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Enseignement du berbère en France
L'Etat français accorde peu de considération à la langue berbère...
jeudi 24 février 2005
par Masin
Suite à la nomination par le Ministère de l’Education nationale français de Monsieur Hocine Sadi au poste de coordinateur des enseignements et épreuves de berbère auprès de la DESCO (Direction des enseignements scolaires), Salem Chaker, Professeur de berbère à L’Inalco, a décidé de ne plus assurer l’élaboration des sujets de l’épreuve facultative de berbère au baccalauréat français ni la correction des copies. Il considère que le Ministère qui a su trouver les compétences pour la préparation à cette épreuve est en mesure de confier ces tâches aux mêmes compétences.

L’équipe de Rédaction de Tamazgha.fr a voulu recueillir les réactions de différents acteurs notamment universitaires et politiques à ce sujet.

Nedjima PLANTADE, Docteur en Anthropologie, diplômée de berbère, a bien voulu répondre à nos questions. Elle est auteur de plusieurs articles parus dans des revues spécialisées notamment sur la vie féminine en Kabylie. Elle a également publié deux ouvrages :
- "La guerre des femmes", Boîte à Documents, 1988 ;
- "L’honneur et l’amertume. Le destin ordinaire d’une femme kabyle", Baland, 1993.
Les deux ouvrages sont épuisés.



L’Etat français accorde peu de considération à la langue berbère...




Tamazgha.fr : Le Ministère de l’Education Nationale a nommé en octobre 2004 Hocine Sadi au poste de « coordinateur des enseignements et épreuves de berbère auprès de la DESCO » sachant que l’Inalco, sous la responsabilité du professeur Salem Chaker, est en charge du dossier « Berbère au Bac » depuis 199. Que pensez-vous de cette nomination ?

Nedjima PLANTADE : Dans l’enseignement secondaire, le Ministère de l’éducation nationale dispose en son sein, pour chaque langue enseignée sous sa tutelle d’un inspecteur ayant les compétences requises, le plus souvent un ancien professeur de langue de l’enseignement secondaire. Dans le cas du berbère, celui-ci n’étant pas enseigné au lycée, il n’existe pas de professeur susceptible de devenir inspecteur pour cette langue. La logique aurait donc été de faire appel, comme c’est le cas pour d’autres langues rares, aux compétences du professeur de berbère de l’Inalco. Bien sûr il ne s’agissait pas pour celui-ci d’occuper un poste d’inspecteur (ces postes revenant par voie de concours aux enseignants du Secondaire et non du Supérieur) mais d’en assurer seulement la fonction. Au lieu de cela, le Ministère de l’Education Nationale introduit une nouveauté lexicale dans son propre système administratif en créant un poste inédit de « coordinateur aux enseignements et épreuves de berbère auprès de la DESCO ». Est-ce à dire que cette « coordination », dénomination aux contours flous cumulera inspection et enseignement, autrement dit que l’enseignant se contrôlera lui-même ? Dans le fonctionnement normal, le rôle de l’inspecteur se distingue clairement de celui de l’enseignant puisque lui est dévolue la tâche de mettre en place les enseignements, de suivre les enseignants, de veiller à la mise à niveau des manuels scolaires, et non celle d’enseigner. En ne voulant pas nommer un véritable inspecteur et en laissant planer l’ambiguïté entre l’activité d’enseignement et celle de son contrôle, la décision révèle le peu d’importance que l’Etat français accorde à cette langue. Un véritable inspecteur suppose une réelle intégration de la langue berbère dans le système de l’Education nationale, c’est-à-dire non seulement sa mise en place mais aussi son développement au sein de l’institution. Par cette subtile différence de traitement le Ministère de l’Education Nationale évite de donner un véritable statut à la langue berbère et la condamne à la marginalité.
De plus, pour le berbère comme pour les autres langues, cette fonction ne peut en aucun cas échoir à un simple « locuteur reconnu » fût-il agrégé en mathématiques. En effet il va de soi que la tâche complexe de l’organisation et de l’enseignement d’une langue, laquelle comprend plusieurs dialectes de surcroît, ne peut être menée à bien que par un spécialiste de la discipline.


Comment expliqueriez-vous cette attitude du MEN et de l’Etat français de manière générale ?

On ne peut que se réjouir d’un début d’enseignement du berbère dans le secondaire car voilà bien longtemps que cette demande attendait d’être satisfaite. Néanmoins, cette nomination contre nature illustre le plus grand mépris dans lequel l’Etat français tient la langue berbère et ses locuteurs depuis toujours. Comment les Berbères ne pourraient-ils pas se sentir offensés par une décision qui considère qu’un professeur de mathématiques est suffisamment compétent pour prendre en charge l’organisation et l’enseignement de leur langue ? Malheureusement il ne faut pas s’étonner du manque de considération que la République française manifeste à l’égard de la langue berbère puisque elle-même s’est bâtie en détruisant méthodiquement ses propres langues régionales. En revanche, on peut s’interroger sur les mystérieux soutiens dont bénéficie M. Sadi qui, après avoir été conseiller technique pour le berbère auprès du ministre socialiste de l’Education nationale, M. Jack Lang, se trouve aujourd’hui nommé coordinateur des enseignements de berbère par un gouvernement de droite.


Comment voyez-vous l’enseignement du berbère en France et que suggéreriez-vous au MEN en vue d’une réelle et sincère prise en charge de l’enseignement de la langue berbère en France ?

L’enseignement vient de débuter au lycée Lavoisier à Paris et c’est mieux que rien, mais il ne faut pas en rester là. Chaque académie doit pouvoir offrir aux élèves qui le souhaitent un enseignement de berbère dans au moins un de ses lycées. Une telle perspective suppose à terme la création d’un CAPES de berbère, seule garantie sérieuse pour que les Berbères puissent considérer que leur langue est enfin prise en charge au même titre que les autres. Il ne s’agirait pas une fois de plus de laisser la tâche aux associations qui font ce qu’elles peuvent depuis de nombreuses années mais ne sauraient dispenser un enseignement répondant aux critères requis par les épreuves d’un diplôme national comme le baccalauréat. En attendant ces temps que les Berbères n’espèrent pas trop lointains, le nouveau coordinateur portera la responsabilité d’un échec éventuel de l’organisation des épreuves de 2005.

Questionnaire élaboré par Masin FERKAL et Saïd CHEMAKH

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2 Messages

  • Vous connaissez l’adage : on ne donne pas à boire à un âne qui n’a pas soif.

    Alors pourquoi voulez-vous que l’Etat français prenne en considération la langue berbères.

    Puisque beaucoup de berbères font encore la confusion entre arabe et musulman.

    Par ailleurs, seul le rapport de force compte aux yeux des politiques.

    sans forcément tomber dans un communautarisme éthnique les berbères se doivent être unis et montrer leur force.

    Si non on peut toujours causer....

    C’est primaire mais toujours vrai l’union fait la force !
    A plus

  • je suis en terminale et je trouve que cette decision est vraiment contre tous les berberes,donc il faut qu’on se revolte afin d’empecher la degradation de cette situation.cette langue est presque la seul richesse qui nous reste donc on doit se battre pourqu’elle reste debout ;et on doit la transmettre a nos enfants et aux generations avenir.Moi je dit qu’il est tant de briser le cillance et de crier notre libertée au monde antier.tahya tamazirth,et merci