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Vingt ans après l'assassinat de Lounès Matoub...
lundi 25 juin 2018
par Rédaction-Tamazgha
Vingt ans après l’assassinat d’un des symboles du combat amazigh, Lounès Matoub, il est difficile de dire mieux ou plus que ce que nous avons, depuis le jour de l’assassinat, dit au sein de Tamazgha.
En 2009, nous avions publié un article intitulé Assassinat de Lounès Matoub : onze après, la question ne se pose plus !, lequel article a été à maintes fois remis en ligne. En guise d’éditorial, nous aurons également du mal à dire mieux ou plus que tous les éditoriaux précédents. Vingt ans après, nous allons donc redire ce que nous avons toujours dit en essayant de trouver de nouveaux mots et de nouvelles illustrations à nos propos.


Même si nous ne sommes pas portés par la "culture" et la "tradition" des hommages, nous allons faire un peu comme tout le monde pour marquer ce vingtième 25 juin qui rappelle le jour de l’assassinat du chantre de l’Amazighité.
En effet, vingt ans après cet odieux assassinat, le régime algérien ne fait que confirmer sa haine à l’égard des Kabyles : la répression au quotidien et les attaques visant les libertés individuelles et collectives dans les milieux des activistes kabyles en est une illustration. La multiplication des discours haineux et racistes envers des personnalités kabyles et la Kabylie de manière générale qui n’inquiètent pas outre mesure et qui restent impunis nous renseigne sur l’attitude des institutions de l’Etat algérien envers la Kabylie. Et la gestion faite de l’affaire de l’assassinat de l’idole des jeunes kabyles, de celui qui disait plus haut ce que les Kabyles pensaient plus bas, ne fait que "légitimer" le caractère criminel de ce régime. L’Etat algérien a usé de tout son pouvoir pour empêcher l’émergence de toute vérité à ce sujet.

Par ailleurs, peut-on, objectivement, accuser aujourd’hui autres que l’État algérien ? Le terrorisme était un procédé si cher aux tenants de ce régime. Avant même l’existence de l’État, pendant la guerre qui opposait le FLN à la France, le FLN usait du terrorisme notamment à l’égard de militants favorables à la question amazighe, même lorsque ces derniers étaient militants du FLN et nationalistes algériens. Combien de militants qualifiés de "berbéristes" ont été exécutés par le FLN ?

Après la naissance de cet État, est-il nécessaire de rappeler que l’armée algérienne a débarqué en Kabylie où elle a torturé, exécuté, violé… ? Par la suite, le terrorisme a pris d’autres formes, la liquidation physique des porteurs d’espoir pour la cause berbère a suivi, puis les gros moyens ont été dépêchés : "le terrorisme islamiste" comme déguisement à tout crime...

Et en 2001 qui a tué plus de 130 Kabyles ? Ce sont bien les gendarmes et militaires algériens. Pendant les manifestations qui ont suivi l’assassinat de Lounes Matoub, qui a assassiné les trois jeunes manifestants : Redouane Salhi, Rachid Aït-Idir et Ouali Hamza ? Ce sont bien les gendarmes et autres supplétifs du régime algérien.
Mais qui a tiré une rafale de cinq balles sur le même Matoub Lounès dix ans plus tôt, le 9 octobre 1988, près de Michelet ? C’était bien un gendarme algérien de la brigade de Michelet.

Le caractère criminel de l’Etat algérien est ainsi incontestable. Il s’est illustré à travers son histoire, qui remonte à 1962, par tous les crimes politiques dont il s’est rendu responsable. On le sait, il a toujours pratiqué une politique anti-amazighe particulièrement anti-kabyle. Cela est une évidence admise de tous et qui es devenue quelque chose de « normale » – pour reprendre l’incontournable expression !


Il est donc beaucoup plus simple, car logique, de dire que Lounès Matoub serait assassiné par l’Etat algérien. Faudrait-il d’ailleurs rappeler que les dizaines de milliers de manifestants qui sont sortis à travers la Kabylie au lendemain de l’assassinat criaient tous « Pouvoir assassin ! » ?
Bien entendu, l’Etat algérien a tous les moyens, car c’est un Etat – quand bien même il est voyou –, pour démontrer son innocence. Il suffit, pour cela, de trouver les assassins et les présenter devant ses tribunaux. Mais faudrait-il qu’il y ait enquête ?! Et vingt ans après, il est difficile de croire que cet Etat puisse s’aventurer sur cette voie. Vingt ans après, cet Etat a même le culot de tenter et d’espérer récupérer la mémoire de Lounès Matoub. D’ailleurs le Préfet de Tizi-Ouzou n’a-t-il pas souillé la maison de Matoub Lounès en février 2018 ? Et le chef du gouvernement algérien, Ahmed Ouyahia, n’a-t-il pas eu également le culot de saluer la mémoire de Lounès Matoub, dans un discours en kabyle en novembre 2017 (voir vidéo). Nous ne sommes d’ailleurs pas à l’abri d’autres sorties de ce régime visant à travestir la mémoire de Lounes Matoub et l’instrumentaliser. Mais il n’y a aucun doute que la jeunesse kabyle saura déjouer de telles tentatives quelles que soient les connivences qui peuvent exister et qui monnayeraient leurs services auprès de l’Etat algérien.

