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Peio Serbielle : "Mon pays fait partie de l'Union des Nations Oubliées"
Entretien avec Le chanteur basque Peio Serbielle
samedi 2 mai 2009
par Masin
Peio Serbielle est musicien et militant de la cause basque. Il est l’ambassadeur de cet autre peuple en lutte pour sa liberté et sa souveraineté face à des Etats-nations qui veulent tout sacrifier au nom de l’unicité.
Peio est aujourd’hui en liberté conditionnelle. En effet, le 3 octobre 2004 Peio Serbielle avait été arrêté à Domezain (Pays Basque) dans la ferme où il résidait depuis des années. La police le soupçonnait d’y avoir reçu des membres d’ETA en toute connaissance de cause. Les enquêteurs ont fouillé de fond en comble la maison de l’artiste dans l’"espoir" de trouver des preuves de sa collaboration avec ETA, mais en vain. Malgré cela, six demandes de mise en liberté conditionnelle ont été rejetées.
Ce n’est que lors de la comparution de Peio Serbielle, le 1er février 206, devant le juge de la liberté et de la détention que ce dernier a finalement opté en faveur de sa remise en liberté conditionnelle. Peio sera ainsi libre le mardi 7 février 2006.

Nous avons rencontré l’artiste qui a eu l’amabilité de répondre à nos questions.





[|"Mon pays fait partie de l’Union des Nations Oubliées"|]

2[|Entretien avec Peio Serbielle, chanteur basque|]2


Votre dernier CD "Naiz" (je suis) est un véritable hymne à la liberté.
Parlez-nous de cette œuvre.


J’ai écrit ce nouvel album "NAIZ" ("Je suis") comme le premier chapitre d’une trilogie qui s’intitule "NAIZ - ZARA – GARA" ("Je suis – Tu es – Nous sommes").
Il s’agit à l’évidence, au début de ce siècle, de faire un saut qualitatif dans l’HUMAIN. L’ensemble de l’histoire a toujours été régi par des conflits inutiles dus principalement à la cupidité et au manque de Tolérance.

La cupidité, c’est considérer le rapport aux "Autres" uniquement sous l’aspect "marchand". Nous voyons aujourd’hui où cela nous mène à force de dérégulation, et du non-respect des codes et des lois qui organisent nos sociétés. Il est urgent de remettre du respect et de la confiance dans l’autre si l’on veut que nous continuions ensemble à "Vivre Debout".

La Tolérance, c’est accepter avant tout que le Monde est, par essence, pluriel. Et c’est aussi favoriser cette diversité. Imaginez un seul instant que nous soyons tous condamnés à parler l’esperanto… C’est un avenir auquel je n’ose penser !

Malheureusement, d’aucuns croient aujourd’hui que ’l’Universel" se résume à un monde où, "Mac Donald, Coca Cola, et la Dance Music" seraient les seules valeurs et nos seules références culturelles. En revanche, je considère que tout cela participe de l’uniformisation préjudiciable au bon fonctionnement de notre planète.

"L’universalité, c’est le local moins les murs", disait l’écrivain portugais Miguel TORGA. Je crois ici, au contraire, que nous sommes dans le sens premier de la Tolérance, c’est-à-dire ne pas imaginer l’Humanité comme quelque chose de monolithique, mais un monde fait de parfums, de fleurs, de paysages différents qui composent notre Terre. Et que toutes ces choses et tous ces êtres divers concourent au bonheur de l’Humanité.

J’ai voulu dans cet album – et de manière générale, dans cette trilogie - inviter aussi des artistes du Pays Basque et d’ailleurs avec lesquels nous avons partagé des moments de joie ainsi que des interrogations.

Ainsi sur ce premier album, figurent de nombreux artistes du Pays Basque (le Chœur mixte Xaramelak, sous la direction de Marie-Jo Goudard, l’accordéoniste / bandonéoniste Philippe De Ezcurra, le Quatuor à cordes Arnaga, mais aussi tous mes musiciens, amis et compagnons de route.


Je pense plus particulièrement à Patrick Bebey, pianiste et directeur artistique de ce projet, à Claude Py, guitariste, coach vocal, arrangeur, à Pierre Dayraud, percussionniste, et à Patrick Le Mercier, violoniste et joueur de multiples instruments traditionnels. Je ne peux terminer cette énumération sans parler de Nadine Rossello, admirable voix d’origine italienne, et de mon ami Renaud, rencontré il y a déjà quelques années sur le plateau de l’émission "Studio 22" de la radio RTL.

