finitivement consolid&#233; et, surtout, je me suis toujours efforc&#233; de rester, &#224; travers mes &#233;crits, l'analyste lucide des conditions m&#234;me de cette &#034;p&#233;rennit&#233; berb&#232;re&#034;. C'est cette relation intense avec une r&#233;gion qui m'a imm&#233;diatement amen&#233; &#224; consid&#233;rer qu'il &#233;tait de ma responsabilit&#233; particuli&#232;re d'intellectuel kabyle de t&#233;moigner de cette lutte, d'essayer d'en comprendre les ressorts, d&#233;terminations et limites. C'est ainsi que je d&#233;cidais de d&#233;crire et analyser les &#233;v&#232;nements et dynamiques auxquelles je participais ou que j'observais. Pour &#234;tre tout &#224; fait clair, je pr&#233;cise que ma perspective a toujours &#233;t&#233; &#233;minemment politique ; il ne s'est jamais agi pour moi d'un quelconque &#034;&lt;i&gt;retour au peuple&lt;/i&gt;&#034; romantique, mais de faire tout ce que je pouvais pour sortir cette lutte berb&#232;re kabyle des orni&#232;res et occultations qui avaient celles de l'engagement sans condition de nos parents dans le mouvement national alg&#233;rien, de la crise berb&#233;riste de 1948-49, de l'insurrection arm&#233;e du FFS en 1963 et de bien d'autres &#233;pisodes o&#249; les Kabyles ont servi des int&#233;r&#234;ts &#034;ext&#233;rieurs&#034;, en sacrifiant les leurs propres. En un mot, il s'est toujours agi de d&#233;passer le &#034;complexe kabyle&#034; et de construire une &#034;ligne politique berb&#232;re&#034; autonome. C'est dans cette perspective que j'ai tr&#232;s vite commenc&#233; &#224; publier en France, dans des supports acad&#233;miques de r&#233;f&#233;rence (&lt;i&gt;Annuaire de l'Afrique du Nord, Revue de l'Occident Musulman et de la M&#233;diterran&#233;e, Les Temps Modernes&#8230;&lt;/i&gt;) des textes d'analyse sur le mouvement berb&#232;re. Et c'est dans la m&#234;me lign&#233;e que j'ai initi&#233; en 1983 la s&#233;rie &lt;i&gt;Tafsut - Etudes et D&#233;bats &lt;/i&gt;qui se voulait, &#224; c&#244;t&#233; de la s&#233;rie &#034;normale&#034; de &lt;i&gt;Tafsut &lt;/i&gt;plus li&#233;e &#224; l'actualit&#233; des luttes du terrain, un lieu de r&#233;flexion pour les intellectuels acquis &#224; la d&#233;fense de l'identit&#233; berb&#232;re. Cela n'a pas &#233;t&#233; sans mal et cela ne m'a pas valu que des amis, y compris parmi mes proches de l'&#233;poque, tant il vrai qu'une telle attitude constitue une remise en cause de toute la culture politique alg&#233;rienne et qu'elle oblige &#224; consid&#233;rer sans complaisance les actions pass&#233;es et nos actions pr&#233;sentes, rompant ainsi avec &#034;l'activisme&#034; ambiant. C'est aussi ce qui m'a amen&#233;, beaucoup plus tard, &#224; d&#233;fendre l'id&#233;e de l'autonomie de la Kabylie, parce qu'elle m'appara&#238;t comme &#233;tant une condition &lt;i&gt;sine qua non &lt;/i&gt;de cette survie berb&#232;re.
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&lt;p&gt;Le &#034;Printemps berb&#232;re&#034; de 1980 n'a certes pas permis d'avanc&#233;es institutionnelles imm&#233;diates en mati&#232;re de langue et de la culture berb&#232;res &#8211; il faudra attendre encore dix ans pour que dessinent les premi&#232;re &#233;volutions concr&#232;tes sur ce terrain &#8211;, mais il a &#233;t&#233; la premi&#232;re l&#233;zarde dans le syst&#232;me FLN qui &#233;touffait le pays ; il a lib&#233;r&#233; la parole et l'action et, surtout, il a remis en cause le &#034;tabou berb&#232;re&#034; qui pesait, non seulement sur l'Alg&#233;rie, mais aussi sur toute l'Afrique du Nord et une grande partie de l'opinion intellectuelle, locale et internationale.&lt;br&gt;
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Il y a quelques ann&#233;es, un observateur de l'extr&#234;me-Gauche fran&#231;ais m'a qualifi&#233; &#034;&lt;i&gt;d'id&#233;ologue du berb&#233;risme&lt;/i&gt;&#034; ; plus r&#233;cemment, un universitaire alg&#233;rien bien en cour m'a trait&#233; de &#034;&lt;i&gt;Kaiser du berb&#232;re donnant ses instructions de Paris&lt;/i&gt;&#034;. Je consid&#232;re ces qualificatifs comme des compliments. Ils attestent que j'ai &#233;t&#233; fid&#232;le &#224; mes engagements et que j'ai rempli le contrat moral et politique que je m'&#233;tais fix&#233; depuis mon adolescence et que le &#034;Printemps berb&#232;re&#034; de 1980 est venu conforter, enraciner d&#233;finitivement.&lt;/p&gt;
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&lt;strong&gt;Article repris avec l'autorisation de l'auteur, Salem Chaker.&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
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Il est paru dans :&lt;i&gt; Avril 80, insurg&#233;s et officiels du pouvoir racontent le &#034;Printemps berb&#232;re&#034;&lt;/i&gt;, Alger, Editions Kou-kou, avril 2010.
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		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Professeur des Universit&#233;s (berb&#232;re), Universit&#233; de Provence / Inalco (salem.chaker@inalco.fr&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je pense, entre autres, &#224; mon ami Rachid Bellil, certainement l'un des meilleurs anthropologues alg&#233;riens, que je connais depuis 1963.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alors que la grande majorit&#233; des camarades kabyles de l'&#233;poque avaient un net tropisme &#034;scientifique&#034; et poursuivront leurs &#233;tudes en sciences exactes, technologie ou m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les premi&#232;res ann&#233;es, &#224; peine plus de 5 personnes, parmi lesquelles, si ma m&#233;moire ne me trahit pas : Mouloud Lounaouci, Mustapha Benkhemou, Amar Zentar, Rachid Bellil&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce cours &#233;tait rattach&#233; &#224; la section d'ethnologie. Mammeri lui-m&#234;me m'a maintes fois affirm&#233; que c'est Ahmed Taleb, ministre du gouvernement issu du coup d'Etat du 19 juin 1965, qui lui a demand&#233; par un coup de t&#233;l&#233;phone &#224; la rentr&#233;e d'octobre 1965, d'assurer ce cours facultatif qui perdurera jusqu'en 1973 ; il y sera mis fin avec la r&#233;forme de l'Enseignement Sup&#233;rieur qui consacra la disparition d&#233;finitive de l'ethnologie, condamn&#233;e comme &#034;sciences coloniale&#034;, dans l'Universit&#233; alg&#233;rienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le syst&#232;me d&#233;rivationnel verbal berb&#232;re (dialecte kabyle)&lt;/i&gt;, Universit&#233; de Paris V - EPHE, Sorbonne, 1973, 2 vol., sous la direction de Lionel Galand. Il s'agissait de la premi&#232;re th&#232;se de linguistique berb&#232;re soutenue par un Alg&#233;rien. Avant moi, Youcef Nacib avait soutenu une th&#232;se Doctorat de 3e Cycle consacr&#233;e &#224; la litt&#233;rature, intitul&#233;e : &lt;i&gt;Po&#233;sies spontan&#233;es du Djurdjura. Etude ethnolinguistique et traduction,&lt;/i&gt; Universit&#233; Paris III (sous la direction d'Andr&#233; Adam), 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui &#233;tait &#224; l'&#233;poque sous-directeur des Lettres et Sciences Humaines &#224; l'Enseignement Sup&#233;rieur. Il deviendra plus tard directeur de l'Office des Publications Universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;'La revendication culturelle berb&#232;re', Les Temps Modernes, n&#176; 432-433, 1982 (voir l'annexe) ; &lt;i&gt;Berb&#232;res aujourd'hui/Imazighen ass-a&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan/Alger, Bouch&#232;ne, 1989 (1&#232;re &#233;dition), voir l'annexe du chap. 9, &#034;Le berb&#232;re dans l'Universit&#233; alg&#233;rienne&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt;, n&#176; 432-433, 1982 ; &#034;Alg&#233;rie : espoirs et r&#233;alit&#233;s&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A l'occasion de la parution de son ouvrage &lt;i&gt;Po&#232;mes kabyles anciens&lt;/i&gt;, Paris, Masp&#233;ro/La D&#233;couverte, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De nombreux acteurs de la contestation, notamment des universitaires, qui n'avaient pas pu &#234;tre arr&#234;t&#233;s le 20 avril &#233;taient entr&#233;s en clandestinit&#233; et &#233;taient recherch&#233;s par la police. Ce fut le cas de mon fr&#232;re Rachid. Gr&#226;ce &#224; des amis tr&#232;s s&#251;rs, j'ai pu d'ailleurs maintenir le contact avec lui pendant sa fuite. Personnellement, j'ai pu prendre l'avion, sans encombre, le 21 ou le 22 avril pour la France avec ma famille. J'y suis rest&#233; jusqu'&#224; la fin mai. C'est au cours de ce s&#233;jour que j'ai &#233;tabli mes tout premiers contacts avec Amnesty International &#224; qui j'ai transmis des listes de noms de personnes arr&#234;t&#233;es ou recherch&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dont les actes sont parus sous le titre : &lt;i&gt;Alg&#233;rie : quelle identit&#233; ?&lt;/i&gt; Actes du s&#233;minaire de Yakouren, ao&#251;t 1980, Paris, Imedyazen, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mon fr&#232;re se rendait de nuit &#224; Tizi-Ouzou, pendant la p&#233;riode de Ramadhan ; son v&#233;hicule a &#233;t&#233; heurt&#233; vers minuit par un train de marchandises (non &#233;clair&#233;) sur un passage &#224; niveau non gard&#233; qui traversait &#224; l'&#233;poque la voie rapide (devenue plus tard une autoroute) au niveau de Rouiba. Le train venait de la cimenterie de Meftah et ne circulait que la nuit. Comme beaucoup d'entre nous, mon fr&#232;re devait &#234;tre persuad&#233; que cette voie ferr&#233;e, qu'il connaissait n&#233;cessairement bien puisqu'il empruntait cette route quasiment chaque semaine, &#233;tait d&#233;saffect&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Des r&#233;actions officieuses, positives, m'&#233;taient d&#233;j&#224; parvenues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je rappellerai que depuis plusieurs ann&#233;es d&#233;j&#224;, sous l'aura protectrice de Mouloud Mammeri, nous &#233;tions plusieurs &#224; mener au CRAPE des recherches sur la litt&#233;rature et la langue berb&#232;res, de mani&#232;re tr&#232;s discr&#232;te certes, mais tout &#224; fait officielle puisqu'en tant qu'universitaires nous b&#233;n&#233;ficiions du statut de chercheurs contractuels (et de primes aff&#233;rentes) sur la base d'un programme avalis&#233; par les instances de la recherche alg&#233;rienne, l'ONRS &#224; l'&#233;poque, qui &#233;tait sous l'autorit&#233; du ministre de l'Enseignement Sup&#233;rieur et de la Recherche Scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On en trouve une synth&#232;se dans &lt;i&gt;Alg&#233;rie : quelle identit&#233; ?&lt;/i&gt; Actes du s&#233;minaire de Yakouren, 1981, p. 101-103. Sur le d&#233;tail de ces d&#233;marches et pressions coordonn&#233;es, voir aussi l'annexe de mon articles des &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt; (432-433, 1982) ou celle du chap. 9 de mon &lt;i&gt;Berb&#232;res aujourd'hui/Imazighen ass-a,&lt;/i&gt; 1989 (1&#232;re &#233;dition).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce d&#233;bat, qui fait suite au &#034;d&#233;bat national sur la culture&#034; officiellement annonc&#233; en 1980, aura effectivement lieu au printemps 1981 et d&#233;bouchera sur les &#034;R&#233;solutions sur la culture du Comit&#233; central du FLN&#034;, en juillet 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'&#233;tais d&#233;j&#224; Professeur associ&#233; de berb&#232;re &#224; l'Universit&#233; de Provence &#224; Aix, mais j'&#233;tais encore en poste &#224; l'Universit&#233; d'Alger o&#249; je continuais &#224; refuser d'assurer tout autre enseignement qu'en berb&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Formellement mis en place &#224; l'occasion d'une AG qui s'est tenue le 19 janvier 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je crois me souvenir notamment d'un cours assur&#233; par Mustapha Benkhemou.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ordonnance 71-79 du 03/12/1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'association d'Alger (&#034;&lt;i&gt;Amuggar&lt;/i&gt;&#034;), dont les statuts furent d&#233;pos&#233;s par mes soins le 15 mars 1981, avait pour fondateurs : Kateb Yacine, Mouloud Mammeri, Mohammed Benhamadouche (Ben Mohammed), Abderrahmane Bouguermouh, Nadia Mecheri, Zhor Zerari, Tahar Djaout, Mohammed Issiakhem, Mohammed-Idir A&#239;t-Amrane, Slimane Bena&#239;ssa, Hocine Merabia,, Mahiedine Djender, Mohamed Guerfi et Salem Chaker.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dont Arezki A&#239;t-Larbi qui avait &#233;t&#233; mon &#034;contact&#034; permanent et la cheville ouvri&#232;re de ces &#034;cours sauvages&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par un courrier du 10/12/1980, j'ai annonc&#233; &#224; ma hi&#233;rarchie universitaire et au minist&#232;re que je n'assurerai aucun enseignement si ce n'est en berb&#232;re. Il me semblait inconcevable, apr&#232;s ce qui venait de se produire au printemps, d'accepter d'enseigner la linguistique g&#233;n&#233;rale ou le fran&#231;ais alors que j'&#233;tais titulaire de deux doctorats en linguistique berb&#232;re et que le ministre en personne m'avait promis de mettre en place un cadre pour le berb&#232;re &#224; Tizi-Ouzou.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce fut notamment le cas en f&#233;vrier-mars 1985 lorsque je fus inculp&#233; pour &#034;diffusion de documents subversifs&#034;, intercept&#233; &#224; mon arriv&#233;e &#224; l'a&#233;roport d'Alger et retenu jusqu'&#224; la parution de l'information dans Le Monde et la presse fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On m'a m&#234;me fait redescendre de l'avion en juin 1980 alors que je me rendais &#224; Paris pour une hospitalisation (j'avais d&#233;j&#224; depuis plusieurs ann&#233;es de graves probl&#232;mes ophtalmologiques).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les menaces physiques viendront beaucoup plus tard, &#224; partir de 2001. Mais le contexte est tout autre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ai encore en m&#233;moire le souvenir visuel d'Arezki A&#239;t-Larbi distribuant aux gendarmes de la caserne de Tizi-Ouzou des tracts d'appel &#224; rassemblement, &#034;&lt;i&gt;afin que nul n'en ignore&lt;/i&gt;&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fran&#231;alg&#233;rie : sang, intox et corruption</title>
		<link>http://tamazgha.fr/Francalgerie-sang-intox-et.html</link>
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		<dc:date>2010-04-17T22:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Masin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'on se pose toujours des questions sur le curieux soutien qu'apporte la France au r&#233;gime alg&#233;rien. L'on se demande aussi quel int&#233;r&#234;t a la &#034;R&#233;publique&#034; a soutenir et prot&#233;ger un r&#233;gime aussi corrompu et voyou que le r&#233;gime alg&#233;rien. &lt;br class='autobr' /&gt;
La complicit&#233; de la France va jusqu'&#224; tol&#233;rer sur son sol la pr&#233;sence d'une force polici&#232;re alg&#233;rienne nombreuse. Parmi les missions de cette force polici&#232;re (S&#233;curit&#233; militaire - S.M.) l'infiltration des associations berb&#232;res. Cette strat&#233;gie d'infiltration (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://tamazgha.fr/-Analyses-.html" rel="directory"&gt;Analyses&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'on se pose toujours des questions sur le curieux soutien qu'apporte la France au r&#233;gime alg&#233;rien. L'on se demande aussi quel int&#233;r&#234;t a la &#034;R&#233;publique&#034; a soutenir et prot&#233;ger un r&#233;gime aussi corrompu et voyou que le r&#233;gime alg&#233;rien.&lt;br /&gt;
La complicit&#233; de la France va jusqu'&#224; tol&#233;rer sur son sol la pr&#233;sence d'une force polici&#232;re alg&#233;rienne nombreuse. Parmi les missions de cette force polici&#232;re (S&#233;curit&#233; militaire - S.M.) l'infiltration des associations berb&#232;res. Cette strat&#233;gie d'infiltration et d'occupation du terrain leur permet d'emp&#234;cher une v&#233;ritable organisation du mouvement amazigh (berb&#232;re).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour comprendre tout cela, et d'autres choses encore, nous vous proposons une analyse de Fran&#231;ois G&#232;ze, directeur des Editions &#034;La D&#233;couverte&#034; (Paris), parue dans la revue &lt;i&gt;Mouvements&lt;/i&gt; n&#176; 21-22 de mai 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fran&#231;alg&#233;rie : sang, intox et corruption&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;par&lt;/i&gt; Fran&#231;ois G&#232;ze&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le syst&#232;me de la Fran&#231;alg&#233;rie est sans doute un des secrets les mieux gard&#233;s de la Ve R&#233;publique. C'est un syst&#232;me complexe dont le c&#339;ur est l'argent, celui des &#034;commissions&#034; pr&#233;lev&#233;es par les g&#233;n&#233;raux du &#034;cabinet noir&#034; sur les &#233;changes commerciaux avec l'&#233;tranger.&lt;/i&gt; &lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1999, le voile d'opacit&#233; recouvrant l'atroce guerre civile qui ensanglante l'Alg&#233;rie depuis 1992 commence &#224; se d&#233;chirer. Apr&#232;s les documentaires de France 2 sur le massacre de Bentalha et de Canal Plus sur l'assassinat du chanteur Matoub Loun&#232;s[1], apr&#232;s les livres de Nesroulah Yous et du lieutenant Habib Soua&#239;dia[2], d'autres t&#233;moignages ont confirm&#233;, et au-del&#224;, ce qu'attestaient d&#233;j&#224; ces documents : la responsabilit&#233; &#233;crasante, dans cette trag&#233;die interminable, des hauts responsables de l'arm&#233;e (dirig&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Mohammed Lamari) et des services secrets (le D&#233;partement de renseignement et de s&#233;curit&#233;, DRS, successeur de la S&#233;curit&#233; militaire[3], dirig&#233; par les g&#233;n&#233;raux Mohamed M&#233;di&#232;ne, dit &#171; Tewfik &#187;, et Sma&#239;l Lamari, dit &#171; Sma&#239;n &#187;). Avec les g&#233;n&#233;raux Larbi Belkheir et Khaled Nezzar, les v&#233;ritables &#171; parrains &#187;, ce sont eux que l'on a appel&#233; les &#171; janvi&#233;ristes &#187;, car ils ont &#233;t&#233; les organisateurs du coup d'&#201;tat de janvier 1992. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La manipulation de la violence islamiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
Deux de ces t&#233;moignages, &#233;manant d'anciens officiers du DRS, ont particuli&#232;rement frapp&#233; l'opinion. Celui du colonel Mohamed Samraoui, d'abord, qui, lors d'une longue interview &#224; la cha&#238;ne arabe El Djazira, le 5 ao&#251;t 2001, a notamment d&#233;clar&#233;, d&#233;tails &#224; l'appui : &#171; Les GIA (Groupes islamistes arm&#233;s), c'est la cr&#233;ation du pouvoir : ils ont tu&#233; des officiers, des m&#233;decins, des journalistes et beaucoup d'autres. [...] L'int&#233;r&#234;t des g&#233;n&#233;raux est d'appliquer la politique de la terreur pour casser les revendications l&#233;gitimes du peuple, celle de partager le pouvoir. &#187; Celui du commandant Hichem Aboud, ensuite : si son livre &lt;i&gt;La mafia des g&#233;n&#233;raux,&lt;/i&gt; paru en f&#233;vrier 2002[4], p&#232;che souvent par omission, il n'en contient pas moins de nombreuses r&#233;v&#233;lations qui confirment les nombreux t&#233;moignages d&#233;livr&#233;s depuis 1994 dans la presse occidentale, jusque-l&#224; anonymement, par d'anciens membres des forces de s&#233;curit&#233;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il explique ainsi, notamment : &#171; Comment ces g&#233;n&#233;raux, qui disent sortir des grandes &#233;coles de guerre fran&#231;aises et russes, n'arrivent-ils pas en dix ans &#224; &#233;liminer des bandes ann&#233;es command&#233;es par des t&#244;liers, des marchands de poulets et autres repris de justice ? [...] Ce n'est plus un secret pour personne : le terrorisme int&#233;griste est leur produit, leur instrument et leur alli&#233; le plus s&#251;r pour maintenir leur domination sur le peuple alg&#233;rien. La politique de l'infiltration et de la manipulation est l'arme absolue utilis&#233;e par les services du g&#233;n&#233;ral Tewfik. Les groupes terroristes sont cr&#233;&#233;s et dissous au gr&#233; des conjonctures et des &#233;v&#233;nements [p. 184] [...].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#171; L'int&#233;grisme n'a jamais constitu&#233; un ennemi pour la mafia des g&#233;n&#233;raux. Bien au contraire, ils s'en servent pour perp&#233;tuer leur pouvoir, perp&#233;trer leurs crimes et r&#233;primer toute opposition &#224; leurs desseins. Que d'assassinats, commis &#224; la faveur de cette ambiance marqu&#233;e par la violence et le terrorisme, et mis sur le compte des GIA, qui n'est en fait qu'un produit sorti de leurs laboratoires [p. 186] [...].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#171; &#201;videmment, l'&#233;num&#233;ration des assassinats commis par la mafia des g&#233;n&#233;raux ne peut absoudre les groupes islamiques arm&#233;s de leurs crimes. Cependant, il est utile de rappeler qu'une fraction de ces groupes est la cr&#233;ation des services dirig&#233;s par le g&#233;n&#233;ral-major Tewfik [p. 192] [...]. Il faut rappeler que les GIA se distinguent par l'absence d'un commandement unifi&#233;. Plusieurs bandes de criminels repris de justice ont pris eux aussi l'&#233;tiquette GIA pour perp&#233;trer vols, racket, viols et assassinats. Cependant, les GIA de Djamel Zitouni et de ses successeurs sont, sans le moindre doute, l'&#339;uvre du duo Tewfik-Sma&#239;l [p. 194-195]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#234;tre certain que d'autres t&#233;moignages de ce type viendront, &#224; l'avenir, compl&#233;ter ce tableau, m&#234;me si les g&#233;n&#233;raux d'Alger ne m&#233;nagent aucun effort pour effacer les traces de leurs crimes, notamment en liquidant r&#233;guli&#232;rement ceux qu'ils ont charg&#233; de les commettre et qui &#171; en savent trop &#187;. &lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce contexte, seuls ceux, d&#233;sormais tr&#232;s minoritaires, qui ont choisi de se boucher yeux et oreilles peuvent continuer &#224; croire que la trag&#233;die alg&#233;rienne ne s'explique que par la lutte sans merci, comme on nous le raconte depuis dix ans, entre des &#171; d&#233;mocrates sinc&#232;res &#187; et des islamistes &#171; afghans &#187;. D'ailleurs, ces derni&#232;res ann&#233;es, les analyses n'avaient pas manqu&#233; expliquant comment la d&#233;rive dans la folie sanguinaire du &#171; cabinet noir &#187; alg&#233;rien s'inscrivait dans une tradition historique de manipulation de la violence[5].&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut comprendre que l'opinion occidentale - et fran&#231;aise en particulier -, abus&#233;e par une entreprise de d&#233;sinformation &#224; large &#233;chelle (j'y reviendrai), a pu pendant si longtemps rester relativement indiff&#233;rente au drame &#224; huis clos qui se d&#233;roule &#224; deux heures d'avion de Paris. En revanche, cette explication ne tient pas pour les gouvernements fran&#231;ais qui se sont succ&#233;d&#233; dans la p&#233;riode : ceux-ci sont en effet parfaitement inform&#233;s, par les services de renseignement (DST et DGSE), de la nature r&#233;elle de la &#171; sale guerre &#187;, de la torture g&#233;n&#233;ralis&#233;e, des &#171; escadrons de la mort &#187;, de l'amnistie de fait accord&#233;e aux terroristes par la loi de &#171; concorde civile &#187; (1999), de la mis&#232;re dans laquelle a &#233;t&#233; plong&#233;e la population, de la corruption qui gangr&#232;ne le corps social et permet &#224; une infime minorit&#233; de s'enrichir scandaleusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La DGSE dispose de longue date de moyens d'&#233;coute sophistiqu&#233;s qui lui permettent d'intercepter les communications des forces de s&#233;curit&#233; alg&#233;riennes ; quant &#224; la DST, ses liens &#171; historiques &#187; avec la SM lui ont toujours assur&#233; un excellent niveau d'information sur les actes et les motivations de ses interlocuteurs. Et au-del&#224;, les liens entre responsables politiques et &#233;conomiques des deux pays sont permanents : il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que pour les v&#233;ritables dirigeants alg&#233;riens, la capitale de leur pays est Paris, o&#249; certains s&#233;journent presque plus souvent qu'&#224; Alger...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors, pourquoi le silence de la France, &#171; patrie des droits de l'homme &#187; ? Pourquoi, comme l'indiquait un r&#233;cent appel d'intellectuels europ&#233;ens et alg&#233;riens, tout au long de ces ann&#233;es, les autorit&#233;s fran&#231;aises et europ&#233;ennes ont-elles &#171; pr&#233;f&#233;r&#233; &#034;faire comme si...&#034;. Comme si les gouvernements successifs issus depuis 1992 de coups de force ou d'&#233;lections truqu&#233;es repr&#233;sentaient authentiquement la d&#233;mocratie alg&#233;rienne. Comme si la lutte contre les groupes arm&#233;s islamistes, &#224; quelques &#034;bavures&#034; pr&#232;s, avait &#233;t&#233; men&#233;e avec les armes du droit. Comme si l'&#233;conomie alg&#233;rienne &#233;tait une &#233;conomie &#034;normale&#034;[6] &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; cette question n'est pas simple et implique plusieurs niveaux d'explication &#233;troitement imbriqu&#233;s, que l'on pourrait r&#233;sumer en cinq actes : complicit&#233; historique, cynisme d'&#201;tat, chantage au terrorisme, agit-prop m&#233;diatique, corruption et &#171; r&#233;trocorruption &#187;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Complicit&#233; historique et cynisme d'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier facteur est d'ordre contextuel. Il tient aux liens &#233;troits qui se sont tiss&#233;s depuis l'ind&#233;pendance entre les dirigeants alg&#233;riens et les dirigeants fran&#231;ais. &#192; droite, les gaullistes ont su, par-del&#224; les tensions p&#233;riodiques, entretenir des relations solides avec Alger, sur fond d'int&#233;r&#234;ts communs bien compris, de l'exploitation des hydrocarbures au front anti-am&#233;ricain sur la sc&#232;ne internationale. Les partis de la gauche officielle (PCF et PS), quant &#224; eux, avaient &#224; se faire pardonner leur attitude durant la guerre de lib&#233;ration, lors de laquelle ils avaient soutenu la violence d'&#201;tat contre les &#171; moudjahidines &#187;, ce qui explique le constat dress&#233; par l'historien (et ancien militant du PSU) Bernard Ravenel, dans un article remarquablement document&#233; : &#171; Dans la d&#233;cennie 1971-1981, la gauche fran&#231;aise tout enti&#232;re a donn&#233; son soutien acritique au syst&#232;me de pouvoir construit par Boumediene. Ce faisant, elle lui a attribu&#233; un surcro&#238;t de l&#233;gitimit&#233;. [...] En se limitant pour l'essentiel au niveau de relation acritique d'&#201;tat &#224; &#201;tat, la gauche fran&#231;aise, avec des nuances mais globalement au moins jusqu'en 1988, a l&#233;gitim&#233; le syst&#232;me de pouvoir alg&#233;rien. &#192; ce titre, elle &lt;i&gt;a sa part de responsabilit&#233;&lt;/i&gt; dans les malheurs et les drames d'aujourd'hui[7]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il ne faut pas oublier les v&#233;ritables liens d'amiti&#233; qui ont pu se nouer, pendant la guerre d'Alg&#233;rie, entre la minorit&#233; de gauche et d'extr&#234;me gauche qui apporta courageusement son soutien au FLN, et ses dirigeants de l'&#233;poque. Des liens souvent gard&#233;s intacts et qui ont pu jouer un r&#244;le important dans le soutien apport&#233; par la France &#224; l'Alg&#233;rie officielle ces derni&#232;res ann&#233;es, et dans l'aveuglement d'une partie de la gauche intellectuelle sur la vraie nature du pouvoir militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me niveau d'explication est celui que l'on peut parfois entendre dans les salons feutr&#233;s du Quai d'Orsay : l'Alg&#233;rie est un fournisseur important de la France et de plusieurs &#201;tats de l'Union europ&#233;enne pour le gaz et le p&#233;trole, et il est donc important, pour assurer la s&#233;curit&#233; de ces approvisionnements, qu'elle ne soit pas &#171; destabilis&#233;e &#187; par l'islamisme radical. D'autant qu'une telle d&#233;stabilisation aurait un &#171; effet domino &#187; sur les deux pays voisins, Maroc et Tunisie, o&#249; la &#171; menace islamiste &#187; est &#233;galement pr&#233;sente. Cette crainte &#233;tait tr&#232;s forte en 1989-1991, au moment de la mont&#233;e en puissance du Front islamique de salut (FIS), au point que l'arm&#233;e fran&#231;aise d&#233;cida en 1991 des man&#339;uvres militaires sur les c&#244;tes languedociennes, sur le th&#232;me : comment faire face &#224; un afflux de &#171; boat-people &#187; alg&#233;riens chass&#233;s par une dictature islamiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La version moins euph&#233;mis&#233;e de cette doctrine, comme le relevait l'appel pr&#233;cit&#233;, est la suivante : &#171; Face au &#034;p&#233;ril vert&#034;, mieux vaut soutenir des militaires notoirement corrompus et sanguinaires (c'est la &#034;doctrine Nixon&#034; : &#034;C'est un fils de pute, mais c'est notre fils de pute&#034;, appliqu&#233;e au cas du dictateur chilien Pinochet) &#187;. &lt;br /&gt;
Mais cette explication, si elle joue &#224; l'&#233;vidence un r&#244;le, est loin d'&#234;tre la plus d&#233;cisive. &#192; elle seule, elle ne saurait en effet justifier un soutien aussi constant et d&#233;termin&#233; &#224; l'une des dictatures les plus brutales de ces derni&#232;res d&#233;cennies. D'une certaine fa&#231;on, il s'agit surtout d'un discours de justification - parfois sinc&#232;re, parfois franchement cynique - principalement port&#233; par le &#171; deuxi&#232;me cercle &#187; du pouvoir : celui des &#171; experts &#187;, intellectuels et journalistes influents fascin&#233;s par la raison d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chantage au terrorisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
Au sein du &#171; premier cercle &#187; des d&#233;cideurs politiques fran&#231;ais, d'autres raisons jouent un r&#244;le plus important. La premi&#232;re est certainement le chantage au terrorisme exerc&#233; sur la France par les g&#233;n&#233;raux d'Alger, surtout depuis 1994. &lt;br /&gt;
