Être berbère au Moyen-Âge
Journée d’études à l’Inalco
dimanche 20 mai 2012
par Masin
Le LACNAD organise une journée d’études intitulée "Être berbère au Moyen-Âge", le jeudi 24 mai 2012, de 9h30 à 19h30, à l’Inalco (49 bis, avenue de la Belle Gabrielle - 75012 Paris). Six conférenciers sont conviés à cette journée d’étude.





Matinée


- 9h30-9h45 : Accueil et présentation de la journée

- 10h00 : A. Khaneboubi (LaCNAD/Université de Bordeaux 3),
Le statut des Berbères à travers l’historiographie arabe.

10h45 : Discussion.

- 11h15 : S. Chény (Paris 1 et LaCNAD, INALCO),
Etre berbère lors de la conquête arabe.

12h00 : Discussion

Après-midi
- 14h00 : Kh. Kchir (Université de Tunis),
L’identification des Berbères selon Ibn Khaldûn

14h45 : Discussion

- 15h15 : B. Sarr (Framespa de l’Université de Toulouse II et l’Université de Grenade),
La présence berbère dans la Marche Supérieure d’al-Andalus (VIIe-XIIe siècle).

16h00 : Discussion

- 16h30 : Pause café.

- 16h45 : M. Ghouirgate (CNRS-UMR 8167),
La langue berbère et l’Etat au Maghreb médiéval : un enjeu politique majeur.

17h00 : Discussion

- 17h30 : A. Bounfour (LaCNAD, INaLCO),
Les Berbères en Andalousie. Remarques critiques sur un type de discours
historique.

18h15 : Discussion

- 18h45 : Perspectives de recherche.

Argument.
Il y a à peine une décennie que la langue berbère (al-amâzîiyya pour les
Marocains, Tamazight pour les Algériens) est tolérée en Algérie et au
Maroc. Si cette tolérance minimaliste et fragile est réelle, elle n’en
demeure pas moins unique dans l’histoire des Berbères.
Pourtant les dénominations ‘berbère’ (barbar), ‘chleuh’ (cclu), ‘kabyles’
(qbayl) sont courantes. Elles le sont aussi dans l’historiographie arabe
depuis la conquête arabe avec d’autres ethniques comme Masmouda
(Imemudn), Sanhaja (Iznagn), Zenata (Iznatn), etc.
On sait que des confusions sont commises à propos de ces
dénominations. Les habitants de Fès nomment ‘chleuhs’ tous les
Berbères qui les entourent, c’est-à-dire les Rifains et les Imazighn du
Moyen Atlas. Le lecteur de l’historiographie arabe peut détecter des
confusions semblables. De plus, ces termes peuvent avoir plusieurs sens
selon le contexte géographique. C’est ainsi que ‘cela’ serait le synonyme
de ‘barbariyya’ et signifierait ‘langue berbère’ pour les arabophones ;
elle signifie la variété berbère parlée entre Demnate-Essaouira jusqu’aux
confins sahariens du sud-ouest du Maroc, mais aussi ‘poésie’ à Jerba en
Tunisie.
Le Moyen Age fut un moment crucial pour fixer le vocabulaire
concernant les Berbères. C’est pourquoi cette journée est consacrée à
cette période pour tenter de répondre à quelques questions
importantes ou, du moins, les problématiser :
1. Qu’est-ce qu’être berbère lors de la conquête arabe ?
2. Etre Berbère en Andalousie : pouvoir, société et territoire.
3. Les Berbères dans les deux empires dits ‘berbères’ : les
Almoravides et les Almohades
4. Sainteté, chérifisme et identité berbère.

Résumés des communications.

Abdellah Bounfour (LaCNAD, INaLCO),
Les Berbères en Andalousie. Remarques critiques sur un discours historique.

