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Salim Yezza victime de la lâcheté de l'Etat algérien
dimanche 22 juillet 2018
par Masin
S’étant rendu dans son village, Tkout, suite au décès de son père, Salim Yezza, un militant amazigh des Aurès, est arrêté à l’aéroport de Biskra par la police algérienne le 14 juillet 2018 alors qu’il s’apprêtait à regagner la France où il réside depuis 2008. Le DRS qui serait, sans doute aucun, à l’origine de cette arrestation, aurait demandé au procureur de Tagherdayt (Ghardaïa), dans le Mzab, d’émettre un mandat d’arrêt contre Salim Yezza. C’est donc sur la base de ce mandat, qui serait émis le 10 juillet, que la police algérienne a procédé à l’arrestation du militant chaoui.



En détention provisoire – pour ne pas dire en séquestration –, il est transféré à la prison de Taghredyat où il séjourne depuis le 18 juillet en attendant sa comparution devant le juge le mardi 24 juillet, selon Salah Dabouz, l’un des avocats qui s’occuperaient de l’affaire Yezza.
Salim Yezza s’est illustré par le rôle important qu’il a joué dans la mobilisation chaouie lors des évènements qui ont marqué la région de Tkout en 2004 [1]. Mais Salim Yezza fait partie des Chaouis qui avaient exprimé leur solidarité avec la Kabylie en 2001 lors du Printemps noir et il était en contact permanent avec les animateurs du mouvement citoyen kabyle.
En l’absence d’une communication officielle de la famille et des avocats de Salim Yezza, il nous est difficile de commenter des chefs d’accusation officieux, et toute spéculation à ce sujet est inutile. En revanche, nous avons la conviction que le système judiciaire algérien, au service de la police politique, saura concocter des chefs d’accusation à même d’accabler Salim Yezza et « justifier » son arrestation. Peu importe l’accusation qui sera montée de toute pièce, Salim Yezza est visée par une opération de vengeance du régime algérien qui vient de faire preuve de lâcheté pour essayer de faire payer au militant ce qui est considéré par ce régime néocolonial comme « outrance » et atteinte à l’ordre établi.
L’Etat algérien vient de montrer, encore une fois, son attachement à ses méthodes de voyous : il est prêt à user de tous les abus que son pouvoir lui confère sur le territoire qu’il domine afin de faire régner l’ordre et faire taire toute voix qui le remet en cause et qui s’attaque à l’idéologie qui l’anime.
L’ONG Tamazgha est solidaire de Salim Yezza à qui elle apporte son soutien inconditionnel et condamne l’attitude lâche de l’Etat algérien.
Salim Yezza n’a rien à se reprocher, bien au contraire il doit être fier de sa contribution au combat amazigh : aussi bien les Aurès que d’autres régions de Tamazgha le lui reconnaisant. Il doit rester serein et digne et ne pas se laisser intimider par un régime qui ne connaît que la violence, l’abus de pouvoir et la lâcheté. Et avec la mobilisation que nous appelons de tous nos vœux, notamment dans les Aurès, il finira par retrouver la liberté. Cela sera aussi, nous en sommes sûrs, l’occasion pour un nouvel élan du combat amazigh chez les Chaouis qui doivent se dresser contre ce régime et mettre fin à l’humiliation qu’il leur fait subir au quotidien.
Par ailleurs, ce qui est arrivé à Salim Yezza aujourd’hui doit donner à réfléchir à l’ensemble de la militance amazighe. En effet, ce qui est arrivé à Salim Yezza pourrait arriver à tout moment à chacun(e) d’entre nous : il suffit que l’Etat-DRS le décide. C’est pourquoi une large mobilisation en faveur de Salim Yezza s’impose.
Il ne s’agit, bien entendu, pas là d’un cas isolé puisque des centaines de Mozabites croupissent toujours dans les prisons algériennes suite aux événements qui ont marqué le Mzab en 2014-2015 ; ou encore un blogueur kabyle, Merzouk Touati, qui est condamné à dix ans de prison ferme en mai 2018 pour avoir interviewé un diplomate israélien, acte qui est interprété par les juges du DRS comme étant « intelligence avec une puissance étrangère ».
L’Etat algérien reste cohérent et agit en système colonial qui tient à instaurer un ordre et éradiquer tout ce qui va à l’encontre de son projet arabo-islamique, et au cœur de ce qu’il projette d’éradiquer il y a l’Amazighité et tout ce qu’elle représente. Et tant que cet Etat est là, il usera de son pouvoir pour imposer la soumission et faire taire les voix qui lui résistent.
A nous d’être cohérents et déterminés dans nos luttes. Et faisons en sorte que Tamazgha soit réconciliée avec la liberté et l’Amazighité et qu’elle soit débarrassée de tout ce qui menace son existence.

Tamazgha,
Paris, le 21 juillet 2018.

Notes

[1Le 13 mai 2004, Chouaïb Argabi, de Taghit, alors âgé de 16 ans, fut tué par un garde communal algérien sous prétexte qu’il aurait volé des pommes. Ce fut le point de départ de manifestations populaires à Tkout. Plus de 3000 soldats de l’armée algérienne ont investis la ville le jour même. Torture, viols et passages à tabac ont fait partie du quotidien des habitants de la ville. Les affrontements furent quasi-quotidiens et le mouvement a très vite gagné plusieurs régions chaouies dont Aris, Tazeggaght et Oumlebwaqi. En juin 2004, l’essentiel des meneurs du mouvement furent arrêtés par les forces policières algériennes, et en juillet de la même année, 36 personnes ont été condamnées par le tribunal algérien de Tbatent (Batna) à des peines de prison allant de un an et demi à 3 ans.

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