Rappelons les faits, tels que les &#233;voquait en 1996 Lucile Provost : &#171; Depuis septembre 1993, date &#224; laquelle deux g&#233;om&#232;tres fran&#231;ais avaient &#233;t&#233; tu&#233;s dans l'ouest de l'Alg&#233;rie, les attentats dirig&#233;s contre la France n'ont pas cess&#233;. Certains ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement spectaculaires comme l'enl&#232;vement de trois fonctionnaires consulaires &#224; Alger en octobre 1993, le meurtre de cinq agents de l'ambassade (dont trois gendarmes) par un commando arm&#233; en ao&#251;t 1994, ou le d&#233;tournement d'un Airbus d'Air France en d&#233;cembre 1994. Les attentats sur le sol fran&#231;ais &#224; l'&#233;t&#233; et &#224; l'automne 1995 sont ensuite venus nourrir les craintes d'une exportation de la violence. Apr&#232;s une demi-ann&#233;e de relative tranquillit&#233;, le rapt puis l'ex&#233;cution en mai 1996 de sept moines, dans la r&#233;gion de M&#233;d&#233;a, suivie de l'assassinat de Mgr Pierre Claverie, &#233;v&#234;que d'Oran, le 1er ao&#251;t 1996, ont montr&#233; encore une fois que ni le r&#233;gime ni les groupes arm&#233;s n'avaient renonc&#233; &#224; faire de la France un des enjeux de leur lutte[8]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart de ces crimes ont &#233;t&#233; attribu&#233;s aux Groupes islamistes arm&#233;s (GIA). Pourtant, les informations qui ont filtr&#233; depuis montrent qu'ils rel&#232;vent pour l'essentiel d'une &#171; strat&#233;gie de la tension &#187; mise en &#339;uvre par les services alg&#233;riens, par islamistes manipul&#233;s interpos&#233;s, pour faire pression sur la France et pr&#233;venir toute tentation de sa part de leur retirer son soutien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs phases peuvent &#234;tre distingu&#233;es. Dans les premi&#232;res ann&#233;es (1993-1994), le moins qu'on puisse dire est que pr&#233;vaut une certaine confusion, r&#233;v&#233;latrice des rapports tordus entretenus de longue date entre services fran&#231;ais et alg&#233;riens. Il est en effet pratiquement &#233;tabli que les actions les plus spectaculaires contre la France attribu&#233;es aux GIA dans cette p&#233;riode sont le r&#233;sultat de manipulations, parfois &#233;labor&#233;es en commun entre la SM et certaines branches des services fran&#231;ais, dans le but de &#171; conduire les autorit&#233;s fran&#231;aises &#224; s'engager r&#233;solument aux c&#244;t&#233;s de l'&#201;tat alg&#233;rien dans la logique de r&#233;pression[9] &#187;. Le ministre de l'Int&#233;rieur de l'&#233;poque, M. Charles Pasqua, aurait ainsi jou&#233; un r&#244;le-cl&#233; dans l'affaire du &#171; vrai-faux enl&#232;vement &#187; des trois fonctionnaires du consulat fran&#231;ais, Jean-Claude et Mich&#232;le Th&#233;venot et Alain Fressier, sequestr&#233;s le 24 octobre 1993, puis rel&#226;ch&#233;s, par un commando &#171; islamiste &#187; dirig&#233; par un certain Sid Ahmed Mourad (alias Djaafar el-Afghani) : le r&#233;cit circonstanci&#233; de cet &#233;pisode par les journalistes Roger Faligot et Pascal Krop n'a fait l'objet d'aucun d&#233;menti[10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette affaire a en tout cas &#233;t&#233; le pr&#233;texte de l'&#171; op&#233;ration chrysanth&#232;me &#187; du 4 novembre 1993, vaste rafle conduite par la police dans les milieux islamistes de l'Hexagone. De m&#234;me, &#224; la suite de l'assassinat de cinq Fran&#231;ais le 5 ao&#251;t 1994, dix-sept militants et sympathisants islamistes ont &#233;t&#233; assign&#233;s &#224; r&#233;sidence &#224; Folembray, dans l'Aisne. Et le 12 ao&#251;t 1994, les GIA exigeaient l'arr&#234;t de &#171; tout appui &#187; de Paris au pouvoir alg&#233;rien, faute de quoi ils mena&#231;aient de &#171; frapper violemment les int&#233;r&#234;ts fran&#231;ais &#187;. L'affaire de l'Airbus, en d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e, s'inscrit clairement dans cette s&#233;quence et rel&#232;ve plus que probablement d'une autre manipulation du DRS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1995, on change de registre, car les plus hauts responsables politiques fran&#231;ais semblent consid&#233;rer que les g&#233;n&#233;raux alg&#233;riens sont all&#233;s trop loin. Et ils commencent &#224; mesurer leur soutien. La riposte des &#171; groupes islamistes de l'arm&#233;e &#187; (comme les appelle la rue alg&#233;rienne, depuis des ann&#233;es) est brutale : du 25 juillet au 17 octobre, sept attentats &#224; la bombe, &#224; Paris (RER Saint-Michel, place de l'&#201;toile, boulevard Richard-Lenoir, m&#233;tro Maison-Blanche, RER Mus&#233;e d'Orsay) et dans la r&#233;gion lyonnaise, tuent dix personnes et font des dizaines de bless&#233;s. Dans cette p&#233;riode, on apprend que l'&#171; &#233;mir &#187; des GIA Djamel Zitouni a adress&#233;, le 19 ao&#251;t, une lettre au pr&#233;sident de la R&#233;publique Jacques Chirac l'invitant &#171; &#224; se convertir &#224; l'Islam pour &#234;tre sauv&#233; &#187; et que, par un communiqu&#233; du 7 octobre, il a menac&#233; la France de nouvelles &#171; frappes militaires &#187;. &lt;br /&gt;
Les autorit&#233;s fran&#231;aises re&#231;oivent ces &#171; messages &#187; cinq sur cinq, comme le reconna&#238;t prudemment, d&#232;s juillet 1995, un conseiller du Premier ministre Alain Jupp&#233; : &#171; C'est sans aucun doute le travail des islamistes. Mais qui est derri&#232;re eux ? Peut-&#234;tre un clan de la S&#233;curit&#233; militaire alg&#233;rienne ou du pouvoir qui voudrait nous entra&#238;ner comme alli&#233; dans leur combat contre le terrorisme[11] ? &#187; &lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains responsables fran&#231;ais se poseront cette m&#234;me question apr&#232;s le martyre des sept moines de Tibh&#233;rine en mai 1996. Henri Tincq, le journaliste charg&#233; des questions religieuses au quotidien &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; s'en fera l'&#233;cho dans une enqu&#234;te publi&#233;e en juin 1998 : &#171; La version officielle de la responsabilit&#233; unique de groupes islamiques arm&#233;s est mise en doute, aussi bien dans des cercles eccl&#233;siastiques &#224; Rome que par d'anciens officiers de la s&#233;curit&#233; alg&#233;rienne. Selon des t&#233;moignages r&#233;cents, la s&#233;curit&#233; avait infiltr&#233; les ravisseurs des moines et, parce qu'elle n'aurait pas support&#233; que les services fran&#231;ais entrent eux-m&#234;mes en contact avec les islamistes, l'affaire aurait mal tourn&#233;[12]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces doutes, le leader socialiste Lionel Jospin les exprimera plus globalement, en janvier 1997, cinq mois avant sa nomination au poste de Premier ministre. Celui qui est alors le chef de l'opposition de gauche d&#233;clare, tr&#232;s lucidement, &#233;voquant le drame alg&#233;rien : &#171; On continue &#224; h&#233;siter entre le risque de l'indiff&#233;rence et celui de l'engrenage si on s'exprime trop clairement. Voil&#224;, je crois, les raisons du silence. [...] Il n'est pas question d'une capitulation devant des forces qu'on peut &#224; peine identifier, mais nous devons dire que nous ne sommes pas pr&#234;ts, pour autant, &#224; soutenir le pouvoir alg&#233;rien quoi qu'il fasse. [...] Un gouvernement, qu'il soit de droite ou de gauche en France, peut se demander si certains, ici ou l&#224;, ne pourraient pas &#234;tre tent&#233;s de frapper si nous nous exprimions plus nettement. [...] On peut certes esp&#233;rer qu'en ne disant rien on sera moins touch&#233;. Mais on peut aussi se dire que, si le conflit ne trouve pas de solution, l'accumulation de ces violences est lourde de cons&#233;quences pour le futur. Il faut donc faire des choix[13]... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, en septembre 1997, trois mois apr&#232;s son entr&#233;e en fonction et quelques jours apr&#232;s les grands massacres de civils &#224; Ra&#239;s et Sidi-Youcef, le m&#234;me Lionel Jospin d&#233;clare : &#171; M&#234;me si nous ressentons un sentiment d'horreur et de compassion [...], avons-nous toujours &#224; nous sentir coupables ? La France n'est plus responsable de ce qui meurtrit l'Alg&#233;rie aujourd'hui. Au plan officiel, le gouvernement fran&#231;ais est contraint dans son expression [soulign&#233; par nous]. Prendrait-il des initiatives qu'elles ne seraient pas re&#231;ues, nous le savons[14]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce revirement spectaculaire, rarement relev&#233; &#224; l'&#233;poque, s'explique tr&#232;s trivialement : d&#232;s la constitution du gouvernement de Lionel Jospin en juin 1997, de discrets &#233;missaires de la SM ont expliqu&#233; en substance au Quai d'Orsay et &#224; certains responsables fran&#231;ais que si le gouvernement fran&#231;ais &#171; s'exprimait plus nettement &#187;, il leur serait bien difficile d'emp&#234;cher que &#171; certains, ici ou l&#224; &#187;, soient &#171; tent&#233;s de frapper &#187;. En termes plus crus, que les &#171; Groupes islamistes de l'arm&#233;e &#187; pourraient &#224; nouveau porter leur guerre sur le territoire fran&#231;ais. &lt;br /&gt;
L&#224; encore, le message a &#233;t&#233; re&#231;u. Et le gouvernement a c&#233;d&#233; au chantage. Au lieu de mobiliser la puissance de ses services de police pour traquer les islamistes de l'arm&#233;e pr&#233;sents sur le territoire fran&#231;ais (agents directs de la SM ou militants islamistes manipul&#233;s), il a d&#233;clench&#233; une op&#233;ration diplomatique d'envergure, en particulier au sein de l'ONU, pour contrer la revendication d'une &#171; commission d'enqu&#234;te internationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agit-prop m&#233;diatique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la manifestation du 10 novembre 1997 &#224; Paris, &#224; l'initiative de l'association &#171; Un jour pour l'Alg&#233;rie &#187; et de nombreuses ONG, a mis en avant le mot d'ordre de commission d'enqu&#234;te internationale pour la v&#233;rit&#233; sur les massacres et les violations des droits de l'homme en Alg&#233;rie, visant aussi bien le terrorisme islamique que le pouvoir. Des milliers de personnes sont descendus dans la rue, et la manifestation a eu un impact consid&#233;rable. &lt;br /&gt;
Face &#224; cette initiative, les militaires alg&#233;riens ont pris peur : si la pression de l'opinion internationale parvenait &#224; imposer une &#171; op&#233;ration v&#233;rit&#233; &#187; susceptible de mettre &#224; jour les manipulations de la violence qu'ils exer&#231;aient depuis des ann&#233;es, la base m&#234;me de leur pouvoir et de leur richesse risquait d'&#234;tre gravement &#233;branl&#233;e. Ils ont donc d&#233;clench&#233; une contre-offensive d'envergure, leurs alli&#233;s civils multipliant les contacts avec des personnalit&#233;s et des intellectuels fran&#231;ais[15]. C'est dans ce climat que se sont inscrits un meeting &#224; la Mutualit&#233; le 20 janvier 1998 et une &#233;mission sur la cha&#238;ne franco-allemande Arte, le lendemain, qui ont donn&#233; l'un et l'autre un large &#233;cho aux th&#232;ses des courants &#171; &#233;radicateurs &#187; proches du pouvoir. &lt;br /&gt;
D&#232;s la fin 1997, plusieurs dignitaires du r&#233;gime (dont Ali Haroun, ancien dirigeant de la F&#233;d&#233;ration de France du FLN) sont venus discr&#232;tement &#224; Paris d&#233;livrer la bonne parole &#224; quelques personnalit&#233;s politiques et intellectuelles, surtout de gauche, jug&#233;es influentes. Alors m&#234;me que les tueries redoublaient (plus de 1 000 victimes dans une s&#233;rie de massacres dans l'Ouest du pays), cette d&#233;marche &#233;tait suivie d'un v&#233;ritable ballet de visites, officielles ou non, de personnalit&#233;s fran&#231;aises et europ&#233;ennes en Alg&#233;rie (dont Claude Cheysson, Yvette Roudy, Francis Wurtz, Jack Lang), qui toutes sont revenues en affirmant les m&#234;mes convictions : &#171; Il est clair que ce sont les islamistes, ces fous de Dieu, qui tuent[16] &#187;, et face &#224; eux, &#171; seule la contre-violence est possible[17] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les philosophes Bernard-Henri L&#233;vy et Andr&#233; Glucksmann, les premiers, ont ramen&#233; de leur visite des reportages qui ne passeront pas inaper&#231;us[18] - et vaudront &#224; leurs auteurs un hommage empoisonn&#233; du &#171; parrain &#187; des &#171; janvi&#233;ristes &#187;, le g&#233;n&#233;ral Khaled Nezzar (&#171; Ils ont par leur courage fait conna&#238;tre la v&#233;rit&#233; &#187;, &#233;crira-t-il d&#233;but f&#233;vrier dans &lt;i&gt;El Watan,&lt;/i&gt; avant d'assurer &#171; ces hommes de courage et de conviction &#187; de &#171; son plus grand respect &#187; et de sa &#171; plus haute consid&#233;ration &#187;[19]). &lt;br /&gt;
Mais l'offensive n'a pas &#233;t&#233; que m&#233;diatique. Ainsi, Jack Lang, le pr&#233;sident de la commission des affaires &#233;trang&#232;res de l'Assembl&#233;e nationale, qui r&#233;clamait en novembre 1997 la commission d'enqu&#234;te internationale (c'&#233;tait le bon sens, disait alors &#233;galement Bernard-Henri L&#233;vy), a-t-il d&#233;clar&#233; trois mois plus tard, curieusement, le contraire. C'est qu'entre-temps Jack Lang a rencontr&#233; &#224; Alger les dignitaires du pouvoir, il a donn&#233; des interviews l&#233;nifiantes dans la presse locale[20] et il est revenu en France, expliquant que la commission d'enqu&#234;te &#233;tait inutile. De m&#234;me, en f&#233;vrier 1998, la pr&#233;paration d'une d&#233;l&#233;gation des parlementaires europ&#233;ens a fait l'objet d'une bagarre feutr&#233;e - mais tr&#232;s vive - entre les repr&#233;sentants des ONG de d&#233;fense des droits de l'homme et les &#171; &#233;radicateurs &#187; alg&#233;riens et europ&#233;ens (principalement fran&#231;ais et belges). Ces derniers ont reconnu certaines &#171; bavures &#187; du pouvoir, tout en soulignant que l'essentiel &#233;tait de ne pas d&#233;stabiliser l'arm&#233;e, dernier &#171; rempart &#187; contre l'islamisme. Apr&#232;s la visite, la conclusion du pr&#233;sident de la d&#233;l&#233;gation sera sans surprise : les forces de s&#233;curit&#233; &#171; ne sont pas impliqu&#233;es dans les massacres mais constituent une arm&#233;e mal entra&#238;n&#233;e et mal &#233;quip&#233;e pour lutter contre les formes mutantes de terrorisme[21] &#187;. Une complaisance que la journaliste alg&#233;rienne Salima Ghezali, qui venait justement de recevoir du Parlement europ&#233;en le prix Sakharov des droits de l'homme, jugera en ces termes : &#171; Ainsi l'Europe continue, sans surprise, &#224; ne pas se d&#233;finir et, en fait, &#224; soutenir le r&#233;gime alg&#233;rien &#224; l'instigation de Paris[22]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, dans le m&#234;me temps, les diplomates fran&#231;ais s'activeront discr&#232;tement et efficacement dans les couloirs de l'ONU pour torpiller d&#233;finitivement la revendication d'une commission d'enqu&#234;te internationale pour conna&#238;tre les commanditaires des massacres, qu'avait pourtant soutenue James Rubin, le porte-parole du D&#233;partement d'&#201;tat am&#233;ricain[23]. Ce sinistre &#171; succ&#232;s diplomatique &#187; montrait une nouvelle fois &#224; quel point la France donne le &#171; la &#187; au niveau mondial sur le &#171; dossier alg&#233;rien &#187; : tout se passe comme si, aux yeux des &#201;tats d&#233;mocratiques occidentaux, l'Alg&#233;rie restait, quarante ans apr&#232;s son ind&#233;pendance, une &#171; affaire int&#233;rieure &#187; fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remarquable entreprise de verrouillage a enfin &#233;t&#233; compl&#233;t&#233;e, en France m&#234;me, par la liquidation &#171; en douceur &#187; des dizaines de comit&#233;s de solidarit&#233; avec l'Alg&#233;rie qui s'&#233;taient cr&#233;&#233;s &#224; l'&#233;poque. Cette op&#233;ration a &#233;t&#233; pilot&#233;e par les hommes de la S&#233;curit&#233; militaire pr&#233;sents sur le territoire : des militants &#171; &#233;radicateurs &#187; fran&#231;ais et alg&#233;riens, sans doute pas toujours conscients d'&#234;tre ainsi manipul&#233;s, ont &#233;t&#233; invit&#233;s par des relais civils de la SM &#224; rejoindre ces comit&#233;s qui, sous leur influence, ont progressivement abandonn&#233; le mot d'ordre de commission d'enqu&#234;te internationale - parfois au prix de vifs d&#233;chirements - et ont presque tous disparu en quelques mois, dans la confusion et le d&#233;couragement des militants sinc&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La SM en France&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;pisode illustre un autre &#233;l&#233;ment essentiel du fonctionnement de la &#171; Fran&#231;alg&#233;rie &#187; : la France est sans doute la seule grande d&#233;mocratie au monde &#224; tol&#233;rer sur son sol la pr&#233;sence d'une force polici&#232;re nombreuse d'un &#201;tat &#233;tranger. La SM dispose en effet en France, en permanence, de plusieurs centaines d'agents et de milliers d'indicateurs. Leur r&#244;le premier est la surveillance serr&#233;e de la communaut&#233; alg&#233;rienne immigr&#233;e. Dans les ann&#233;es post-ind&#233;pendance, ils l'assuraient sous le couvert de l'Amicale des Alg&#233;riens en Europe. Depuis les ann&#233;es quatre-vingt, avec l'enracinement des immigr&#233;s dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, cette structure est tomb&#233;e en d&#233;sh&#233;rence, mais la fonction de surveillance, visant &#224; &#233;viter toute structuration d'une opposition au pouvoir dans l'immigration, est toujours une priorit&#233; de la SM. Ses agents sont bien s&#251;rs pr&#233;sents dans les dix-huit consulats, mais ils usent aussi de diverses &#171; couvertures &#187; civiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traditionnellement coordonn&#233;e par un colonel en poste au consulat de Paris, leur action consiste &#224; rep&#233;rer les opposants, &#224; neutraliser les plus actifs (par la r&#233;cup&#233;ration ou les menaces sur la famille rest&#233;e au pays), &#224; infiltrer et noyauter tous les regroupements, m&#234;me les plus anodins (c'est ainsi qu'&#224; l'automne 2001, la &#171; branche fran&#231;aise &#187; de la SM &#224; r&#233;ussi &#224; infiltrer et &#224; faire scissionner l'Association des taxis kabyles de Paris, qui commen&#231;ait &#224; se mobiliser contre la r&#233;pression en Kabylie...). Ce contr&#244;le policier explique dans une large mesure la crainte dans laquelle vivent les Alg&#233;riens de France et leur faible mobilisation face aux horreurs que vivent leurs familles rest&#233;es au pays, dont ils connaissent pourtant parfaitement les responsables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la &#171; seconde guerre d'Alg&#233;rie &#187;, la SM en France a &#233;galement jou&#233; un r&#244;le actif pour relayer, aupr&#232;s de la presse et de la classe politique fran&#231;aise, les op&#233;rations de d&#233;sinformation concoct&#233;es dans les bureaux alg&#233;rois du service d'action psychologique du DRS, dirig&#233; jusqu'&#224; la fin 2001 par le fameux colonel Hadj Zoubir. &lt;br /&gt;
Toutes ces actions sont parfaitement connues des services fran&#231;ais de renseignement, et en particulier de la DST, qui entretient de longue date les meilleurs rapports avec la SM (rappelons simplement l'assassinat en plein Paris, le 8 avril 1987, de l'opposant Ali M&#233;cili : arr&#234;t&#233; deux mois plus tard par la brigade criminelle, son assassin, Abdelmalek Amellou, sera identifi&#233; comme un agent de la SM, commanditaire de l'op&#233;ration ; Amellou sera pourtant rel&#226;ch&#233;, apr&#232;s intervention &#224; &#171; haut niveau &#187; et pourra regagner Alger sans encombres[24]...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Corruption et &#171; r&#233;trocorruption &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le c&#339;ur de ce complexe syst&#232;me de la &#171; Fran&#231;alg&#233;rie &#187; est sans conteste l'argent, celui des &#171; commissions &#187; pr&#233;lev&#233;es par les g&#233;n&#233;raux du cabinet noir sur les &#233;changes commerciaux avec l'&#233;tranger. &lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On le sait, l'&#233;conomie alg&#233;rienne est totalement d&#233;pendante des exportations de p&#233;trole et de gaz, qui repr&#233;sentent 97 % des exportations (et 60 % des recettes fiscales de l'&#201;tat). La production nationale de biens de consommation est sinistr&#233;e et l'essentiel doit &#234;tre import&#233;. Depuis les ann&#233;es quatre-vingt, la poign&#233;e de g&#233;n&#233;raux qui contr&#244;lent le pouvoir a fait passer &#224; une &#233;chelle industrielle le &#171; syst&#232;medescommissions &#187; consistant &#224; pr&#233;lever &#224; leur profit, par divers m&#233;canismes occultes, 10 % &#224; 15 % de ces flux d'exportationet d'importation[25]. Ce que r&#233;sume sobrementencestermes l'ancien ministre du Commerce Sma&#239;l Goumeziane : &#171; De l'aveu m&#234;me du pr&#233;sident de la R&#233;publique, le commerce ext&#233;rieur du pays serait entre les mains de dix &#224; quinze personnes. [...] Par ce biais, on estime qu'un milliard et demi &#224; deux milliards de dollars fuient le pays chaque ann&#233;e. En trente ans, ce sont ainsi quelque 30 &#224; 40 milliards de dollars de richesse nationale qui s'en sont all&#233;s se loger &lt;i&gt;off shore&lt;/i&gt; dans les comptes num&#233;rot&#233;s de quelques banques internationales vertueuses, ou s'investir hors du pays dans l'h&#244;tellerie, dans l'immobilier ou dans le n&#233;goce international[26]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette corruption est le moteur fondamental de la &#171; sale guerre &#187; que les &#171; d&#233;cideurs &#187; militaires m&#232;nent contre leurs compatriotes : sa fonction premi&#232;re est de briser et d'&#171; &#233;radiquer &#187; tous les germes qui pourraient entra&#238;ner le peuple dans une r&#233;volution risquant de mettre fin &#224; leurs privil&#232;ges et de tarir d&#233;finitivement les sources de leur fortune. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce &#171; moteur &#187; ne pourrait fonctionner sans complicit&#233;s en France, premier partenaire commercial de l'Alg&#233;rie, comme l'a rappel&#233; Lucile Provost : &#171; C'est en premier lieu par rapport &#224; la France, aux firmes fran&#231;aises, aux interm&#233;diaires qui travaillent avec elles, que le pouvoir alg&#233;rien organise la mise sous contr&#244;le de l'&#233;conomie. C'est le plus naturel. Les entreprises fran&#231;aises sont sur place, les hommes se connaissent. Ce sont donc de v&#233;ritables r&#233;seaux d'influence politico-&#233;conomiques qui se sont mis en place avec l'ancienne m&#233;tropole et existent encore aujourd'hui. Les Fran&#231;ais ont d'ailleurs b&#233;n&#233;fici&#233;, comme les Alg&#233;riens, des retomb&#233;es de cette &#233;conomie de la d&#233;pendance. Les contrats sur l'Alg&#233;rie &#233;taient r&#233;put&#233;s particuli&#232;rement rentables, la surfacturation &#233;tant couramment de l'ordre de 30 % &#224; 40 %. [...] Les liens entre affaires et politique ne se sont jamais d&#233;mentis, que ce soit &#224; droite ou &#224; gauche[27]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour dire cela plus brutalement : comme l'a montr&#233; l'&#171; affaire Elf &#187; &#224; propos de la Fran&#231;afrique, il n'est pas concevable que ce syst&#232;me de corruption franco-alg&#233;rien, fond&#233; sur les commissions, puisse fonctionner depuis plus de vingt ans sans que des &#171; r&#233;trocommissions &#187; venues d'Alg&#233;rie alimentent les corrupteurs fran&#231;ais et les caisses des partis politiques, ainsi encourag&#233;s &#224; fermer les yeux. Un syst&#232;me qui, assur&#233;ment, fonctionne encore en 2002. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, il est impossible d'en dire plus, car ce syst&#232;me est sans doute l'un des secrets les mieux gard&#233;s de la Ve R&#233;publique. Bien s&#251;r, aucune enqu&#234;te n'a jamais &#233;t&#233; men&#233;e, alors m&#234;me que les services de renseignements n'ignorent rien des nombreuses propri&#233;t&#233;s fran&#231;aises des &#171; janvi&#233;ristes &#187; et de leurs associ&#233;s (cha&#238;nes de restaurants, h&#244;tels, immeubles, bo&#238;tes de nuit, etc.). Et que les bureaux du minist&#232;re des Finances connaissent depuis des ann&#233;es les b&#233;n&#233;ficiaires alg&#233;riens des commissions vers&#233;es par les entreprises fran&#231;aises, puisque celles-ci doivent les d&#233;clarer au Tr&#233;sor pour les d&#233;duire de leurs imp&#244;ts, comme l'a soulign&#233; le journaliste belge Baudouin Loos : &#171; La France est l'un des rares pays europ&#233;ens &#224; autoriser le versement de commissions par ses entreprises dans les transactions commerciales internationales[28]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sang de dizaines de milliers d'Alg&#233;riens a &#233;t&#233; vers&#233; pour que ce syst&#232;me de corruption perdure &#224; l'abri du secret. On comprend donc que ceux qui cherchent &#224; le percer risquent leur vie. L'exemple embl&#233;matique en est - rien moins - celui du pr&#233;sident Mohammed Boudiaf, assassin&#233; le 29 juin 1992 : il est d&#233;sormais attest&#233; que les g&#233;n&#233;raux du &#171; cabinet noir &#187;, qui l'avaient convaincu de prendre la t&#234;te de l'&#201;tat apr&#232;s le putsch de janvier 1992, ont organis&#233; son assassinat parce qu'il avait d&#233;cid&#233; d'enqu&#234;ter en profondeur sur leurs circuits de corruption. Boudiaf avait envoy&#233; &#224; Paris, en juin 1992, cinq officiers de confiance pour obtenir du Premier ministre Pierre B&#233;r&#233;govoy les informations d&#233;tenues par ses services sur ces circuits et leurs b&#233;n&#233;ficiaires[29]. Fin de non recevoir. De retour &#224; Alger, les cinq hommes ont &#233;t&#233; assassin&#233;s, bien s&#251;r par des &#171; islamistes &#187;... Quelques jours apr&#232;s, c'&#233;tait le tour de Boudiaf lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix ans plus tard, rien n'a boug&#233; sur ce plan, le secret reste bien gard&#233;. Mais l'Alg&#233;rie est exsangue, et le &#171; syst&#232;me &#187; est au bout du rouleau, au point que ses protagonistes, apr&#232;s les r&#233;v&#233;lations des livres et des films de 2000-2001, se d&#233;chirent (clan Belkheir contre clan Tewfik) au grand jour, non sans relancer les tueries aveugles d'islamistes manipul&#233;s pour tenter de donner le change. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est plus que probable, dans ce contexte, que des &#171; tra&#238;tres &#187; commencent &#224; &#171; l&#226;cher le morceau &#187; pour se pr&#233;server. Et d&#232;s lors, on peut parier sans risque que, si la v&#233;rit&#233; sur la &#171; Fran&#231;alg&#233;rie &#187; &#233;clate, cela deviendra en France un scandale politique majeur, au c&#244;t&#233; duquel l'&#171; Affaire Elf &#187; fera figure de bluette... Le seul v&#339;u qui puisse &#234;tre formul&#233;, dans cette perspective, est que cela permette d'engager l'indispensable nettoyage des r&#233;seaux de la &#171; Fran&#231;alg&#233;rie &#187;, dont les membres fran&#231;ais (politiques et hommes d'affaires) ont permis trop longtemps aux g&#233;n&#233;raux d'Alger d'agir impun&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;(*) Directeur g&#233;n&#233;ral des &#201;ditions La D&#233;couverte. Article paru dans la revue fran&#231;aise Mouvements, n&#176; 21-22, le 16 mai 2002, dans le cadre d'un dossier &#171; De la Fran&#231;afrique &#224; la mafiafrique &#187; (&lt;a href=&#034;http://www.mouvements.asso.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.mouvements.asso.fr/&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Jean-Baptiste RIVOIRE et Jean-Paul BILLAULT, &lt;i&gt;Bentalha, autopsie d'un massacre&lt;/i&gt; (diffus&#233; en Suisse le 8 avril 1999, dans le cadre de l'&#233;mission &#171; Temps pr&#233;sent &#187; de TSR 1, et en France, dans une version plus longue, le 23 septembre 1999 dans &#171; Envoy&#233; sp&#233;cial &#187;, sur France 2) ; Michel DESPRATX et &lt;i&gt;alii, L'affaire Lounes Matoub, la grande manip,&lt;/i&gt; Canal Plus, 31 octobre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Nesroulah YOUS, &lt;i&gt;Qui a tu&#233; &#224; Bentalha ?,&lt;/i&gt; La D&#233;couverte, Paris, 2000 ; Habib SOUA&#207;DIA, &lt;i&gt;La sale guerre,&lt;/i&gt; La D&#233;couverte, Paris, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Depuis 1962, la S&#233;curit&#233; militaire est le c&#339;ur du pouvoir alg&#233;rien. C'est pourquoi, malgr&#233; son changement d'appellation en 1988, les Alg&#233;riens continuent le plus souvent &#224; la d&#233;signer par son acronyme redout&#233;, la &#171; SM &#187; (sur le r&#244;le de la SM, voir l'impressionnant dossier constitu&#233; par Salah-Eddine SIDHOUM, &#171; La S&#233;curit&#233; militaire au c&#339;ur du pouvoir. Quarante ans de r&#233;pression impunie en Alg&#233;rie, 1962-2001 &#187;, Algeria-watch, septembre 2001 (&lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;http://www.algeria-watch.de/mrv/mrvrepr/repression_1962_2001.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.algeria-watch.de/mrv/mrv...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Hichem ABOUD, &lt;i&gt;La mafia des g&#233;n&#233;raux,&lt;/i&gt; Latt&#232;s, Paris, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Voir notamment : Lahouari ADDI, &#171; L'arm&#233;e alg&#233;rienne confisque le pouvoir &#187;, Le Monde diplomatique, f&#233;vrier 1998 (&lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/md/1998/02/ADDI/10029.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.monde-diplomatique.fr/md...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt; ; Fran&#231;ois GEZE, &#171; Aux origines de la violence &#187;, &lt;i&gt;Mouvements,&lt;/i&gt; nov.-d&#233;c. 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. &#171; L'Alg&#233;rie apr&#232;s le 11 septembre : et les droits de l'homme ? &#187;, &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;http://www.algeria-watch.de/farticle/appel_accord_association.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.algeria-watch.de/farticl...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Bernard RAVENEL, &#171; La gauche fran&#231;aise au miroir de l'Alg&#233;rie &#187;, &lt;i&gt;Mouvements,&lt;/i&gt; nov.-d&#233;c. 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Lucile PROVOST, &#171; Poursuite de la violence, impasses politiques : Paris et Alger entre brouilles et complicit&#233;s &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique,&lt;/i&gt; septembre 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Selon les termes de Jocelyne C&#233;sari, chercheuse au CNRS, dans un article de 1995 fort pertinent, qui ne formulait toutefois pas &#224; l'&#233;poque l'hypoth&#232;se de la manipulation (Jocelyne CESARI, &#171; Les rapports France-Alg&#233;rie : l'effet &#034;Airbus&#034; &#187;, &lt;i&gt;Les Cahiers de l'Orient,&lt;/i&gt; n&#176; 36-37, 1994-1995, p. 179).