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Disparition d'un pilier de la littérature amazighe
lundi 4 juillet 2016
par Masin
Il est des hommes qui ont choisi d’être libres, qui dérangent par leur franchise, qui réduisent les tabous en miettes dans des sociétés fossilisées, mises à genou par l’islam et l’arabisme. Mohamed Chacha, l’écrivain et poète rifain, décédé mercredi 29 juin à Amsterdam aux Pays-Bas des suites d’une longue maladie, est de cette trempe de Berbères fidèles à eux-mêmes qui ont toujours refusé de plier à la monarchie marocaine, qui ont eu le courage de dire non, de le crier fort, de l’écrire et même de le chanter.


Feu Chacha est né le 15 août 1955 à Ikebdanen (Kebdana), près de Nador. Enfant, il a été marqué par la répression de la révolte rifaine de 1959 par le régime de Hassan II. Cette répression sauvage a fait plusieurs milliers de morts dans les rangs des Imazighen d’Arif (Rif). La souffrance qu’elle a provoquée a été gravée dans son esprit. Elle changera à jamais sa perception des choses, de la politique, d’Arif et de la monarchie. Son engagement politique est précoce. A Nador où il poursuivait ses études au lycée Mhend Amezian, il commença à chanter et à faire du théâtre. Il intégra l’organisation d’extrême gauche "En avant" et entra en rébellion contre la tyrannie. Il sera expulsé de son lycée suite à son refus de chanter lors d’une fête officielle marocaine. Engagé sur plusieurs fronts, il finira par s’attirer les foudres des forces de la répression de la monarchie. Il quitta A-if pour les Pays Bas en 1977 pour ne jamais y retourner.

Aux pays bas, le militantisme de Chacha n’a pas pris fin ; il s’intensifia. Il s’engagea dans les associations de défense des droits humains et milita en faveur des droits du peuple amazigh. Au fil des années, il publia des livres en arabe et en amazigh, il participa à des soirées artistiques, il chanta. Il était sur tous les fronts et participe à des rencontres et des conférences en Allemagne, en Belgique, en Espagne et en France. Arif a toujours été au centre de tous ses travaux et sa réflexion. Conscient que les Berbères doivent prendre leur destin en main et s’affranchir de la monarchie marocaine, il contribua à la vulgarisation des concepts comme celui de l’indépendance d’Arif et de la république. Il se définit d’ailleurs comme étant républicain rifain.

Chacha écrit comme il parle. Il dit ce qu’il pense librement. Ses textes sont simples, mais tranchants. Dans une émission qui lui a été consacrée sur Amazigh TV, plusieurs de ses amis, dont le poète et caricaturiste Mhend Abettoy, expliquent qu’il est "incompris par ses contemporains". Visionnaire et révolté, il est né avant son temps. "Peut-être que les gens comprendront ce qu’il voulait dire dans une centaine d’années", explique Abttoy. Ses œuvres littéraires sont d’une sincérité rare. Dans ses livres, les tabous tombent en lambeaux. Ils disparaissent. Ils fendent comme neige au soleil. Ses œuvres sont d’énormes espaces de liberté dont on ne sort jamais indemnes. Il a publié "Raẓ, tuɛaryent, d tarewra zeg yiṭan" (1995) et traduit en néerlandais et "Reẓ ṭṭabu ad d teffeɣ tfukt" (Roman/1997), "Ajḍiḍ umi yitwagg celwaw" (Nouvelles /1998) "Cway zi tibbuherya εad war twid" (Nouvelles / 1999), "Abrid ɣer yezran" (2000), Aṛaji (2016), "Tuf teqqen" (roman), Tayri n tayri (Roman), Tarwa n umadal (chants). Il a également publié 4 recueils de poésie en langue arabe. Il a rejeté toutes les idéologies dominatrices et rêvé de révolution et de libération des Imazighen.

Feu Chacha était aussi l’un des animateurs d’Amazigh TV, une cyber-TV qui émet des Pays Bas. Il a effectué une série d’interview et de chroniques sur la littérature et la vie politique dans le Rif. Chacha est né et a vécu libre et en colère. Il est mort en homme libre. Dans son testament, il a appelé à ce que la prière funéraire musulmane ne soit pas faite sur sa dépouille. Son souhait a été respecté par sa famille. Des femmes ont aussi assisté à son enterrement. Il a fédéré dans sa mort des femmes et des hommes amoureux de la liberté et de l’amazighité.


Aksel Azerrgi.


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