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20 avril 2009 : La Kabylie plus que jamais face à son destin
Déclaration du CERAK
mercredi 22 avril 2009
par Masin
La commémoration du printemps berbère de 1980 se déroule en ce mois d’avril 2009 dans un contexte politique particulier, celui des "élections présidentielles" algériennes dont le seul enjeu était le taux de participation et particulièrement celui, majeur, de la Kabylie.
L’adhésion des voix kabyles signifierait que la Kabylie en perpétuel conflit avec le pouvoir central et bastion des luttes démocratiques, des revendications identitaires et du rejet de l’idéologie hégémonique arabiste et islamiste, rentrait dans les rangs et contribuerait à unir les Algériens derrière une gouvernance d’essence levantine, autoritaire et féodale.

Il s’agissait également de montrer à l’opinion, notamment internationale, que cette région apporterait sa caution démocratique au scrutin et que l’opposition politique démocratique d’ancrage kabyle appelant au boycott serait discréditée. Même si, raison d’Etat oblige, l’appui scandaleux des démocraties occidentales et particulièrement de la France était acquis au candidat président.

Mais, malgré le déploiement de moyens gigantesques et en tout genre, la Kabylie, totalement quadrillée, vient de remporter une victoire, celle de la résistance en tenant en échec la stratégie "électorale" régionale du pouvoir.

Les résultats du scrutin montrent, quand bien même on donnerait foi aux résultats officiels (et le pouvoir dans le décompte de voix kabyles est allé loin dans la forfaiture), que la Kabylie profonde n’a pas été ébranlée et que la grande majorité des Kabyles n’a pas répondu aux attentes du pouvoir et a résisté à la débauche de milliards.
La Kabylie, même affaiblie par les épreuves, a donné là une belle leçon de dignité, en restant sourde au discours démagogique du candidat président et de ses serviteurs zélés recrutés dans la lie de la société. En refusant de sombrer dans l’amnésie, elle a rejeté l’inacceptable, l’impunité et la falsification de son histoire.

Cette élection confirme, une fois de plus, un fait récurent, la singularité de la Kabylie dans l’espace politique algérien et son opposition réitéré au pouvoir monolithique qui persiste à la nier puisque, selon les propos présidentiels, les Algériens sont tous des Imazighens arabisés par l’islam.

La "campagne électorale" du pouvoir a eu, paradoxalement, un effet bénéfique. Pour la première fois, les forces et acteurs politiques kabyles, FFS, RCD, MAK et certains segments des Aarchs, ont tous appelé au boycott et ont protesté contre les méthodes électorales utilisant sans aucun scrupule les moyens et institutions de l’Etat. Faut-il souligner que ce sont les forces politiques kabyles qui ont constitué la seule opposition politique à ce scrutin joué d’avance. ?
Cette dernière expérience électorale conduira-t- elle enfin les partis et les acteurs prônant une chimérique démocratisation de l’Etat-Nation algérien à faire les ruptures politiques nécessaires ?
Constateront- ils l’impasse de leur démarche politique après avoir tenté toute sortes de stratégies politiques (menée de l’intérieur ou de l’extérieur du système) avec comme seul résultat leur marginalisation ?

Pis, n’assistons-nous pas à une régression politique sans précèdent au profit de l’allégeance et du clientélisme politique ?
Admettront- ils que chaque élection apporte la preuve que leur discours est quasi inaudible en dehors de la Kabylie ?
Se décideront-ils à se recentrer non plus seulement organiquement mais aussi politiquement sur une Kabylie luttant dans un environnement de plus en plus hostile ?
Verra-t-on bouger les lignes d’autant qu’il y a eu des déclarations d’intention de rapprochement et que pour une fois, ces acteurs n’ont pas jeté d’anathème sur l’option autonomiste ?

Au delà de ces "politiques", la société kabyle (probablement en avance sur ses derniers), panse encore ses plaies de 2001 et, désenchantée par le rêve algérien de ses ainés, est en quête d’un chemin qui lui permettra de se construire un avenir.

Il reste à espérer l’émergence d’une élite et le rapprochement de forces politiques kabyles existantes pour répondre à son aspiration légitime à prendre son destin en mains.


CERAK (Cercle d’étude et de réflexion sur l’autonomie de la Kabylie),
Paris, le 20 avril 2009.


[|Site du CERAK|]

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