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Roger FALIGOT et Pascal KROP, &lt;i&gt;DST police secr&#232;te,&lt;/i&gt; Flammarion, Paris, 1999, p. 450-452 ; voir aussi la version, un peu diff&#233;rente, qu'en donne le Mouvement alg&#233;Fran&#231;alg&#233;rie : sang, intox et corruptionrien des officiers libres (MAOL), &#171; L'affaire des otages du consulat fran&#231;ais &#187;, septembre 2000, &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;http://www.anp.org/affairedesotages/affairedesotages.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.anp.org/affairedesotages...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Cit&#233; par Claude ANGELI et St&#233;phanie MESNIER, &lt;i&gt;Sale temps pour la R&#233;publique, 1995-1997,&lt;/i&gt; Grasset, Paris, 1997, p. 81.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Henri TINCQ, &#171; La s&#233;curit&#233; alg&#233;rienne pourrait &#234;tre impliqu&#233;e dans le drame de Tibehirine &#187;, &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 7-8 juin 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Interview &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration,&lt;/i&gt; 27 janvier 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Interview au &lt;i&gt;Monde,&lt;/i&gt; 16 septembre 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Voir Fran&#231;ois GEZE et Salima MELLAH, &#171; Crimes contre l'humanit&#233; &#187;, postface &#224; Nesroulah YOUS, &lt;i&gt;Qui a tu&#233; &#224; Bentalha ?, op. cit.,&lt;/i&gt; p. 293-298.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Yvette ROUDY, &lt;i&gt;El Watan,&lt;/i&gt; 1er mars 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Claude CHEYSSON, &lt;i&gt;L'Express,&lt;/i&gt; 22 janvier 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Bernard-Henri LEVY, &#171; Choses vues en Alg&#233;rie &#187;, &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 8 et 9 janvier 1998 ; &#171; Ce que j'ai vu en Alg&#233;rie &#187;, Carnets de route d'Andr&#233; Glucksmann, documentaire de Malik A&#239;t Aoudia, France 3, 6 mars 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Cit&#233; par Jean-Pierre TUQUOI, &#171; Les succ&#232;s de communication du pouvoir alg&#233;rien &#187;, &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 20 f&#233;vrier 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Il s'est dit convaincu &#171; que la d&#233;mocratie [alg&#233;rienne] a r&#233;ussi &#224; construire un Parlement pluraliste, un Conseil de la nation, &#224; tenir des &#233;lections locales et &#224; donner la parole et la responsabilit&#233; au peuple et la libert&#233; d'expression &#224; la lumi&#232;re d'un pluralisme r&#233;el et un &#201;tat de droit au sens propre du terme &#187; (Reuters, 4 avril 1998).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Cit&#233; par Marcel SCOTTO, &#171; Les d&#233;put&#233;s europ&#233;ens qui se sont rendus &#224; Alger sont hostiles &#224; une enqu&#234;te internationale &#187;, &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 19 f&#233;vrier 1998 ; voir aussi : Andr&#233; SOULIER, &#171; Le d&#233;clic ? &#187;, &lt;i&gt;La Provence,&lt;/i&gt; 21 f&#233;vrier 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;23. &lt;i&gt;Daily Press Briefing released by the Office of the Spokeman,&lt;/i&gt; US Department of State, 6 janvier 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. Voir Hocine A&#207;T-AHMED, &lt;i&gt;L'Affaire M&#233;cili,&lt;/i&gt; La D&#233;couverte, Paris, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Voir &#224; ce sujet l'une des tr&#232;s rares &#233;tudes document&#233;es sur la question : Abderrahim ZEROUALI, &#171; Les circuits de l'argent noir &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; REPORTERS SANS FRONTIERES (&#233;d.), &lt;i&gt;Le drame alg&#233;rien,&lt;/i&gt; La D&#233;couverte, Paris, 1996, p. 112. Ainsi que : Fatiha TALAHITE, &#171; &#201;conomie administr&#233;e, corruption et engrenage de la violence en Alg&#233;rie &#187;, Revue Tiers-Monde, n&#176; 161, septembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. Sma&#239;l GOUMEZIANE, &#171; &#201;conomie alg&#233;rienne : enjeux et perspectives &#187;, intervention au s&#233;minaire du CIPA &#224; Paris le 27 avril 2000, &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;http://www.algeria-watch.de/farticle/tribune/goumeziane.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.algeria-watch.de/farticl...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. Lucile PROVOST, &lt;i&gt;La Seconde Guerre d'Alg&#233;rie,&lt;/i&gt; Flammarion, Paris, 1996, p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. Baudouin LOOS, &#171; L'Europe et l'Alg&#233;rie &#187;, Institut europ&#233;en de l'Universit&#233; de Gen&#232;ve, Gen&#232;ve, 26 mai 1999 (revu et augment&#233; le 13 mars 2000), &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;http://www.algeria-watch.de/farticle/tribune/loos3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.algeria-watch.de/farticl...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. MOUVEMENT ALGERIEN DES OFFICIERS LIBRES (MAOL), &#171; Op&#233;ration Boudiaf &#187;, &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;http://www.anp.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.anp.org&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
, juin 2000.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Article reproduit avec l'autorisation de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La condition de la femme kabyle. Islam, lois et traditions</title>
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&lt;p&gt;Avant d'aller plus loin, je tiens &#224; revenir sur quelques points soulev&#233;s &#224; la suite de ma premi&#232;re r&#233;action concernant le film documentaire de Nadia Zouaoui, Le voyage de Nadia, projet&#233; au Qu&#233;b&#233;c. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord, les conditions de promotion du documentaire. Si pour certains et certaines, la proximit&#233; avec le consulat alg&#233;rien et, accessoirement, l'apparition dans le cadre du Festival du monde arabe rel&#232;vent de l'anecdotique, je n'ai rien &#224; leur dire, j'ai horreur de matraquer les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='http://tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L93xH150/arton1803-e441e.jpg?1774397021' class='spip_logo spip_logo_right' width='93' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avant d'aller plus loin, je tiens &#224; revenir sur quelques points soulev&#233;s &#224; la suite de ma &lt;a href='http://tamazgha.fr/Nadia-Zouaoui-Regard-simpliste-ou-entreprise-revancharde,1784.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;premi&#232;re r&#233;action concernant le film documentaire de Nadia Zouaoui&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le voyage de Nadia,&lt;/i&gt; projet&#233; au Qu&#233;b&#233;c. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Tout d'abord, les conditions de promotion du documentaire. Si pour certains et certaines, la proximit&#233; avec le consulat alg&#233;rien et, accessoirement, l'apparition dans le cadre du &lt;i&gt;Festival du monde arabe&lt;/i&gt; rel&#232;vent de l'anecdotique, je n'ai rien &#224; leur dire, j'ai horreur de matraquer les certitudes. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Ensuite, un pr&#233;tendu &#233;moi parmi la communaut&#233; kabyle de Montr&#233;al qui aurait souhait&#233; que Nadia lave le linge sale en famille. &lt;br&gt;
&#192; ce niveau aussi, je tiens &#224; m'en d&#233;marquer. D'une, je ne suis pas communautariste par une certaine id&#233;e de la citoyennet&#233;. De deux, par temp&#233;rament. Exil&#233;e de fra&#238;che date, je dirais que &#034;mes racines sont dans mes poches&#034;, pour paraphraser un certain &#233;crivain. De plus, la communaut&#233; n'a pas &#224; agir en meute. Par ailleurs, les d&#233;bats publics doivent avoir lieu sur la place publique. La condition de la femme kabyle est un vrai d&#233;bat public et un immense enjeu social et politique. Et les femmes kabyles qui vivent &#224; l'&#233;tranger sont &#224; mieux d'apporter un nouvel &#233;clairage et une certaine exp&#233;rience de libert&#233; et d'autonomie. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Enfin, et c'est ce qui m'importe le plus, par mes propos, j'aurai sugg&#233;r&#233; que la femme kabyle est &#034;libre et &#233;mancip&#233;e&#034;.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&#192; l'heure o&#249; m&#234;me les f&#233;ministes occidentales ne reviennent pas de leur d&#233;sillusion quant &#224; l'&#233;chec du r&#233;cit f&#233;ministe, je me garderai bien de me gargariser de pareils slogans s'agissant de la femme kabyle. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
J'ai soulev&#233; la question de l'obligation de virginit&#233; pour les femmes. Bien entendu que je ne l'approuve pas en ce sens qu'elle constitue une appropriation du corps de la femme et une vision primaire de la sexualit&#233;, o&#249; les rapports de tendresse et d'affection sont inexistants. Qu'est-ce que la nuit de noces si ce n'est une pratique barbare, un viol institutionnalis&#233; ? Exp&#233;rience traumatisante pour la mari&#233;e. Et pour le mari&#233; aussi, d'ailleurs. Il joue son honneur - celui qui n'arrive pas &#224; d&#233;florer la jeune &#233;pous&#233;e est vite tourn&#233; en d&#233;rision - et son argent (les f&#234;tes co&#251;tent cher). Et si j'ai dit que les jeunes filles kabyles ont recours &#224; des strat&#233;gies de ruse pour &#233;chapper &#224; cette fatalit&#233;, c'est pour mettre en relief la m&#233;connaissance du sujet par Nadia lorsqu'elle affirmait qu'une fille universitaire ne peut se marier hors de l'universit&#233;, car elle sera toujours soup&#231;onn&#233;e d'avoir flirt&#233;. C'est tout de m&#234;me hallucinant pareille m&#233;connaissance de la r&#233;alit&#233;. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Je ne pensais pas, d'ailleurs, uniquement &#224; la r&#233;paration de l'hymen, qui est pratiqu&#233;e plut&#244;t par celles qui ont de l'argent et des connaissances, pour les besoins du mariage. Je pensais &#224; la sodomie (et &#224; un degr&#233; moindre les rapports lesbiens) qui est une pratique tr&#232;s r&#233;pandue chez les jeunes filles pour pr&#233;server l'hymen tout en vivant une sexualit&#233; avant qu'elles ne se marient ! &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Autre point : l'enfermement des femmes. D'abord, il serait opportun de faire la nuance entre &#034;enfermement&#034;, qui suppose que la femme est compl&#232;tement clo&#238;tr&#233;e &#224; la maison, et &#034;division sexuelle de l'espace&#034;, pratique plus courante chez les Kabyles et qui n'en est pas moins archa&#239;que. C'est ce principe qui fait que la femme, si elle peut rentrer maintenant dans les magasins, peut aller au march&#233; dans certains endroits, elle n'ira jamais dans un caf&#233; dans les villages kabyles. Et je n'ai pas oubli&#233; que c'est dans les caf&#233;s qu'on scelle la vie des jeunes filles, un jour de march&#233; de pr&#233;f&#233;rence : n'est-ce pas au caf&#233; qu'on lit la &lt;i&gt;fatiha&lt;/i&gt;, le mariage religieux ? &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
L'enfermement des femmes est perceptible dans les bourgs &#171; banlieusardis&#233;s &#187; que sont devenues les petites villes kabyles. C'est d'ailleurs le cas de Tazmalt que montrait le reportage. Ins&#233;curit&#233;, agression, vols y r&#232;gnent, constituant un recul par rapport &#224; la libre circulation des femmes dans les ruelles des petits villages ayant gard&#233; une structure plus traditionnelle. C'est aussi l&#224; qu'on voit appara&#238;tre de plus en plus les hidjabs. En cela, la Kabylie, soci&#233;t&#233; rurale, a un vrai probl&#232;me avec l'urbanit&#233;. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Quant &#224; l'exploitation des femmes du fait de leur travail &#224; l'ext&#233;rieur, c'est d'abord le lot d'une soci&#233;t&#233; sous-d&#233;velopp&#233;e, avec une &#233;conomie de subsistance. Et si le jeune &#171; joue aux dominos &#187; pendant que la m&#232;re ou la s&#339;ur font la corv&#233;e d'eau, il faut dire que, dans la soci&#233;t&#233; kabyle, l'oppression des femmes est aussi, pour beaucoup, reproduite par les femmes elles-m&#234;mes. Ce point, Nadia l'a compl&#232;tement occult&#233;. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
De plus, j'oserai une comparaison : que dire de la double journ&#233;e de la femme, dans la soci&#233;t&#233; occidentale, si ce n'est le d&#233;cor qui diff&#232;re ? Et les conditions &#233;conomiques surtout. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
En fait, les propos de Nadia ne m'ont int&#233;ress&#233; que dans la mesure o&#249; ils m'ont aid&#233; &#224; comprendre sa d&#233;marche f&#233;ministe. D&#233;marche qu'elle a d'ailleurs explicit&#233; dans d'autres &#233;missions et m&#234;me dans le film documentaire, puisque, bien entendu, j'ai fini par le voir.&lt;br&gt;
Le documentaire, en soi, a valeur &#233;vidente de t&#233;moignage. Sans &#234;tre un vrai r&#233;cit de vie, il expose quelques portraits de femmes dans leur intimit&#233;. &lt;br&gt;
Pauvret&#233;, violence conjugale, illettrisme, enfermement, machisme, tout y est pass&#233;. Mais, sans aucune mise en contexte s&#233;rieuse pour comprendre la situation des femmes film&#233;es. En somme, un bon produit d'exportation pour l'&#233;tranger. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Mais pour qui sait regarder, il aurait d&#233;cel&#233; l'&#233;volution historique de la soci&#233;t&#233; kabyle et aurait ais&#233;ment fait le lien entre les conditions socio-&#233;conomiques et la condition des femmes film&#233;es. Celle de Linda, la v&#233;t&#233;rinaire install&#233;e &#224; son compte, qui conduit un 4x4 et qui est issue d'une famille lib&#233;rale et ais&#233;e, n'a rien de comparable avec celle de la r&#233;pudi&#233;e qui a squatt&#233; la terrasse de l'immeuble o&#249; habitent ses parents qui, elle aussi, n'a rien &#224; voir avec la situation plus digne de la femme de plus de 70 ans. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Mais que disent les femmes que Nadia a interrog&#233;es ? Toutes r&#234;vent de libert&#233; qu'elles rattachent na&#239;vement aux &#233;tudes. Je dis &#034;na&#239;vement&#034; puisque l'on sait que les &#233;tudes produisent des ch&#244;meurs en Alg&#233;rie. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Et que dit Nadia ? Que la condition de ces femmes est tr&#232;s difficile &#224; cause des traditions kabyles. Soit, m&#234;me si c'est tr&#232;s r&#233;ducteur. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Nadia affirme que c'est &#034;plus profond&#034; que la religion. Elle affirme &#224; la fin de son documentaire qu'elle a trouv&#233; le chemin de la libert&#233; gr&#226;ce &#224; un islam tol&#233;rant et d'amour. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;J'arrive donc au point de d&#233;saccord avec le message de Nadia, &#224; savoir que les traditions kabyles sont plus compromettantes que la religion musulmane pour &#034;la lib&#233;ration&#034; de la femme kabyle.&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Il n'est nullement dans mon intention de remettre en cause le poids des traditions kabyles dont les cons&#233;quences sont aussi bien dommageables pour la femme que pour l'homme. La soci&#233;t&#233; kabyle n'a pas encore invent&#233; &#034;l'individu&#034;, &#034;le sujet&#034; qui soit libre et autonome. On est donc loin de la citoyennet&#233; moderne, seule garante, &#224; mon sens, des libert&#233;s individuelles et de l'&#233;galit&#233; des sexes. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Il n'est pas aussi question de discuter du choix spirituel de Nadia. Mais, je lui dirai cependant que sa libert&#233;, elle la doit d'abord aux acquis des f&#233;ministes canadiennes qui, elles, pour &#034;se lib&#233;rer&#034;, se sont attaqu&#233;es &#224; la religion. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
De plus, j'ose affirmer que les traditions et la culture kabyles, et c'est le cas de toutes les traditions orales, sont loin d'&#234;tre aussi pernicieuses que la religion qui, elle, constitue un syst&#232;me d'explication du monde plus &#233;labor&#233;, qu'il est difficile d'attaquer car sa parole est &#034;&#233;crite&#034; dans le Livre. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
C'est tout de m&#234;me significatif qu'aucune des femmes interrog&#233;es ne soit satisfaite de son sort. Toutes r&#234;vent de libert&#233;, d'&#233;galit&#233; et d'une meilleure vie. En terme d'ali&#233;nation, il y a pire ! &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
De plus, lorsque j'aborde la question du code de la famille, certaines, si promptes &#224; d&#233;noncer les coutumes, r&#233;torquent que cela ne r&#232;gle rien. Certes, l'abrogation de ce code n'est pas en soi une panac&#233;e pour le changement de la condition de la femme. Mais si on ignore la port&#233;e symbolique des lois sur les mentalit&#233;s, on n'a rien compris &#224; rien. Les soci&#233;t&#233;s avanc&#233;es en terme d'&#233;galit&#233; des sexes, ce sont celles qui l'ont inscrite dans les lois ! Et les plus arri&#233;r&#233;es aussi : l'in&#233;galit&#233; est inscrite dans les lois ! &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Prenons l'article 39 du &lt;i&gt;Code de la famille&lt;/i&gt;. Que dit-il ? La femme est tenue d'ob&#233;ir &#224; son mari et &#224; sa belle famille. La pire des mar&#226;tres kabyles n'aurait pas dit pire. Article 8. Que dit-il ? Que l'homme peut contracter plusieurs mariages. La soci&#233;t&#233; kabyle n'est pourtant pas polygame globalement. &#192; quoi le doivent-elles, les femmes kabyles, ce bonheur de la monogamie ? &#192; la pauvret&#233; des Kabyles, eux qui n'ont pas compris l'esprit de l'islam ? Peut-&#234;tre ! Mais peut-&#234;tre, aussi, &#224; un &#034;dommage collat&#233;ral&#034; des traditions kabyles : le mariage endogame, entre cousins...&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Article 11. Tutelle obligatoire pour la femme qui se marie. Difficile de faire pire en terme de minorisation et d'infantilisme. Article 43 : le divorce est de la facult&#233; de l'homme. La femme peut le demander sous peine d'une liste de conditions plus difficiles &#224; r&#233;unir les unes que les autres. Ou alors, demander s&#233;paration moyennant une r&#233;paration financi&#232;re, telle un esclave qui rach&#232;te sa libert&#233;. Le pire des machistes kabyles n'aurait pas trouv&#233; pire. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Toujours, &#224; propos du divorce, si les p&#232;res ou fr&#232;res kabyles n'encouragent pas leurs filles/s&#339;urs &#224; aller devant les tribunaux, c'est parce qu'il s'agit d'un vrai lieu d'humiliation. D'abord par les propos des juges. Ensuite, sait-on combien on offre de pension alimentaire pour une femme divorc&#233;e avec enfant ? Environ 1000 dinars par ann&#233;e. Et il faut courir pour les avoir. Est-ce une question de &lt;i&gt;nif &lt;/i&gt;(honneur kabyle) ou de dignit&#233; tout simplement ? &lt;br&gt;
On peut continuer. Mais c'est d&#233;j&#224; &#233;loquent ! &lt;br&gt;
&#192; ce stade, on peut ressortir la fameuse exh&#233;r&#233;dation des femmes kabyles. Sur le plan du principe, c'est injuste. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
De mon exp&#233;rience, je n'ai pas beaucoup entendu de femmes se plaindre de ne pas h&#233;riter d'un petit lopin de rocaille. Par contre, des cas de femmes veuves, avec une descendance juste f&#233;minine, dont le logement principal se retrouve entre les mains du fr&#232;re du mari, il y en a beaucoup. Et &#224; cause de quoi ? Du &lt;i&gt;Code de la famille&lt;/i&gt; toujours en vigueur ! &lt;br&gt;
Je ne sais pas si ce code est inspir&#233; d'un islam d'amour ou de d&#233;samour. En revanche, il y est dit qu'il s'inspire de la &lt;i&gt;charia&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;code de jurisprudence musulmane, appel&#233; commun&#233;ment &#034;Loi islamique&#034;&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui ne l'emp&#234;che pas d'&#234;tre in&#233;galitaire, sexiste, archa&#239;que et r&#233;trograde. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Maintenant, pour revenir au lien entre &#034;lib&#233;ration&#034; des femmes kabyles et traditions, interrogez une femme kabyle paysanne, comme celles que nous avons vues dans le reportage, et une ing&#233;nieur d'&#201;tat voil&#233;e. Posez-leur la question : &#234;tes-vous pour le maintien de ce code ? J'imagine l'issue de leurs r&#233;ponses... &lt;br&gt;
C'est en cela que je trouve que tout combat f&#233;ministe qui ne s'attarde pas sur le poids de la religion et l'urgence d'instaurer des lois la&#239;ques est un combat vain et hypocrite. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Quant &#224; dissocier le combat contre les traditions r&#233;trogrades et archa&#239;ques des conditions mat&#233;rielles, historiques et politiques de la soci&#233;t&#233;, c'est un leurre. Au risque de d&#233;plaire &#224; toutes celles qui n'envisagent les questions que sous l'angle des rapports hommes-femmes. &lt;br&gt;
L&#224;, &#231;'en est un autre d&#233;bat&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;&lt;i&gt;Nora L.&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Lire &#233;galement :&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='http://tamazgha.fr/Nadia-Zouaoui-Regard-simpliste-ou-entreprise-revancharde,1784.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;b&gt;Nadia Zouaoui. Regard simpliste ou entreprise revancharde ? &lt;/b&gt;&lt;/a&gt;&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='http://tamazgha.fr/Femmes-Kabyles-femmes-libres-quelle-illusion,1798.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;b&gt;&#034;Femmes Kabyles, femmes libres...&#034; quelle illusion !&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;code de jurisprudence musulmane, appel&#233; commun&#233;ment &#034;Loi islamique&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Une culture de la r&#233;sistance&#034;</title>
		<link>http://tamazgha.fr/Une-culture-de-la-resistance,1529.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://tamazgha.fr/Une-culture-de-la-resistance,1529.html</guid>
		<dc:date>2006-01-01T14:43:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Masin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Nous reproduisons ci-dessous une interview de Salem Chaker accord&#233;e &#224; Dominique Lagarde de l'hebdo-madaire l'Express. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il revient sur les principaux &#233;v&#232;nements qui ont marqu&#233; la Kabylie et souligne l'incapacit&#233; de cette derni&#232;re &#224; atteindre une maturation politique qui lui permette de s'inscrire dans la dur&#233;... &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous tenons &#224; remercier L'Express qui nous a autoris&#233; &#224; publier cette interview. &lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Une culture de la r&#233;sistance&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Professeur de langue et de civilisation berb&#232;res &#224; l'INALCO, &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://tamazgha.fr/-Analyses-.html" rel="directory"&gt;Analyses&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L105xH150/arton1529-f795a.jpg?1774397021' class='spip_logo spip_logo_right' width='105' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous reproduisons ci-dessous une interview de Salem Chaker accord&#233;e &#224; Dominique Lagarde de l'hebdo-madaire l'Express.&lt;br&gt;
Il revient sur les principaux &#233;v&#232;nements qui ont marqu&#233; la Kabylie et souligne l'incapacit&#233; de cette derni&#232;re &#224; atteindre une maturation politique qui lui permette de s'inscrire dans la dur&#233;...&lt;br&gt;
Nous tenons &#224; remercier L'Express qui nous a autoris&#233; &#224; publier cette interview.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;br&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;br&gt;
&lt;center&gt;&lt;b&gt;&#034;Une culture de la r&#233;sistance&#034;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;Professeur de langue et de civilisation berb&#232;res &#224; l'INALCO&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Institut national de langues et des civilisations orientales&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; Paris, Salem Chaker retrace l'histoire de la Kabylie, jalonn&#233;e de r&#233;voltes contre l'occupant, puis contre le pouvoir central.&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;&lt;i&gt;D'o&#249; vient la r&#233;putation qu'a la Kabylie d'&#234;tre une r&#233;gion frondeuse ?&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
De son histoire, ancienne et r&#233;cente. Tout le pass&#233; de la Kabylie est fait d'affrontements avec le pouvoir cen-tral. Cela f&#251;t d&#233;j&#224; le cas au d&#233;but du XVIe si&#232;cle, apr&#232;s l'installation &#224; Alger de l'empire ottoman, puis au 19&#232;me si&#232;cle au moment de la conqu&#234;te fran&#231;aise. C'est l'une des r&#233;gions qui a r&#233;sist&#233; le plus longtemps - elle a &#233;t&#233; conquise en 1857, alors qu'Alger l'&#233;tait en 1830. Sa pacification, ponctu&#233;es de plusieurs r&#233;voltes dont la plus importante en 1871, a &#233;t&#233; des plus difficiles, laborieusement acquise. Les Kabyles ont ensuite jou&#233; un r&#244;le cl&#233; dans l'&#233;mergence du mouvement national alg&#233;rien.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;&lt;i&gt;Furent-ils le fer de lance de la lutte pour l'ind&#233;pendance ?&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Oui, aussi bien sur le plan politique que sur le plan militaire. D&#232;s la fin des ann&#233;es 1920, lorsque na&#238;t le mouvement nationaliste, une majorit&#233; de ses cadres sont des Kabyles. Il en sera de m&#234;me au moment de la cr&#233;ation du Front national de lib&#233;ration (FLN), en 1954. Pendant toute la guerre d'Alg&#233;rie, la Kabylie joue, sur le plan militaire, un r&#244;le qui d&#233;passe largement son poids d&#233;mographique. Il y a donc bien une p&#233;rennit&#233; dans ce qui est une sorte de culture de la r&#233;sistance. C'est d'ailleurs l&#224; une caract&#233;ristique commune &#224; l'ensemble du monde berb&#232;re, qui tient sans doute autant &#224; l'histoire de l'Afrique du nord qu'&#224; la g&#233;ographie de ces r&#233;gions montagneuses.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;&lt;i&gt;D&#232;s 1963, le Front des forces socialistes (FFS) de Hocine A&#239;t-Ahmed conteste l'autorit&#233; du nouveau pouvoir. Peut-on dire de cet &#233;pisode qu'il a &#233;t&#233; la premi&#232;re guerre civile apr&#232;s l'ind&#233;pendance ?&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Je pense que oui, m&#234;me si c'est un &#233;v&#233;nement qui est rest&#233; circonscrit &#224; la Kabylie. Il faut en tous cas souli-gner qu'un an seulement apr&#232;s l'ind&#233;pendance, la Kabylie se retrouve d&#233;j&#224; en conflit ouvert avec le pouvoir qui est install&#233; &#224; Alger. Ce que conteste alors A&#239;t Ahmed c'est l'absence de d&#233;mocratie, le syst&#232;me du parti unique, et la place faite &#224; l'arm&#233;e des fronti&#232;res au d&#233;triment des maquisards de l'int&#233;rieur. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;&lt;i&gt;Il ne s'agit donc pas, &#224; cette &#233;poque l&#224;, d'une revendication identitaire ?&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Explicitement non. Mais le fait que cette r&#233;volte ne concerne que la Kabylie est quand m&#234;me tr&#232;s sympto-matique. En outre, plusieurs des lieutenants d'A&#239;t-Ahmed &#233;taient des berb&#233;ristes affirm&#233;s.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;&lt;i&gt;Il faut en fait attendre 1980 et le printemps berb&#232;re, pour que la revendication kabyle devienne r&#233;el-lement identitaire. Pourquoi si tard ?&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Jusqu'&#224; 1980 cette revendication culturelle ou identitaire n'est port&#233;e que par de petits groupes de militants dont beaucoup d'ailleurs sont repli&#233;s en France. Les choses avancent, mais de mani&#232;re souterraine. En 1979, la cr&#233;ation de l'universit&#233; de Tizi Ouzou permet une concentration, sur place, d'intellectuels et de mi-litants. Cela a sans doute jou&#233; un r&#244;le dans l'av&#232;nement du Printemps berb&#232;re, en 1980. Par ailleurs, 1980, c'est un an apr&#232;s la mort de Houari Boumediene. L'Alg&#233;rie sort de dix-huit ans d'autoritarisme. C'est une &#233;poque charni&#232;re qui suscite beaucoup d'espoir. On esp&#232;re que les choses vont bouger. Il y a un contexte favorable &#224; l'&#233;mergence de nouveaux mouvements.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;&lt;i&gt;Et qu'est-ce qui fait que la r&#233;volte de 2001 est au contraire beaucoup moins identitaire que celle de 1980 ? M&#234;me si la contestation est une fois de plus circonscrite &#224; la Kabylie, ses mots d'ordre expriment une insatisfaction g&#233;n&#233;rale, un ras-le-bol...&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Cela tient, je crois, &#224; la d&#233;t&#233;rioration de la situation &#233;conomique et sociale. Pendant toute la p&#233;riode Boume-diene l'Etat alg&#233;rien, qui avait des moyens consid&#233;rables, a pu redistribuer une partie de la rente p&#233;troli&#232;re. Le pays s'est install&#233; dans la crise &#233;conomique &#224; partir des ann&#233;es 80. Les conditions de vie se sont alors d&#233;grad&#233;es partout, mais cette d&#233;gradation a sans doute &#233;t&#233; plus sensible encore en Kabylie. C'est une r&#233;gion rurale qui cumule un tr&#232;s fort accroissement de la population et un tr&#232;s petit nombre d'emplois. La crise a rendu de plus en plus difficile l'&#233;migration des demandeurs d'emplois vers les grandes villes alg&#233;riennes, d&#233;j&#224; surpeupl&#233;es, tandis qu'au m&#234;me moment la France et les pays europ&#233;ens, terres d'accueil traditionnel-les, fermaient leurs fronti&#232;res. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;&lt;i&gt;On a aussi vu, en 2001, des manifestations de d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des partis &#224; forte implantation ka-byle, comme le RCD (Rassemblement culturel pour la d&#233;mocratie) ou le FFS...&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Oui, parce que, du point de vue de la population, leurs strat&#233;gies - tout &#224; fait diff&#233;rentes, au demeurant, puis-qu'il s'agit d'une strat&#233;gie de collaboration pour le RCD et d'opposition pour le FFS - n'ont rien donn&#233;. Ils n'ont pas &#233;t&#233; capables de pr&#233;senter une perspective cr&#233;dible. Ils ont d&#233;&#231;u, et cela d'autant plus qu'ils ont consacr&#233; une grande partie de leur &#233;nergie &#224; se combattre mutuellement, chacun des deux pr&#233;tendant &#224; l'h&#233;g&#233;monie sur la Kabylie.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;&lt;i&gt;Que repr&#233;sentent les&lt;/i&gt; arouch ?&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Ils ont &#233;t&#233; repr&#233;sentatifs sans doute pendant une ann&#233;e, ou un peu plus, apr&#232;s les &#233;v&#232;nements de 2001. Il y a p&#233;riodiquement comme cela en Kabylie des mouvements de masse, des r&#233;actions spontan&#233;es qui peuvent &#234;tre extr&#234;mement vives, mais qui ne s&#233;cr&#232;te pas de v&#233;ritable strat&#233;gie sur la dur&#233;e. Il suffit alors &#224; l'Etat d'&#234;tre patient pour r&#233;cup&#233;rer, neutraliser, infiltrer, en jouant sur la lassitude. C'est dans cette r&#233;alit&#233; que s'inscrit l'exp&#233;rience des &lt;i&gt;arouch&lt;/i&gt;. On y retrouve cette esp&#232;ce d'inach&#232;vement et d'immaturit&#233; politique qui caract&#233;rise la Kabylie. C'est une r&#233;gion qui g&#233;n&#232;re de mani&#232;re cyclique de grands mouvements de contesta-tion, sans que ceux ci parviennent &#224; un degr&#233; de maturation politique qui leur permette de s'inscrire dans la dur&#233;e. Peut-&#234;tre parce qu'il y a une culture d'opposition, voire de victimisation, mais pas de culture de pro-jet.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;Propos recueillis par Dominique Lagarde&lt;/b&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Interview parue dans l'&#233;dition du 24 novembre 2005 de l'hebdomadaire &#034;L'Express&#034;&lt;br&gt;
