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Le racisme anti-mozabite de l'Etat algérien
Approche politique et psychosociologique du crime perpétré à Tagherdayt
mercredi 22 octobre 2014
par Masin
Le pouvoir algérien est très reconnaissant à l’égard de tous ceux, Algériens, qui lui reconnaissent sa légitimité. Mais une légitimité usurpée que ne cessent de lui décrier d’autres "Algériens" qui le considèrent comme colonial et auxquels, par réaction, il dénie le droit à l’existence par l’exercice d’une politique basée sur le plus abjects des nihilismes culturel et identitaire, suivie de provocations et de représailles permanentes que d’aucuns n’hésiteraient à qualifier de racistes.
 
 
Contrairement aux Kabyles et aux Mozabites, l’une des toutes premières communautés ethniques à se précipiter pour reconnaître le pouvoir issu de son premier coup d’Etat, le renversement du GPRA [1], comme elle l’a fait d’ailleurs auparavant pour l’armée coloniale française, est celle des Arabes châambas qui se revendiquent fièrement de l’ascendance hilalienne, c’est à dire, fondamentalement différente des autres ethnies autochtones amazighes. Leur zèle d’alors (1963), sous la bannière de l’armée dite des frontières, les amena jusqu’en Kabylie pour combattre avec acharnement la rébellion kabyle menée sous l’égide du FFS. [2]
 
D’aucuns se posent la question de savoir pourquoi ce parti pris flagrant des éléments des services de sécurité, gendarmes et policiers, n’hésitant pas à s’afficher aux côtés des nervis et des voyous, issus des trois principales tribus arabes de Tagherdayt, dans leur soif sanguinaire d’extermination des Amazighs mozabites.
 
Juste après l’avènement de l’Etat algérien, les tribus arabes du désert rejoignirent toutes et massivement le FLN. L’absence de tout ancrage identitaire et d’appartenance nord africaine les amènent tout naturellement à prendre toujours et d’instinct le parti du plus fort. Comme au temps de l’armée coloniale française qui trouva dans la tribu des Châambas un allié des plus naturellement disposé à la conquête du désert et le massacre des Touaregs, le nouveau colon, le FLN, fit de même avec les Châambas qu’il instrumentalisa dans sa conjuration à l’épuration ethnique visant les mozabites.
L’engagement des Châambas au sein de tous les corps de sécurité algérien est une donne dont il faut tenir compte pour comprendre le crime commis en ce moment à Taghardayt. Des milliers, répartis entre militaires, gendarmes et policiers algériens, sont issus des tribus arabes de cette région. Tout le contraire de la société amazighe de Tagherdayt qui ne dispose d’aucun élément incorporé dans les corps de la police et de la gendarmerie nationale. Cela tient au fait, tout simple, que les Mozabites n’ont jamais reconnu véritablement l’Etat algérien. En réaction, l’Etat colonial d’Alger les considère comme des ennemis à abattre. Une complicité avérée rendu par la permissivité flagrante de l’Etat algérien amenant les tribus arabes de Tagherdayt à une étape supérieure dans l’escalade de la violence qui est celle de l’utilisation des armes à feu contre les Mozabites !
 
Il ne faut donc plus s’étonner que le policier et le gendarme en exercice dans cette région prennent la défense des Arabes [3] dans la guerre à coloration idéologique et religieuse qu’ils mènent impunément contre les Amazighs mozabites, qu’ils soient vivants ou morts d’ailleurs. Le saccage des sépultures des ancêtres fondateurs mozabites en témoigne amplement de la volonté morbide de l’Etat et de ses bédouins mercenaires du désert ! Un parti pris d’autant plus vrai car honteusement encouragé par la nomination et le maintien d’un enfant de la région, le Colonel Ali Rouane, comme commandant du corps de la gendarmerie de Taghaerdayt [4]. En effet, la famille Rouane est l’une des plus grandes familles arabes influentes de Ghardaïa ! L’on n’est plus étonnés maintenant du comportement voyou et hautement condamnable du policier et du gendarme en exercice dans cette région. Comment se pourrait-il sachant que le nom de leur commandant, le colonel Ali Rouane, est sans doute l’un des principaux actants arabes impliqués dans les événements. Il ne reste donc au policier et au gendarme qu’une seule alternative : celle qui consiste à prendre la défense de ceux qui, par accointance, deviennent leurs alliés car étant tous de la même famille idéologique nourricière qui s’octroie la pérennité au pouvoir par un partage encourageant de la rente ! [5]   Dans leur gestion dite "démocratique" de la foule amazighe, il serait peut être intéressant aussi d’attirer l’attention sur la similitude du comportement des éléments des "services d’ordre" aussi bien à Ghardaïa qu’en Kabylie. Un comportement, nous le verrons, initié et dicté par le même noyau du centre de gravité ! Pour cela, et afin de remonter à la cause initiale et principale, à l’origine de cette croisade anti amazighe, il est important de rappeler les propos prononcés par Bouteflika aussi bien à Tizi Ouzou qu’à Bgayet : "Descendez (allusion aux Kabyles) de vos montagnes et venez rejoindre vos frères algériens dans les plaines." Rejoindre signifie, bien entendu, dans la bouche du potentat, se dissoudre dans la communauté arabophone telle qu’il l’a pervertie. Se dissoudre dans sa bâtardise identitaire ambiante telle que promulguée par ses aïeuls idéologiques, les uléma ! Ou encore : "Je suis venu crever votre ballon de baudruche." Cela dénote l’état d’esprit du pouvoir qui considère la Kabylie comme rebelle, rejetant son contrat social, anti nationale et, donc, ennemie, et sa hargne d’en découdre sauvagement avec elle. Un pouvoir porteur d’une idéologie basée sur un sentiment assimilationniste de par sa propension à la domination par l’effacement de toute autre authenticité échappant à sa propre définition telle que portée par ses "constantes nationales".

