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Kabylie : prospection lapidaire de l'heure de tous les dangers
jeudi 16 septembre 2021
par Masin
Depuis quelques semaines, et au moment où nous écrivons, les arrestations ciblées et nombreuses principalement en Kabylie se poursuivent. Le nombre de détentions arbitraires augmente chaque jour à tel point que nous ne sommes pas en mesure de fournir des statistiques immédiates. Nous pouvons néanmoins estimer qu’il y a plusieurs centaines de militants incarcérés par la police algérienne. La situation est calamiteuse à tous points de vue : incendies ravageurs, gestion catastrophique du Covid, nouvelle misère dans nos villages,…. Tout cela, dans le mutisme de la majorité des militants connus. Nous comprenons leur silence car ils sont présentement en danger. Il est impératif de les préserver. Le régime actuel reprend, sans innovation aucune, les méthodes de celui des années 1970. C’est à dire la répression et l’anathème. Il use pour cela de son armée, de ses médias, de l’intox sur les réseaux sociaux... Pour perdurer, il s’est fabriqué deux blocs d’ennemis principaux : l’un interne (la Kabylie) et l’autre externe (le Maroc et accessoirement Israël). Le pouvoir d’Alger sort les gros bras pour espérer anéantir les velléités démocratiques et bon enfant du peuple kabyle. Son acharnement sur la Kabylie est sans précédent depuis 1963. Il lui sera fait échec car la liberté est ancrée en nous.


Quelle est la nature du régime ?

Les analystes éclairés, de gauche notamment, ont fait un parallèle entre le système algérien et le système égyptien.
Pour résumer :
- le système égyptien tient sa "légitimité" du coup d’État des "officiers libres" qui ont renversé la monarchie. Son vecteur tiers-mondiste et sa lutte contre l’influence britannique lui donnèrent plus tard une assise étendue au monde avoisinant (Afrique du Nord notamment).

- Le système algérien tient la sienne du coup de force militaire contre le GPRA (Gouvernement Provisoire de la Révolution Algérienne), et contre le congrès de la Soummam qui affirmait que le politique devait primer sur le militaire (1956).
L’Histoire est longue mais les actes fondateurs sont là. La nomenklatura s’est assise sur le peuple avec sa justification historique, à savoir la lutte pour l’indépendance. Il en est de même par ailleurs en Egypte…
Si le parallèle entre les deux régimes était significatif dans les années 70, la comparaison s’arrête là depuis les années 1980 à nos jours. Pourquoi ? Le mouvement berbère de Kabylie a inauguré une contestation ouverte et inédite (Printemps berbère d’Avril 1980). Sa dynamique a fini par déboucher sur un régime acceptant les partis d’opposition renonçant au régime du "parti unique". Certaines analyses vont jusqu’à affirmer que ce prétendu changement n’est qu’une stratégie du régime et sa Sécurité militaire acculés par la pression de leurs partenaires occidentaux dans un contexte international marqué par la fragilisation et la déstabilisation du "bloc soviétique" en plein naufrage et dislocation. Si certains partis ont été impulsés et créés par le pouvoir lui-même, parfois avant même l’adoption de la nouvelle constitution autorisant le multipartisme, d’autres partis seront assez rapidement domptés avant de servir de potiches au régime.

Un régime fascisant, compradore et pseudo-démocrate.

Le système algérien, dans sa nouvelle version post-88, n’a, en réalité, pas son pareil dans le monde. Il est à la fois fondé sur des mœurs politiques fascisantes et sur une démocratie de façade, essentiellement à usage externe.

D’une part, le fascisme est pour nous l’accaparation absolue par les grands nantis de l’organisation de la société : finies les grèves, terminés les syndicats, plus d’oppositions car les intérêts des maîtres doivent être optimisés sans entraves.
D’autre part, et c’est dans l’ère du temps, les politiques de service doivent donner au monde une image présentable du système. Cela s’exprime notamment dans les textes qui régissent l’État, notamment sa constitution qui a connu plusieurs révisions – le régime a même « osé » la reconnaissance de Tamazight comme langue officielle, une reconnaissance plutôt folklorique sans réelle valeur – ainsi que la signature et la ratification de conventions et pactes internationaux de protection des droits de l’Homme. Les aléas font que les choses sont fluctuantes et non gravées dans le marbre, Tamazight vient d’être déclassée par le pouvoir algérien.

Le régime est-il aux abois ?