&lt;b&gt;Publi&#233;e avec l'aimable autorisation de L'EXPRESS.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Institut national de langues et des civilisations orientales&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'enseignement du berb&#232;re en France : une ouverture incertaine</title>
		<link>http://tamazgha.fr/L-enseignement-du-berbere-en-France-une-ouverture-incertaine,1260.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://tamazgha.fr/L-enseignement-du-berbere-en-France-une-ouverture-incertaine,1260.html</guid>
		<dc:date>2005-06-16T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Masin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Notre objectif ici sera de faire le bilan de l'existant en mati&#232;re d'enseignement du berb&#232;re, d'identifier et d'&#233;valuer les &#233;volutions r&#233;centes et de nous interroger sur les perspectives &#233;ventuelles de d&#233;veloppement. S'agissant d'appr&#233;cier la situation du berb&#232;re en France par rapport &#224; l'Etat et &#224; son intervention dans le domaine, on ne traitera bien entendu que du secteur institutionnel (Education nationale), &#224; l'exclusion du champ associatif. &lt;br class='autobr' /&gt; 1.	Le berb&#232;re en France : l'existant &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://tamazgha.fr/-Analyses-.html" rel="directory"&gt;Analyses&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L55xH79/arton1260-c9536.jpg?1774397021' class='spip_logo spip_logo_right' width='55' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Notre objectif ici sera de faire le bilan de l'existant en mati&#232;re d'enseignement du berb&#232;re, d'identifier et d'&#233;valuer les &#233;volutions r&#233;centes et de nous interroger sur les perspectives &#233;ventuelles de d&#233;veloppement. S'agissant d'appr&#233;cier la situation du berb&#232;re en France par rapport &#224; l'Etat et &#224; son intervention dans le domaine, on ne traitera bien entendu que du secteur institutionnel (Education nationale), &#224; l'exclusion du champ associatif.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1.	Le berb&#232;re en France : l'existant&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Bien que la langue berb&#232;re soit en France, sous diff&#233;rentes vari&#233;t&#233;s r&#233;gionales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par ordre d'importance d&#233;mographique : kabyle, chleuh, rifain et chaou&#239;.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la langue premi&#232;re d'un bon million et demi de personnes, citoyens fran&#231;ais dans leur grande majorit&#233;, elle ne b&#233;n&#233;ficie que d'une prise en charge institutionnelle extr&#234;mement modeste, limit&#233;e presque exclusivement &#224; l'Universit&#233; et &#224; la Recherche scientifique. Si l'on ne tient compte que des personnes en exercice (&#224; l'exclusion des retrait&#233;s et chercheurs ind&#233;pendants), l'inventaire du potentiel berb&#233;risant fran&#231;ais est vite fait.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;A l'Universit&#233;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Il existe &#224; l'Institut National des Langues et Civilisation Orientales de Paris (INALCO) un enseignement de berb&#232;re depuis 1913. Actuellement, cet &#233;tablissement offre un cursus complet, d&#233;livre un dipl&#244;me de premier cycle, deux dipl&#244;mes nationaux de second cycle (Licence et Ma&#238;trise de berb&#232;re), deux dipl&#244;mes de 3e cycle (DEA et Doctorat en &#034;Etudes berb&#232;res&#034;). La Section de berb&#232;re de l'INALCO compte trois enseignants titulaires et dispose en plus de l'&#233;quivalent horaire de deux postes sous la forme d'heures compl&#233;mentaires ou de postes &#224; contrat &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e. Elle accueille, en moyenne, une centaine d'&#233;tudiants, tous cycles confondus.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Deux autres universit&#233;s offrent des enseignements de berb&#232;re, sous la forme de cours optionnels isol&#233;s int&#233;grables dans d'autres cursus litt&#233;raires ; ces enseignements sont toujours assur&#233;s sur la base d'heures compl&#233;mentaires ou de postes pr&#233;caires :&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'Universit&#233; de Paris-VIII (St.-Denis) propose au sein de son D&#233;partement des Langues Minoris&#233;es trois enseignements de berb&#232;re (deux de langue, un de civilisation). Il s'agit d'une situation d&#233;j&#224; ancienne, mise en place au d&#233;but des ann&#233;es 1970.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'Universit&#233; de Provence (Aix-Marseille-I, Centre d'Aix) offre &#233;galement, depuis 1981, deux &#224; trois enseignements optionnels de berb&#232;re (langue et civilisation). La position de l'enseignant a pu varier depuis le d&#233;but de l'exp&#233;rience (professeur associ&#233;, charg&#233; de cours compl&#233;mentaires, actuellement lecteur), mais il s'agit l&#224; aussi toujours de statuts pr&#233;caires.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, certaines universit&#233;s, &#224; Paris ou en province (Paris-V, Paris-III, Toulouse-Le Mirail, Lille-III...) ont pu sporadiquement ouvrir un enseignement optionnel de berb&#232;re au sein de d&#233;partements d'Etudes islamiques ou de linguistique g&#233;n&#233;rale.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Par ailleurs, l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) de Paris dispose de deux Ma&#238;tres de conf&#233;rences titulaires, sp&#233;cialis&#233;s en anthropologie socioculturelle et histoire des Berb&#232;res qui y assurent des s&#233;minaires.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, &#224; l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE-IVe Section) de Paris, il a exist&#233;, jusqu'au d&#233;part &#224; la retraite du titulaire (1988) une direction d'&#233;tudes &#034;Libyque et berb&#232;re&#034;.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;La Recherche&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
L'INALCO dispose de la seule &#233;quipe de recherche berb&#233;risante (Centre de Recherche Berb&#232;re, EA 3577), reconnue par le Minist&#232;re de la Recherche en tant qu'&#171; &#233;quipe d'accueil &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la nomenclature des unit&#233;s de recherche universitaires en France, il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br&gt;
Au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), il n'existe plus d'&#233;quipe de recherche sp&#233;cifiquement berb&#233;risante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a exist&#233; plusieurs &#233;quipes, &#224; Paris et &#224; Aix-en-Provence, pour lesquelles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais plusieurs laboratoires de recherche du secteur des Sciences de l'Homme et de la Soci&#233;t&#233; s'int&#233;ressent au domaine berb&#232;re et disposent en leur sein d'au moins un chercheur sp&#233;cialis&#233; :&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le laboratoire Dynamique du Langage de Lyon (DDL, CNRS-Universit&#233; de Lyon-II) : un chercheur titulaire.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'Institut de Recherches et d'Etudes sur le Monde Arabe et Musulman (IREMAM), d'Aix-en-Provence (CNRS/Universit&#233;s d'Aix-Marseille) : un chercheur titulaire en anthropologie sociale, deux chercheurs associ&#233;s, ainsi qu'un fonds documentaire berb&#232;re important.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le Laboratoire des Civilisations &#224; Tradition Orale (LACITO : CNRS/Universit&#233; de Paris-III) : un chercheur titulaire.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, on recense, dispers&#233;s dans des &#233;quipes de sciences sociales g&#233;n&#233;ralistes de la r&#233;gion parisienne, au moins trois chercheurs titulaires en exercice, sp&#233;cialis&#233;s en anthropologie sociale, dont les Berb&#232;res est l'objet de recherche principal (un cas) ou annexe (deux cas).&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;L'Enseignement secondaire&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Bien qu'il y ait eu, depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980, des exp&#233;riences locales &#224; l'initiative d'enseignants ou d'associations ayant rencontr&#233; une attitude compr&#233;hensive de la part de certains responsables d'&#233;tablissements&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La plus ancienne exp&#233;rience connue est celle du lyc&#233;e Honor&#233; de Balzac &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'existe pour l'instant aucun enseignement stabilis&#233; et officiel de berb&#232;re dans les lyc&#233;es et coll&#232;ges fran&#231;ais.&lt;br&gt;
Pourtant, depuis 1995, une &#233;preuve facultative &lt;i&gt;&#233;crite&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette &#233;preuve &#233;tait auparavant uniquement orale.&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de langue berb&#232;re peut &#234;tre pr&#233;sent&#233;e au Baccalaur&#233;at (s&#233;ries g&#233;n&#233;rales et technologiques). Cette &#233;preuve s'int&#232;gre dans un ensemble de 27 langues, ne faisant pas l'objet d'un enseignement dans les lyc&#233;es, mais qui peuvent &#234;tre pr&#233;sent&#233;es par les candidats, en mati&#232;re suppl&#233;mentaire (seuls les points au-dessus de la moyenne sont pris en compte pour le r&#233;sultat du Bac). Cette &#233;preuve, organis&#233;e au plan national par l'Education nationale, fait l'objet d'une convention entre la Direction des Enseignements Scolaires (DESCO) et l'INALCO qui, chaque ann&#233;e pr&#233;pare les sujets et assure la correction des copies. Depuis 1995, le nombre de candidats en berb&#232;re est progressivement pass&#233; de 1350 &#224; 2250 (session 2004 du Bac) pour toute la France.&lt;br&gt;
En dehors de quelques rares initiatives locales, al&#233;atoire et hors temps scolaire, il n'existe aucune pr&#233;paration &#224; cette &#233;preuve au sein des lyc&#233;es fran&#231;ais : la seule possibilit&#233; de pr&#233;paration pour les candidats est de suivre des cours organis&#233;s par les associations culturelles berb&#232;res de France. Le Centre de Recherche Berb&#232;re de l'INALCO, pour sa part, a diffus&#233; avec l'aide d'une de ces associations, une petite brochure d'information sur l'&#233;preuve et a mis en acc&#232;s libre sur le site Internet de l'INALCO un ensemble d'informations et d'&#233;preuves corrig&#233;es ; des &lt;i&gt;&#171; Annales du Bac &#187;&lt;/i&gt; sont en cours de finalisation et devraient para&#238;tre en 2005.&lt;br class='autobr' /&gt;
En dehors du Baccalaur&#233;at g&#233;n&#233;ral et technologique, une &#233;preuve facultative &lt;i&gt;orale &lt;/i&gt;peut-&#234;tre pr&#233;sent&#233;e par les candidats &#224; divers examens professionnels : Baccalaur&#233;ats professionnels, Brevets Professionnels, Brevets de Techniciens Sup&#233;rieurs... Plus d'une centaine d'&#233;l&#232;ves passent cette &#233;preuve chaque ann&#233;e, principalement en r&#233;gion parisienne. C'est l'INALCO qui fournit les examinateurs pour ces &#233;preuves.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;b&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2.	Le d&#233;bat autour de la Charte europ&#233;enne (1999) : le berb&#232;re &#171; langue de France &#187;&lt;/b&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce document et ce d&#233;bat fran&#231;ais, on se reportera &#224; notre &#233;tude : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Entre juin 1998 et mai 1999, la France a connu un d&#233;bat politique passionnant autour du projet gouvernemental de ratification de la Charte europ&#233;enne des langues r&#233;gionales ou minoritaires. Outre son int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral au plan de la sociolinguistique, ce d&#233;bat a concern&#233; tr&#232;s directement les sp&#233;cialistes des langues de l'Afrique du Nord puisque, pour la premi&#232;re fois, la question du statut des langues d'origine &#233;trang&#232;re - dont le berb&#232;re et l'arabe maghr&#233;bin - a &#233;t&#233; explicitement pos&#233;e et d&#233;battue. Pour la premi&#232;re fois, des documents officiels fran&#231;ais ont propos&#233; de consid&#233;rer le berb&#232;re et l'arabe maghr&#233;bin comme des &#171; langues de la France &#187;.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
A la fin 1997, le gouvernement fran&#231;ais a engag&#233; le processus qui devait normalement mener &#224; la ratification par la France de la Charte europ&#233;enne des langues r&#233;gionales ou minoritaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charte du Conseil de l'Europe, adopt&#233;e &#224; Strasbourg le 2/10/1992 et soumise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Processus long et complexe, que le gouvernement a abord&#233; avec beaucoup de pr&#233;cautions. Avant d'engager la phase finale de signature par le gouvernement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Signature qui est intervenue le 7 mai 1999 &#224; l'occasion du 50e anniversaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puis de pr&#233;sentation d'un projet de loi de ratification par le Parlement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S'agissant d'une convention internationale, seul le vote du Parlement peut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le Premier ministre fran&#231;ais Lionel Jospin s'est entour&#233; de nombreux avis et expertises.&lt;br&gt;
Contrairement &#224; la position traditionnelle, &#224; Gauche comme &#224; Droite de l'&#233;chiquier politique, les experts du gouvernement, G. Carcassonne, puis B. Cerquiglini, ont consid&#233;r&#233; dans leurs rapports que l'adh&#233;sion de la France &#224; la Charte devait se faire en prenant en consid&#233;ration certaines langues d'origine &#233;trang&#232;re issues de l'immigration (des langues &#034;non-territoriales&#034;). G. Carcassonne, qui &#233;voque avec insistance le cas du berb&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#167; 176 : &#171; Ce dernier [le berb&#232;re] est, conjointement avec le fran&#231;ais, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, propose une s&#233;rie de crit&#232;res pr&#233;cis pour qu'il y ait prise en consid&#233;ration d'une langue :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- L'importance d&#233;mographique et la stabilit&#233; de la population :&lt;/i&gt; il faut qu'il y ait un nombre significatif de citoyens fran&#231;ais locuteurs d'une langue pour que celle-ci soit prise en compte. Conform&#233;ment aux dispositions de la Charte, il appartient au Gouvernement de fixer le seuil de la prise en consid&#233;ration, mais &#224; l'&#233;vidence, le berb&#232;re, notamment sa vari&#233;t&#233; kabyle, fait partie des langues solidement implant&#233;es en France qui devraient &#234;tre incluses dans la liste des langues de France.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- L'absence de statut officiel dans un Etat &#233;tranger ; &lt;/i&gt;en effet, la Charte a pour objectif premier de prot&#233;ger des langues menac&#233;es : les langues d'Etats &#233;trangers, comme l'arabe, le portugais, l'espagnol, le polonais ou le vietnamien... ne font manifestement pas partie de cette cat&#233;gorie et aucun risque de disparition ne p&#232;se sur elles. M&#234;me si elles sont bien repr&#233;sent&#233;es en France, l'Etat fran&#231;ais n'a donc pas de devoir ou de responsabilit&#233; de protection &#224; leur &#233;gard et ces langues entrent clairement dans la cat&#233;gorie des langues &#233;trang&#232;res et sont du reste d&#233;j&#224; enseign&#233;es &#224; ce titre par l'Education nationale fran&#231;aise. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Au niveau purement juridique, la d&#233;marche et l'argumentation paraissent solides. Car, &#224; partir du moment o&#249; la constitution fran&#231;aise exclut absolument la reconnaissance de droits de communaut&#233;s linguistiques ou culturelles particuli&#232;res, on voit mal sur quelles bases on pourrait distinguer le cas du breton de celui du kabyle (parl&#233; par plusieurs centaines de milliers de citoyens fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est &#233;vident qu'il y a plus de citoyens fran&#231;ais kabylophones que de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et qui n'est la langue &lt;i&gt;officielle&lt;/i&gt; d'aucun Etat &#233;tranger). La seule distinction possible serait bien s&#251;r de nature historique, mais c'est l&#224; une cat&#233;gorie mal fond&#233;e en droit, et qui pourrait &#234;tre anticonstitutionnelle puisque discriminatoire : un fran&#231;ais de langue kabyle n'est pas moins fran&#231;ais qu'un fran&#231;ais bretonnant ! Les citoyens fran&#231;ais de langue berb&#232;re pourraient donc l&#233;gitimement se tourner vers les juridictions fran&#231;aises et/ou europ&#233;enne pour demander, avec de solides arguments, que leur langue b&#233;n&#233;ficie des dispositions de la Charte, si celle-ci venait &#224; &#234;tre ratifi&#233;e par la France.&lt;br&gt;
Au-del&#224; des arguments de droit, on ne peut que se r&#233;jouir de cette approche nouvelle. Car, c'est en soi un progr&#232;s que de reconna&#238;tre les r&#233;alit&#233;s socioculturelles d'un pays : certaines langues de populations d'origine &#233;trang&#232;res, comme le berb&#232;re, sont parl&#233;es en France par un grand nombre de locuteurs ; elles sont implant&#233;es en France depuis longtemps (Les Kabyles ont commenc&#233; &#224; arriver France d&#232;s le d&#233;but du XXe si&#232;cle) ; ces kabylophones sont largement int&#233;gr&#233;s, aux plans juridique (la grande majorit&#233; d'entre eux est de nationalit&#233; fran&#231;aise, souvent depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations), social et culturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La m&#234;me chose peut &#233;videmment &#234;tre dite, mutatis mutandis, des arm&#233;nophones, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le berb&#232;re est donc, objectivement et durablement une langue de France.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Suite &#224; la censure du Conseil constitutionnel, la Charte europ&#233;enne des langues r&#233;gionales ou minoritaires n'a pas &#233;t&#233; ratifi&#233;e par la France et ne le sera sans doute pas dans un proche avenir, mais le d&#233;bat autour de la Charte a eu le grand m&#233;rite d'ouvrir pour la premi&#232;re fois la discussion sur le statut des langues d'origine &#233;trang&#232;re et d'avoir bouscul&#233;, sur la base du raisonnement juridique et de la r&#233;alit&#233; sociolinguistique, la classique opposition entre &#034;langue territoriales&#034; (= langues r&#233;gionales) et &#034;langues non-territoriales&#034; (= langues d'origine &#233;trang&#232;re). &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
3.	Des fr&#233;missements politiques aux suites incertaines&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Le tournant qu'a constitu&#233; le d&#233;bat autour de la Charte a &#233;t&#233; suivi par diff&#233;rentes annonces et prises de position des politiques fran&#231;ais en faveur de l'enseignement du berb&#232;re ; elles peuvent laisser penser qu'il existe une volont&#233; de donner suite et concr&#233;tisation &#224; ce nouveau statut, tout symbolique, de &#171; langue de France &#187;. On verra que l'approche globale et l'analyse pr&#233;cise des faits am&#232;ne &#224; des conclusions plus nuanc&#233;es.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;La DGLF devient DGLFLF&lt;/i&gt;&lt;BR&gt;
&lt;br&gt;
La seule suite institutionnelle concr&#232;te du d&#233;bat sur la Charte a &#233;t&#233; la transformation de la D&#233;l&#233;gation G&#233;n&#233;rale &#224; la Langue Fran&#231;aise (DGLF) en D&#233;l&#233;gation G&#233;n&#233;rale &#224; la Langue Fran&#231;aise et aux Langues de France (DGLFLF), modification d'une d&#233;nomination qui a traduit une extension du champ d'intervention de cette institution rattach&#233;e au Minist&#232;re de la Culture. Depuis cette modification, des activit&#233;s et recherches concernant des &#171; langues de France &#187; autres que le fran&#231;ais (dont bien s&#251;r le berb&#232;re) sont r&#233;guli&#232;rement soutenues par la DGLFLF. Mais les pr&#233;rogatives de ce cette institution sont limit&#233;es (action culturelle, observation des pratiques linguistiques...) et ne concernent pas l'enseignement.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Les annonces de Jack Lang : f&#233;vrier 2002.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
A quelques semaines des &#233;lections pr&#233;sidentielles et l&#233;gislatives du printemps 2002, Jack Lang, alors Ministre de l'Education nationale, annon&#231;ait des mesures &#171; en faveur de l'enseignement du berb&#232;re dans le secondaire &#187;. S'agissant d'une personnalit&#233; dont l'engagement pour les langues r&#233;gionales et minoritaires est par ailleurs bien connu, cette annonce pouvait a priori &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme s&#233;rieuse et cr&#233;dible. Le contexte politique et la d&#233;marche globale adopt&#233;e par le Minist&#232;re de l'&#233;ducation l'ont rapidement r&#233;duite &#224; l'insignifiance ; d'embl&#233;e, le dossier n'a pas &#233;t&#233; g&#233;r&#233; par le Minist&#232;re dans le cadre de la normalit&#233; acad&#233;mique : l'avis (et l'intervention &#233;ventuelle) de certaines associations culturelles berb&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'est pas sans int&#233;r&#234;t de rappeler que cette initiative du MEN correspond (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; &#233;t&#233; sollicit&#233; en m&#234;me temps que celui de l'INALCO&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouvera le texte des propositions formul&#233;es par nous-m&#234;me sur le site (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et l'hypoth&#232;se d'un CAPES ou d'une int&#233;gration formalis&#233;e de cet enseignement a &#233;t&#233; exclue. En fait, il est imm&#233;diatement apparu que le Minist&#232;re n'envisageait pas de traiter le berb&#232;re dans la perspective d'une int&#233;gration normalis&#233;e au sein de l'Education nationale, mais tout au plus comme une exp&#233;rience marginale et exploratoire. Ce que devait d'ailleurs confirmer quelques semaines plus tard le seul document officiel cons&#233;cutif aux d&#233;clarations de J. Lang : une note de service de la DESCO parue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note de service 2002-059 du 20/03/2002 du Directeur de l'Enseignement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en mars 2002 dans le BOEN rappelait aux recteurs que, dans le cadre des textes et dispositions existantes, ils pouvaient soutenir des exp&#233;riences d'enseignement du berb&#232;re, en dehors du temps scolaire obligatoire pour la pr&#233;paration des &#233;preuves facultatives &#233;crites du Bac. On en restait donc strictement au niveau de l'existant ant&#233;rieur. En substance, on rappelait que des exp&#233;riences comme celles qui ont eu lieu d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1980 au Lyc&#233;e Honor&#233; de Balzac &#233;taient possibles ! Le seul effet concret de cet &#233;pisode a &#233;t&#233; l'achat, assez significatif, d'ouvrages berb&#233;risants, par le CNDP au b&#233;n&#233;fice d'&#233;tablissements secondaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport sur la la&#239;cit&#233; de Bernard Stasi : d&#233;cembre 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport sur la la&#239;cit&#233; demand&#233; par le Pr&#233;sident J. Chirac au M&#233;diateur de la R&#233;publique allait r&#233;server une r&#233;elle surprise aux lecteurs attentifs : &#224; deux reprises, et de mani&#232;re explicite et insistante (notamment dans les conclusions), le rapport fait mention de la n&#233;cessit&#233; d'enseigner et d'encourager les langues de l'immigration (musulmanes non arabes) comme le berb&#232;re et le kurde.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; aussi la conjoncture politique imm&#233;diate para&#238;t avoir &#233;t&#233; d&#233;terminante. Dans un rapport destin&#233; &#224; orienter et &#224; &#233;clairer l'Ex&#233;cutif sur les mesures l&#233;gislatives n&#233;cessaires pour lutter contre les menaces sur la la&#239;cit&#233; que ferait peser l'Islam radical en France, la r&#233;f&#233;rence aux langues (et aux cultures) des immigrations musulmanes non arabes n'a sa place et ne peut s'expliquer que par la conviction que l'on a que ces langues et cultures sont de nature &#224; contrer, contrebalancer le poids et l'influence de l'arabo-islamisme et de l'islamisme. Avec l'id&#233;e, ancienne et largement relay&#233;e par la militance berb&#232;re (voir ci-dessous), que ces langues et cultures sont porteuses de valeurs en convergence avec celle de la R&#233;publique : d&#233;mocratie, tol&#233;rance et la&#239;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les annonces de Jean-Fran&#231;ois Cop&#233;, Porte-parole du Gouvernement (janvier 2004).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche 11 janvier 2004, lors d'une rencontre organis&#233;e dans le cadre de la campagne &#233;lectorale pour les &#233;lections r&#233;gionales de mars 2004, Jean-Fran&#231;ois Cop&#233; annon&#231;ait, &#224; son tour, des mesures en faveur de l'enseignement du berb&#232;re dans le Secondaire : la mise en place d'une exp&#233;rience d'enseignement pour la pr&#233;paration des &#233;preuves de berb&#232;re au Bac dans un lyc&#233;e parisien (Lavoisier) pour la rentr&#233;e 2004. Cette annonce &#233;tait r&#233;it&#233;r&#233;e &#224; plusieurs reprises&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les d&#233;p&#234;ches des agences de presse : AFP, Reuters ou le journal (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en janvier et f&#233;vrier 2004 par le Porte-parole du Gouvernement, t&#234;te de liste de l'UMP pour l'Ile-de-France aux &#233;lections r&#233;gionales. D&#232;s le lendemain de la premi&#232;re d&#233;claration de J.-F. Cop&#233;, l'INALCO&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait, j'ai &#233;t&#233; saisi par voie t&#233;l&#233;phonique et par courrier &#233;lectronique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;tait saisi pour examiner avec le proviseur de cet &#233;tablissement les conditions concr&#232;tes de lancement de cette exp&#233;rience. Apr&#232;s les contacts et &#233;changes n&#233;cessaires, des propositions pr&#233;cises &#233;taient faites quelques jours plus tard par l'INALCO au Minist&#232;re et &#224; l'Acad&#233;mie.&lt;br&gt;
En ce d&#233;but juillet 2004, nous n'avons eu connaissance d'aucune confirmation, ni d'aucune mesure concr&#232;te, malgr&#233; de nombreuses relances&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aupr&#232;s du Cabinet du Ministre de l'Education, du Porte-parole du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut donc avoir des doutes s&#233;rieux sur la possibilit&#233; de d&#233;marrer cette exp&#233;rience &#224; la rentr&#233;e prochaine, malgr&#233; les d&#233;clarations et engagements publics d'un repr&#233;sentant du gouvernement.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;b&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
4.	Un essai d'analyse : une berb&#233;rophilie sans engagement politique&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Au total, une situation contrast&#233;e et apparemment incertaine quant &#224; ses d&#233;veloppements.&lt;br&gt;
D'une part, du c&#244;t&#233; des populations berb&#232;res de France, une pr&#233;sence sociale et culturelle berb&#232;re forte, ainsi qu'une demande significative et stabilis&#233;e, dont t&#233;moigne l'ampleur du succ&#232;s des &#233;preuves de langue berb&#232;re au Baccalaur&#233;at.&lt;br&gt;
D'autre part, du c&#244;t&#233; des autorit&#233;s fran&#231;aises, une ouverture symbolique importante, celle qui tend &#224; reconna&#238;tre au berb&#232;re le statut de &#171; langue de France &#187; ; m&#234;me si, la Charte n'ayant pas &#233;t&#233; ratifi&#233;e, cette notion n'a aucune valeur juridique, elle est n&#233;anmoins politiquement significative, car un Gouvernement de la R&#233;publique a pour la premi&#232;re fois express&#233;ment reconnu que le berb&#232;re &#171; faisait partie du patrimoine linguistique de la France &#187; ; et cette approche nouvelle n'a pas &#233;t&#233; remise en cause par la majorit&#233; de Droite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle a m&#234;me &#233;t&#233; express&#233;ment confirm&#233;e par J.-J. Aillagon, ministre de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; arriv&#233;e aux affaires apr&#232;s les &#233;lections de 2002. Attitude favorable dont t&#233;moigne &#233;galement le discours des grands courants politiques fran&#231;ais, de Gauche comme de Droite, et les annonces r&#233;it&#233;r&#233;es d'enseignement du berb&#232;re dans le Secondaire.&lt;br&gt;