  Cela rejoint presque mot à mot les récentes déclarations du conseiller spécial et, néanmoins l’envoyé spécial aussi, de Bouteflika, l’islamo-conservateur du FLN, Abdelazziz Belkhadem, qui déclara à une chaine de télévision que pour venir à bout de cette "crise", les "Kharidjite" de Ghardaïa (allusion aux Mozabites) doivent délaisser toutes leurs institutions et rejoindre celles de l’Etat algérien. C’est la seule alternative possible à ses yeux de prédateur arabo-islamiste invétéré. L’outrecuidance le poussa jusqu’à leur suggérer, comme proposition ultime pour une paix durable, d’accepter de donner leurs filles en mariage aux Arabes pour un partage équitable des biens et des ressources de la région [6]. Des propos qui ressemblent à n’en point douter à ceux prononcés par l’autre Abdelazziz, l’handicapé d’Elmouradia, du temps de sa "gloire", en Kabylie. C’est le serment d’un gérontocrate obsédé et usurpateur en déclin, Bouteflika, touché dans son amour idéologique islamo-arabe, fait à l’encontre de deux communautés amazighes, les Kabyles et els Mozabites, en résistance historique contre "l’imposture algérienne" !

  Timecriwect n At Immecan.  

Notes

[1GPRA : Gouvernement provisoire de la république algérienne

[2Témoignage d’un ancien "moudjhid" (soldat du FLN) châambi rencontré dans sa ville natale, Metlili.

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2 Messages

  • Le racisme anti-mozabite de l’Etat algérien 26 octobre 2014 13:46, par mestafa G’idir
    Merci pour cette contribution, oh combien claire, précise et concise ! Vous pointez du doigt les tenants et les aboutissants de ce racisme anti Mozabite, anti-Amazigh... anti-différence ! Nous ne le dirons jamais assez, qu’il s’agit là - au Mzab comme en Kabylie- de l’expression d’un lourd contentieux entre l’algérie officielle issue d’une usurpation et d’une monstrueuse imposture et le peuple amazigh. L’islam comme étendard et la langue arabe comme outil d’exclusion, de stigmatisation et d’agression. Les amazigh que nous sommes devraient cesser de se regarder en chiens de faïence, plutôt de se regarde dans un miroir et se dire si cette situation est viable ou peut l’être.... Il est temps de trouver d’autres stratégies de luttes, des moyens de défenses (au sens psychologique du terme) car il y va de notre propre existence ... Quelle situation laisserons -nous à nos enfants ? A t-on le droit de leur léguer en guise de patrimoine un tel contentieux de plus en plus meurtrier ? Une question de dignité. Merci encore pour cette belle contribution menée de façon réfléchie de bout en bout !

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  • Merci pour ce papier si clair, un papier qui, dans ce temps des confusions et de l’errance, remet de l’ordre dans les idées. Le pays parait-il traverse une phase historique cruciale dans son existence. Les ennemis de la vérité et les tenants de l’obscurantisme, les promoteurs du mensonge et de l’anarchie font tout ce qui est dans leur pouvoir pour aller jusqu’au bout de leur plan d’anéantissement de ce qui est authentique, valeureux et constructif. Mais les vrais fils de cette chère terre seront à la hauteur des événements, l’histoire ne cesse de le montrer. L’univers nord-africain ne peut être autre chose que soi-même, ne peut se référer qu’à ses fondements sociaux, linguistiques, historiques et culturels. La situation actuelle appelle aux divers plans un nouveau comportement, celui d’anticipation. Tanemmirt. Nat Mẓab.

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