J’ai pour Renaud, le chanteur, ainsi que pour l’Homme, un immense respect, car il sait mettre en harmonie ses paroles avec ses engagements. Il est, de surcroît, en France, un des rares artistes de cette notoriété à avoir mis son art au service de causes peu consensuelles. Je citerai entre autres : la promotion des écoles en langue basque (Ikastola) et bretonne (Diwan), les prisonniers politiques basques mais aussi, bien avant l’effet de mode du "développement durable", la défense de certaines espèces animales menacées, notamment la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées.

Ce disque a été réalisé dans des conditions quelque peu "roots". Nous avions délibérément choisi de travailler avec un studio mobile pour être au plus près des artistes.

Au début de ce projet, nous avons aussi souhaité inscrire ce projet dans une dynamique culturelle de Territoire. C’est-à-dire que nous avons eu de nombreuses réunions de travail, notamment avec les services culturels du Conseil Général des Pyrénées Atlantiques, le Gouvernement basque (Saint-Sébastien), ainsi que la Fondation Udalbide (issue d’élus du PNV - Parti Nationaliste Basque-). Nous avions également envisagé cette trilogie comme une vitrine artistique de notre Terre - Euskal Herri, le Pays Basque -, qui aurait pu fédérer, de manière corrélative, des initiatives, des échanges, et des réalisations économiques de premier plan. Malheureusement, suite à ma sortie de prison début février 2006, tous ces engagements – financiers pour la plupart -, sont restés lettre morte.

Nous avons en Pays Basque un principe qui est celui de la Parole Donnée - "Hitza Hitz". Hélas, nos responsables politiques sont les premiers à ne point l’honorer !
No comment !


Peut-on considérer ce CD comme une "renaissance" de Peio Serbielle après avoir retrouvé la liberté ?
Ce disque a incontestablement le parfum de la "liberté retrouvée". Je mets intentionnellement des guillemets, car je suis tout de même interdit de sortie du territoire métropolitain, et toujours assujetti à un contrôle judiciaire hebdomadaire auprès de la gendarmerie de mon domicile. Et ce, depuis ma libération … le 6 février 2006 !

Cela n’est pas sans constituer quelques problèmes, notamment pour l’exercice de ma profession.. Vous n’êtes pas sans savoir que la musique et mon travail d’artiste ne sont nullement limités par des frontières. J’en veux pour preuve nos précédentes tournées à l’étranger (Canada, Allemagne, Bulgarie, Espagne, etc …).

Depuis ma sortie de prison, nous avons déjà formulé deux demandes de mainlevée de ce contrôle judiciaire qui m’ont été refusées. Nous avons du mal à comprendre cet acharnement judiciaire d’autant que - je l’ai dit plusieurs fois - je suis un homme public, exerçant un métier public, et n’ai à ce jour, jamais fait de concerts sur des champs de mine !


L’expérience de la prison a-t-elle exercé une certaine influence sur vos textes et votre engagement en faveur des droits du peuple basque ?

Mon intérêt et mon amour pour le Pays Basque ne datent pas de mon incarcération.
J’aime ce pays - mon pays, dois-je le répéter ! - qui ne fait pas partie de l’ONU (Organisation des Nations Unies), mais de sa version anagrammatique, l’UNO (l’Union des Nations Oubliées). J’aime aussi la Terre en général dans sa diversité, dans sa pluralité, et je pense souvent à nos amis Berbères, mais aussi aux Palestiniens, Kurdes et à tous ces peuples sans Terre. Il est, à mon sens, important que nous trouvions au XXIe siècle, un point d’équilibre et de respect mutuel de façon à ce que nous puissions envisager un avenir en paix.

Malheureusement, ici en Pays Basque comme ailleurs, nous savons aujourd’hui encore que notre combat est le seul garant de cet avenir en construction.

Ainsi, la création est incontestablement un acte de résistance. Elle est aussi une manière de préfiguration du Futur. Donner à voir, à rêver, nourrir l’Imaginaire pour créer, mettre en place, dès aujourd’hui, les embryons de l’espace vital de demain que nous désirons de tous nos vœux.