Mais en m&#234;me temps, du moins pour l'heure, aucune mesure concr&#232;te en faveur du berb&#232;re dans les cadres institutionnels de l'Education nationale, n'a &#233;t&#233; prise malgr&#233; les annonces r&#233;currentes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un esprit quelque peu pervers pourrait m&#234;me penser qu'il s'agit d'annonces &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Comment comprendre cette h&#233;sitation, cette absence d'avanc&#233;e significative sur un dossier dont tous les param&#232;tres connus semblent favorables ? Les &#233;l&#233;ments - et hypoth&#232;ses - pour la compr&#233;hension de cette situation de &#171; non-aboutissement &#187; sont certainement nombreux et enchev&#234;tr&#233;s et il n'est pas ais&#233; d'&#233;valuer pr&#233;cis&#233;ment le poids de chacun d'entre eux, car beaucoup rel&#232;vent du non-dit, id&#233;ologique ou politique, difficile &#224; objectiver.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On admettra comme postulat de d&#233;part qu'il existe bien, dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise comme parmi les d&#233;cideurs politiques, un pr&#233;jug&#233; favorable aux Berb&#232;res, &#224; leur langue et &#224; leur culture. Disposition favorable qui plonge ses racines dans l'histoire coloniale et le fameux &#171; mythe kabyle &#187; puis &#171; berb&#232;re &#187;, dont certains des th&#232;mes sont r&#233;activ&#233;s et exploit&#233;s par la militance berb&#232;re et facilement relay&#233;s par les politiques fran&#231;ais, dans une conjoncture o&#249; l'islamisme (et en filigrane l'Islam) appara&#238;t souvent comme un ennemi irr&#233;ductible : tradition d&#233;mocratique des Berb&#232;res (la fameuse &#171; d&#233;mocratie villageoise &#187; kabyle est r&#233;guli&#232;rement cit&#233;e comme exemple), esprit de tol&#233;rance religieuse, voire &#171; la&#239;cisme &#187; des soci&#233;t&#233;s berb&#232;res, ouverture &#224; la diversit&#233; et autres cultures... Bref, le mythe du &#171; bon Berb&#232;re &#187; fonctionne encore pleinement dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise et est m&#233;thodiquement exploit&#233; par les acteurs politiques et associatifs berb&#232;res en France. &lt;br&gt;
Dans un contexte de &#171; p&#233;ril islamiste &#187; int&#233;rieur, que l'on sait durable, les politiques fran&#231;ais peuvent &#234;tre tent&#233;s d'utiliser - d'aucuns diraient instrumentaliser - les minorit&#233;s musulmanes non arabes pour contrebalancer le danger islamiste que l'on pense implant&#233; surtout parmi les populations arabophones. Ce n'est certainement pas un hasard si le rapport Stasi identifie explicitement les langues berb&#232;re et kurde comme &#171; anti-dotes &#187; &#224; l'islamisme. Cette approche a &#233;t&#233; &#233;galement manifeste dans la gestion par l'UMP et l'UDF des &#233;lections r&#233;gionales et europ&#233;ennes de 2004, notamment en Ile-de-France o&#249; des candidats kabyles notoirement connus pour leur engagement berb&#232;re ont &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;s sur les listes dans des positions honorables si ce n'est &#233;ligibles.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour autant, et ceci malgr&#233; la d&#233;crispation relative sur la question en Alg&#233;rie et au Maroc, le dossier berb&#232;re reste sensible en termes de relations avec les capitales maghr&#233;bines, principalement avec Alger. On posera &#233;galement comme postulat de base que tout gouvernement fran&#231;ais ne peut g&#233;rer qu'avec circonspection le dossier berb&#232;re, m&#234;me dans un cadre strictement fran&#231;ais, en ayant toujours &#224; l'esprit de ne pas provoquer l'irritation d'Alger et/ou de Rabat. La densit&#233; des relations avec les pays du Maghreb, les implications g&#233;o-politiques, les convergences d'int&#233;r&#234;ts multiples et les relations humaines particuli&#232;rement &#233;troites entre les classes politiques fran&#231;aise (de Droite comme de Gauche) et maghr&#233;bine font que le dossier berb&#232;re rel&#232;ve n&#233;cessairement d'une certaine forme de &#171; co-gestion &#187;, implicite ou explicite. Autrement dit, toute mesure en faveur de l'enseignement du berb&#232;re en France ne rel&#232;ve pas uniquement d'un souci &#233;ducatif ou culturel : elle suppose l'aval politique des Affaires &#233;trang&#232;res et de l'Int&#233;rieur.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Par ailleurs, la berb&#233;rophilie ambiante rencontre &#233;galement des limites non moins &#233;videntes relevant directement de la politique int&#233;rieure ; toute mesure institutionnelle favorable au berb&#232;re serait certes susceptible de renforcer l'attachement des populations d'origine berb&#232;re &#224; la R&#233;publique et leur int&#233;gration, voire, dans une perspective plus &#233;lectoraliste, de faire pencher le &#171; vote berb&#232;re &#187; en faveur des forces politiques qui auraient pris une telle initiative. Mais elle ne manquerait pas de susciter crispation et trouble parmi les populations d'origine arabophone et/ou influenc&#233;es par l'arabo-islamisme. Le gain en terme d'int&#233;gration ou d'int&#233;r&#234;t politique ne serait pas du tout assur&#233;, bien au contraire. Du point de vue du strict r&#233;alisme politique, les d&#233;cideurs fran&#231;ais ont sans doute plus int&#233;r&#234;t &#224; caresser dans le sens du poil l'&#233;lectorat arabophone et/ou d'influence arabo-islamique (et les pays arabes !) qu'&#224; faire des gestes en direction des berb&#233;rophones, de toutes fa&#231;ons majoritairement acquis aux id&#233;aux de la R&#233;publique (du moins pour la composante kabyle).&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Le rapport de la classe politique fran&#231;aise au dossier berb&#232;re est donc contradictoire et tr&#232;s balanc&#233;, d'o&#249; cette valse-h&#233;sitation, cette suite de d&#233;clarations d'intentions non suivies d'effets.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Mais d'autres param&#232;tres, moins visibles mais non moins actifs, freinent ou bloquent toute &#233;volution positive.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quelles que soient les intentions des ministres et des politiques, il est connu que de larges secteurs de l'Education nationale restent tr&#232;s r&#233;serv&#233;s, si ce n'est franchement hostiles, &#224; toute ouverture significative en direction des &#171; langues r&#233;gionales ou minoritaires &#187;. De nombreuses organisations de l'orbite &#171; Education nationale &#187;, tr&#232;s influentes (syndicats, f&#233;d&#233;ration des parents d'&#233;l&#232;ves, associations d'enseignants, etc.) sont hostiles &#224; l'introduction &#224; l'Ecole des langues de la famille autres que le fran&#231;ais ; d&#233;fendant des positions &#171; r&#233;publicaines, la&#239;cistes et unicistes &#187;, elles tendent &#224; consid&#233;rer ces &#171; langues intruses &#187; comme portant atteinte &#224; l'int&#233;gration, &#224; l'unit&#233; et &#224; l'indivisibilit&#233; de la nation et comme favorisant le &#171; communautarisme &#187;. On sait les suites qu'a connu l'accord d'int&#233;gration des &#233;coles bretonnes Diwan sous le minist&#232;re Jack Lang : la censure du Conseil d'Etat a &#233;t&#233; cons&#233;cutive &#224; une saisine par les organisations pr&#233;cit&#233;es (toutes tr&#232;s marqu&#233;es &#224; Gauche). A un niveau plus global, la censure du Conseil constitutionnel en mai 1999 quant &#224; la ratification de la Charte europ&#233;enne des langues r&#233;gionales ou minoritaires est l&#224; pour rappeler la marge tr&#232;s &#233;troite que reconna&#238;t le droit (et l'id&#233;ologie &#171; r&#233;publicaine &#187;) aux langues r&#233;gionales ou minoritaires.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, d&#232;s que l'on se situe dans le champ du politique, le terme &#171; berb&#232;re &#187;, en France comme dans les pays du Maghreb, est trompeur ; il rel&#232;ve m&#234;me d'une certaine mystification. Il n'y pas de communaut&#233; &#171; berb&#232;re &#187;, &lt;i&gt;a fortiori &lt;/i&gt;pas d'&#233;lectorat &#171; berb&#232;re &#187; en France. D'abord parce que les populations berb&#232;res en France sont divis&#233;es par la nationalit&#233; d'origine (Alg&#233;riens, Marocains principalement) ; division objective qui correspond &#224; des comportements culturels, politiques, religieux profond&#233;ment diff&#233;rents et qui induit des all&#233;geances totalement divergentes. Les milieux activistes &#171; berb&#232;res &#187; en France sont dans leur quasi-totalit&#233; kabyles et leur impact &#233;ventuel ne d&#233;passe pas les populations kabyles. Impact au demeurant limit&#233; dans la mesure o&#249; la militance berb&#232;re-kabyle en France est elle-m&#234;me tr&#232;s divis&#233;e et peu efficace (clivages id&#233;ologiques et politiques, concurrences de personnes et de groupes, r&#244;le d&#233;l&#233;t&#232;re permanent des agents &#171; sp&#233;ciaux &#187; de l'Etat alg&#233;rien...) et ne touche que des milieux avertis de militants et acteurs politiques et culturels. La mouvance associative berb&#232;re-kabyle en France n'a pas d'implantation populaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La grande majorit&#233; des associations culturelles berb&#232;res de France sont des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et para&#238;t incapable de mobiliser significativement et durablement une &#171; communaut&#233; &#187; - m&#234;me uniquement kabyle. Toutes les tentatives (concurrentes) de &#171; f&#233;d&#233;rations &#187; et &#171; coordinations &#187; des associations berb&#232;res de France depuis une quinzaine d'ann&#233;es rassemblent les m&#234;mes acteurs individuels et collectifs et ne parviennent pas &#224; acqu&#233;rir implantation sociale et repr&#233;sentativit&#233;.&lt;br&gt;
Les raisons profondes de cette situation sont complexes et exigeraient une analyse sp&#233;cifique, mais on peut &#234;tre cat&#233;gorique et affirmer qu'en l'&#233;tat actuel des choses, il n'existe pas en France de &#171; lobby berb&#232;re &#187; susceptible d'exercer une pression efficace sur les autorit&#233;s fran&#231;aises.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;b&gt;***&lt;/b&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
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&lt;i&gt;Signaux et leurres.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
En d&#233;finitive, si l'on admet les &#233;l&#233;ments d'analyse pr&#233;c&#233;dents, cette curieuse situation d'ind&#233;cision durable n'a rien de tr&#232;s surprenant : elle correspond tr&#232;s exactement &#224; l'&#233;tat des int&#233;r&#234;ts et forces en pr&#233;sence dans le champ politique fran&#231;ais.&lt;br&gt;
On aime bien les Berb&#232;res, mais ils ne repr&#233;sentent pas un poids politique significatif, ni ici ni l&#224;-bas, et toute sollicitude marqu&#233;e &#224; leur &#233;gard risquerait de provoquer plus de difficult&#233;s (externes et internes) que de gains. Pour les d&#233;cideurs politiques fran&#231;ais, il est donc urgent d'attendre.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;&lt;i&gt;Salem CHAKER.&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
Professeur de berb&#232;re &#224; l'Inalco.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;[Texte paru dans : Hommes &amp; Migrations (Paris), n&#176; 1252, nov-d&#233;c. 2004]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par ordre d'importance d&#233;mographique : kabyle, chleuh, rifain et chaou&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans la nomenclature des unit&#233;s de recherche universitaires en France, il existe trois grandes cat&#233;gories : les &#233;quipes universitaires (reconnues et financ&#233;es par l'&#233;tablissement lui-m&#234;me), les &#171; &#233;quipes d'accueil &#187; (reconnues par la Direction de la recherche du Minist&#232;re de l'Education et financ&#233;es par celui-ci dans le cadre des contrats quadriennaux), les &#233;quipes &#171; CNRS &#187;, reconnues et soutenues &#224; la fois par la Direction de la recherche et le CNRS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il a exist&#233; plusieurs &#233;quipes, &#224; Paris et &#224; Aix-en-Provence, pour lesquelles le domaine berb&#232;re &#233;tait une composante importante de l'activit&#233; scientifique ; toutes ont disparu dans le courant des ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La plus ancienne exp&#233;rience connue est celle du lyc&#233;e Honor&#233; de Balzac &#224; Paris (XVIIe), au d&#233;but des ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette &#233;preuve &#233;tait auparavant uniquement orale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce document et ce d&#233;bat fran&#231;ais, on se reportera &#224; notre &#233;tude : &#171; Quelques observations sur la Charte europ&#233;enne des langues r&#233;gionales ou minoritaires. Un exercice pratique de glottopolitique &#187;, parue dans &lt;i&gt;M&#233;langes David Cohen...,&lt;/i&gt; Paris, Maisonneuve &amp; Larose, 2003, p. 149-158.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charte du Conseil de l'Europe, adopt&#233;e &#224; Strasbourg le 2/10/1992 et soumise &#224; la signature et &#224; la ratification des Etats membres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Signature qui est intervenue le 7 mai 1999 &#224; l'occasion du 50e anniversaire de la cr&#233;ation du Conseil de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S'agissant d'une convention internationale, seul le vote du Parlement peut lui donner force de loi (art. 53 de la Constitution).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#167; 176 : &#171; Ce dernier [le berb&#232;re] est, conjointement avec le fran&#231;ais, la langue maternelle h&#233;rit&#233;e de centaines de milliers d'entre nous, mais n'est langue officielle nulle part, pas m&#234;me au Maroc, tandis qu'il est combattu dans la r&#233;gion g&#233;ographique d'Alg&#233;rie o&#249; il est majoritaire [...]. Il va de soi qu'il y aurait quelque chose d'inexplicable &#224; ce que la France, au moment o&#249; elle consacrerait comme faisant partie de son patrimoine linguistique, les langues parentales de St&#233;phane Guivarc'h, de Bixente Lizarazu ou de Lilian Thuram, refuse de faire de m&#234;me pour celle de Zineddine Zidane. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est &#233;vident qu'il y a plus de citoyens fran&#231;ais kabylophones que de bretonophones !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La m&#234;me chose peut &#233;videmment &#234;tre dite, &lt;i&gt;mutatis mutandis,&lt;/i&gt; des arm&#233;nophones, des arabophones, yiddishophones, &lt;i&gt;etc.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il n'est pas sans int&#233;r&#234;t de rappeler que cette initiative du MEN correspond pr&#233;cis&#233;ment &#224; la nomination en tant que Conseiller technique au Cabinet de Jack Lang de M. Hocine Sadi (dit Hend), fr&#232;re de Sa&#239;d Sadi, fondateur et dirigeant du Rassemblement pour la Culture et la D&#233;mocratie (RCD) parti politique alg&#233;rien &#224; implantation kabyle, proche du r&#233;gime alg&#233;rien et, &#224; l'&#233;poque, partie prenante du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouvera le texte des propositions formul&#233;es par nous-m&#234;me sur le site berb&#232;re de l'INALCO : &lt;a href=&#034;http://www.Inalco.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.Inalco.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Note de service 2002-059 du 20/03/2002 du Directeur de l'Enseignement Scolaire, Jean-Paul de Gaudemar, &lt;i&gt;BOEN &lt;/i&gt;n&#176; 13, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les d&#233;p&#234;ches des agences de presse : AFP, Reuters ou le journal &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt;du vendredi 23 janvier 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En fait, j'ai &#233;t&#233; saisi par voie t&#233;l&#233;phonique et par courrier &#233;lectronique par l'Acad&#233;mie de Paris et le Cabinet du Ministre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aupr&#232;s du Cabinet du Ministre de l'Education, du Porte-parole du Gouvernement et de l'Acad&#233;mie, par le Pr&#233;sident de l'INALCO et par moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elle a m&#234;me &#233;t&#233; express&#233;ment confirm&#233;e par J.-J. Aillagon, ministre de la Culture du premier gouvernement Raffarin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un esprit quelque peu pervers pourrait m&#234;me penser qu'il s'agit d'annonces &#171; cycliques &#187;, cal&#233;es sur le cycle des &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La grande majorit&#233; des associations culturelles berb&#232;res de France sont des coquilles vides qui rassemblent deux ou trois personnes (souvent des parents ou un petit groupe d'amis), dont la fonction essentielle est la captation de subventions. J'estime &#224; peine &#224; une dizaine pour toute la France le nombre d'associations qui ont une r&#233;elle consistance et une activit&#233; p&#233;renne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les conditions de production de la n&#233;o-litt&#233;rature kabyle</title>
		<link>http://tamazgha.fr/Les-conditions-de-production-de-la-neo-litterature-kabyle,1264.html</link>
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		<dc:date>2005-05-09T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Masin</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Un article de Sa&#239;d Chemakh qui est une analyse des conditions dont ont travaill&#233; les producteurs de la litt&#233;rature &#233;crite kabyle.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tamazgha.fr/-Analyses-.html" rel="directory"&gt;Analyses&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;b&gt;Introduction :&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt; Avant d'aborder des &#233;tudes th&#233;matiques ou d'entamer des analyses litt&#233;raires du roman, de la nouvelle ou de la po&#233;sie kabyle &#233;crite, il semble n&#233;cessaire de d&#233;crire les conditions d'existence de cette n&#233;o-litt&#233;rature. Cette contribution rel&#232;vera donc plus de l'histoire litt&#233;raire et de la sociologie litt&#233;raire. Le r&#244;le assign&#233;e &#224; cette derni&#232;re est celui que donne R. Escarpit dans &lt;i&gt;&lt;b&gt;Sociologie de la litt&#233;rature&lt;/b&gt;&lt;/i&gt; (1958) &#224; : &lt;i&gt;&#171; La sociologie litt&#233;raire doit respecter la sp&#233;cificit&#233; du fait litt&#233;raire. Bonne affaire pour l'homme de m&#233;tier, elle doit aussi &#234;tre une bonne affaire pour le lecteur en aidant la science - historique ou critique - dans les t&#226;ches qui lui sont propres. Ces pr&#233;occupations restent indirectement les siennes : son r&#244;le est seulement de les concevoir &#224; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233; &#187;. &lt;/i&gt;&lt;br&gt; Par conditions d'existence, nous entendons toutes les conditions et situations par lesquelles passe l'&#339;uvre de l'&#233;crivain ou du po&#232;te depuis sa mise en forme scripturale par l'auteur jusqu'&#224; son accueil par le public. C'est des conditions de production, de distribution et de consommation qu'il sera donc question dans cette &#233;tude. Mais il nous a sembl&#233; n&#233;cessaire de revenir sur la connaissance et la ma&#238;trise de l'&#233;criture. Car comment un auteur peut-il aligner des lettres sur du papier s'il n'ait jamais appris &#224; &#233;crire, sa langue &#233;tant non &#233;crite pendant des si&#232;cles ? Et dans quelles conditions un &#233;crivain kabyle a-t-il &#233;crit (et &#233;crit) en kabyle ? &lt;br&gt; A la suite de M.Bakhtine, on admet que trois conditions sont n&#233;cessaires pour devenir &#233;crivain : la comp&#233;tence linguistique, la comp&#233;tence litt&#233;raire et la motivation sociale.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;&lt;i&gt;De la comp&#233;tence linguistique.&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt; Les Berb&#232;res poss&#232;dent depuis au moins 25 si&#232;cles une &#233;criture, le libyque dont la forme la plus connue sous le nom de tifinagh est encore en usage chez les Touaregs. Mais son usage est essentiellement d'ordre symbolique (st&#232;les honorifiques, fun&#233;raires...) et il semble que l'usage du tifinagh a connu une extinction vers le V&#176; s. apr&#232;s J.C. pour ce qui concerne la partie septentrionale de l'Afrique du Nord. L'essentiel de la po&#233;sie conserv&#233;e depuis le XV&#176; s. au moins, &#233;tait de production orale soumise donc aux al&#233;as que conna&#238;t toute litt&#233;rature orale de part le monde &#224; savoir, la perte totale ou partielle de pi&#232;ces qui la composent, &#233;ternelles modifications &#224; travers le temps... Pour ce qui concerne la Kabylie, ce n'est qu'apr&#232;s la conqu&#234;te fran&#231;aise que le kabyle fut transcrit en caract&#232;res latins par les militaires, les missionnaires religieux et puis par les linguistes. Les premi&#232;res &#233;lites kabyles (constitu&#233;es essentiellement d'instituteurs) apprirent cette &#233;criture et l'utilis&#232;rent &#224; leur tour pour dire le monde. Certes, ce n'est pas seulement le fait d'&#234;tre instruit qui permet de devenir &#233;crivain ou po&#232;te. D'ailleurs, une bonne partie des &#233;crivains kabyles sont des autodidactes. Mais cela ne signifie nullement absence de rapports entre l'apprentissage de l'&#233;criture et l'&#233;cole. S. Chaker (1992 : 8) notait qu'&#034;&lt;i&gt;il faut donc attendre la p&#233;riode coloniale et la tr&#232;s forte influence de l'Ecole et de la culture fran&#231;aise pour que naisse une v&#233;ritable production litt&#233;raire &#233;crite en langue berb&#232;re&#034;. &lt;/i&gt;Cette influence de l'Ecole est tr&#232;s variable car les rares &#233;crivains qui y ont eu acc&#232;s ont produit leur litt&#233;rature en fran&#231;ais, il s'agit essentiellement de M. Mammeri, M.F&#233;raoun, J.Amrouche... D'autres ont pr&#233;f&#233;r&#233; &#233;crire partiellement en berb&#232;re : M. Mammeri, S. Boulifa, M. Lechani... ou totalement : cas de B&#233;la&#239;d A&#239;t Ali. Certains &#233;crivains ont appris &#224; &#233;crire en dehors de l'institution scolaire, par des apprentissages individuels. Toutefois, on remarque l'existence d'un lien entretenu avec les savoirs livresque et scolaire dans les propos tenus par ces auteurs dans leurs interviews, t&#233;moignages divers... mais aussi &#224; travers les textes produits. Le rapport qu'entretient l'enseignement et l'&#233;criture peut &#234;tre ais&#233;ment &#233;tabli dans le cas de la litt&#233;rature kabyle &#233;crite. C'est la pr&#233;sence r&#233;currente de &lt;i&gt;l'absence de l'acc&#232;s au savoir que prodigue l'&#233;cole&lt;/i&gt; qu'il faut tenter d'expliquer. Une recherche reste &#224; faire dans ce domaine et celle-ci permettra s&#251;rement de saisir o&#249; finit l'oralit&#233; et o&#249; commence l'&#233;criture dans la litt&#233;rature kabyle. L'exemple de l'&#339;uvre de B&#233;la&#239;d A&#239;t Ali est en ce sens tr&#232;s &#233;difiant car elle permet de poser d&#232;s la fin des ann&#233;es 40, deux questions :&lt;br&gt; 1)- Comment un &#233;crivain peut-il r&#233;-&#233;crire une histoire transmise oralement depuis des g&#233;n&#233;rations (il s'agit de celle d'un saint : Ccix Hmed Wali) et l'ins&#233;rer comme r&#233;cit intradi&#233;g&#233;tique dans son roman, le premier du genre, &lt;i&gt; Lwali n wedrar &lt;/i&gt; ?&lt;br&gt; 2)- Comment &#233;crire en kabyle ? Faut-il reproduire r&#233;cits et po&#233;sies tels qu'ils &#233;taient dits depuis des si&#232;cles ? Ou alors faut-il alors modifier et travailler les textes en profondeur jusqu'&#224; ce qu'ils soient diff&#233;rents de ce qu'ils &#233;taient en litt&#233;rature orale ? Si oui, quel r&#244;le l'enseignement joue-t-il ? &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
De la comp&#233;tence litt&#233;raire :&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br&gt; Dans le cas kabyle, la comp&#233;tence litt&#233;raire est g&#233;n&#233;ralement acquise en dehors de l'enseignement du kabyle. L'enseignement qui devait contribuer &#224; sa formation et &#224; sa consolidation est quasiment inexistant. La scolarisation s'&#233;tait fa&#238;te en langue fran&#231;aise jusqu'&#224; l'ind&#233;pendance, puis en arabe mais aussi en fran&#231;ais jusqu'&#224; pr&#233;sent. Ce n'est qu'au cours de l'ann&#233;e 1995/96, que des cours de berb&#232;re ont eu officiellement lieu dans l'&#233;cole alg&#233;rienne. Si l'enseignement g&#233;n&#233;ralis&#233; du berb&#232;re avait exist&#233; en Kabylie pendant la p&#233;riode coloniale, certains &#233;crivains kabyles n'auraient-ils pas &#233;crit et publi&#233; leurs oeuvres en berb&#232;re ? Si cet enseignement avait exist&#233; apr&#232;s l'ind&#233;pendance, n'y aurait-il pas une litt&#233;rature alg&#233;rienne de langue berb&#232;re &#224; c&#244;t&#233; des litt&#233;ratures de langues arabe et fran&#231;aise ?&lt;br&lt;
&lt;br&gt; Quelques arguments militent en faveur d'une r&#233;ponse positive. De nombreux auteurs ont suivi les rares cours de berb&#232;re qui ont exist&#233; depuis au moins 1891, ann&#233;e ou fut cr&#233;e le Brevet de langue kabyle. C'&#233;tait le cas de Sa&#239;d Boulifa, professeur de kabyle. Pour peu que l'on ne se limite pas aux fins p&#233;dagogiques pour lesquelles il &#233;tait &#233;labor&#233;, le &lt;i&gt;Cours de 2&#176; ann&#233;e&lt;/i&gt; peut &#234;tre la premi&#232;re &#339;uvre en prose &#233;crite en kabyle. Lechani dont la po&#233;sie vient d'&#234;tre &#233;dit&#233; avec une bonne partie de ses &#233;tudes sur la langue et la litt&#233;rature sous le titre &lt;i&gt;Ecrits berb&#232;res,&lt;/i&gt; est lui aussi dipl&#244;m&#233; de berb&#232;re en 1912. Brahim Zellal l'auteur du &lt;i&gt;roman du chacal&lt;/i&gt; est lui aussi dipl&#244;m&#233; de berb&#232;re de l'Universit&#233; d'Alger. &lt;br&gt;
&lt;br&gt; D'autres auteurs tels A. Mezdad, S. Sadi... ont suivi les cours que donnaient M. Mammeri &#224; l'Universit&#233; d'Alger jusqu'&#224; ce que ces derniers ne soient interdits en 1973.&lt;br&gt; Quelques auteurs ont appris uniquement comment &#233;crire le kabyle en caract&#232;res latins c'est &#224; dire l'alphabet et n'ont suivi aucun cours de kabyle, c'est le cas de Mezyan u Muh (de son vrai nom Gherram Hocine). Et c'&#233;tait le cas de B&#233;la&#239;d A&#239;t Ali qui a pourtant poursuivi sa scolarit&#233; en fran&#231;ais jusqu'au brevet mais qui n'a &#233;crit en kabyle que lorsque les deux P&#232;res J.-M. Dallet et J. Lanfry, responsables du &lt;i&gt;Fichier de Documentation Berb&#232;re,&lt;/i&gt; lui ont demand&#233; de leur &#233;crire des histoires et des contes pour le FDB, occasion o&#249; il apprit la transcription utilis&#233;e jusqu'alors. Le romancier Amar u Hemza, ouvrier immigr&#233; en France, a appris &#224; &#233;crire en kabyle en dehors de l'institution scolaire. C'est &#233;galement le cas de prosateurs tels Djafer Chibani et Ahmed Berkouk. &lt;br&gt;
&lt;br&gt; Hamane Abdellah a cr&#233;&#233; un alphabet personnel &#224; base des lettres arabes pour &#233;crire non seulement ses traductions des versets coraniques ou des po&#232;mes de Baudelaire mais aussi ses nombreux r&#233;cits et pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre.&lt;br&gt; Toutefois, la comp&#233;tence linguistique (et &#224; fortiori litt&#233;raire) ne se r&#233;duit pas &#224; la capacit&#233; de noter et/ou de transcrire la langue. Elle exige aussi l'acquisition d'un niveau de langue, d'un registre de la koin&#232; litt&#233;raire qui, pour cette g&#233;n&#233;ration d'&#233;crivains, est pass&#233; par l'oralit&#233;. Ce passage a, d'ailleurs, plusieurs incidences sur l'&#233;crit.&lt;br&gt; La comp&#233;tence litt&#233;raire se remarque aussi dans la ma&#238;trise des &#339;uvres de la litt&#233;rature kabyle orale par la plupart des &#233;crivains. Parfois, l'influence des pr&#233;d&#233;cesseurs, par exemple Si Muhend pour ce qui est de la po&#233;sie, est telle que l'on arrive difficilement &#224; discerner l'appartenance de certains neuvains. De nombreux po&#232;tes (Si Lhusin, Mezyan u Muh...) ont fait du neuvain presque l'unique structure formelle en po&#233;sie kabyle. Cette influence est malheureusement inconsciente. Pour ce qui est de la prose, la comp&#233;tence litt&#233;raire passe aussi par la ma&#238;trise des techniques du conte traditionnel. Si on prend le cas de B&#233;la&#239;d, on remarque qu'il a avant tout r&#233;utilis&#233; le conte comme premier terrain d'essai avec de courtes introductions de description avant d'&#233;crire des r&#233;cits inspir&#233;s directement de sa vie quotidienne &lt;i&gt;(Afenjal n lqehwa, Lexdubegga...).&lt;/i&gt; Toutefois, la litt&#233;rature fran&#231;aise (et universelle traduite en fran&#231;ais) a beaucoup contribu&#233; &#224; forger cette comp&#233;tence surtout chez les romanciers des ann&#233;es 80 et 90.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt; &lt;b&gt;&lt;i&gt;Conscience identitaire et id&#233;ologie :&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt; Dans le cas du kabyle (et du berb&#232;re en g&#233;n&#233;ral), la conscience identitaire a constitu&#233; une &#8216;motivation sociale' pour cette g&#233;n&#233;ration d'&#233;crivains.&lt;br&gt;
&lt;br&gt; Il est ind&#233;niable que la conscience identitaire berb&#232;re a jou&#233; un r&#244;le d&#233;terminant chez la plupart des auteurs kabyles de ce si&#232;cle. D&#233;j&#224;, les po&#232;tes du XVIII&#176; et XIX&#176; si&#232;cles (de Yusef u Qasi &#224; Si Muhend) ne se reconnaissent que comme kabyles. La Kabylie &#233;tait ind&#233;pendante de tout pouvoir ext&#233;rieur, au moins depuis la fin du XIV&#176; s. et ce jusqu'&#224; la conqu&#234;te d&#233;finitive (1857) et surtout apr&#232;s l'&#233;crasement de l'insurrection de 1871. La naissance d'une conscience nationale alg&#233;rienne au XX&#176; s. n'a pas r&#233;duit pour autant la conscience identitaire kabyle, ni m&#234;me la conscience d'appartenance r&#233;gionale. Le vocable &lt;i&gt;tamurt n Leqbayel &lt;/i&gt;ne se r&#233;duit pas &#224; une r&#233;gion rep&#233;r&#233;e sur une carte mais renvoie &#224; une langue, une culture qui sont v&#233;cue comme diff&#233;rentes de celles des autres (Arabes, Turcs et Fran&#231;ais).&lt;br&gt;
