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A propos de la Libye : et les Berbères ?
vendredi 25 février 2011
par Masin

Dans cette situation qui s’apparente à la politique de la terre brulée, les Berbères de Libye risquent de payerun contentieux ancien qui les lie aux pouvoir central de Kadhafi et ses fils. Nous savons, déjà depuis très longtemps, la haine féroce que voue le tyran aux tribus berbères de l’intérieur comme aux Touaregs dans le sud du pays. Il a toujours manipulé les sensibilités des tribus pour son propre maintien au pouvoir, il a utilisé, dans les guerres qu’il s’est inventées, une chair à canon venue du sud, les Touaregs. Il est donc temps d’agir, agir en informant la communauté internationale afin de prévenir un éventuel massacre ciblé. Le problème des Berbères, plutôt de la répression, menée méthodiquement par le régime Libyen depuis 1969, contre ces derniers n’est jusque-là pas très connue en France parce que toute une presse (mis à part le Monde.fr du 18/02/2011 à propos des frères Bouzakhar) qui aurait pu en parler n’y a pas encore trouvé intérêt.

Malheureusement, l’histoire récente de ce pays nous apprend que l’homme reçu en grande pompes en France n’a pas changé, le bailleur de fond de nombreux mouvements terroristes est toujours fidèle à lui-même, l’abandon de son statut de paria au profit de celui d’un partenaire stratégique n’est en fait qu’une illusion. Le terroriste de Lockerbie est toujours le boucher de Benghazi. Selon les dires d’un ami amazigh de Libye - lors de la cérémonie d’adoubement à la démocratie qui s’est tenue à Paris en 2007 à l’initiative de son ami Sarkozy - je cite « Kadhafi est capable de rassembler les Berbères dans un stade pour les bombarder avec du Napalm). Il en est capable, surtout quand on sait la nature psychopathologique du personnage ! Mais, contre vents et marées, le diable est devenu fréquentable au bout de cinq jours seulement.

En 2001, le département d’état (USA) avait, dans un rapport, mis en garde l’instrumentalisation et la corruption des tribus par le régime de Kadhafi pour l’unique but de se maintenir au pouvoir en évitant une éventuelle contestation. Ce rapport signale de « nombreuses allégations de discriminations ».

En mars 2007, le fameux « guide » nie de façon véhémente l’existence même d’une entité berbère dans ce pays, il menace d’éradiquer « ceux qui veulent répandre le poison du colonialisme ». Revirement spectaculaire quelques mois plus tard, il organise une sorte de congrès sous la bannière "amazighité" en Libye "entre authenticité et modernité". Certains indélicats ont même salué "une première initiative et un pas courageux pour débattre d’un sujet d’extrême importance pour tous les Libyens". Encore une tartufferie qui n’échappe pas à un chercheur Libyen Chichank Issa de considérer que "l’amazighité en Libye était une ligne rouge à ne pas franchir". En tout état de cause ce regain d’intérêt, circonstanciel, pour « l’amazighité » jusque-là niée et marginalisée ne pouvait qu’être suspect. Il est légitime d’avoir quelques arrière-pensées surtout lorsque des « rumeurs » faisaient état de tentatives de corruption de certains participants par notre nouveau militant berbériste Kadhafi, parce que Kadhafi est également un artisan zélé d’un processus d’arabisation et d’islamisation sans précédent dans la droite ligne de ses « frères » algériens.

En 2008, à Yefren (région berbérophone à 150 km à l’ouest de Tripoli), s’est tenue une réunion où se côtoyaient des membres des comités révolutionnaires (bras armé et idéologique du nationalisme arabiste des plus agressifs de Kadhafi) et une organisation écran du même « guide » dénommée « jeunesse de la Lybie de demain », il est alors question des Berbères. Les différents orateurs se sont pris aux militants des droits linguistiques, notamment des jeunes militants berbères. Un véritable tribunal est mis en place pour juger ad-hoc ces derniers, insultes racistes et menaces de mort étaient au menu. La fin de la dite réunion est couronnée par une visite impromptue aux domiciles des militants pour un massacre. Le but étant donc de terroriser les populations et surtout les militants pour les dissuader de défendre leur langue et culture. Une langue et une culture ancestrales dans ce pays (cf. Jacques Lanfry, Gadames 1944-1946), dont Kadhafi en interdit toute expression. Il y a donc vraisemblablement un déni d’une partie du peuple de Libye qui se traduit par une négation officielle et institutionnelle du fait berbère. L’article 5 de la proclamation constitutionnelle de décembre 1969 est explicite « il s’agit de former des citoyens croyant en leur religion islamique et fiers de leur arabité ». La permanence officielle de cette attitude hostile et plus particulièrement de Kadhafi en personne vis-à vis des Berbères, fera dire à Salem Chaker que « L’anti-bérbérisme de Kadhafi est bien connu et atteint une virulence peu commune.  » (in Salem Chaker, Une décennie d’études berbères : 1980-1990, Bouchène, Alger, 1991, p. 123).

Le 4 février 2011, Amnesty international a lancé une action urgente au sujet des frères Bouzakhar détenus arbitrairement par le régime de Kadhafi. Le Monde du 18 février 2011 a publié le témoignage du père de Madghis et Mazigh Bouzakhar sous le titre de : Libye : "Mes fils, en prison pour leur attachement à la culture berbère". Ces deux jumeaux humiliés et torturés sont privés d’assistance juridique et d’avocats pour s’être intéressé, comme le dit l’auteur de l’article du journal, d’un peu trop près à la culture amazighe dans leur pays.
La politique berbère de Kadhafi est empreinte d’une perversité alternant des périodes de répit et d’amour de circonstance, de haine et de férocité. Une perversité qui en dit long sur la nature psychiatrique du personnage. Ses vociférations à la télévision d’état en sont une preuve. La communauté internationale doit prendre ses responsabilités en arrêtant cette « boucherie » humaine le plutôt possible et d’interner ce malade mentale pour éventuellement le faire juger par le TPI (tribunal pénal international) pour crimes contre l’humanité.

Espérons que l’explosion multiforme actuelle que connaît la Libye consacrera la chute du tyran et à travers lui l’arabisme réactionnaire, archaïque et suranné, paré de la bannière de l’Islam au profit d’une république plurielle. Espérons également que la Libye de demain ne se fera pas sans ses Berbères. Il y a, sans doute, de la place pour tout le monde.

Mestafa G’idir




Qu’il crève... le minable !
envoyé par Tamazgha_Paris.



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