Surtout pas "espérer" - espérer, vient du latin "esperare" qui signifie "attendre" -.
J’abhorre ce mot qui a toujours constitué un leurre pour toutes les démarches d’émancipation. Il nous faut donner corps dès maintenant à nos rêves. Demain, c’est déjà aujourd’hui !

Le disque "NAIZ" auquel nous faisons référence est, en ce sens, le fil artistique de ce cheminement. En effet, je suis Enfant de cette Terre vitamine…. Ce disque, nous l’avons construit comme une ode à la Création et à la Fraternité.

J’ai écrit une partie de cet album durant mon incarcération. Je pense à la chanson "Babel", véritable hymne à la diversité des langues et des cultures, mais surtout à "Otoitza" - cette prière - écrite sous la douche dans les prisons en cellule d’isolement de Nantes et de Moulins.
C’était, en effet, le seul moment pendant lequel je pouvais retrouver un peu d’espace imaginaire. Comme si l’écho existant dans cette salle de douche, redonnait à nouveau un peu d’amplitude à ma voix, et partant, à mon être tout entier.


Cette prière "Otoitza" est une musique sans texte, une manière de cri, de recueillement, de douleur magnifiée écrite pour les prisonniers politiques du monde entier et leurs familles contraintes, notamment en France, à effectuer de nombreuses heures de voyage pour aller leur rendre visite. Il nous faut dire, répéter, témoigner de cette contre-vérité. La France, est toujours présentée comme le parangon, le modèle en matière des Droits de l’Homme. En vérité, la France est avec la Turquie, le 2ème pays le plus souvent condamné pour le manquement au respect des Droits de l’Homme, et plus particulièrement pour le traitement réservé aux prisonniers en général, et aux prisonniers politiques en particulier.

De nombreuses enquêtes en témoignent, et notamment l’excellent ouvrage de
Mr Alvaro Gil-ROBLES, Commissaire aux Droits de L’Homme du Conseil de l’Europe, intitulé "Rapport 2006 sur le respect effectif des Droits de L’Homme en France" (Edition des Equateurs)

Le rapprochement des prisonniers politiques basques en Pays Basque est une revendication de bon sens. Humaniste, pour le moins. La France de Liberté, d’Egalité et de la Fraternité s’honorerait de respecter ses propres engagements en la matière. En effet, même la loi le dit, tout prisonnier doit - à des fins de réinsertion notamment - être incarcéré près de ses proches.

Je ne voudrais pas terminer cet entretien sans remercier ma mère de 82 ans, tous mes proches, mes amis artistes, journalistes, et tous les nombreux anonymes qui se sont mobilisés pour ma remise en liberté. Je leur donne rendez-vous aujourd’hui sur les ondes, dans la presse, sur internet : www.peio-serbielle.com, www.myspace.com/peioserbielle, et sur tous les espaces où la parole a encore un sens.
Je remercie également tous mes amis de Tamazgha qui aujourd’hui encore, continuent de sourire à la source de la Diversité dans ce chemin vers l’Ailleurs.

Qu’ils soient assurés de mon total soutien et de ma profonde amitié.v


Propos recueillis par
Lhoussain Azergui.



Lire également sur Tamazgha.fr :

- Peio Serbielle : Basque et citoyen du monde


- "NAÏZ", un nouvel album de l’artiste basque Peio Serbielle

- Peio Serbielle est enfin libre !

- Soutien à Peio Serbielle



[|Site de Peio SERBIELLE|] [| Peio Serbielle sur Myspace|]

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5 Messages

  • Nous Kabyles, nous ne tournons pas en rond, nous sommes en train de lutter contre nos ennemis arabo-islamo-fascistes qui veulent nous anéantir de la surface de la terre.

    Quand l’existence d’un peuple est niée, le peuple concerné ajourne volontairement ses urgences biologiques, artistiques, créatrices, technologiques et économiques pour arracher son droit à l’existence afin de pouvoir vivre en paix, libre et dans la dignité.

    Nous ne pouvons être utiles ni pour nous-mêmes ni pour les autres (l’humanité positive) tant que nous sommes rien, tant que notre existence et notre volonté de peuple sont bafouées par les nazis arabo-islamo-fascistes en alliance avec vautours ou les charognards européens.

    Il faut que le monde apprennent à regarder la vérité dans les yeux pour en finir avec les hypocrisies criminelles qui tolèrent les crimes gratuits contre l’humanité que commettent des gouvernements barbares antihumains.

