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L'Azawad ou l'Etat rêvé d'une nation touarègue réelle
Hélène Claudot-Hawad parle des Touaregs sur France culture
samedi 1er septembre 2012
par Masin
Si les analyses en sciences sociales sont empreintes d’une part nécessaire de subjectivité du chercheur, la diffusion et l’utilisation de ces analyses obéissent, elles, à des logiques bien déterminées.
Se faire inviter par les médias dit "grand public" n’est pas chose aisée. Il faut y être "audible", c’est-à-dire qu’il faut plaire à ceux qui font de la modulation de l’opinion publique leur pain quotidien. Il faut être assez souple dans l’interprétation des faits, adhérer à la version officielle (donc nécessairement intéressée) qui en découle et pouvoir dire ce qui est parfois bien loin de la réalité.
On comprend donc aisément pourquoi Hélène Claudot-Hawad, chercheur intègre, ne peut accepter un tel "honneur", celui de se faire porte parole "scientifique" d’une classe politique aux commandes d’un système qui ne cherche qu’à sauvegarder ses intérêts économiques. Ce que d’autres n’hésiteraient pas à faire, au prix d’une participation, par le "savoir", à la légitimation de ce qu’il convient d’appeler le génocide touareg.
Une exception à la règle est France Culture qui est l’un des seuls canaux de diffusion des thèses et analyses de chercheurs aussi pertinents et objectifs que Hélène Claudot-Hawad.
Avec Pierre Boilley, autre véritable spécialiste de la question touarègue, dont les interventions n’obéissent qu’à la seule loi de la scientificité, loin des préoccupations idéologiques et politiques, ils sont les seuls à même de pouvoir contrer la machine à fabriquer du "prêt à penser" que proposent certains…



Invitée ce 28 août 2012 à l’émission Culturesmonde que présente Florian Delorme sur la chaîne de radio France Culture, Hélène Claudot–Hawad est longuement revenue sur l’origine lointaine de la Nation touarègue et de son combat pour subsister aux différentes tentatives de son, lâchons le mot, extermination.

Anthropologue spécialiste du monde touareg, Hélène Claudot-Hawad est d’abord revenue sur une fausse idée, fabriquée entre autres par la colonisation, répandue notamment en occident : "le Touareg est nomade, il est donc errant"… Sans souligner le caractère réducteur de cette affirmation, la chercheuse rappelle que la logique du "nomadisme" pratiqué par le peuple touareg obéit à une "gestion régulée, et sociale et politique, d’un vaste territoire basé sur la pluralité. La pluralité des fonctions, la pluralité qui permet d’explorer des niches écologiques, sociales et politiques variées".
Et il est vrai que, vu de pays où l’ancrage territorial est accompagné d’une gestion politique concentrée aux mains d’une "poignée" de personnes formant l’élite dirigeant l’État dit moderne, plus qu’invraisemblable, cela peut paraître impertinent.

Sur la question de l’enracinement du combat de ce peuple pour exister sur son territoire, Hélène Claudot-Hawad éclaire les auditeurs en rappelant que les premiers soulèvements de lutte organisée remontent à 1916 contre l’occupation française. C’est aussi la colonisation française qui a activement participé à la tribalisation, et ainsi à la tentative de désorganisation sociale dirions-nous, de la société touarègue qui s’est toujours pensée comme un seul corps politico-social avec une identité propre et des valeurs propres.

Face aux multiples obstacles auxquels ils se sont heurtés, les touaregs ont selon l’intervenante, du rétrécir les objectifs de leur combat et "l’aménagement des revendications va se faire en fonction de qui est audible par l’extérieur et on voit bien que tous les soulèvements touaregs ont été travaillés par les différents services secrets des différents pays concernés, des différents États, des différents nouveaux États et puis ancienne(s) puissance(s) coloniale(s) concerné(e)s par le conflit de manière à surtout éviter toute revendication supra-étatique indépendantiste évidemment qui remettrait en question l’ordre politique moderne, mais aussi des revendications autonomistes qui paraissaient mêmes insupportables.(…) Un contexte et des pressions énormes qui pèsent sur les Touaregs, qui [pour la communauté internationale] n’ont pas le droit d’exister comme ils voudraient exister".

Plus que l’acharnement des nouveaux États faisant suite à la décolonisation et des anciennes puissances coloniales à refuser aux Touaregs leur droit de disposer de leur territoire et de le gérer selon leurs propres conceptions et besoins, l’intervenante souligne l’adaptation et la "bonne volonté" de ce peuple à accepter en partie l’ordre exigé par la "réal politique" internationale, bien loin de leur idéal de départ. Et "même en faisant cela, ils ne sont pas [entendus], il faut quand même le remarquer, car les revendications autonomistes des années 1990, par exemple, n’ont jamais été suivies d’aucune application des accords signés ", remarque l’intervenante.

Qui dit réal politique internationale dit bien évidemment "richesses du sous-sol" du territoire sur lequel vivent les Touaregs. Ces derniers se sont retrouvés bien malgré eux dans un processus de mondialisation entamé depuis bien des années. Laisser aboutir le projet d’un État indépendant en pays Touareg c’est devoir "renégocier toutes les relations prédatrices avantageuses que l’ancienne puissance coloniale, que les anciennes puissances coloniales avaient obtenus de ces nouveaux États qui ne sont indépendants que de nom".

Si Hélène Claudot-Hawad se garde de faire des pronostics quant à l’accès à un État indépendant, elle estime que les Touaregs sont les seuls, dans cette région sahélo-saharienne, à avoir un projet de société. Et elle reste convaincue que "les peuples, les communautés, les sociétés, les ensembles ou les nations qui ont des projets de société finissent, d’une manière ou d’une autre, par l’emporter un jour sur des États qui n’existent pas et qui n’ont pas réussi à fabriquer du lien social".

En conclusion, Hélène Claudot-Hawad revient sur l’apport des jeunes touaregs ayant grandi dans la douleur des différentes injustices et décimation subies par leurs parents, regroupés en formations musicales qui ont entrepris de reconstruire la conscience et la confiance de la société touarègue en elle-même !

Une confiance qui permettra, nous en sommes convaincus, aux générations touarègues actuelles de porter loin les couleurs des espoirs de leurs ancêtres Amazighs !

Tamilla At Ali


Ecouter l’émission.

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4 Messages

  • Une grande dame : Hélène Claudot, différente des chercheurs de qui serve les politiques au lieu de les conseiller. Merci

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  • L’Azawad ou l’Etat rêvé d’une nation touarègue réelle 2 septembre 2012 17:04, par obaz@yahoo.fr
    c est une dame libre de grande moralité souhaitons que les organisations internationales et les intellectuels se ressaisissent pour dénoncer la complicité de grandes puissances avec les Etats importés aux peuples touareg pour les massacrer sur leurs propres territoires tout en ignorant le moindre principe de la vie humaine est sacrée.Les touaregs vont combattre jusqu’au bout pour leurs valeurs,leurs cultures,leurs noblesses et leur bérberité.

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  • merci d’etre la pour dire la realite du peuple touregue,et ses ses multi problemes,j’espere que vous allez garder tout sans qu’il nya de complots ou des coup bats de tes plus proches meme, qu’on te laisse la liberter de dire ta verite resultat des longues annees de recherches et de travaille sans relache,,chere helene du courage le combat est long, le plus dur c’es celui avec les touregue eux meme pour leur bien,,vive la paix et la comprehention entre les peuples du mondes merci a notre chere tamazgha,avous tamilla et ferkal,

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