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Littérature amazighe contemporaine
Soirée littéraire avec Saïd Chemakh, le samedi 30 août 2008 à Paris
mercredi 20 août 2008
par Masin
Profitant du passage de Saïd Chemakh à Paris, Tamazgha organise une rencontre autour de la littérature amazighe. Elle aura lieu au local associatif sis à la rue Gergovie dans le quatorzième arrondissement à Paris le 30août 2008.



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Littérature amazighe contemporaine

Conférence-débat avec

2Saïd Chemakh2
3 Docteur en linguistique berbère 3
Enseignant au département de tamazight à l’Université Mouloud Mammeri à Tizi-Ouzou en Kabylie

[*Samedi 30 août 2008 à 20h*]

Local associatif

18-20, rue Gergovie – 75014 Paris

Métro : Pernéty (Ligne 13)|]

Cette rencontre sera également l’occasion d’évoquer le recueil de nouvelles de Saïd Chemakh intitulé "Ger zik d tura"


La première version de ce recueil a été déjà sélectionnée au prix Mouloud Mammeri en 1993 et l’auteur a reçu un prix d’encouragement. Ger zik d tura est préfacé par Salem Chaker.








Préface de Salem Chaker :

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Tamaziγt, tella, ad tili, ass-a, azekka, i lebda, i warraw n warraw-nneγ

|]

Je connais Saïd Chemakh depuis plus d’une vingtaine d’années, depuis le temps où il étudiait à l’Université de Tizi-Ouzou. Pour moi, il fait partie de ces militants kabyles du mouvement culturel berbère, engagés sur la longue durée, alternativement et simultanément, sur tous les champs du combat berbère : militance de base dans le terrain universitaire et populaire, militance plus politique dans ou autour des appareils organiques qui ont pu, à un moment ou à un autre, représenter l’aspiration berbère de Kabylie, militance culturelle par sa participation à l’enseignement, à la création et à la diffusion, militance scientifique enfin et surtout, qui a amené Saïd à réaliser un travail titanesque, qui fera date, sur le vocabulaire fondamental du kabyle [1].

Volonté farouche, malgré les obstacles innombrables, les misères du quotidien, de contribuer à la consolidation de la culture berbère.

Engagement, énergie et ténacité.

Car les Kabyles sont habitués aux chemins qui montent. Dans la montagne sous la chaleur écrasante, dans la montagne par le froid et la pluie. Par les chemins tortueux et poussiéreux. Vie et survie d’un peuple à travers les méandres de l’histoire, les guet-apens de ses ennemis innombrables, toujours recommencés, guets-apens de ses propres fils. Trahison, renonciation, abandon. Et pourtant ils existent ! Et ils continueront à exister grâce au dévouement d’hommes comme Saïd.

Comment peut-on être Berbère, comment peut être Kabyle ? Un vrai mystère. Pour certains une absurdité. Car tous les donnaient depuis longtemps pour morts, à tout le moins moribonds. Et pourtant, ils ont résisté à Carthage, ils ont résisté à Rome, ils ont survécus à l’Arabe et à l’Islam, ils ont tenu tête aux Français, ces gueux en burnous, au parler barbare "qui ne s’écrit pas", "qui n’a pas de grammaire" ! Des hommes comme Saïd ont fait le pari fou de les lui donner, sa "grammaire", son "écriture" et ses "lettres" ; de ne pas accepter que seuls le français ou l’arabe, et bientôt l’anglais pour certains, aient le droit d’exister, aient le monopole d’exprimer la pensée et les aspirations de "l’homme moderne".

Depuis plus d’un siècle, ils sont toujours plus nombreux ces Kabyles qui, après la grande défaite apparente, ont découvert le vaste monde et ses armes nouvelles, se les sont appropriées et continuent le combat, pacifique désormais, mais non moins décisif.