C’est pourquoi, aujourd’hui, à Tamazgha nous considérons que le meilleur hommage à rendre à Matoub Lounès, qui s’est sacrifié pour Tamazight et pour la Kabylie, est de se battre contre cette barbarie qui occupe l’Afrique du Nord et qui projette d’éradiquer son amazighité. Rendre hommage à Lounès Matoub aujourd’hui, c’est ne pas avoir peur de dire les choses crûment – comme le faisait si bien Lounès – à ces systèmes illégitimement installés en Afrique du Nord et œuvrer pour que Tamazgha soit débarrassée à jamais de cette peste.

Rendre hommage à Lounès Matoub aujourd’hui, c’est se battre au quotidien, rester digne et ne pas plier l’échine devant cette junte qui gangrène l’Afrique du Nord, qui déploie d’énormes moyens pour la destruction de la Kabylie...

Ci-après un article déjà publié sur Tamazgha.fr, toujours d’actualité, qui évoque l’assassinat de Lounès Matoub.


La Rédaction.



Assassinat de Lounès Matoub : la question ne se pose plus ! [1]

(dernière mise à jour : juin 2009)


Le 25 juin 1998 à la mi-journée, Lounès Matoub fut assassiné pas loin de son village au cœur de la Kabylie. Cet assassinat a bouleversé le monde entier et la Kabylie en particulier. La population kabyle a aussitôt déferlé sur Tizi-Ouzou. Des manifestations publiques ont gagné le pays Kabyle entier.

Quelques heures après cet assassinat, Noureddine Aït-Hamouda intervient dans les médias internationaux (comme France-Infos) pour affirmer que les assassins sont les islamistes du GIA, idée fixe également développée par Khalida Messaoudi, alors députée-RCD au parlement algérien. C’est ainsi une véritable "pression" médiatique qui s’exerce pour faire admettre la thèse du GIA dans l’assassinat de Lounès. Même Malika Matoub, la sœur de Lounès, déclare que les assassins sont les islamistes du GIA. Plusieurs observateurs se posaient déjà la question de l’intérêt du RCD à vouloir imposer à l’opinion la thèse du GIA dans cet assassinat.

Malgré cette pression, les jeunes manifestants de Kabylie envahissant les rues clamaient fort "Pouvoir assassin !". Cette phrase à elle seule résume ce que pense la Kabylie profonde de cet assassinat. La junte militaire, au pouvoir depuis 1962, est clairement mise en cause et rendue responsable de ce crime politique par les foules des manifestants.

Quelques jours plus tard, Malika Matoub revient sur ses déclarations initiales et, avec sa mère, demande à ce que toute la vérité soit faite sur l’assassinat. Elles exigent qu’une véritable enquête soit diligentée. Elles relèvent plusieurs points d’ombre dans la gestion faite par les autorités de cette affaire. A ce jour elles ne cessent de demander à ce que toute la lumière soit faite sur cette affaire.

C’est au tour de Nadia Matoub, par la suite, de se joindre aux voix de Malika et sa mère pour demander une enquête sur l’assassinat. Elle n’exclut aucune piste quant aux auteurs et commanditaires de l’assassinat.

Dans un texte rendu public par le MAOL, Mouvement algérien des officiers libres, en désaccord avec les généraux au pouvoir, il est donné des détails très accablants concernant l’assassinat de Matoub Lounès. Des responsables du RCD à l’époque de l’assassinat de Lounès, en l’occurrence Noureddine Aït-Hamouda et Khalida Messaoudi, ont été cités dans ce texte. D’après le MAOL, Noureddine Aït Hamouda aurait joué un rôle important dans le complot de l’assassinat de Lounès commandité par le haut commandement militaire algérien dans le but de déstabiliser Zeroual et le pousser au départ.