Nous ne le pensons pas car un régime autocratique semble s’installer. La nouvelle donne s’apparente aux plus belles années de la SM (Sécurité militaire des années 1970). Posséder un tract ou une brochure réfractaire pouvait occasionner torture et emprisonnement. Cela recommence avec le DSS (Département de surveillance et de sécurité) dont le rôle est d’infiltrer les organisations politiques et syndicales, puis de semer le trouble en créant des doublons relatifs aux égos de personnes. Il a même été créé des clones organisationnels. C’est dire la puissance du DSS. Le régime a donc encore les moyens de nuire durablement.
En face, et il nous faut l’admettre, nous sommes en incapacité de concentration intellectuelle, et encore moins organique. Il faut dire que le système, en un peu plus de deux décennies, a su créer le vide politique au sein de la société kabyle qui a vu une partie de son "élite" se faire corrompre et entrer dans les rangs.
Pour y arriver, il faudra passer le cap des pétitions, des marches stériles et du "mouvementisme" qui consiste à demander au pouvoir de changer. L’aventurisme et l’action irréfléchie et certains discours irresponsables aux relents racistes et haineux, souvent encouragés par le DRS, nuisent à la Kabylie et l’exposent à des attaques inutiles. Il faudra prendre à bras-le-corps cette problématique de manière unie et nous poser la question suivante : comment faire pour nous débarrasser de ce pouvoir et permettre à la Kabylie la quiétude tant recherchée ?
Les mouvements autonomistes ou "indépendantistes" kabyles récents ou un peu plus anciens ne sont pas parvenus à résoudre l’équation. Ils ont l’impression qu’ils sont la solution alors qu’ils sont le problème, le verrou. Les erreurs juvéniles consistant à rechercher des soutiens non naturels nous coûtent cher. La solution sera interne dans l’union, ou ne sera pas.
Quant aux attentistes actifs, dont nous faisons partie, nous avons aussi indirectement notre part de responsabilité.
Le pouvoir des généraux assume, avec son nouveau clan, les arrestations ciblées mais massives (elles concernent essentiellement les autonomistes/indépendantistes kabyles). Cette junte au pouvoir classe certains mouvements d’opinions comme étant terroristes et émet des mandats d’arrêt internationaux dans le but de faire taire l’opposition y compris à l’étranger.

Qui est raciste in fine ?

La Kabylie est dévastée par les incendies ainsi que par le Covid. Nous avons perdu plusieurs amis et autres membres de nos familles, faute de soins.
Les vieux réflexes sont toujours présents et semblent immuables. La Kabylie et sa situation dramatique actuelle sont ignorées par la junte d’Alger. C’est donc une guerre sournoise qui nous est menée.
Des envois de dons importants ont été effectués en marge de l’État (par la diaspora et en interne). Étant donné le grand nombre de lots qui étaient acheminés quotidiennement, le pouvoir décidât de mettre la main sur ces aides pour organiser leur répartition en fonction des besoins. Contrôler pour détourner nous dirions. Ceci est une honte abjecte car l’État algérien qui s’affirme comme puissance régionale n’a pas été capable d’assurer les soins nécessaires aux citoyens, en même temps il leur refuse de gérer eux-mêmes leurs envois sanitaires.
En ce qui concerne les incendies, nous notons l’absence intentionnelle de l’État qui, non seulement, a laissé la Kabylie livrée à elle-même mais s’est aussi abstenu de faire appel à l’aide internationale. Certains villages sont dévastés, la flore ainsi que la faune sont en cendres, plus de 200 morts et des milliers de brûlés.
L’opinion kabyle accuse les autorités algériennes d’être derrière nombre de ces incendies qui ont ravagé le pays.
Par ailleurs, le pouvoir refuse de classer la Kabylie comme zone sinistrée.
Les Kabyles, comme à l’accoutumée, rebâtiront et reboiseront, indépendamment des dirigeants véreux et viscéralement anti-kabyles.

Du Hirak

Le Hirak (mouvement en arabe) a mobilisé, deux ans durant, 17 millions de personnes tous les vendredis, accessoirement les mardis par les étudiants (soit près de 40% de la population algérienne). Il s’agit d’un record mondial. A titre de comparaison, le mouvement de 68 en France n’a atteint qu’un million au plus fort de sa mobilisation, et pourtant Paris a vacillé puis a laissé filer les libertés. L’État algérien, quant à lui, tient toujours bon et ne lâche rien. In fine, le mouvement fut-il révolutionnaire ? Il ne l’a jamais été. Il y eut certes un bouleversement des mœurs sur les places publiques, mais le fond idéologique restât cruellement en retrait.
Nous devons admettre l’incapacité structurelle d’une entente sur un minima démocratique, et encore moins sur un socle révolutionnaire de base car les postures idéologiques de la "décennie noire" restent vivaces (entre autres). Ces postures tirent leurs racines des origines de ce qui est communément désigné de "nation algérienne" et qui remonte à la naissance du "mouvement national" porté, et c’est émouvant de le dire, essentiellement par des Kabyles. Le mouvement, très puissant et le plus massif depuis des décennies, eut conscience de sa force mobilisatrice. Au milieu du gué, il ressentit cependant une impasse à terme. Malgré les slogans généreux, malgré les démonstrations de rue, malgré l’enthousiasme du renouveau ainsi que les apparences, nous ne fumes pas en situation révolutionnaire même si la cristallisation posséda incontestablement des potentialités en ce sens.

Pour finir

Une nouvelle page se tourne et l’avenir ne dépend désormais que de nous. La Kabylie a besoin de tous ses enfants. Plus que jamais. Serons-nous capables de nous unir et de conjurer le sort qui nous est réservé ?
Cela dépendra uniquement de notre intelligence.

Gérard Lamari.

Lire également :
- L’Etat assassin
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- L’Etat algérien s’acharne sur la Kabylie...

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