La lecture de cet ouvrage écrit en arabe est, entre autres, à la base de
l’organisation de cette journée d’étude pour plusieurs raisons :
-Le discours historique adopté, particulièrement ses opérations argumentatives,
posent des problèmes épistémologiques ardus.
-Le traitement des sources primaires et secondaires méritent d’être
problématisés.
-Etre berbère en Andalousie au Moyen Age est à la fois mieux informé tout en
appelant certaines réserves.


Soléna Chény (Paris I et LaCNAD, INaLCO),

Qu’est-ce qu’être berbère lors de la conquête arabe ?

Ce sujet renvoie à de multiples questions mais dont le point central est la
question de l’identité. Qu’est-ce qu’un Berbère ? Comment le définit-on ?
Comment se définit-il lui-même ? Qu’est-ce qui le distingue des autres ? Qu’a-t-il
de commun avec cet Autre ?
Le moment de la conquête arabe est un moment crucial de cette problématique
dans la
où il renvoie à des préoccupations actuelles. Définir le Berbère est aujourd’hui le
confronter à son double arabe. C’est pourquoi, il convient de se détacher de ces
partis pris idéologiques tout en les gardant à l’esprit.
Aujourd’hui, les études berbères ont définies ce qu’est la Berbérité. Les
anthropologues et les protohistoriens, je pense évidemment à Gabriel Camps
mais aussi aux ouvrages de Ginette Aumassip, ont démontré que les Berbères
sont le peuple originel de l’Afrique du Nord et qu’ils représentent la majorité
ethnique de cet espace. Les linguistes, il faut évidemment souligner les travaux
de Salem Chaker, ont mis en évidence le terreau commun des dialectes du
Maghreb. Toutefois, les politiques actuelles et les mouvements de revendications
identitaires soulignent la force de ces questions d’identité dans un contexte de
mondialisation en crise, héritier, pour le Maghreb, des conflits nés de la
colonisation française et des difficultés de l’indépendance.
La conquête arabo-musulmane nous permet de remonter au moment où le
Berbère ne se définit pas comme le pendant (négatif ou positif) de l’Arabe. Les
sources, qui sont toutes écrites par des Arabo-musulmans d’origine, ne le
définissent pas dans ces termes. L’historiographie médiévale nous donne des
éléments d’analyse mais qu’il faut tenir à distance, qu’il faut appréhender comme
appartenant à un tout et non comme les bribes séduisantes d’une histoire en
suspens.

Les travaux récents, je pense notamment à la thèse brillamment menée
d’Antoine Borrut (Université du Maryland, Floride) ou à celle de Sandra Campbell
(Université de Californie, Los Angeles), mettent en lumière ces historiens au
service d’un nouveau pouvoir califal en quête de légitimité.
Nous nous retrouvons là au cœur du problème posé par l’histoire médiévale du
Maghreb. Au travers d’une historiographie arabo-musulmane mythifiée,
pouvons-nous réellement accéder, appréhender de manière globale le fait
berbère et ses mutations à l’arrivée du jihâd en Afrique du Nord ?
Notre réflexion s’articule autour de plusieurs axes :
• L’histoire des Berbères au moment de la conquête arabo-musulmane
est-elle possible ?
• Les éléments vraisemblables témoignent-ils d’une continuité avec la
période byzantine ?
• Le fait berbère est-il unitaire face à la conquête arabe ?
• Enfin, cette conquête a-t-elle modifiée la définition de la Berbérité ?


Mehdi Ghouirgate (CNRS-UMR 8167),
La langue berbère et l’Etat au Maghreb médiéval : un enjeu majeur.