&lt;br&gt; L'exclusion des r&#233;f&#233;rences &#224; la berb&#233;rit&#233; dans toutes ses dimensions linguistiques, culturelles et historiques dans le discours nationaliste et dans les textes fondateurs de l'Etat-Nation alg&#233;rien n'a fait que renforcer la conscience identitaire berb&#232;re. Cette derni&#232;re se caract&#233;rise par le sentiment d'appartenance &#224; une m&#234;me communaut&#233; linguistique, certes fragment&#233;e mais ayant des r&#233;f&#233;rences culturelles et historiques communes. Cette identit&#233; ne se veut pas seulement r&#233;gionale (kabyle) ou nationale (alg&#233;rien) mais transnationale c'est &#224; dire nord africaine car partag&#233;e avec les autres communaut&#233;s berb&#233;rophones qui s'en r&#233;clament (Chleuhs, Rifains, Touaregs, Nefoussis...).&lt;br&gt;
&lt;br&gt; Si cette conscience identitaire se retrouve affirm&#233;e chez les militants politiques (A.Imache, O.Benna&#239;...), nous la retrouvons aussi chez les &#233;crivains et po&#232;tes des ann&#233;es post&#233;rieures &#224; l'ind&#233;pendance et m&#234;me chez les po&#232;tes nationalistes tels Yidir A&#239;t Amrane, l'auteur du chant &lt;i&gt;Ekker a mmi-s umazi&#947;&lt;/i&gt; (1945). Elle n'est pas de reste chez les &#233;crivains kabyles de langue fran&#231;aise les plus classiques : M. F&#233;raoun, M. Mammeri, J. Amrouche... Et appara&#238;t m&#234;me sous des formes subtiles dans l'&#339;uvre de T. Djaout alors qu'elle est plus clairement assum&#233;e dans les &#233;crits de N. Fares. Certes leurs &#339;uvres ne sont pas r&#233;ductibles &#224; cette seule r&#233;f&#233;rence id&#233;ologique, mais elle demeure n&#233;anmoins importante et m&#234;me centrale dans &lt;i&gt;La Travers&#233;e&lt;/i&gt; de M. Mammeri, par exemple. Chez Taos Amrouche qui a publi&#233; tous ses romans en fran&#231;ais, cette r&#233;f&#233;rence se manifeste sous la forme d'un texte autant pol&#233;mique que politique : &lt;i&gt;Que fait-on pour la langue berb&#232;re ?,&lt;/i&gt; publi&#233; une premi&#232;re fois dans &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;en 1956, avant d'&#234;tre repris dans &lt;i&gt;Documents nord-africains &lt;/i&gt;en 1957. &lt;br&gt;
&lt;br&gt; La berb&#233;rit&#233; comme r&#233;f&#233;rence id&#233;ologique des auteurs se retrouve inscrite dans de nombreuses &#339;uvres po&#233;tiques surtout &#224; partir des ann&#233;es 1970. Mais elle est plus pr&#233;pond&#233;rante dans le roman. Elle y est cit&#233;e explicitement dans six des huit romans publi&#233;s jusqu'ici sans compter qu'elle l'est aussi dans la nouvelle &lt;i&gt;Lwali n wedrar &lt;/i&gt;de B&#233;la&#239;d At Ali.&lt;br&gt; D. Abrous (1989) a d&#233;j&#224; mis en &#233;vidence cette conscience identitaire dans les productions romanesques kabyles. La r&#233;currence de cette conscience chez les &#233;crivains et po&#232;tes kabyles quelle que soit leur langue d'expression (kabyle ou fran&#231;ais) est, par ailleurs, un des crit&#232;res d'existence d'un &lt;i&gt;espace litt&#233;raire kabyle sp&#233;cifique&lt;/i&gt; telle que d&#233;fini par D. Merolla dans &lt;i&gt;Espace litt&#233;raire kabyle &lt;/i&gt;(1996). L'histoire de la constitution de ce dernier et l'analyse des courants qui le traversent restent &#224; faire. Mais il demeure n&#233;anmoins comme la seule d&#233;nomination permettant de consacrer la litt&#233;rature &#233;crite par les Kabyles loin des appellations sp&#233;culatives ou portant de fortes charges id&#233;ologiques que ce soit nationaliste, linguistique... Car apr&#232;s avoir &#233;t&#233; pris dans un ensemble nomm&#233; litt&#233;rature alg&#233;rienne de langue et/ou d'expressions : fran&#231;aise, berb&#232;re... n'a-t-on pas vu Adonis la classer comme &lt;i&gt;litt&#233;rature arabe d'expression berb&#232;re&lt;/i&gt; ?&lt;br&gt;
&lt;br&lt;&lt;br class='autobr' /&gt; Si cet espace litt&#233;raire kabyle est en intersection avec l'espace litt&#233;raire alg&#233;rien, il l'est tout aussi avec l'espace litt&#233;raire berb&#233;rophone encore plus large que les espaces litt&#233;raires nationaux du fait que la langue berb&#232;re est une langue transnationale. Pourquoi ne pourrait-on pas parler alors de litt&#233;rature berb&#232;re de Kabylie ? L&#224;, c'est un autre d&#233;bat ! Contentons-nous d'examiner maintenant les conditions mat&#233;rielles de productions de la n&#233;o-litt&#233;rature kabyle.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;&lt;i&gt;Sa&#239;d CHEMAKH.&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;Bibliographie succincte :&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&lt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Abrous D., 1989, &lt;i&gt;La production romanesque kabyle : une exp&#233;rience de passage &#224; l'&#233;crit, &lt;/i&gt;M&#233;moire de DEA, ILGEOS, Universit&#233; de Provence.&lt;br&gt;
Amrouche Taos, &#034;Que fait-on pour la langue berb&#232;re ?&#034;, &lt;i&gt;Documents nord africains,&lt;/i&gt; Juin 1957.&lt;br&gt;
Chaker S., 1999, &lt;i&gt;Berb&#232;re aujourd'hui, &lt;/i&gt;2&#176; &#233;dition, l'Harmattan, Paris. Publi&#233; en Alg&#233;rie sous le titre &lt;i&gt;Imazighen ass-a,&lt;/i&gt; Bouch&#232;ne, Alger, 1990.&lt;br&gt;
Chaker S., &#034;La n&#233;o-litt&#233;rature Kabyle&#034;, &lt;i&gt;Bulletin d'Etudes Africaines, &lt;/i&gt;1989, Inalco, Paris.&lt;br&gt;
Chemakh S. et Khellil S., 1989, &#034;D&#233;veloppement de Tamazi&#947;t &#224; travers le mouvement associatif&#034; in &lt;i&gt;Tafsut&lt;/i&gt; N&#176; 13 : Hommage &#224; M. Mammeri, pp : 81-89, Tizi-Ouzou. &lt;br&gt;
D&#233;jeux J., 1992, &lt;i&gt;La litt&#233;rature maghr&#233;bine d'expression fran&#231;aise,&lt;/i&gt; Puf, Paris.&lt;br&gt;
Escarpit R., &lt;i&gt;Sociologie de la Litt&#233;rature, &lt;/i&gt;coll. Que sais-je ?, Puf, Paris. &lt;br&lt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Merolla D., &#034;Espace litt&#233;raire kabyle&#034;, &lt;i&gt;Etudes et Documents Berb&#232;res,&lt;/i&gt; N&#176; 13, Edisud, Aix-en Provence.&lt;br&gt;
Merolla D., 1996, &lt;i&gt;Gender and community in the Kabyle literary space,&lt;/i&gt; Research School CNWS, Leiden.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Prochain article : Les conditions de l'&#233;dition de la n&#233;o-litt&#233;rature kabyle.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La naissance d'une litt&#233;rature &#233;crite</title>
		<link>http://tamazgha.fr/La-naissance-d-une-litterature-ecrite,1086.html</link>
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		<description>
&lt;p&gt;&#034;Dans cette dynamique de traduction litt&#233;raire, Muhend-u-Yehya occupe une place &#224; part : par son ampleur, sa diversit&#233; et sa qualit&#233;, sa dur&#233;e aussi, son &#339;uvre peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une des grandes r&#233;f&#233;rences fondatrices de la nouvelle litt&#233;rature kabyle.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; LA NAISSANCE D'UNE LITTERATURE ECRITE. &lt;br class='autobr' /&gt; Le cas berb&#232;re (Kabylie) &lt;br class='autobr' /&gt; Les Berb&#232;res poss&#232;dent depuis l'Antiquit&#233; un syst&#232;me d'&#233;criture qui leur est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://tamazgha.fr/-Analyses-.html" rel="directory"&gt;Analyses&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;Dans cette dynamique de traduction litt&#233;raire, Muhend-u-Yehya occupe une place &#224; part : par son ampleur, sa diversit&#233; et sa qualit&#233;, sa dur&#233;e aussi, son &#339;uvre peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une des grandes r&#233;f&#233;rences fondatrices de la nouvelle litt&#233;rature kabyle.&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;br&gt;
&lt;hr size=&#034;1&#034; noshade&gt;&lt;br&gt;
&lt;center&gt; &lt;span class=&#034;INTRODUCTION&#034;&gt;&lt;b&gt;LA &lt;strong&gt;NAISSANCE D'UNE LITTERATURE ECRITE&lt;/strong&gt;.&lt;br&gt; Le cas berb&#232;re (Kabylie)&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;/center&gt; &lt;span class=&#034;INTRODUCTION&#034;&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034; align=&#034;justify&#034;&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034; align=&#034;justify&#034;&gt;&lt;span class=&#034;INTRODUCTION&#034;&gt; Les &lt;br class='autobr' /&gt; Berb&#232;res poss&#232;dent depuis l'Antiquit&#233; un syst&#232;me d'&#233;criture qui &lt;br class='autobr' /&gt; leur est propre. Les t&#233;moignages &#233;pigraphiques les plus anciens &lt;br class='autobr' /&gt; semblent pouvoir &#234;tre dat&#233;s du VI&#232;me si&#232;cle avant J.C. (Camps &lt;br class='autobr' /&gt; 1978). Cet alphabet, dit &#034;libyco-berb&#232;re&#034;, &#233;tait en usage dans &lt;br class='autobr' /&gt; toute l'aire d'extension de la berb&#233;rophonie (ensemble du Maghreb-Sahara). &lt;br class='autobr' /&gt; De nos jours, seuls les Touaregs l'utilisent encore &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;(tifinagh)&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt; Mais, curieusement, &#224; aucune p&#233;riode de l'Histoire et en aucun &lt;br class='autobr' /&gt; lieu, il ne semble que cette &#233;criture ait servi de support &#224; une &lt;br class='autobr' /&gt; production litt&#233;raire, ni m&#234;me &#224; la fixation de la m&#233;moire collective &lt;br class='autobr' /&gt; d'un groupe (chroniques historiques par exemple). Partout, depuis &lt;br class='autobr' /&gt; l'aube de l'Histoire, lorsqu'il s'est agit de r&#233;diger des documents &lt;br class='autobr' /&gt; &#233;crits consistants, les Berb&#232;res ont eu recours aux langues et/ou &lt;br class='autobr' /&gt; aux alphabets des peuples dominants avec lesquels ils &#233;taient &lt;br class='autobr' /&gt; en contact : punique, latin puis arabe. Dans l'Antiquit&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt; l'utilisation de l'alphabet libyque est essentiellement fun&#233;raire &lt;br class='autobr' /&gt; et magico-religieux. De nos jours encore, chez les Touaregs, les &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;tifinagh&lt;/i&gt; n'ont gu&#232;re qu'une fonction symbolique &lt;br class='autobr' /&gt; (identificatoire, voire identitaire) et ludique (messages amoureux &lt;br class='autobr' /&gt; notamment) ; dans la vie quotidienne, on les utilise, au &lt;br class='autobr' /&gt; mieux, pour de courts messages utilitaires (rendez-vous, br&#232;ves &lt;br class='autobr' /&gt; informations commerciales...). Ce n'est qu'&#224; date tr&#232;s r&#233;cente &lt;br class='autobr' /&gt; que certains Touaregs, sous l'influence de la scolarisation fran&#231;aise &lt;br class='autobr' /&gt; et/ou de l'&#233;crit arabe, se sont mis &#224; utiliser leur alphabet pour &lt;br class='autobr' /&gt; des documents plus longs (correspondance, petites nouvelles...). &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; Pourtant, les Berb&#232;res ont (et ont toujours eu) une tradition &lt;br class='autobr' /&gt; litt&#233;raire tr&#232;s vigoureuse et diversifi&#233;e : po&#233;sie, contes, &lt;br class='autobr' /&gt; l&#233;gendes, devinettes et &#233;nigmes... Au moyen &#226;ge d&#233;j&#224;, les auteurs &lt;br class='autobr' /&gt; arabes s'&#233;merveillaient de la prolixit&#233; de cette litt&#233;rature berb&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt; (Ibn Khaldoun : &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Histoire des Berb&#232;res)&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt; Avant l'irruption de l'Occident avec la colonisation, tout ce &lt;br class='autobr' /&gt; patrimoine n'a &#233;t&#233; que tr&#232;s rarement fix&#233; &#224; l'&#233;crit. La seule &lt;br class='autobr' /&gt; exception notable encore vivante est la tradition litt&#233;raire &#233;crite &lt;br class='autobr' /&gt; (en caract&#232;res arabes) des Chleuhs du sud marocain. Il s'agit, &lt;br class='autobr' /&gt; pour l'essentiel, de po&#233;sies et l&#233;gendes d'inspiration religieuse &lt;br class='autobr' /&gt; (hagiographie ou &#233;dification). Bien s&#251;r, il a exist&#233; aussi, selon &lt;br class='autobr' /&gt; le t&#233;moignage des sources arabes, des productions (religieuses, &lt;br class='autobr' /&gt; historiques et m&#234;me scientifiques) &#233;crites en berb&#232;re dans tout &lt;br class='autobr' /&gt; le haut Moyen &#226;ge maghr&#233;bin et l'on en retrouve des traces en &lt;br class='autobr' /&gt; milieux ibadhite ; mais ces tentatives ne se sont nulle part &lt;br class='autobr' /&gt; stabilis&#233;es et maintenues pour donner naissance &#224; une v&#233;ritable &lt;br class='autobr' /&gt; tradition &#233;crite. M&#234;me chez les Chleuhs, la litt&#233;rature &#233;crite &lt;br class='autobr' /&gt; reste l'apanage de milieux lettr&#233;s tr&#232;s restreints et elle a plut&#244;t &lt;br class='autobr' /&gt; une fonction d'aide-m&#233;moire pour les d&#233;tenteurs de ce patrimoine &lt;br class='autobr' /&gt; que de support &#224; une diffusion large. &lt;br&gt; &lt;br&gt; Cette situation paradoxale et apparemment contradictoire (existence &lt;br class='autobr' /&gt; d'une &#233;criture ancienne/absence de tradition litt&#233;raire &#233;crite), &lt;br class='autobr' /&gt; on le sait bien, n'a rien d'exceptionnel et se retrouve sous d'autres &lt;br class='autobr' /&gt; cieux ; elle nous rappelle cependant que l'&#233;criture peut &lt;br class='autobr' /&gt; exister et se maintenir sur d'autres bases qu'utilitaires ou litt&#233;raires. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; Il faut donc attendre la p&#233;riode coloniale et la tr&#232;s forte influence &lt;br class='autobr' /&gt; de l'Ecole et de la culture fran&#231;aises pour que naisse une v&#233;ritable &lt;br class='autobr' /&gt; production litt&#233;raire &#233;crite en langue berb&#232;re. Qui est encore &lt;br class='autobr' /&gt; exp&#233;rimentale et tr&#232;s in&#233;galement d&#233;velopp&#233;e selon les r&#233;gions. &lt;br class='autobr' /&gt; Comme en bien d'autres mati&#232;res, la Kabylie (Alg&#233;rie) a une solide &lt;br class='autobr' /&gt; avance ; elle est suivie par le domaine chleuh (sud marocain) &lt;br class='autobr' /&gt; qui conna&#238;t aussi des exp&#233;riences litt&#233;raires &#233;crites non n&#233;gligeables ; &lt;br class='autobr' /&gt; de beaucoup plus loin, par le monde touareg nig&#233;ro-malien et, &lt;br class='autobr' /&gt; timidement, par le Mzab. Ce &#034;palmar&#232;s&#034; est bien entendu, pour &lt;br class='autobr' /&gt; chaque r&#233;gion, le reflet direct du degr&#233; de prise de conscience &lt;br class='autobr' /&gt; identitaire et d'engagement dans la d&#233;fense de la langue et de &lt;br class='autobr' /&gt; la culture berb&#232;re (&lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Cf&lt;/i&gt; Chaker 1989/90). Pour &lt;br class='autobr' /&gt; cette raison, notre propos se limitera, pour l'essentiel, &#224; l'&#233;mergence &lt;br class='autobr' /&gt; de cette n&#233;o-litt&#233;rature en Kabylie. &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;b&gt;LES CONDITIONS ET LES FORMES&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; L'impact de la France&lt;/b&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; La quasi totalit&#233; de l'aire d'extension de la langue berb&#232;re a &lt;br class='autobr' /&gt; &#233;t&#233; durant la p&#233;riode coloniale sous domination fran&#231;aise. Seuls &lt;br class='autobr' /&gt; font exception les &#238;lots berb&#233;rophones de Libye et d'Egypte. En &lt;br class='autobr' /&gt; Alg&#233;rie du nord, cette inclusion dans l'orbite fran&#231;aise a dur&#233; &lt;br class='autobr' /&gt; plus d'un si&#232;cle et a &#233;t&#233; renforc&#233;e par un ensemble de facteurs &lt;br class='autobr' /&gt; d'int&#233;gration et d'acculturation tr&#232;s puissants : &lt;br&gt; - pr&#233;sence locale d'importantes populations fran&#231;aise ou europ&#233;enne ;&lt;br&gt; - administration fran&#231;aise directe ; &lt;br&gt; - conscription tr&#232;s large avec participation aux guerres de la &lt;br class='autobr' /&gt; France (campagnes coloniales, 1914-1918, 1939-1945, &#034;Indochine&#034;...) ;&lt;br&gt; - &#233;migration tr&#232;s importante et ancienne vers la France (elle &lt;br class='autobr' /&gt; commence d&#232;s le d&#233;but du XX&#176; si&#232;cle), &lt;br&gt; - scolarisation en langue fran&#231;aise significative.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Une telle situation, on s'en doute, n'a pas &#233;t&#233; sans effets sur &lt;br class='autobr' /&gt; la langue berb&#232;re, sur le d&#233;veloppement de la connaissance en &lt;br class='autobr' /&gt; mati&#232;res berb&#232;res et, surtout, sur le rapport des berb&#233;rophones &lt;br class='autobr' /&gt; &#224; leur langue. &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;b&gt;Le passage &#224; l'&#233;crit : une volont&#233; d&#233;j&#224; ancienne.&lt;/b&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; C'est sans doute la tendance la plus anciennement rep&#233;rable et &lt;br class='autobr' /&gt; la plus permanente chez les berb&#233;risants et militants autochtones. &lt;br class='autobr' /&gt; D&#232;s le d&#233;but du si&#232;cle, la volont&#233; d'op&#233;rer le passage &#224; l'&#233;crit &lt;br class='autobr' /&gt; se traduit par la publication d'importants corpus litt&#233;raires &lt;br class='autobr' /&gt; ou de textes sur la vie quotidienne par les premiers instituteurs &lt;br class='autobr' /&gt; et membres des &#233;lites form&#233;es par l'Ecole fran&#231;aise. Boulifa peut &lt;br class='autobr' /&gt; &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le premier prosateur kabyle : sa &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;M&#233;thode &lt;br class='autobr' /&gt; de langue kabyle&lt;/i&gt; (1913) comporte plus de 350 pages imprim&#233;es &lt;br class='autobr' /&gt; de textes berb&#232;res non traduits, compos&#233;s directement &#224; l'&#233;crit &lt;br class='autobr' /&gt; par l'auteur.&lt;br&gt; La premi&#232;re grande impulsion pour le passage &#224; l'&#233;crit en Kabylie &lt;br class='autobr' /&gt; date donc du d&#233;but du si&#232;cle. Dans le domaine litt&#233;raire, surtout, &lt;br class='autobr' /&gt; le support &#233;crit imprim&#233; commence &#224; suppl&#233;er significativement &lt;br class='autobr' /&gt; &#224; la transmission orale et &#224; la m&#233;moire collective. Car les conditions &lt;br class='autobr' /&gt; de production et de diffusion de la litt&#233;rature sont profond&#233;ment &lt;br class='autobr' /&gt; affect&#233;es par les bouleversements socio-&#233;conomiques et politiques &lt;br class='autobr' /&gt; que subit la Kabylie dans la derni&#232;re moiti&#233; du XIX&#232;me si&#232;cle. &lt;br class='autobr' /&gt; Les anciens bardes, semi-professionnels itin&#233;rants, disparaissent &lt;br class='autobr' /&gt; tr&#232;s vite, le tissu tribal qui portait cette production litt&#233;raire &lt;br class='autobr' /&gt; tr&#232;s socialis&#233;e s'effondre. Les premi&#232;res g&#233;n&#233;rations d'instituteurs &lt;br class='autobr' /&gt; kabyles arrivent donc, au tournant du si&#232;cle, &#224; un moment charni&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt; qui les met en position d'assurer le relais dans la transmission &lt;br class='autobr' /&gt; du patrimoine. On sait le r&#244;le d&#233;cisif qu'a jou&#233; le &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Recueil &lt;br class='autobr' /&gt; de po&#233;sies&lt;/i&gt; de Boulifa dans la transmission et la conservation &lt;br class='autobr' /&gt; de l'oeuvre du grand po&#232;te Si Mohand et de nombreux autres po&#232;tes &lt;br class='autobr' /&gt; anciens. Mouloud Feraoun en a t&#233;moign&#233; avec &#233;motion : &lt;br&gt; (1960 : 11).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;INTRODUCTION&#034;&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034; align=&#034;justify&#034;&gt;&lt;b&gt;La cha&#238;ne des instituteurs kabyles.&lt;/b&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; Les pionniers de la &#034;d&#233;fense et illustration de la langue berb&#232;re&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; appartiennent &lt;b&gt;tous&lt;/b&gt; aux toutes premi&#232;res &#233;lites kabyles &lt;br class='autobr' /&gt; form&#233;es &#224; l'Ecole fran&#231;aise ; chez eux, l'&#233;veil identitaire &lt;br class='autobr' /&gt; est avant tout culturel et emprunte d'abord la voie de la production &lt;br class='autobr' /&gt; scientifique (langue, litt&#233;rature, histoire berb&#232;res...). Cette &lt;br class='autobr' /&gt; premi&#232;re vague comporte un grand nombre d'instituteurs ; &lt;br class='autobr' /&gt; le plus notoire est sans conteste Amar ou Sa&#239;d Boulifa, auteur &lt;br class='autobr' /&gt; d'un &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Recueil de po&#233;sies kabyles&lt;/i&gt; (1904), d'une &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;M&#233;thode de langue kabyle&lt;/i&gt; (1897 et 1913) et &lt;br class='autobr' /&gt; de nombreux autres travaux ethno-historiques. &lt;br&gt; &lt;br&gt; Il ne s'agit pas d'un cas (ou de quelques cas) isol&#233;(s). Certes, &lt;br class='autobr' /&gt; peu ont atteint la notori&#233;t&#233; et le statut universitaire d'un Boulifa, &lt;br class='autobr' /&gt; mais ils ont &#233;t&#233; tr&#232;s nombreux, dans les g&#233;n&#233;rations successives &lt;br class='autobr' /&gt; d'instituteurs jusqu'&#224; l'ind&#233;pendance, ces intellectuels kabyles &lt;br class='autobr' /&gt; qui ont &#233;prouv&#233; et entretenu une passion pour leur culture et &lt;br class='autobr' /&gt; leur langue. &lt;br&gt; &lt;br&gt; Ces premiers travaux autochtones diffusent l'&#233;crit dans la soci&#233;t&#233; &lt;br class='autobr' /&gt; kabyle &#224; un niveau jamais atteint jusque-l&#224; car, contrairement &lt;br class='autobr' /&gt; au domaine chleuh, il n'existait pas en Kabylie de tradition ant&#233;rieure &lt;br class='autobr' /&gt; de graphie berb&#232;re en caract&#232;res arabes (du moins les cas sont-ils &lt;br class='autobr' /&gt; toujours exceptionnels). Et au-del&#224; des usages effectifs -cet &lt;br class='autobr' /&gt; &#233;crit reste essentiellement passif-, l'impact symbolique en aura &lt;br class='autobr' /&gt; &#233;t&#233; d&#233;cisif pour la valorisation de la langue en mat&#233;rialisant &lt;br class='autobr' /&gt; l'id&#233;e que : &#034;le berb&#232;re, &#231;a s'&#233;crit !&#034;. &lt;br&gt; &lt;br&gt; La scolarisation ancienne et relativement forte en Kabylie -assur&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt; par ces m&#234;mes instituteurs souvent &#034;berb&#233;risants&#034;- fait que ce &lt;br class='autobr' /&gt; mouvement de &#034;sensibilisation &#224; l'&#233;crit berb&#232;re&#034; a touch&#233; des &lt;br class='autobr' /&gt; couches non n&#233;gligeables de la soci&#233;t&#233;. La pratique &#233;crite du &lt;br class='autobr' /&gt; berb&#232;re, le savoir berb&#232;re moderne n'est pas confin&#233; &#224; une &#233;lite &lt;br class='autobr' /&gt; restreinte, de niveau universitaire. Sans que l'on puisse parler &lt;br class='autobr' /&gt; de ph&#233;nom&#232;ne de masse -on en est bien loin-, il concerne cependant &lt;br class='autobr' /&gt; des milieux d'instruction tr&#232;s moyenne, voire primaire, de condition &lt;br class='autobr' /&gt; souvent modeste. &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;b&gt;Les &#233;crivains d'expression fran&#231;aise&lt;/b&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Plus r&#233;cemment, dans cette veine &#034;culturaliste&#034;, fortement li&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt; aux m&#233;tiers de l'enseignement et de l'&#233;criture, certains noms &lt;br class='autobr' /&gt; sont devenus illustres en tant qu'&lt;b&gt;auteurs de langue fran&#231;aise &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/b&gt; : Jean et Taos Amrouche, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri... &lt;br class='autobr' /&gt; Bien s&#251;r, cette notori&#233;t&#233; est d'abord li&#233;e &#224; une &#339;uvre de langue &lt;br class='autobr' /&gt; fran&#231;aise, mais tous ont, parall&#232;lement &#224; la cr&#233;ation litt&#233;raire, &lt;br class='autobr' /&gt; toujours affirm&#233; leur ancrage dans la culture berb&#232;re et concr&#232;tement &lt;br class='autobr' /&gt; oeuvr&#233; pour elle par un travail constant de promotion. Les &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Chants &lt;br class='autobr' /&gt; berb&#232;res de Kabylie &lt;/i&gt;(1939) de Jean Amrouche, &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Les &lt;br class='autobr' /&gt; po&#232;mes de Si Mohand&lt;/i&gt; (1960) de Mouloud F&#233;raoun, &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Le &lt;br class='autobr' /&gt; Grain magique&lt;/i&gt; (1966) de Taos Amrouche, les&lt;i class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; Isefra de Si Mohand &lt;/i&gt;(1969) et les &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Po&#232;mes kabyles &lt;br class='autobr' /&gt; anciens &lt;/i&gt;(1980) de Mammeri sont les grandes dates de cette &lt;br class='autobr' /&gt; action. Par del&#224; le contenu et les connotations &#034;berb&#233;risantes&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; de leurs oeuvres fran&#231;aises, leur notori&#233;t&#233; litt&#233;raire a puissamment &lt;br class='autobr' /&gt; aid&#233; &#224; la valorisation du patrimoine et tr&#232;s efficacement contribu&#233; &lt;br class='autobr' /&gt; &#224; l&#233;gitimer le processus social de passage &#224; l'&#233;crit. Leur action &lt;br class='autobr' /&gt; de fixation et de diffusion &#224; l'&#233;crit de la po&#233;sie traditionnelle &lt;br class='autobr' /&gt; berb&#232;re a &#233;t&#233; d'autant mieux re&#231;ue qu'ils &#233;taient des &#233;crivains &lt;br class='autobr' /&gt; de langue fran&#231;aise reconnus. &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;b&gt;Les militants &lt;/b&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Le souci de d&#233;finir et de diffuser une graphie usuelle du berb&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt; touchera &#233;galement les militants politiques du PPA-MTLD. Mohand &lt;br class='autobr' /&gt; Ameziane Khelifati &#233;labore un alphabet berb&#232;re original d&#232;s 1930. &lt;br class='autobr' /&gt; Entre 1945 et 1950, tous les auteurs de chants nationalistes en &lt;br class='autobr' /&gt; langue berb&#232;re, notamment le plus productif d'entre eux, Idir &lt;br class='autobr' /&gt; A&#239;t-Amrane (Cf Chaker 1986), se penchent sur ce probl&#232;me et proposent &lt;br class='autobr' /&gt; des syst&#232;mes de graphie (latine), parfois assez ing&#233;nieux, qui &lt;br class='autobr' /&gt; r&#233;v&#232;lent en tout cas une r&#233;flexion et une information linguistique &lt;br class='autobr' /&gt; s&#233;rieuse. Vers 1945-50, la diffusion de l'&#233;crit &#224; base latine &lt;br class='autobr' /&gt; -en-dehors de tout enseignement formalis&#233; en Kabylie- est suffisamment &lt;br class='autobr' /&gt; avanc&#233;e pour que de nombreux membres de ces &#233;lites instruites &lt;br class='autobr' /&gt; kabyles soient capables de composer et &#233;crire le texte de chansons &lt;br class='autobr' /&gt; (les &#034;berb&#233;ro-nationalistes&#034;), de noter des pi&#232;ces de po&#233;sie traditionnelle. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans une mouvance diff&#233;rente, Bela&#239;d At-Ali -qui n'&#233;tait pas l'un &lt;br class='autobr' /&gt; des plus instruits (sur ce pr&#233;curseur autodidacte, voir &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Etudes &lt;br class='autobr' /&gt; et documents berb&#232;res,&lt;/i&gt; 2, 1986)- r&#233;dige &#224; la m&#234;me &#233;poque (avant &lt;br class='autobr' /&gt; 1950) ce qui doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme la premi&#232;re oeuvre litt&#233;raire &lt;br class='autobr' /&gt; &#233;crite kabyle : &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Les cahiers de Bela&#239;d, &lt;/i&gt;recueil &lt;br class='autobr' /&gt; de textes, de notations, descriptions et r&#233;flexions sur la Kabylie &lt;br class='autobr' /&gt; tout &#224; fait exquises (une sorte d'anticipation, en kabyle, de &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Jours de Kabylie&lt;/i&gt; de Feraoun). &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;b&gt;La p&#233;riode actuelle (l'apr&#232;s-ind&#233;pendance)&lt;/b&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Le mouvement de production s'est poursuivi, avec un net regain &lt;br class='autobr' /&gt; depuis 1970, si bien qu'il existe actuellement :&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;img class=&#034;spip_puce&#034; src='http://tamazgha.fr/search_fichiers/puce.gif' alt=&#034;-&#034; border=&#034;0&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt; des &lt;br class='autobr' /&gt; traductions-adaptations [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; name=&#034;nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;[1] Dans cette dynamique de traduction litt&#233;raire, Muhend-u-Yehya occupe (...)&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;br class='autobr' /&gt; en berb&#232;re d'&#339;uvres litt&#233;raires internationales ou maghr&#233;bines :&lt;br&gt; Brecht, &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;L'exception et la r&#232;gle&lt;/i&gt; ; Moli&#232;re, &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Tartuffe, L'avare ;&lt;/i&gt; Beckett, &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;En &lt;br class='autobr' /&gt; attendant Godot ; &lt;/i&gt;Kateb, &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Mohammed prend &lt;br class='autobr' /&gt; ta valise, La guerre de 2000 ans&lt;/i&gt; ; Feraoun, &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Jours &lt;br class='autobr' /&gt; de Kabylie...&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;img class=&#034;spip_puce&#034; src='http://tamazgha.fr/search_fichiers/puce.gif' alt=&#034;-&#034; border=&#034;0&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt; des &lt;br class='autobr' /&gt; oeuvres litt&#233;raires originales : &lt;br&gt; - des pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre, Kabylie : &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;tacbalit... ;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; Maroc : &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Ussan semmidnin&lt;/i&gt; (Safi) ; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt; - des recueils po&#233;tiques : Maroc : Moustaoui, Idbelkacem, &lt;br class='autobr' /&gt; Akhyat, Azayko... ; Mzab : Fekkar ; Kabylie : &lt;br class='autobr' /&gt; Hmed-Zayed, Mekki, U Muh...&lt;br&gt; - des romans (Kabylie) : Aliche, Sadi, Mezdad...&lt;br&gt; - des essais historiques en kabyle (Hmed-Zayed, Bilek...) et en &lt;br class='autobr' /&gt; touareg (Alojaly).&lt;br&gt; - et, depuis quelques mois, un embryon de presse politique &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;(Asalu, &lt;br class='autobr' /&gt; Amaynut) &lt;/i&gt;initi&#233;e par les partis &#224; implantation essentiellement &lt;br class='autobr' /&gt; berb&#232;re (RCD, FFS).