Instituteurs de la République, comme Boulifa, qui ont relevé la tête et porté à leur peuple son histoire, sa langue, sa poésie et son histoire ; écrivains de talents, grands parmi les grands, Jean, Taos, Mouloud et Mouloud et tant d’autres, qui ont porté au plus loin le message de leur peuple et l’on fait reconnaître dans le concert du monde ; précurseurs de l’écrit comme Belaïd qui a fixé pour toujours la parole vraie ; chanteurs des bars sordides et des banlieues misérables, qui ont maintenu le lien et tissé l’avenir ; poètes et chanteurs qui ont dit la parole au risque de la prison et de la mort ; poètes de haut vol qui culminent au Zénith ; militants anonymes de l’écrit et de la langue…

Saïd, comme bien d’autres, est de ces Gaulois du village d’Astérix, têtus, teigneux et un peu fous qui résistent en apportant chaque jour une nouvelle pierre à l’édifice, édifice encore fragile mais porté par la volonté d’être ! Et par touches successives, depuis plus d’un siècle, se constitue la nouvelle culture kabyle, une culture vivante, une culture ouverte et renouvelée, mais toujours fidèles aux racines.

Ce recueil de nouvelles de Saïd est une de ces pierres fondatrices et continuatrices, d’autant plus précieuse qu’elle est d’un genre nouveau dans l’espace kabyle – espèce encore rare !

L’œuvre de Saïd Chemakh participe de l’appel à la liberté et à l’existence porté par les créateurs kabyles depuis un siècle ; elle participe de cette volonté d’explorer des espaces et des formes nouvelles, d’inscrire la Kabylie et son message dans le concert du Monde. Liberté des hommes et des femmes, de la langue et de la culture.

Le peuple kabyle existe car on peut rencontrer sa culture : mémoire et ouverture, labeur et poésie, parole résistante et écriture de l’avenir. Non seulement la culture kabyle a survécu, mais elle se développe, grâce à des hommes comme Saïd Chemakh ; et il est maintenant sûr qu’elle vivra.

Les chemins de Kabylie montent et sont tortueux ; mais les hommes et les femmes qui les gravissent sont résistants et têtus : ils porteront la charge jusqu’au but et transmettront à leurs enfants une langue et une culture vivantes, pleine de promesses.

Salem Chaker

Paris, juillet 2004

Notes

[1Je fais bien sûr référence à sa thèse de doctorat : "Lexicologie berbère – L’élaboration du vocabulaire fondamental du kabyle", soutenue le 12 mai 2003 à l’Inalco.

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8 Messages

  • Littérature amazighe contemporaine 21 août 2008 22:34, par Un ami de l’association
    Je fais partie des chanceux pouvant rencontrer Saïd en dehors d’un amphi ou d’une salle de conférence et profiter de son immense érudition. Comme l’a si bien dit le préfacier de son recueil de nouvelles, il est un serviteur infatigable de notre culture. Je ne regrette pas qu’il ne se soit plus un militant politique, je suis persuadé qu’il est plus utile à son peuple tel qu’il est aujourd’hui. Alors que beaucoup d’intellectuels détestent se frotter au petit peuple dont je fais partie et se réservent à l’intelligentia et aux élites kabyles, Said lui, sème à tout vent, sans se ménager. Il est de la trempe des anciens imusnawen qui haïssaient l’ignorance au point de la tuer d’inanition en refusant d’abandonner leurs concitoyens à son appétit. Respect Mass Saïd Chemakh et bon courage.
    • Littérature amazighe contemporaine 27 août 2008 14:43, par gaya
      tanemmirt i said chemakh ghef wayen ak i ixeddem, yiwen wergaz am winna tehwagit tmazight, ur yelli am wid nniden i isexdamen tamazight negh akken d-qqaren wiyed taqbaylit i iswan nniden. ass-a nwala-ten anda llan, d acu n webrid defren,mass chemakh yella d ameghnas n tmazight ssnen medden ad yeqqim deg webrid n tnegmit maca tikkelt agi s tira.win yebghan tamazight ad tt-yaru ad d-yedj ayen yessen i tsuta i d-iteddun. ma yella wid yeqqaren d nekni i d kulci la légitimité historique ger-negh n’existe plus, axi akka a dda said. adlis yeffegh-d di Paris negh di lezzayer axxi d tamazight. ayen ara terzem aqqeru nnwen. amennugh cukkegh mazal ad idhul ma ulac tagmat, ulac d acu ad yilin. ar yiwen wass ad ten-id-nkemmel. ad d-rnugh awal ghef dda said chemakh ur d-yeffigh ara si la tendance folkloriste activiste yessexdamen tamazight ass-a i iabbudh nnsen. i i d-yekren di ikabaren nessen-iten i illan, i ifkka lehkem asmentas anedhlib amekkan
  • Littérature amazighe contemporaine 25 août 2008 15:23, par Idir
    TTanmirt, mais pourquoi vous ne dites pas que le recueil de nouvelles de Said Chemakh est édité dans le cadre de la collection "idlisen-nnegh" par le Haut Commissariat à l’Amazighité ?
    • Littérature amazighe contemporaine 26 août 2008 08:13, par Un ami de l’association
      Pour ne pas vous empêcher de me le reprocher !
    • Littérature amazighe contemporaine 26 août 2008 10:06, par Tamazgha