L’époque almohade peut être caractérisée par le fait que, pour la première fois
et la dernière fois, l’Etat sut donner une traduction institutionnelle au berbère,
et plus précisément au berbère des Masmoudas. Clef de voûte de l’édifice
almohade, le bilinguisme arabo-berbère est à comprendre à plusieurs niveaux.
Il découle de la volonté de pérenniser un Etat, dans des contrées où cela
représentait une nouveauté, et où l’immense majorité de la population ne
pratiquait qu’une des langues berbères. D’autre part, il faut bien voir que
l’aristocratie au pouvoir tirait toute sa légitimité du fait qu’elle était rattachée à
la geste d’Ibn Toumart et aux débuts héroïsés du mouvement almohade. Or la
majeure partie de cette histoire s’était déroulée dans un cadre berbère, avec
des protagonistes qui s’exprimaient dans cette langue, parfois de façon
exclusive. De plus, l’initiateur du mouvement almohade était réputé avoir excellé
dans les deux registres, l’arabe et le berbère, et avoir rédigé des ouvrages dans
ces deux langues. Enfin, cela s’inscrivait dans un projet plus vaste de promotion
des habitants du Maghreb, c’est-à-dire les Berbères, à un moment historique
précis celui où des Maghrébins prétendaient au califat, et au leadership sur
l’ensemble du monde musulman.


Khaled Kchir (Université de Tunis),

L’identification des Berbères selon Ibn Khaldûn

La démarche historique d’Ibn Khaldûn privilégiant la longue durée ouvre la voie
à une approche anthropologique de la réalité tribale. Le traitement de cette
réalité est traversé, aussi bien dans la Muqaddima que dans les ‘Ibar, par la
problématique du rapport structurel entre Etat central et tribus. Sa grille
d’analyse est en même temps une jauge qui lui permet d’évaluer le degré de
soumission ou d’insoumission d’une tribu à l’Etat et sa capacité ou non, à
développer une ‘Asabiyya, jusqu’à ce qu’elle soit couronnée par l’édification d’un
nouvel Etat.
A travers des exemples concrets, nous tenterons d’étudier les différentes
manières d’identifier « les Berbères » selon Ibn Khaldûn : la mémoire
généalogique, le payement des impôts, ou les services rendus aux armées
sultaniennes figurent parmi les critères de dénomination.


Ahmed Khaneboubi (Université de Bordeaux III, LaCNAD/INaLCO),
Le statut des Berbères à travers l’historiographie arabe.

Quel regard les chroniqueurs médiévaux portent-ils sur les Berbères ? Que
représentent ces Berbères aux yeux des souverains auxquels sont dédiés les
ouvrages de chroniques représentant le chef berbère comme une personne au
statut inférieur ? Pourquoi ces Berbères sont-ils considérés comme produits de
taxes abusives (le quint) au titre de butin de guerre bien qu’ils soient convertis
à l’islam ? De la même façon, pourquoi sont-ils très recherchés par le califat de
Damas en tant qu’esclaves ? Et pourquoi leurs femmes et leurs filles sont-elles si
prisées ? Pourquoi servent-ils à former l’avant-garde des armées arabes ? Enfin
quand ils se distinguent dans quelque domaine que ce soit, pourquoi et
comment les historiographes leur dénient-ils toute identité berbère et leur
attribuent-ils une origine arabe ? Autant de questions qui se posent à la lecture
de chroniques peu flatteuses pour ces Berbères qui, pourtant, ont fondé des
empires. C’est par l’examen d’exemples significatifs tirés des textes des
chroniqueurs que nous tirerons nos conclusions et que nous dégagerons
l’intérêt offert par cette mise à distance d’un discours religieux, très idéologisé.


Bilal Sarr,
La présence berbère dans la Marche Supérieure d’al-Andalus (VIIe-XIIe siècle).