&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034; align=&#034;justify&#034;&gt;On peut d&#233;sormais parler d'une litt&#233;rature &lt;br class='autobr' /&gt; &#233;crite berb&#232;re. Elle est, bien s&#251;r, encore modeste et se constitue &lt;br class='autobr' /&gt; sous nos yeux, mais on ne doit pas perdre de vue dans son &#233;valuation &lt;br class='autobr' /&gt; qu'elle est n&#233;e et s'est d&#233;velopp&#233;e dans des conditions extr&#234;mement &lt;br class='autobr' /&gt; d&#233;favorables.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034; align=&#034;justify&#034;&gt; &lt;br&gt; &lt;b&gt;Le r&#244;le de l'&#233;migration : l'&#233;dition en exil&lt;/b&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; En Alg&#233;rie, jusqu'&#224; la lib&#233;ralisation politique cons&#233;cutive aux &lt;br class='autobr' /&gt; &#233;meutes d'octobre 1988, l'expression &#233;crite a toujours &#233;t&#233; &#233;troitement &lt;br class='autobr' /&gt; surveill&#233;e : contr&#244;le absolu et direct sur la presse, monopole &lt;br class='autobr' /&gt; strict de l'Etat sur l'&#233;dition et la diffusion. Les assouplissements &lt;br class='autobr' /&gt; r&#233;cents (apparition de quelques &#233;diteurs priv&#233;s) ne commencent &lt;br class='autobr' /&gt; &#224; avoir des effets sensibles que depuis moins de deux ans.&lt;br&gt; Alors qu'il existait &#224; Alger une tradition ancienne d'&#233;dition &lt;br class='autobr' /&gt; dans le domaine berb&#232;re, il y est mis un terme brutal &#224; l'ind&#233;pendance &lt;br class='autobr' /&gt; et la quasi totalit&#233; des publications berb&#232;res apr&#232;s 1962 para&#238;t &lt;br class='autobr' /&gt; en France. M. Mammeri publiera ses ouvrages berb&#232;res chez &lt;br class='autobr' /&gt; Masp&#233;ro (1969, 1976, 1980) et toute la production berb&#233;risante &lt;br class='autobr' /&gt; d'origine alg&#233;rienne se fera en France dans les cadres associatifs &lt;br class='autobr' /&gt; et/ou universitaires. &lt;br&gt; &lt;br&gt; Cette &#233;dition berb&#232;re &#233;migr&#233;e, bien qu'elle ne soit pas commercialis&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt; par les canaux officiels, a eu un impact certain dans le pays &lt;br class='autobr' /&gt; d'origine o&#249; elle a circul&#233; relativement bien. Surtout, en mati&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt; litt&#233;raire, la &#034;militance&#034; berb&#232;re &#233;migr&#233;e en France a &#233;t&#233;, dans &lt;br class='autobr' /&gt; le courant des ann&#233;es 70 et 80, &#224; la fois un lieu de repli et &lt;br class='autobr' /&gt; un v&#233;ritable laboratoire d'exp&#233;rimentation : c'est en France &lt;br class='autobr' /&gt; qu'est n&#233; le th&#233;&#226;tre berb&#232;re (avec Mohya), c'est dans ce pays &lt;br class='autobr' /&gt; qu'ont &#233;t&#233; &#233;dit&#233;s (et le plus souvent r&#233;dig&#233;s) les premiers romans &lt;br class='autobr' /&gt; et les premiers recueils de po&#233;sie &#233;crite (Hmed-Zayed...). &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;b&gt;La question de l'alphabet&lt;/b&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Dans ce processus de &#034;passage &#224; l'&#233;crit&#034;, la question de l'alphabet &lt;br class='autobr' /&gt; usuel est loin d'&#234;tre d&#233;finitivement r&#233;solue : num&#233;riquement, &lt;br class='autobr' /&gt; la notation &#224; base latine, d'origine scientifique, est pr&#233;dominante &lt;br class='autobr' /&gt; parce qu'elle est utilis&#233;e, de fa&#231;on presque exclusive par les &lt;br class='autobr' /&gt; Kabyles et les Touaregs. Mais l'alphabet arabe est bien repr&#233;sent&#233; &lt;br class='autobr' /&gt; au Maroc et au Mzab o&#249; presque toutes les productions r&#233;centes &lt;br class='autobr' /&gt; sont not&#233;es dans cette &#233;criture. &lt;br&gt; Parall&#232;lement, certains milieux militent activement -m&#234;me s'ils &lt;br class='autobr' /&gt; ne sont pas encore tr&#232;s productifs ni largement reconnus- pour &lt;br class='autobr' /&gt; le retour au vieil alphabet berb&#232;re &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;(tifinagh)&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt; Ins&#233;r&#233;s dans une aire de vieille culture scripturaire, les Berb&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt; ont depuis toujours vu leur langue et leur culture d&#233;valoris&#233;es &lt;br class='autobr' /&gt; par leur statut d'oralit&#233;. C'est ainsi que l'on peut expliquer &lt;br class='autobr' /&gt; l'existence dans la sensibilit&#233; berb&#232;re de ce courant qui pr&#244;ne &lt;br class='autobr' /&gt; le retour aux&lt;i class=&#034;spip&#034;&gt; tifinagh,&lt;/i&gt; qui pr&#233;sentent le &lt;br class='autobr' /&gt; double avantage de marquer l'appartenance historique incontestable &lt;br class='autobr' /&gt; de la langue berb&#232;re au monde de l'&#233;criture et d'assurer la discrimination &lt;br class='autobr' /&gt; maximale par rapport aux cultures environnantes puisque cet alphabet &lt;br class='autobr' /&gt; est absolument sp&#233;cifique aux Berb&#232;res. En exhumant cette antique &lt;br class='autobr' /&gt; &#233;criture ces militants berb&#232;res se donnent une arme particuli&#232;rement &lt;br class='autobr' /&gt; efficace dans un environnement o&#249; l'&#233;criture est mythifi&#233;e, voire &lt;br class='autobr' /&gt; sacralis&#233;e. Et comme cet alphabet berb&#232;re est attest&#233; depuis la &lt;br class='autobr' /&gt; proto-histoire, les Berb&#232;res acc&#232;dent ainsi &#224; l'Histoire et &#224; &lt;br class='autobr' /&gt; la Civilisation ant&#233;rieurement &#224; la plupart des peuples qui ont &lt;br class='autobr' /&gt; domin&#233; le Maghreb, notamment les Arabes ! &lt;br&gt; &lt;br&gt; En tout cas, pour l'heure, m&#234;me si l'on peut penser que ce sera &lt;br class='autobr' /&gt; la pratique sociale pr&#233;dominante qui finira par l'emporter, la &lt;br class='autobr' /&gt; question du syst&#232;me graphique reste ouverte et peut conna&#238;tre &lt;br class='autobr' /&gt; des &#233;volutions importantes en fonction de l'intervention ou de &lt;br class='autobr' /&gt; la non intervention des Etats dans ce champ. &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;b&gt;&lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;LES INSPIRATIONS&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &#034;Le modernisme&#034;&lt;/b&gt; &lt;br&gt; J'entends par l&#224; un effort permanent pour inscrire la culture &lt;br class='autobr' /&gt; berb&#232;re dans un champ de r&#233;f&#233;rences modernes et universelles, &lt;br class='autobr' /&gt; pour les faire sortir de leurs sph&#232;res traditionnelles, rurales &lt;br class='autobr' /&gt; et familiales. La n&#233;o-culture et la n&#233;o-litt&#233;rature berb&#232;res tendent, &lt;br class='autobr' /&gt; depuis au moins 1945, &#224; faire du berb&#232;re un moyen d'expression &lt;br class='autobr' /&gt; et de cr&#233;ation en prise avec les courants de pens&#233;e du monde moderne &lt;br class='autobr' /&gt; et de la culture universelle. &lt;br&gt; Les &#034;berb&#233;ro-nationalistes&#034; de 1945 sont fortement influenc&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt; par les exp&#233;riences r&#233;volutionnaires et patriotiques &#233;trang&#232;res : &lt;br class='autobr' /&gt; R&#233;volution russe, r&#233;sistance nationale irlandaise, traditions &lt;br class='autobr' /&gt; nationalistes europ&#233;ennes du XIX&#176; si&#232;cle. On traduit L'internationale, &lt;br class='autobr' /&gt; des po&#232;mes romantiques allemands (Uhland, &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Ich &lt;br class='autobr' /&gt; hatte einen Kamerad = ghuri yiwen umeddak&#176;el...&lt;/i&gt;). Comme on &lt;br class='autobr' /&gt; l'a vu, plus r&#233;cemment, on a adapt&#233; Brecht, Beckett, Moli&#232;re en &lt;br class='autobr' /&gt; kabyle. Ces exp&#233;riences n'ont pas toutes la m&#234;me port&#233;e, mais &lt;br class='autobr' /&gt; toutes ont en commun la volont&#233; d'ins&#233;rer la langue et la culture &lt;br class='autobr' /&gt; berb&#232;re dans la modernit&#233;, de s'approprier les &#233;l&#233;ments fondamentaux &lt;br class='autobr' /&gt; du patrimoine historique, culturel et &#233;thique international. &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;b&gt;Une litt&#233;rature de combat.&lt;/b&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Exclue depuis des si&#232;cles des sph&#232;res du pouvoir et de l'Etat &lt;br class='autobr' /&gt; central avec lequel les Berb&#232;res ont &#233;t&#233; en conflit quasi permanent, &lt;br class='autobr' /&gt; la culture berb&#232;re v&#233;hicule une tradition de r&#233;sistance et de &lt;br class='autobr' /&gt; dissidence tr&#232;s ancienne (&lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Cf&lt;/i&gt; Chaker 1989). &lt;br class='autobr' /&gt; Dans la p&#233;riode contemporaine, cette donn&#233;e fondamentale -qui &lt;br class='autobr' /&gt; d&#233;finit un paysage culturel tr&#232;s &#233;loign&#233; de l'arabo-islamisme &lt;br class='autobr' /&gt; orthodoxe urbain- n'a fait que s'accentuer : du fait du contexte &lt;br class='autobr' /&gt; culturel et politique, chanter, parler en public, &#233;crire en berb&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt; est en soi un engagement. Il s'en suit que la n&#233;o-culture berb&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt; est globalement d'une tonalit&#233; tr&#232;s critique. On y trouve les &lt;br class='autobr' /&gt; traces de tous les combats r&#233;cents et actuels : lutte anti-coloniale, &lt;br class='autobr' /&gt; critique sociale et politique, affirmation identitaire, critique &lt;br class='autobr' /&gt; de la religion, de l'arabisation, anti-militarisme &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;(Le &lt;br class='autobr' /&gt; d&#233;serteur&lt;/i&gt; de Boris Vian est traduit et chant&#233; en kabyle), &lt;br class='autobr' /&gt; revendication f&#233;ministe... &lt;br&gt; &lt;br&gt; De plus, l'exclusion officielle a fait que la cr&#233;ation berb&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt; s'est d&#233;velopp&#233;e le plus souvent hors des cadres institutionnels : &lt;br class='autobr' /&gt; elle en acquiert une grande autonomie par rapport &#224; l'id&#233;ologie &lt;br class='autobr' /&gt; et &#224; la culture officielles. Depuis l'ind&#233;pendance, la culture &lt;br class='autobr' /&gt; berb&#232;re constitue en Alg&#233;rie un espace de libert&#233; conquise, un &lt;br class='autobr' /&gt; refuge et un support pour la pens&#233;e non conformiste oudissidente. &lt;br class='autobr' /&gt; La formule de Louis-Jean Calvet (1974), &#034;La langue, maquis du &lt;br class='autobr' /&gt; peuple&#034;, d&#233;crit particuli&#232;rement bien la situation berb&#232;re. Le &lt;br class='autobr' /&gt; degr&#233; de violence qu'atteint la critique du pouvoir politique &lt;br class='autobr' /&gt; et de ses pratiques, de la r&#233;pression, de la religion officielle... &lt;br class='autobr' /&gt; dans la nouvelle litt&#233;rature kabyle est &#224; peu pr&#232;s inconcevable &lt;br class='autobr' /&gt; dans la production en langue arabe ou fran&#231;aise. &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;b&gt;La qu&#234;te identitaire.&lt;/b&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Mais la clef de vo&#251;te, l'inspiration permanente est indiscutablement &lt;br class='autobr' /&gt; la qu&#234;te identitaire. Recherche du moi individuel et du nous collectif &lt;br class='autobr' /&gt; face &#224; l'arabit&#233; et &#224; l'arabisme n&#233;gateur, face &#224; l'Occident aussi, &lt;br class='autobr' /&gt; elle prend des formes diverses : qu&#234;te mythologique, plut&#244;t &lt;br class='autobr' /&gt; d&#233;sesp&#233;r&#233;e chez Aliche (1980 et 1986) ou parcours de combat chez &lt;br class='autobr' /&gt; Sadi (1983). Chez tous, l'Histoire, le Groupe sont convoqu&#233;s, &lt;br class='autobr' /&gt; interpell&#233;s, et somm&#233;s de pallier la d&#233;faillance pass&#233;e. M&#234;me &lt;br class='autobr' /&gt; si certains auteurs ont une inspiration plus personnelle, plus &lt;br class='autobr' /&gt; nostalgique aussi (Mekki), globalement on a affaire &#224; une litt&#233;rature &lt;br class='autobr' /&gt; qui pose la question de l'&lt;b&gt;existence berb&#232;re, du destin berb&#232;re&lt;/b&gt;, &lt;br class='autobr' /&gt; autour du th&#232;me-pivot angoiss&#233; : allons-nous dispara&#238;tre, &lt;br class='autobr' /&gt; que faire pour pr&#233;server la cha&#238;ne de transmission ? &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; &lt;b&gt; * &lt;/b&gt; &lt;/center&gt; &lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; Litt&#233;rature de combat, litt&#233;rature d'affirmation et de qu&#234;te identitaire, &lt;br class='autobr' /&gt; expression d'un groupe menac&#233;, l'avenir de cette production sera &lt;br class='autobr' /&gt; &#233;videmment &#233;troitement d&#233;pendant du devenir socio-politique des &lt;br class='autobr' /&gt; populations berb&#233;rophones et du statut (juridique et r&#233;el) de leur &lt;br class='autobr' /&gt; langue et de leur culture. On peut cependant penser qu'un saut qualitatif, &lt;br class='autobr' /&gt; sans doute irr&#233;versible, a &#233;t&#233; accompli &lt;b&gt;au moins dans le domaine &lt;br class='autobr' /&gt; kabyle&lt;/b&gt;. Non seulement cette n&#233;o-litt&#233;rature existe et se d&#233;veloppe, &lt;br class='autobr' /&gt; mais tout indique qu'elle r&#233;pond &#224; une demande sociale forte, dans &lt;br class='autobr' /&gt; une r&#233;gion r&#233;ceptive, &#224; tr&#232;s fort taux de scolarisation et &#224; conscience &lt;br class='autobr' /&gt; identitaire aiguis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034; align=&#034;justify&#034;&gt; &lt;br&gt; &lt;b&gt;&lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Salem CHAKER&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; &lt;b&gt; * * * &lt;/b&gt; &lt;/center&gt; &lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034; align=&#034;justify&#034;&gt;&lt;b&gt;SIGLES&lt;/b&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; - FFS : Front des forces socialistes (parti politique d'opposition ; &lt;br class='autobr' /&gt; fond&#233; en 1963 par Hocine A&#239;t-Ahmed).&lt;br&gt; - GEB = Groupe d'&#233;tudes berb&#232;re, Universit&#233; de Paris-VIII (Vincennes) ; &lt;br class='autobr' /&gt; publie la revue' Tisuraf jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1980 ; &lt;br class='autobr' /&gt; le GEB est &#224; l'origine de la cr&#233;ation de la coop&#233;rative berb&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt; Imedyazen qui a &#233;t&#233; un agent tr&#232;s actif dans le domaine de l'&#233;dition &lt;br class='autobr' /&gt; berb&#232;re &#233;migr&#233;e.&lt;br&gt; - PPA-MTLD : Parti du peuple alg&#233;rien (nationalistes radicaux), &lt;br class='autobr' /&gt; fond&#233; &#224; Paris en 1937 ; puis MTLD : Mouvement pour le &lt;br class='autobr' /&gt; triomphe des libert&#233;s d&#233;mocratiques.&lt;br&gt; - RCD : Rassemblement pour la culture et la d&#233;mocratie (parti &lt;br class='autobr' /&gt; &#224; base &#034;berb&#233;riste&#034;, fond&#233; en f&#233;vrier 1989. Dirig&#233; par le Dr Sa&#239;d &lt;br class='autobr' /&gt; Sadi).&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; &lt;b&gt;*&lt;/b&gt; &lt;/center&gt; &lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034; align=&#034;justify&#034;&gt;&lt;b&gt;BIBLIOGRAPHIE&lt;/b&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; En mati&#232;re de langue et litt&#233;rature berb&#232;re, on consultera la &lt;br class='autobr' /&gt; &#034;chronique berb&#232;re&#034; de l'&lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Annuaire de l'Afrique &lt;br class='autobr' /&gt; du Nord, &lt;/i&gt;Paris, Editions du CNRS :&lt;br&gt; &lt;br&gt; - CHAKER (Salem) : 1981 et suiv. . Langue et litt&#233;rature &lt;br class='autobr' /&gt; berb&#232;res. Chronique des &#233;tudes, &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Annuaire de l'Afrique &lt;br class='autobr' /&gt; du Nord, &lt;/i&gt;XX (et suiv.).&lt;br&gt; &lt;br&gt; - GALAND (Lionel) : 1965 &#224; 1979 - Langue et litt&#233;rature berb&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt; Chronique des &#233;tudes,&lt;i class=&#034;spip&#034;&gt; Annuaire de l'Afrique du &lt;br class='autobr' /&gt; Nord, &lt;/i&gt;IV &#224; XVIII. Les chroniques I &#224; XIII sont parues sous &lt;br class='autobr' /&gt; la forme d'un ouvrage ind&#233;pendant : &#8216;Langue et Litt&#233;rature &lt;br class='autobr' /&gt; berb&#232;res. Vingt cinq ans d'&#233;tudes, 1979, CNRS.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; &lt;b&gt;*&lt;/b&gt; &lt;/center&gt; &lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034; align=&#034;justify&#034;&gt; - BENBRAHIM (Melha) : 1982 &lt;br class='autobr' /&gt; - &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;La po&#233;sie kabyle et la r&#233;sistance &#224; la colonisation &lt;br class='autobr' /&gt; de 1830 &#224; 1962,&lt;/i&gt; Th&#232;se de Doctorat de 3&#232;me Cycle, Paris, EHESS.&lt;br&gt; - BENBRAHIM (Melha)/MECHERI-SAADA (Nadia) : 1981 - Chants &lt;br class='autobr' /&gt; nationalistes alg&#233;riens d'expression kabyle..., &#8216;Libyca [Alger], &lt;br class='autobr' /&gt; XXVIII-XXIX.&lt;br&gt; - BOULIFA (Amar ou Sa&#239;d) : sur l'&#339;uvre et la vie de Boulifa, &lt;br class='autobr' /&gt; voir : &#8216;Revue de l'Occident musulman et de la M&#233;diterran&#233;e, &lt;br class='autobr' /&gt; 44 [Berb&#232;res : une identit&#233; en construction], 1987 : &lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Dossier sur les pr&#233;curseurs&#034;.&lt;br&gt; - CALVET (Louis-Jean) : 1974 - &#8216;Linguistique et colonialisme. &lt;br class='autobr' /&gt; Petit trait&#233; de glottophagie, Paris, Payot.&lt;br&gt; - CAMPS : 1978 - Recherches sur les plus anciennes inscriptions &lt;br class='autobr' /&gt; libyques d'Afrique du nord et du Sahara, &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Bulletin &lt;br class='autobr' /&gt; arch&#233;ologique du Comit&#233; des Travaux Historiques, &lt;/i&gt;n.s., 10-11 &lt;br class='autobr' /&gt; (1974-1975). &lt;br&gt; &lt;img class=&#034;spip_puce&#034; src='http://tamazgha.fr/search_fichiers/puce.gif' alt=&#034;-&#034; border=&#034;0&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt; CHAKER &lt;br class='autobr' /&gt; (Salem) : 1984 - &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Textes en linguistique berb&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt; (Introduction au domaine berb&#232;re), &lt;/i&gt;Paris, CNRS.&lt;br&gt; - CHAKER (Salem) : 1985 - Berb&#233;rit&#233; et &#233;migration kabyle, &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Peuples m&#233;diterran&#233;ens,&lt;/i&gt; 31-32. - CHAKER (Salem) : &lt;br class='autobr' /&gt; 1986 - A&#239;t-Amrane, &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Encyclop&#233;die berb&#232;re, &lt;/i&gt;3, &lt;br class='autobr' /&gt; Aix-en-Provence, Edisud. - CHAKER (Salem) : 1988 - Le berb&#232;re, &lt;br class='autobr' /&gt; une langue occult&#233;e, en exil, &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Vingt-cinq communaut&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt; linguistiques de la France. 2. Les langues immigr&#233;es, &lt;/i&gt;Paris, &lt;br class='autobr' /&gt; L'Harmattan.&lt;br&gt; - CHAKER (Salem) : 1989 - Une tradition de r&#233;sistance et &lt;br class='autobr' /&gt; de lutte : la po&#233;sie berb&#232;re kabyle. Un parcours po&#233;tique, &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Revue de l'Occident Musulman et de la M&#233;diterran&#233;e, &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/i&gt;51/1, 11-31.&lt;br&gt; - CHAKER (Salem) : 1989/90 -&lt;i class=&#034;spip&#034;&gt; Berb&#232;res aujourd'hui, &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/i&gt;Paris, L'Harmattan / &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Imazighen ass-a, &lt;/i&gt;Alger, &lt;br class='autobr' /&gt; Bouch&#232;ne.&lt;br&gt; - FERAOUN (Mouloud) : 1960 -&lt;i class=&#034;spip&#034;&gt; Les po&#232;mes de &lt;br class='autobr' /&gt; Si Mohand, &lt;/i&gt;Paris, Edit. de Minuit. - &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Langue &lt;br class='autobr' /&gt; berb&#232;re. Initiation &#224; l'&#233;criture : &lt;/i&gt;1979, Paris, Imedyazen-GEB. &lt;br class='autobr' /&gt; (R&#233;&#233;dit&#233; en Alg&#233;rie sous le nom de l'auteur : R. ACHAB, &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Tira &lt;br class='autobr' /&gt; n tamazight, &lt;/i&gt;1990).&lt;br&gt; - MAMMERI (Mouloud) : 1969 - &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Les isefra, &lt;br class='autobr' /&gt; po&#232;mes de Si Mohand ou Mhand,&lt;/i&gt; Paris, Masp&#233;ro.&lt;br&gt; - MAMMERI (Mouloud) : 1980 - &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Po&#232;mes kabyles &lt;br class='autobr' /&gt; anciens, &lt;/i&gt;Paris, Maspero.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;img class=&#034;spip_puce&#034; src='http://tamazgha.fr/search_fichiers/puce.gif' alt=&#034;-&#034; border=&#034;0&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt; &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Revue &lt;br class='autobr' /&gt; de l'Occident Musulman et de la M&#233;diterran&#233;e&lt;/i&gt; [Aix-en-Provence] : &lt;br class='autobr' /&gt; 1987, n&#176; 44 - &#8216;Berb&#232;res : une identit&#233; en construction, &lt;br class='autobr' /&gt; [dirig&#233; par S. Chaker].&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; &lt;b&gt;*&lt;/b&gt; &lt;/center&gt; &lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034; align=&#034;justify&#034;&gt;&lt;b&gt;Oeuvres de n&#233;o-litt&#233;rature cit&#233;es :&lt;/b&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034; align=&#034;justify&#034;&gt; - AKHYAT (Brahim) : 1989 - &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Tabratt &lt;/i&gt;(po&#233;sies), Rabat, Amrec.&lt;br&gt; - ALICHE (Rachid) : 1981 - &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Asfel&lt;/i&gt; (roman), &lt;br class='autobr' /&gt; Lyon (Mussidan), F&#233;d&#233;rop. &lt;br&gt; - ALICHE (Rachid) : 1986 -&lt;i class=&#034;spip&#034;&gt; Faffa&lt;/i&gt; (roman), &lt;br class='autobr' /&gt; Lyon (Mussidan), F&#233;d&#233;rop. &lt;br&gt; - ALOJALY (Ghoubayd) : 1975 - &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Attarikh n &lt;br class='autobr' /&gt; Kel-Denneg/Histoire des Kel-Denneg, &lt;/i&gt;Akademisk forlag, Copenhague. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt; - HMED-ZAYED (Idir) : 1981 -&lt;i class=&#034;spip&#034;&gt; Isefra umehbus, &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/i&gt;Paris, Tisuraf-Imedyazen. &lt;br&gt; - BELAID (At Ali) : 1963 - &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Les Cahiers de &lt;br class='autobr' /&gt; Bela&#239;d, &lt;/i&gt;Fort-National, FDB (2 vol.). &lt;br&gt; - FEKKAR (Hammou) : 1985 - &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Imttawen n lferh &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/i&gt;(po&#233;sies), Gharda&#239;a. &lt;br&gt; - IDBELKACEM (Hassan) : 1986 - &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Taslit n unzar &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/i&gt;(po&#233;sies), Rabat. &lt;br&gt; - IDBELKACEM (Hassan) : 1988 - &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Imarayen &lt;/i&gt;(nouvelles), &lt;br class='autobr' /&gt; Rabat. &lt;br&gt; - MEZDAD (Amar) : 1990 - &#8216;Id d wass (roman), Alger, Azar/Asalu. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt; - MEKKI (Arezki) : 1983 - &#8216;Le pain d'orage de l'enfant perdu &lt;br class='autobr' /&gt; (po&#233;sies), Sherbrooke, Naaman. &lt;br&gt; - MOHYA (Muhend U Yehya, dit) : traducteur-adaptateur et &lt;br class='autobr' /&gt; auteur de nombreuses pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre, notamment : &lt;br&gt; - Brecht : &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;L'exception et la r&#232;gle (Llem-ik &lt;br class='autobr' /&gt; ddu d udar-ik),&lt;/i&gt; Paris, Tizrigin Tala, 1974&lt;br&gt; - Moli&#232;re : &#8216;Le m&#233;decin malgr&#233; lui, in AWAL, 2 et 3, 1986, &lt;br class='autobr' /&gt; 1987. &lt;br&gt; - MOUSTAOUI (Mohammed) :1976 - &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Iskraf &lt;/i&gt;(po&#233;sies), &lt;br class='autobr' /&gt; Casablanca. &lt;br&gt; - MOUSTAOUI (Mohammed) : 1988 - &lt;i class=&#034;spip&#034;&gt;Asays &lt;/i&gt;(po&#233;sies), &lt;br class='autobr' /&gt; Rabat. &lt;br&gt; - SADI (Sa&#239;d) : 1983 -&lt;i class=&#034;spip&#034;&gt; Askuti&lt;/i&gt; (roman), &lt;br class='autobr' /&gt; Paris, Imedyazen. &lt;br&gt; - SAFI (M.A. Al-) :1983 -&lt;i class=&#034;spip&#034;&gt; Ussan semmidnin,&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; Casablanca. &lt;br&gt; - U MUH (Mezyan) : 1989 - &#8216;Targit umedyaz (nouvelles et po&#233;sies), &lt;br class='autobr' /&gt; Paris, Abrid-a. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Introduction &#224; la po&#233;sie amazighe : Analyse th&#233;matique de Tamedyazt</title>
		<link>http://tamazgha.fr/Introduction-a-la-poesie-amazighe.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://tamazgha.fr/Introduction-a-la-poesie-amazighe.html</guid>
		<dc:date>2004-04-17T20:13:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sofia</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Par Moha Moukhlis &lt;br class='autobr' /&gt; PREMINAIRES : &lt;br class='autobr' /&gt; Pour le Petit Robert, la litt&#233;rature est &#034;l'ensemble des &#339;uvres &#233;crites dans la mesure o&#249; elles portent la marque de pr&#233;occupations esth&#233;tiques, la connaissance, les activit&#233;s qui s'y rapportent. Usage esth&#233;tique du langage m&#234;me non &#233;crit (litt&#233;rature orale)&#034;. Cette d&#233;finition est id&#233;ologique dans le mesure ou elle marginalise la litt&#233;rature orale et donc les soci&#233;t&#233;s dont la culture et la tradition sont orales (contes, po&#233;sie...).Relativement &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://tamazgha.fr/-Analyses-.html" rel="directory"&gt;Analyses&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L80xH109/arton585-770c3.jpg?1774397021' class='spip_logo spip_logo_right' width='80' height='109' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_441 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L80xH109/Moha-Moukhlis-7d6f8.jpg?1774397021' width='80' height='109' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Moha Moukhlis&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;PREMINAIRES :&lt;/b&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &lt;b&gt;le Petit Robert&lt;/b&gt;, la litt&#233;rature est &#034;l'ensemble des &#339;uvres &#233;crites dans la mesure o&#249; elles portent la marque de pr&#233;occupations esth&#233;tiques, la connaissance, les activit&#233;s qui s'y rapportent. Usage esth&#233;tique du langage &lt;b&gt;m&#234;me non &#233;crit&lt;/b&gt; (litt&#233;rature orale)&#034;. Cette d&#233;finition est id&#233;ologique dans le mesure ou elle marginalise la litt&#233;rature orale et donc les soci&#233;t&#233;s dont la culture et la tradition sont orales (contes, po&#233;sie...).Relativement &#224; la po&#233;sie, ce dictionnaire affirme que c'est un &#034;art de la fiction litt&#233;raire&#034;, du grec &#034;poi&#234;sis&#034; qui veut dire cr&#233;ation ; c'est &#233;galement, comme tout genre litt&#233;raire, un &#034;art du langage&#034;, visant &#224; exprimer, &#224; sugg&#233;rer quelque chose. &lt;br&gt; De notre part, nous affirmons que la litt&#233;rature est un art du langage &#233;crit ou oral se subdivisant en genres. Nous soulignons que la po&#233;sie est un art, un genre litt&#233;raire qui exprime une vision du monde, une conception de la vie et de l'existence (temps, espace, histoire, identit&#233;...) Elle &#233;volue, se transforme et s'adapte. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;LITTERATURE ET COMMUNICATION :&lt;/b&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. JAKOBSON a &#233;labor&#233; le sch&#233;ma d&#233;j&#224; connu dont lequel il souligne que toute communication suppose : un &#233;metteur, un r&#233;cepteur, un code, un canal, un message et un r&#233;f&#233;rent ; chaque message dans chaque communication admet un ou plusieurs fonctions : ces derni&#232;res sont au nombre de six et proportionnelles aux six &#233;l&#233;ments du sch&#233;ma. Nous nous int&#233;resserons &#224; la fonction &lt;b&gt;conative&lt;/b&gt; (Le message est centr&#233; sur le r&#233;cepteur auditeur). &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t du sch&#233;ma de Jokobson est d'avoir mis l'accent sur l'aspect communicatif de tout message, et la litt&#233;rature n'&#233;chappe pas &#224; cette v&#233;rit&#233; . Elle suppose un lecteur auditeur imm&#233;diat, &#233;ventuel ou potentiel, sinon elle n'aura pas de sens car le but de l'artiste est de communiquer sous diverses formes pour des buts vari&#233;s. L'acte d'&#233;crire implique un destinataire r&#233;el ; imaginaire ou fictif. L'artiste par ailleurs appartient &#224; une soci&#233;t&#233; qui existait avant lui et continuera &#224; exister apr&#232;s lui, il n'&#233;merge pas de n&#233;ant ; il est dans une large part le fruit de son &#233;poque, de sa culture sur lesquelles il prend une position, juge, critique, critique, &#233;value, adh&#232;re... &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;LA POESIE AMAZIGHE&lt;/b&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toute po&#233;sie, celle des Imazighen exprime une vision de l'existence et de la vie, c'est un souffle de vie omnipr&#233;sent dans toutes les activit&#233;s de l'homme amazigh : naissance, mariage, cueillette, tissage, moisson, f&#234;tes, rites..., elle se subdivise en sous-genres :&lt;i&gt; timnadin, izlan, ti&#226;jibin, timawayin, im&#226;ibarn, timdyazin....&lt;/i&gt; Nous nous int&#233;resserons uniquement &#224; ce dernier &#034;genre&#034; pour en faire une analyse th&#233;matique. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;TAMDYAZT&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que genre (ou sous-genre) litt&#233;raire &lt;i&gt;tamedyazt&lt;/i&gt; existe et continue &#224; exister, elle ne v&#233;hicule pas un message &#034;d&#233;pass&#233;&#034; comme on tend &#224; le croire, sa th&#233;matique est loin d'&#234;tre unidimensionnelle ou redondante, sa valeur sociologique/sociale est incontestable. Conform&#233;ment &#224; l'analyse de Jakobson elle a un auditeur (lecteur) puisque elle continue &#224; exister &#224; durer d'autant plus que ses th&#232;mes sont adapt&#233;s &#224; son public, autrement elle dispara&#238;trait ; elle s'adapte &#224; son temps ; &#233;pouse les &#233;v&#233;nements et d'ailleurs des&lt;i&gt; imedyazen &lt;/i&gt;existent toujours.