Accueil > Actualité > La Une > Libye : l’Amazighité n’est pas à négocier !
Libye : l'Amazighité n'est pas à négocier !
Entretien avec Chabane Bousetta, représenetant de Lalut au CGN, avant de démissionner...
vendredi 2 août 2013
par Masin
Il y a seulement trois ans, on ne pouvait pas imaginer que la Libye serait un terrain où le combat amazigh pouvait s’exprimer. Et pourtant... Le soulèvement des Imazighen de Libye contre Kadhafi et son régime a réveillé en eux une détermination sans faille d’aller vers la libération. Et depuis, les Amazighs de Libye ne cessent d’étonner et de donner l’exemple à l’ensemble des Imazighen. Leur nombre qui reste très modeste et leur manque d’expérience ne les ont pas empêché d’oser ce que personne, mais vraiment personne, n’a osé jusque-là.... Et tout montre qu’ils sont décidés d’aller jusqu’au bout et quels que soient les moyens, et ils ne sont pas prêts à négocier leur existence !

Pour comprendre un peu plus la situation en Libye depuis le 10 juillet, nous avons sollicité Chabane Bousetta, représentant de Lalut (Nalut) au Congrès général national libyen avant de se retirer suite à l’appel du Haut conseil des Amazighs de Libye, qui a bien voulu répondre à nos questions. L’entretien a été réalisé entre le 15 et le 20 juillet.


Interview.

Tamazgha.fr : Le 10 juillet 2013, le Haut conseil des Amazighs de Libye(HCAL) a rendu publique une déclaration par laquelle il annonce le boycott par les Amazighs de l’élection pour la Commission des Soixante ainsi que le retrait des représentants Amazighs au sein du Congrès général national (CGN). Quelles sont les raisons qui ont conduit à cette décision ?

  Chabane Bousetta : La raison est que le projet de la loi électorale préparé par la commission de l’élaboration des lois prévoit le consensus en ce qui concerne les droits des Amazighs (aussi bien ceux du nord que les Touaregs au sud) et des Toubous, mais le Conseil général national s’oriente vers l’abandon du principe de consensus et l’adoption du principe du vote sur les questions relatives aux droits des Amazighs et des Toubous sur lesquelles les décisions seront prises à la majorité des membres. Cela ne laisse aucune chance aux Amazighs d’avoir une voix influente au sein de la Commission des Soixante, c’est pourquoi le Haut conseil des Amazighs de Libye (HCAL) a décidé de boycotter les élections pour cette Commission.


  Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la Commission des Soixante, comment seront désignés ou élus ses membres et quel est son rôle exact ?

  La Commission constitutive (ou Commission des Soixante) est composée de soixante membres : vingt pour la zone Est, vingt pour la zone Ouest et vingt pour le sud. Deux sièges sont réservés aux Amazighs, deux pour les Touaregs et deux pour les Toubous. Cette commission aura quatre mois, à partir de sa première réunion, pour élaborer la Constitution du pays.


  Récemment le Congrès général a élu à sa tête un Amazigh, monsieur Nouri Bousehmein. Comment expliquer qu’une institution qui a montré son hostilité à Tamazight (je veux dire le Congrès général) porte à sa tête un Amazigh ?

  L’élection de Nouri Bousahmine n’est pas un signe de sympathie à l’égard des Amazighs. Cet homme a été élu non parce qu’il est Amazigh mais tout simplement pour ses compétences. Les membres du Congrès ont vu en lui la personne la plus apte à occuper le poste de président du CGN. On ne peut donc croire qu’il a été choisi parce qu’il est amazigh, alors qu’il y a une nette hostilité à l’Amazighité au sein du Congrès, et la loi électorale en est la preuve.


  Depuis le lendemain de la libération, nous avions observé une hostilité, voir une haine, à l’égard de Tamazight et des Imazighen (l’on se souvient des propos de Moustapha Abdouldjalil le 28 novembre 2011) de la part des responsables politiques et dirigeants de la nouvelle Libye. Comment expliquer cela ?

  C’est exact. L’anti-amazighisme est une réalité qui est due à la culture et la pensée exclusives qui nourrissent encore les esprits de nombre de Libyens. C’est un esprit raciste, xénophobe hostile à tout ce qui n’est pas arabe, un esprit présent dans le tiers monde. Malgré les sacrifices énormes consentis par les Amazighs pour la Révolution et contre le dictateur, et malgré leur civisme et l’image moderne qu’ils ont donné après la libération, il demeure que le racisme reste dominant au sein de la société libyenne, une société arriérée, ce qui a dépeint sur le personnel politique et les élites y compris les plus « cultivées » d’entre elles.


  Pensez-vous à l’expérience kabyle et chaouie avec l’État algérien ? (les Kabyles et les Chaouis ont été les fers de lance de la guerre contre la France et au départ du colonialisme français, Imazighen ont eu à subir un autre colonialisme qui les a privés et les prive toujours des libertés les plus fondamentales ; et tout a commencé par la marginalisation du fait amazigh dans les textes fondateurs de l’État algérien) ? Et dites-vous que c’est une erreur à ne pas commettre ?