Dans cette communication, on dressera d’abord un bref état de la recherche sur
le peuplement berbère dans tout al-Andalus pour finalement exposer un
premier bilan des résultats obtenus dans le cadre de notre projet d’étude
postdoctoral relatif au peuplement berbère dans la Marche Supérieure d’al-
Andalus, c’est-à-dire dans les provinces de Saragosse, Huesca et de Lérida du
VIIIe au XIIe siècle, développé grâce à l’aide du Ministère d’Education d’Espagne
et sous la tutelle du professeur Ph. Sénac. On étudie en même temps les
données fournies par des différents domaines tels que la toponymie, les
diverses sources écrites (en arabe et en latin) et l’archéologie. D’ores et déjà, on
peut avancer que, selon toutes ces informations, la présence berbère serait plus
importante qu’on le considérait jusque-là. Ainsi, on trouve des toponymes tels
que Mequinenza (Miknâsa), Fabara (Hawwâra), Hisn Zanâta, Monzalbarba (manzil
al-Barbar), Aqabat Malîla, Ḥisn al-Barbar, … attestant l‟existence de nombreux
établissements amazighes.

COntact.
E-mail : crb inalco.fr
Tel : 01.80.51.95.12

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3 Messages

  • Être berbère au Moyen-Âge 21 mai 2012 07:49, par La Mecreante !

    et à ce propos : ne pas manquer d’écouter ça très attentivement. c’est long mais très important.

    ici : http://www.bernardlugan.blogspot.fr/

    ou ici : http://www.dailymotion.com/video/xqyau7_bernard-lugan-la-politique-africaine-de-sarkozy_news

    repondre message

  • Boualem Sansal privé de prix du roman de la tyrannie coloniale arabo-islamo-terroriste

    Boualem Sansal n’est pas un Arabe. C’est un amazigh algérien originaire du Rif marocain qui souffre comme tous ses concitoyens amazighs nord-africains conscients d’être réduits en esclavage par le colonialisme barbare arabo-islamiste de la France. Boualem Sansal, a l’instar de tous les amazighs dignes tels que les Kabyles, est un Homme libre dont la Francarabie veut faire un esclave. Etant conscient de cette menace, Boualem Sansal n’a pas eu d’autres choix que de lutter dignement pour recouvrer sa liberté, son identité, et son autonomie en tant qu’être rationnel au service de lui-même, de la planète et de toute l’humanité.

    Boualem Sansal est un homme noble, honnête et libre. Or la noblesse, l’honnêteté et la liberté sont des valeurs étrangères au monde raciste, barbare, fasciste, hypocrite, colonial et despotique arabo-musulman.

    Vive Boualem Sansal et a bas le monde colonial arabo-terroriste.

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  • Être berbère au Moyen-Âge 18 juin 2012 19:21, par MACILIEN

    Ahmed Khaneboubi (Université de Bordeaux III, LaCNAD/INaLCO), Le statut des Berbères à travers l’historiographie arabe.

    "Quel regard les chroniqueurs médiévaux portent-ils sur les Berbères ? Que représentent ces Berbères auyeux des souverains auxquels sont dédiés les ouvrages de chroniques représentant le chef berbère comme une personne au statut inférieur ? Pourquoi ces Berbères sont-ils considérés comme produits de taxes abusives (le quint) au titre de butin de guerre bien qu’ils soient convertis à l’islam ? De la même façon, pourquoi sont-ils très recherchés par le califat de Damas en tant qu’esclaves ? Et pourquoi leurs femmes et leurs filles sont-elles si prisées ? Pourquoi servent-ils à former l’avant-garde des armées arabes ? Enfin quand ils se distinguent dans quelque domaine que ce soit, pourquoi et comment les historiographes leur dénient-ils toute identité berbère et leur attribuent-ils une origine arabe ?"

    ARABISER S’EST DÉTRUIRE.

    IL N’Y AUCUNE REMISE EN CAUSE PAR LES ARABES DE LEUR IMPÉRIALISME ET DE LEUR COLONIALISME 14 SIÈCLE APRÈS ET L’ISLAM EST TOUJOURS UTILISER COMME VECTEUR DE LEUR "CULTURE"NUISIBLE ET DESTRUCTRICE DE CIVILISATION DONT CELLE PARMI LES PLUS ANCIENNE ET LES PLUS PACIFIQUE,LA CIVILISATION AMAZIGH.

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