    Le respect des droits de l’Homme et des droits des peuples doit primer sur toute autre chose, sinon bonjour le chaos, les guerres, le sang, la mort et la fin du monde.

    Pour la globalisation, elle ne pourra réussir que si elle passe par le respect de l’Homme, c’est-à-dire qu’il faut travailler urgeamment à assurer l’autodétermination de tous les différents peuples de la planète. C’est la seule manière de garantir la paix et les droits humains des individus sur toute la planète.

    Qu’un peuple veut être indépendant ou autonome, je ne vois pas en quoi cela peut-il constituer un problème pour le monde ou pour les gouvernements totalitaires qui tiennent en otage ces peuples qu’ils condamnent à la disparition et à la désintégration. On fait plus de mal à Dieu et à l’humanité en privant un peuple de son droit à l’existence.

    Il faut que chaque peuple sur cette planète ait le droit de vivre et d’être comme bon lui semble. Et la communauté internationale doit faire la guerre à tous les tyrans qui privent des peuples entiers ou des êtres humains à disposer d’eux-même par leur propre volonté.

    Tout doit rester négociable et rien ne doit être imposé entre peuples et ce dans le cadre non-négociable des droits de l’Homme et des droits des peuples qui doivent être travaillés et protégés davantage pour leur assurer l’inviolabilité de leur caractère universel.

    L’humanité a beaucoup évoluée, il revient aux gouvernements archaïques antihumains de se réformer pour pouvoir s’adapter aux exigences des Hommes et des peuples d’aujourd’hui et non le contraire.

    Espérons que les gens qui pensent comme moi seront dorénavant de plus en plus nombreux.

  • Il y a une chose que je ne comprend pas en ce qui concerne le Pays-Basque : comment se fait-il qu’un groupe indépendantiste que l’ETA recourt à l’intimidation contre ceux qui ne sont pas d’accord avec lui ? cela ne vous rappelles rien : le FLN "algérien" n’employait-il pas les mêmes méthodes durant la guerre d’oppression nationale ? Comment se fait-il que le Pays-Basque qui dispose d’une grande autonomie avec un Parlement et un gouvernement ne soit pas en paix ? Monsieur Serbielle j’ai envie de vous la question suivante : si le Pays-Basque devient un jour un Etat indépendant sur quoi celui-ci sera t’il fondé ; ce que je vous demande c’est quel sera le régime politique qui régira cet Etat, quand on sait que l’ETA est d’inspiration marxiste et donc dictatorial on peut toujours se poser la question. Si j’étais Basque je préfererais vivre dans le cadre de la Constitution espagnole qui me garantit l’exercice de mes droits démocratiques et des libertés fondamentales plutôt que de vivre dans un Etat où règnerait un régime de parti unique avec tout ce que cela implique : oppression, dictature, culte de la personnalité etc.... Nous kabyles savons trop bien ce qu’il en ait des mouvements indépendantistes comme l’ETA, le FLN ou le FLNKS . Vous me dirait que vous avez connu le régime de Franco et sa politique d’éradication culturelle et linguistique, cela je vous l’accorde et je suis entièrement d’accord avec vous. Mais depuis le rétablissement de la démocratie il y a 30 ans, ne pensez vous pas que maintenant vous parler dans votre langue et que vous pouvez gérer les affaires du Pays-Basque en toute liberté.? Pour nous Kabyles la situation est différente car nous sommes opprimés par un pouvoir colonialiste orientale qui veut nous imposer ses us et coutumes abjectes : langue et religion que nos ancêtres n’ont point connu. Si je suis pour l’indépendance de la Kabylie, c’est que nous nous sommes trompés de combat et que l’Etat colonialiste "algérien" veut notre extinction définitive, ce qui chez vous n’est pas votre cas puisque vous vivez dans un Etat qui garantit l’autonomie des régions que le Tribunal constitutionnel a souvent rappelé que celle-ci était garantie par la Constitution.
    Amazighement vôtre.

    Saga des Gémeaux.

  • Votre combat pour le pays basque est admirable le Kabyle (et méditérraneen) que je suis ne peux que saisir pleinement le sens je suis solidaire de votre courage, de votre humanisme et de votre quête identitaire comme je me sens absolument solidaire des peuples (méditérraneens) Catalans, Corse, des Celtes ainsi que des Kurdes, Palestiniens également sans pour autant renier l’existence du peuple Israélien. Bradh