      Azul Idir,

      Vous avez raison d’évoquer cette question, sauf qu’il faut savoir que Tamazgha organise avec Saïd Chemakh une rencontre autour de la littérature amazighe contemporaine ; ça d’une part. D’autre part, le HCA et ses publications ne nous intéressent pas et nous ne faisons pas la publicité d’une institution algérienne dont le but "inavoué" est est de prendre en charge tamazight dans le but de mieux la tuer.
      Que Saïd publie dans le cadre du HCA, c’est son problème, mais cela nous ne nous intéresse en rien.
      Pour le recueil "Ger zik d tura" que nous avons cité et qui sera évoqué lors de la conférence, c’est un recueil qui existe depuis quelques années et qui a été déjà primé. ce sont dont les nouvelles qui nous intéressent (d’ailleurs il y a au moins une nouvelle qui est déjà publiée sur tamazight.fr depuis déjà longtemps).
      Donc, cher Idir, désolés mais au sein de Tamazgha nous ne faisons pas la publicité des instruments des Etats qui gouvernent en Afrique du Nord, même si parfois nous convions des gens qui ont à faire à ces instruments, mais cela n’engagent que ces personnes en question.
      Et dans ce cas précis, nous avons invité Saïd Chemakh pour ce qu’il peut nous apporter à propos de la littérature amazighe et aussi pour ses œuvres (nouvelles) en tamazight.
      Espérant que nous avons répondu à votre question.

      Secrétariat de Tamazgha.

      • Littérature amazighe contemporaine 26 août 2008 13:18, par Idir
        Mersi pour la réponse. Mais il y a quelque chose qui me chifonne. Si publier une soixantaine de titres en tamazight contribue à tuer tamazight, alors, des institutions comme-ça, j’en redemande. Il n’est nullement dans mon intention de défendre le HCA. Le HCA n’a pas besoin d’être défendu par quiconque. Son travail parle pour lui. Il est considéré par les plus avertis comme le premier éditeur de langue amazighe en Algérie (40 titres rien que pour l’année 2007). alors, n’y a-t-il pas quelque part de la mauvaise foi dans ce que vous dites ? avec tous mes respects et sans rancune. Tanmirt.
        • Littérature amazighe contemporaine 1er septembre 2008 00:36, par Moh

          De la part de Moh

          J’ai connu d’assez loin S. Chemmakh à l’ILE (Université de M. Mammeri). Il mérite tout le respect que l’on doit à ceux qui travaillent pour tamazight et tous les remerciements pour les efforts qu’il fait dans ce sens.
          Je rejoins l’avis d’Idir relativement au travail du HCA. Toute structure qui offre l’occasion qu’un travail sur tamazight soit fait (aussi minable puisse-t-il paraitre) doit être épargnée (et pourquoi pas aidée) et non vue comme ennemie. Nous en avons beaucoup pour avoir le luxe d’en rajouter. Un livre édité en (et sur) tamazight ne peut pas lui nuir. Sauf contenu, idéologique ou autre, allant dans le sens de sa destruction. Et je ne crois pas que cela soit le cas dans aucun des livres édités par le HCA.
          P.S : Je n’ai aucun lien avec le HCA, ni de près ni de loin.
          Merci.
          Une rédaction se doit de modérer son propos et savoir travailler dans le sens d’un discours constructif.

      • Littérature amazighe contemporaine 3 septembre 2008 18:10, par Moussa de Boston

        On trouve toujours a redire ou a critiquer les gens qui travaillent.
        Moi j’ai eu la chance de connaitre Said a Hasnoua, c’est un militant infatiguable de la cause amazigh
        et c’est un defenseur acharne des droits de l’homme. Son militantisme ne date pas d’hier, il l a commence tres jeune et croyez moi que Tamazight a besoin de nombreux Said Chamakh. Faites comme lui at et arrettez de le critiquer.
        Bravo a Said et bonne continuation

        Moussa

        Moi
        M