  Bien sûr que nous avons tiré la leçon de l’expérience algérienne et nous sommes aussi conscients de notre vulnérabilité à cause de pourcentage faible que représentent les amazighophones en Libye. Pour HCAL, les militants et les intellectuels amazighs, la constitutionnalisation de l’amazighité est une ligne rouge. S’il faudra faire une nouvelle révolution pour l’imposer, on la fera sans hésiter. Nous sommes prêts à tous les sacrifices. C’est une question de vie ou de mort pour nous. C’est notre droit et celui des générations à venir.


  Maintenant que les Amazighs ont quitté le Congrès général national, avez-vous un autre projet ?

  Les Amazighs du Nord, les Touaregs et les Toubous ont signé une déclaration commune où ils ont annoncé le boycott de la Commission des Soixante et toutes les hypothèses sont ouvertes dans le cas où le CGN ne procède pas à la rectification de son erreur. Une désobéissance civile sera donc observée et tous les scénaris quant aux perspectives restent ouverts.


  À votre avis, si les Amazighs avaient rendu les armes, ne seraient-ils pas en ce moment soumis à la même répression et humiliation qu’ils ont subi par le régime du despote Kadhafi ?

  Les Amazighs n’ont pas déposé leurs armes. Ils n’ont aucune intention de les utiliser si ce n’est pour assurer leur propre protection ou si une guerre leur est imposée. Cependant, si l’État libyen se construit sur des bases démocratiques, reconnaissant la diversité, la pluralité et qui a pour base la citoyenneté, et si tous les Libyens remettent leurs armes, les Amazighs n’auront aucune raison de ne pas remettre les leurs.


  Lorsqu’on voit la difficulté à construire un projet commun pour la Libye avec l’ensemble des acteurs libyens, n’est-il pas temps aux Amazighs de penser à un projet pour eux et sans les autres ? Et ne voyez-vous pas que les Amazighs perdent leur temps avec les autres qui ne veulent pas entendre la langue de la sagesse ?

  Nous essayons par tous les moyens de convaincre tous les Libyens de la construction d’un État démocratique et moderne. Mais si la culture raciste qui alimente l’exclusion et la marginalisation persiste, tous les choix seront permis aux Amazighs de Libye. Nous nous permettrons alors de faire d’autres choix si nous sommes confrontés à une impasse à laquelle nous serons contraints de construire notre propre projet sur des bases modernes et civilisées.


  Comment voyez-vous l’avenir de Tamazight, de l’Amazighité et des Imazighen en Libye ?

  L’avenir de l’Amazighité en Libye est radieux. Nous sommes décidés à arracher tous nos droits sans restriction aucune, et le passé glorieux des Amazighs de Libye conforte cela.


  Attendez-vous quelque chose des Imazighen d’autres régions de Tamazgha ?

En vérité, nous sommes étonnés devant l’attitude de nos frères en Algérie qui, malgré leur nombre, se taisent quant à l’injustice qu’ils subissent. Un être humain doit exister, dans la dignité, sinon n’est-il pas plus honorable de ne plus être de ce monde ? Il est temps pour tous de se lever afin d’arracher ses droits…


  Un dernier mot aux lecteurs de Tamazgha.fr ?

  Nous souhaitons que l’ensemble des Amazighs accèdent à leurs droits, ils ne doivent pas cautionner leur marginalisation et ils n’ont pas le droit de rester indifférents quant à leur sort. La liberté et les droits ne s’octroient pas, mais ils s’arrachent…
Tanemmirt.


Propos reccueillis par
Masin Ferkal.

Articles dans la rubrique :

La Une
01/11/16
1
La cruauté, l’"inhumanisme", l’humiliation, la répression, l’excès de zèle des tenants du pouvoir, le (...)

Lire l'article

11/10/16
1
Le comité des droits économiques, sociaux et culturels (CESCR) des Nations Unies a rendu public (...)

Lire l'article

30/09/16
2
Tamazgha organise une rencontre-débat autour de la question amazighe en Tunisie, à Paris le (...)

Lire l'article


Rejoignez nous


2 Messages

  • Libye : l’Amazighité n’est pas à négocier ! 2 août 2013 13:32, par La Mecreante !

    - « La liberté et les droits ne s’octroient pas, mais ils s’arrachent… »

    rien à ajouter, sauf....

    RÉPUBLIQUE AMAZIGHE DE TRIPOLITAINE ! d’emblée ! tout de suite !

    ils n’arriveront jamais à faire rentrer quoi que ce soit dans les tronches de l’araberie ! ils ne connaissent que l’égorgerie !

    repondre message

    • azul akkwit s-umata,

      Ibbedh’edd w’ass n ’tmeskiwt bw’Aghlan ennegh aderfan atrar, amaynnut s tmezzrag, nnegh s w ayen ennidhen, ad nekkes azaglu bbw’ulddun, akken ad nesblulles tamezgha nnegh, gzil-ghwzif attifrir tagut !!

      Assa Imazighen Igawawen ttefghen ttrugun ssetten azzum/REMDHAN fagh inemyadhen, qqaren ur nttexis izuraz n’ddin, imi nukkwni d’agdud amezarug, ihi, tura tughalin ar deffir ullac, ghas tikli ar zdat agh yessuffghen ar tafat i tasut id ittasen !!

      "Ayuz ameqqwran"

      AGWZUL

      repondre message

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.