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i&gt;Tamdyazt &lt;/i&gt;est un sous-genre &#034;s&#233;rieux&#034; qui a ses caract&#233;ristiques propres, elle est &#034;chant&#233;e&#034; pour exprimer une sagesse et non pour amuser, d&#233;fouler comme c'est le cas des &lt;i&gt;Izlan&lt;/i&gt;. Il suffit d'analyser le c&#233;r&#233;monial qu'elle suppose pour s'en rendre compte ; cette po&#233;sie v&#233;hicule un message qui veut dire la &#034;v&#233;rit&#233;&#034;, l'id&#233;al, ce qu'il faut faire, ce qui existe, ce qui se vit ; elle n&#233;cessite (de l'auditeur) une attention particuli&#232;re dans une atmosph&#232;re presque &#034;sacr&#233;e&#034; : se taire et &#233;couter pour approuver, tirer des conclusions, les le&#231;ons de morales ad&#233;quates. De plus&lt;i&gt; tamedyazt&lt;/i&gt; impliques une dimension philosophique : expliquer l'origine du monde et de la vie, le pass&#233;, le pr&#233;sent, l'avenir et le devenir, elle situe not re existence par rapport &#224; la cr&#233;ation du monde, pr&#244;ne la sagesse, on dit qu'elle v&#233;hicule : &lt;i&gt;iwaliwn, ineghmisen, lem&#226;ni, tiwid ghef louqt...&lt;/i&gt; Elle peut &#234;tre chant&#233;e &#224; l'aide d'un instrument de musique, en groupe et dans ce cas, ce dernier reprend le refrain. Elle est orale et porte les marques de son oralit&#233;. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;b&gt;LES THEMES DE &lt;i&gt;TAMEDYZT&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tamedyazt&lt;/i&gt; a une structure cyclique, mais les th&#232;mes qu'elle traite ne sont statistiquement ni s&#233;mantiquement stables. Ils sont tributaires de l'auditeur, des &#233;v&#233;nements, des intentions du po&#232;te....Ce dernier peut &#034;chanter&#034; pour critiquer, conseiller, se plaindre, se r&#233;signer...On peut trouver une &lt;i&gt;tamdyazt &lt;/i&gt;consacr&#233;e &#224; un seul th&#232;me &#233;v&#233;nement (crime, vole d&#233;jou&#233;, s&#233;cheresse...). Dans ce cas elle fonctionne comme un &#034;journal&#034;, tient lieu de presse, &#233;pouse les &#233;v&#233;nements dans les limites bien sur que permet la censure. L'&lt;i&gt;amedyaz&lt;/i&gt; joue le r&#244;le du troubadour : il colporte et diffuse l'information dans des zones isol&#233;es, enclav&#233;es. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les techniques ou proc&#233;d&#233;s rh&#233;toriques que &lt;i&gt;tamdyazt&lt;/i&gt; utilise sont en g&#233;n&#233;ral les images po&#233;tiques , la description ou le r&#233;cit. Quant le po&#232;me fait recours &#224; la personnification, c'est pour en faire la toile de fond pour l'all&#233;gorie, cette figure de style lui permet d'exprimer et traduire le manich&#233;isme du monde et de l'existence. Ce proc&#233;d&#233; lui offre le moyen de bien retenir l'attention de l'auditeur, en lui racontant une histoire et faire passer un message tr&#232;s symbolique accentu&#233; et confirm&#233; par la fin de l'histoire qui implique une morale condens&#233;e en un ou deux vers. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'emploi des figures de style (all&#233;gorie, m&#233;taphore, p&#233;riphrase ; antith&#232;se, m&#233;tonymie...) fait que &lt;i&gt;tamedyazt&lt;/i&gt; est une po&#233;sie &#233;labor&#233;e, travaill&#233;e, un art de langage. D'ailleurs l'&lt;i&gt;amedyaz&lt;/i&gt; dit et affirme que sont langage, ses vers, sont &#034;sculpt&#233;s&#034; comme le bois du menuisier poli, agenc&#233; de fa&#231;on &#224; ce que le message soit tr&#232;s imag&#233; tr&#232;s &#034;profond&#034;, suggestif. Le po&#232;te est conscient de son r&#244;le et son devoir lui impose que ce qu'il dit sert ou renvoie &#224; un &#034;mod&#232;le&#034;, car il est le veilleur et le gardien, une m&#233;moire, une r&#233;f&#233;rence reconnue. Il con&#231;oit le monde comme un vaste champ qu'il doit cultiver, un monde ou les hommes sont la terre, la po&#233;sie, la semence et le po&#232;te, le cultivateur. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un mot sur la caract&#233;ristique orale et la fonction conative de &lt;i&gt;tamedyazt&lt;/i&gt; avant de passer &#224; l'analyse des th&#232;mes. Puisque elle est orale, &lt;i&gt;tamedyazt&lt;/i&gt; implique un auditeur et par son contenu didactique elle a une fonction conative, ces deux propri&#233;t&#233;s nous semblent tr&#232;s li&#233;es dans la mesure ou elles se compl&#232;tent ; en effet la pr&#233;sence de l'auteur participe et fait partie du &#034;rituel&#034; que suppose &lt;i&gt;tamedyazt&lt;/i&gt; et cette derni&#232;re porte les indices de cette pr&#233;sence : le po&#232;te sollicite l'attention de ceux qui l'&#233;coutent les invite &#224; s'impliquer, partager , approuver, bref &#224; r&#233;agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, &lt;i&gt;tamdyazt&lt;/i&gt; sur le plan formel a une structure cyclique, comme un serpent qui se mord la queue. Peut-&#234;tre y verra-t-on une analogie, une similitude avec la structure cyclique des autres manifestations socioculturelles (les contes qui s'ouvrent par des formules et se ferment par d'autres) les f&#234;tes, les rituels...&lt;i&gt;Tamedyazt&lt;/i&gt; &#233;pouserait le mouvement du temps qui est cyclique au niveau des jours, des saisons, des ann&#233;es ; tout a un d&#233;but et une fin comme notre existence sur terre. De plus les formules par les quelles le po&#232;te commence son po&#232;me sont &#224; nos yeux une sorte d'avertissement pour l'auditeur : &#034;que le silence se fasse, pr&#234;tez-moi votre attention, le voyage commence, nous entrons dans un autre monde, un autre univers, diff&#233;rent du monde quotidien banal et anecdotique, nous embarquons vers une autre r&#233;alit&#233; qui transcende le v&#233;cu, particuli&#232;re et vert igineuse, s&#233;rieuse et vraie dans son id&#233;alisme, tragique et beaut&#233; : le monde de la litt&#233;rature.&#034; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;AMEDYAZ&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appel&#233; &#034;amedyaz&#034;, &#034;chikh&#034; ou &#034;aneccad&#034;, il jouit d'un statut social particulier et privil&#233;gi&#233;, c'est lui qui &#034;inaugure&#034; les manifestations culturelles les plus symbolique (mariage) ; il est respect&#233; par le groupe pour son savoir, sa verve, sa ma&#238;trise du verbe et du langage, sa vision philosophique de la vie ; il est le &#034;guide&#034;, le sage, le moralisateur reconnu par tous ; c'est une r&#233;f&#233;rence incontestable au niveau des valeurs ; ses paroles transcendent les discours de tous les jours, c'est l'&#233;clair&#233;, le &#034;proph&#232;te&#034; (au m&#234;me titre que Hugo, Vigny, Jabran...), il est conscient de son r&#244;le social qu'il assume en sonnant l'alarme quant la menace des valeurs est proche, le danger imminent. Sa vie se confond toujours avec sa po&#233;sie et ses vers, il en vit et d&#233;fend l'honneur du groupe. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;L'ANALYSE THEMATIQUE&lt;/b&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous donnons un bref aper&#231;u de ce courant d'analyse que nous avons appliqu&#233; sur &lt;i&gt;tamdyazt&lt;/i&gt;. La critique th&#233;matique s'appuies sur la notion de &#034;th&#232;me&#034;, difficile &#224; d&#233;limiter de fa&#231;on pr&#233;cise ; c'est une donn&#233;e, une image qui parcoure l'&#339;uvre il s'agit de d&#233;gager la structure de l'imagination du po&#232;te, son fonctionnement dans l'&#339;uvre (comment l'imagination de l'artiste s'organise et organise l'&#339;uvre). &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondateur de cette critique est Gaston Bechelard (1884-1962 ; pour lui et pour ses disciples, l'&#233;criture est un acte existentiel ou l'auteur s'investie : vivre/ dire (&#233;crire).&lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#233;thode de travail consiste &#224; faire des inventaires permettant de s&#233;lectionner ensuite l'image &#034;d&#233;cisive&#034;, essentielle et ses r&#233;percussions dans l'&#339;uvre. Elle aura donc le d&#233;faut de tomber dans l'arbitraire du choix de l'image fondamentale (sur quels crit&#232;res s'appuyer ?) ou la subjectivit&#233; du critique intervient, elle r&#233;duit l'imagination &#224; une seule image et n&#233;glige l'histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi les th&#233;maticiens nous citons J.P Richard avec ses travaux sur M. Proust et CH. Baudelaire, G.Poulet sur Proust, Starobinsky sur Racine et Rousseau, J.P. Weber et Rousset qui tente de d&#233;pass&#233; les critiques adress&#233;es &#224; ce courant d'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons adopt&#233; cette analyse pour d&#233;gager les th&#232;mes de&lt;i&gt; tamdyazt&lt;/i&gt;, mais nous avons centr&#233; notre travail sur les th&#232;mes &lt;b&gt;sociologiques&lt;/b&gt;, car les po&#232;mes que nous avons r&#233;ussi &#224; rassembler sont de diff&#233;rents po&#232;tes et ne permettent pas une &#233;tude exhaustive de chacun d'eux. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de : &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Amer ou Mahfoud de Goulmima &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Za&#239;d Oubbejna d'Igoudman (Aghbalou n Kerdous, Goulmima) &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hmad ou Hachem de Mellab (Goulmima) &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Chyukh Hmad et Lahcen d'Azilala&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Chikh Lisyour d'Imilchil-A&#239;t Hani (Goulmima) &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Moha ou Lhaj d'Aghbala&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour des raisons pratiques, nous avons pr&#233;f&#233;r&#233; ne pas int&#233;grer les vers illustrant nos propos et commentaires ; ces vers sont group&#233;s par th&#232;mes et figureront &#224; la fin de l'expos&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme nous l'avons d&#233;j&#224; soulign&#233;, les th&#232;mes de &lt;i&gt;tamdyazt&lt;/i&gt; sont tr&#232;s vari&#233;s et vont du simple &#034;fait divers&#034; &#224; l'&#233;v&#233;nement politique international. La classification que nous avons adopt&#233;e n'&#233;puise pas l'&#233;ventail, trois axes fondamentaux nous paraissent op&#233;rationnels : &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;- La d&#233;gradation des valeurs&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La corruption du syst&#232;me administratif et juridique&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la politique&lt;/b&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;1- La d&#233;gradation des valeurs :&lt;/b&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La conception philosophique de l'existence chez l'&lt;i&gt;amedyaz&lt;/i&gt; est dichtomique, manich&#233;enne ou le Bien et le Mal constituent les p&#244;les de l'&#233;quation. Ce sch&#233;ma dualiste parcoure le po&#232;me du d&#233;but jusqu'&#224; la fin et est exprim&#233; par une s&#233;rie d'images antith&#233;tiques : corps/&#226;me, id&#233;e/mati&#232;re, concret/abstrait, vie/mort... l'existence pour l'&lt;i&gt;amedyaz,&lt;/i&gt; au m&#234;me titre que la nature, a un d&#233;but et une fin (le m&#233;tier &#224; tisser), un voyage qui doit cesser in&#233;luctablement un jour. Cette stabilit&#233; dans la vision implique des valeurs d'un rythme de vie serein et s'oppose &#224; tout changement de dehors du cadre &#034;tragique&#034; voulu par la divinit&#233;. Il en d&#233;coule que la r&#233;action de l'&lt;i&gt;amedyaz,&lt;/i&gt; une fois les valeurs &#233;branl&#233;es, sera violente, d&#233;mesur&#233;e, inconfortable... en l'occurrence si le changement brusque, rapide, inattendu. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, l'agonie des valeurs pousse le po&#232;te &#224; r&#233;agir constat des bouleversement qui secouent qui secouent la soci&#233;t&#233; et la d&#233;sarticulent, Il nous parle d'un monde qui s'effrite, d'un syst&#232;me en voie de &#034;pulv&#233;risation&#034;, en proie &#224; un mal qui le ronge de l'int&#233;rieur (voir les romans des auteurs maghr&#233;bins de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration et la litt&#233;rature n&#233;gro-africainne de la m&#234;me &#233;poque). Les mutations sont exprim&#233;es de fa&#231;on imag&#233;e et emprunt&#233;es souvent au monde animal dans son organisation hi&#233;rarchique, ce monde est montr&#233; en train de basculer vers un nouvel ordre ou le &#034;valet&#034; devient ma&#238;tre, le faible domine le fort...Les valeurs ancestrales sont invoqu&#233;es car elles r&#233;f&#232;rent un pass&#233; de gloire et de grandeur opposable &#224; un pr&#233;sent d&#233;grad&#233;e et en mutation continue. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;2 - La corruption du syst&#232;me administratif et juridique&lt;/b&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La corruption du syst&#232;me administratif et judiciaire fait &#233;galement l'objet de la satire chez l'&lt;i&gt;amedyaz.&lt;/i&gt; Ce syst&#232;me est peint de mani&#232;re corrosive. Il est per&#231;u comme une machine bureaucratique, inhumaine qui a pour seule raison d'&#234;tre de &#034;sucer&#034; le sang la population qui lui sont soumise. Le citoyen y est asservi, humili&#233;. Il se trouve embourb&#233; dans un labyrinthe dont il sort &#233;puis&#233;, &#233;reint&#233;, d&#233;go&#251;t&#233;, r&#233;volt&#233;. C'est dire que ce syst&#232;me cumule tous les vices possibles et imaginables : la corruption y est devenue presque une &#034;obligation&#034; et un devoir, le n&#233;potisme, la falsification, le r&#233;gionalisme voir le racisme. Ces institution brime le citoyen , le broie...&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;amedyaz&lt;/i&gt; traduit cette r&#233;alit&#233; par des images ou les choses et les &#234;tres se m&#233;tamorphosent, changent de nature, les valeurs de justice y sont foul&#233;es au pied. Sa froideur et sa nature bureaucratique y transforment la qu&#234;te d'une information ou d'un papier en une &#034;odyss&#233;e cauchemardesque&#034; qui nous rappelle l'univers surr&#233;aliste du &lt;i&gt;Ch&#226;teau&lt;/i&gt; ou du &lt;i&gt;Proc&#232;s &lt;/i&gt; de Franz Kafka. Les citoyens le per&#231;oivent comme un monstre qui incarne la peur et la terreur. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les proc&#233;dures administratives empruntent des chemins inextricables ou les responsabilit&#233;s se confondent et se contredisent. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant les &#233;lections, l'&lt;i&gt;amedyaz&lt;/i&gt; estime qu'il s'agit d'une &#233;norme mascarade politique qui bafoue la volont&#233; populaire et produit des institutions falsifi&#233;es et ill&#233;gitimes destin&#233;es &#224; ent&#233;riner la politique d'exclusion et de marginalisation des couches d&#233;munies. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;3 - la politique&lt;/b&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique est un des th&#232;mes essentiels trait&#233;s par l'&lt;i&gt;amdyaz&lt;/i&gt; dans ses po&#232;mes. Sa r&#233;flexion porte aussi bien sue les &#233;v&#233;nements d'ordre national ou international. Il s'agit de se positionner sur les d&#233;cisions prises par les responsables quat &#224; leur mani&#232;re de g&#233;rer la chose publique, leur relations avec les autres pays et nations, la position du Maroc vis-&#224;-vis d'&#233;v&#233;nements politiques internationaux : le Moyen Orient, les pays arabes, l'Afrique du nord, l'Occident...&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;amdyaz&lt;/i&gt; marque la sp&#233;cificit&#233; nationale en s'appuyant sur des r&#233;f&#233;rents identitaires qui distinguent le Maroc d'autres nations et souligne la place particuli&#232;re des valeurs religieuses qui constituent un ciment pour l'unit&#233; de tous les musulmans du monde. Le regard du po&#232;te porte &#224; la fois sur des faits &#233;v&#233;nementiels, transitoires et mis en relief par les m&#233;dias et les divers moyens d'informations et sur des faits ayant trait &#224; des &#034;convictions&#034; constantes, partag&#233;es et permanents. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Corpus&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
Nous donnons ci-dessous les s&#233;ries de vers illustrant notre analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Classement &lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;b&gt;I - g&#233;n&#232;re du monde et de vie :&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- ibnat uhnin isnemt Ijid iedilas&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; igad iybwula nw-aman an agem aman&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ibna lajbal iedel luda i-ddunit&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; awi kwu lxir ineyyat ljid i lbacar&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ibnat uhnin Isnem ljid awad akal&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; daykka rzed I leebd bla tudmawin &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ibdu ayed ilan kwuk d ma as d-ika&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;b&gt;II - vers ouvrant et fermant tamdyazt :&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- nezzurek a udem n rbbi ayd ieezzan&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; akizzurey a &#226;ilm a unna yur tigeldit&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; akizzurey a sidi a rbbi jud yifi&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; akizzurey a isem n rbbi ayd ieezzan&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a bur'helmt ljid a rbbi giy zarrek laqqin&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; key ay mi nqqar a rbbi leerc leadim&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; wa nuji l'herma nek a rbbi winek ay nga&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;III - role du po&#232;te et sa vision de la po&#233;sie :&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- wa mimek ittg a anccad at-siresd awal&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; han unna itturn lektub adjin t-tarix&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; da turhamen ead as n-nag immut lealim&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; wachal n-seggwas ay dyad akkay lmital&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; n mayd ittejrun rmiy ad amzen lusiyyat&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; iwaberm a ilsinu diy am uxeddam&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dinna mi tgerd ibsan t-ssittimed anezzuy&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; lwahid n imasen ay nga ieedda&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; riy ad as diy tiyemrin am unejjar&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; iwawal ma kulci nennat urta ihri&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ad as eawedy i tayed yugern tittex kullu&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; tenna as d-ihddan am ugadir kemmly awal&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;IV - vers illustrant la fonction conative&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- war rar ad yuri lbal a winna fhemnin&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ad awn rsemy awal ur igi uya iw-ufur&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; lfal irwan at-seggry I wawal inw a mayd ay iudr&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; bedratay mulay muhemd a ayt uyejdim&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; iwa eawd a ilsinu mani m'kas tgid&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; i wawal han udmawen ruraner imezyan&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; max is isgers mulana haca seg lxir ?&lt;/i&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;V - renverssment des valeurs&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- cuf aberrem as iga mulana I ddunit&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; raea izem i gwud yayul iga ahnatur &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; raea iysan gran asen tibardiwin&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; teddid a nsemt g-umum eniy ijra ka&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; tga tixsi iswan arekkiz igzas ul&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; da tumumen iqwarray ur tgi i-ydiwan&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; hat isdae ufullus lbaz illa g-tyuni&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; wa yadj ukessab leenzi da ttadern ulli&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; da ikerrez ka badad gint as azalim&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; da ikerrez farina gint as qqillu &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; awa ibeddel w akal amud ur sar ti ttuy&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ideayd llimun n lmghrib ig tiferzizin&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;VI - &#233;clatement des relations humaines :&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- lehsad hat taymat dyi ag di beddun&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; da tiniy han asmun nka as tighwurdin&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mer ufin tuzzalt iyers ak ueejliy&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ixxa leebd urek itenfae ujmil g-adu&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; unna tgerd ijyal igak in key gw-aqqa&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; han ajmil azmul dyi ayd itteg I ka&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; annayey lkerh imun d-tuxxut kwu yan ibubbat&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; bdan w-aytmaten kwu yan ifreh mayt igan&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;VII - relanchement des valeurs religieuses :&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- remdan ijhel mayd uret yazuman ieedda&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; aywu len imezzilan ggudin mi ixxa rray&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; wa da ikkejjem ka timezyida imun d lillas &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; iccur tamessi d uyenna d inna mulana&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mkid c'rab idda yer data m inegyan&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; iswat unna yur ka iswat umezlud&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; idda ddin n seyyedna muhemd iffeyd idmaren I madden irul&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;VII - rejet de la soci&#233;t&#233; en proie &#224; des m&#233;tamorphoses&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- isid ayd iddan g lgehl ira uya lebla&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; isexr isid yiwi bu lehram ddunit&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; iddad uzwu n leyyar ikejm i medden imi&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a mulay muhamed a exmmuj nem a dduni&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; yayul ufran smarn asent I tungimin&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; wa kwu yuk da ittini eenda wighanu&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ur igi mind n tassaeetta nna ged usiy&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; xs unna itteqqen imi waxxat ibri w-ul&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ig tadut g imezyan ad ur ittakez awal&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; meqqar illa innat iwetn ihder iddu&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; meg ur iefi rbbi qenn ad utey agejdur&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; han unna ur I isrin yini ka ur i-ijri&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; maka ha leeqqel da ittumum s unezmum&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d tixat d uyenna ujr dmiy ayd ittejrun&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ur tujit ur nejjiy lmut urta nemmut&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; nettuheqqer imezlad a arraw tuf lmut&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;IX - un pr&#233;sent lamentable et nostalgie pour un pass&#233; glorieux :&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- raca laswaq gen am lhenna mas itca w afa ddunit&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; tenna nezri n tmara ha tayed tuger abazin dati&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dilliy aryaz ixxan uretn iri lbacar&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; walliy ittu offan idedda yuji awal&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; tirruyza n zman ur tsul ijra ka g tmizar&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ddan lahrar lily issersun amdikar&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; rzan madden lhaq am useklu yayed akal&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;X - corruption du syst&#232;me juridique et adminstrtif :&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- tetca chat zzur a iguhilen ayenna nnun&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mkid ayt lhukem am lbie ayd zzenzan&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; unna asen ikan ka urun as mayd ran substition&lt;br&gt; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; meqqar as di yiwy awd tar ivef ieedlas&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; unna yur walu lmal nna yak eekkezn as &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; eenda n unna mi I ayed ka ayt ixedlan&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ur yad dateekkazen id lbiru chat zzur&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; irumin da akken lheq I k g-minut&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; uma iselmen win usegg was ayd illan&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; qqiman iwriqquen kwu as dun ased i ka&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; tehduden tiwadiwin adu ured yuliy&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; maka ur datteckaren imee af n-lbiru&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; awa ur izedding lmeghrib ? la mulana&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;XI - falsification des &#233;lections :&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- Iwa eawed at ayed a iminu diy i lhemla nna ijran&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; tekka lintixab zuned am mital n-issaffern ayd tga&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; kwu taqqat hat tusi ameemae druy ayd bbinet iberdan&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; alling ihder w-as g-ittuga lehsab ayd rgagen iywunba&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; was bdun imkuraren n-ssuker ar tturruhen alin g-iberdan&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;XII - La politique : la palestine &lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- Ig filistine g-ulinw rray n-uferran&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; inwa diges uzizaw inwa diges uqqurar&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; wa iga azru d ljir inwa yusen ayt ma&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; iyersawn a ccebban iyersawn iwessaren&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; han filistin iduras mucis-lequwwa &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; iga awn usehyunity lefdihet a ssukkan&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; iyli w-uccen amazir itcas iyef i-turut&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; iwwet ljamee usehyuniy s-lmurti imhat&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ibna diges id lbar isker dikes ihelfan&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; igra awen ihezzan a lmqam n-ccerfa&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; raid am&#233;ricain sur la Lybie&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;VIII- Raid am&#233;ricain sur la Lybie&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- mek tannid marikan dw-udayn uxenzu&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; winadey a imateny yiwet taddaet ayd gan&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; idda s libya ad iwet caddaret n lqeddaf&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; inya diges ccebban inya diges ssebyan&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ira ad iby izuran n lislam war ddin&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Le monde arabe &lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- marikan d-rrus gan learab d-imaedar&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ka da yak leflus ka tella yures leedda&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; am unna igren izran g tattaset i-ssebyan&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dak jemmueen ared nin ur illi xs anafa&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ifyed yiwen iyedr imiq yawin wis krad&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ar terruyen ared walu xs awal n-ihellalen&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; gen w-a eraben tabut nna dif san issikkan&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; han ustu idda s-allen ead imcaden daras&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; yas at- tkemmel ead artti ggaren ayt w-lawn&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; teddud s-asetta n-feggag ad diges tudu&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ufaten legnus issen ad ttln adu&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;L'Irak&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- Tga lkwit dyi am lmital n teslit&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ywmanased idudan ittef kwu yiwn allun&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mymazen ihidas a rbbi selkatay&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; da ssuturey i sidiya rbbi nna iheyyun&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ak ieawn a seddam axatar n-leiraq&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; tgid asen I w-udayn titi nna iheqqan&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;La mis&#233;ricorde divine :&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- wa kwu yiwn issuter I rbbi ad ihaser isaffen n tegniw&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ar awni nessutur a wadda ur ixessa ka&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sikkay ger tegniw a nili g-ayt lherma nnun&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; awa sbayend asid nek ad ackinet tillas&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; key a ljid ay tella ifassen&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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