Les éléments du MAOL ne peuvent être qu’une frange de la junte militaire algérienne ; ils sont donc du sérail et s’ils ont évoqué l’affaire Matoub ce n’est que parce qu’ils ont un quelconque intérêt. Ce n’est sans doute pas le désir de contribuer à faire connaître la vérité sur cette affaire qui les anime. Eux qui sont des nationalo-arabo-islamistes. Mais dans leurs déclarations ils ont cité des noms et ont évoqué des faits ; ce sont ces éléments qui nous intéressent. Et aux personnes citées de se prononcer et donner leurs versions quant aux faits relevés par le MAOL. Ces personnes doivent notamment démentir les déclarations des officiers du MAOL s’il y a diffamation.

L’autre épisode ayant marqué l’affaire Matoub est le reportage réalisé par la chaîne de télévision française Canal+, dans le cadre de son émission "90 minutes", consacré à l’affaire Matoub et intitulé "la grande manip". Ce que l’on peut retenir de ce reportage c’est la convergence de l’ensemble des témoignages vers la thèse d’un assassinat organisé par la junte militaire algérienne. Les témoignages de Malika et Nadia Matoub incitent à se poser des questions quant à l’intérêt du RCD, ou du moins de certains de ses membres dont Noureddine Aït-Hamouda, à vouloir imposer à l’opinion la thèse du GIA dans l’assassinat de Matoub. Ainsi Malika Matoub affirme être félicitée par Noureddine Aït-Hamouda pour avoir soutenu que le GIA était le responsable de l’assassinat. Il lui aurait même proposé de lui faire rencontrer des personnes du haut commandement militaire qui sont satisfaits de ses déclarations. Nadia Matoub, affirme néanmoins que des éléments du RCD lui avaient promis des visas pour elle et ses sœurs ; en contrepartie, elle devait tenir une conférence de presse à Tizi-Ouzou pour laquelle ils lui ont rédigé la déclaration préliminaire qui disait en substance que les assassins étaient des éléments du GIA.

Dans leur ouvrage [2] publié chez les éditions La Découverte, Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire reviennent sur l’assassinat de Lounès et donnent un certain nombre de détails sur l’avant et après assassinat. Ils nous apprennent, par exemple, que le jour de l’assassinat un barrage de gendarmerie s’est mis en place sur la route d’At-Douala et les gendarmes se sont mis à dévier la circulation de cette route : seule la Mercedes noire de Lounès sera autorisée à emprunter cette route sur laquelle elle sera mitraillée quelques minutes plus tard...

Avec tous les éléments que nous connaissons à ce jour, il est difficile de ne pas penser que le régime algérien ne soit pas responsable de l’assassinat de Matoub Lounès. La complicité de Kabyles de service est plus qu’évidente ; il était même nécessaire.

Mais si l’on admet cette hypothèse, est-il raisonnable aujourd’hui de s’attendre à ce que l’Etat algérien fasse la lumière sur cette affaire ? Cet Etat est-il en mesure de révéler la vérité sur cet assassinat tant que les clans qui l’ont confisqué ont tout intérêt à la cacher ? Peut-on vraiment parler de justice dans un Etat où la mafia militaire fait de la "bonne gouvernance" ? A force d’attendre la lumière sur cette affaire, nous finirait-on pas par rester dans l’obscurité... et oublier ?

Vaut mieux donc dire que la vérité nous la connaissons : l’ordre d’exécution émanerait du haut commandement militaire algérien. L’exécution de cette tâche aurait été confiée aux gendarmes et aux supplétifs locaux...

Masin Ferkal.

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par Muhand Saïdi

Cet article est une reprise, revue et mise à jour en juin 2009, de l’article intitulé "Affaire Matoub : qui sont les assassins ?" paru dans Kra Isallen (Kilkzanfu) n° 12-13, novembre-décembre 2000.
Déjà publié sur Tamazgha.fr en juin 2004.


Lire aussi :


- Un an après (déclaration de Tamazgha)- Qui a tué Lounès ?

- L’assassinat de Lounès Matoub ou comment "soulever" la Kabylie...

- Qui a tué Lounès Matoub ?

- Qui a dit que ce n’est pas l’État algérien qui a tué Matoub Lounès ?

- Matoub Lounès, ce tatouage indélébile

- Affaire Matoub : qu sont les assassins ?

- En 1988, un gendarme algérien avait tiré sur Lounès Matoub



Hawad parle de Matoub

Notes

[1Le titre originel (2009) est "Assassinat de Lounès Matoub : onze après, la question ne se pose plus !"

[2L. Aggoun et J.-B. Rivoire, Françalgérie. Crimes et mensonges d’Etats, La Découverte, Paris, 2004 (voir sommaire)

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