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La Catalogne sur la voie de l'indépendance. Un exemple à suivre !
Entretien avec Toia Codina i Güell, coordinatrice de l’ANC à la Garrotxa (région de Girone) et candidate du parti "candidature d’unité populaire" (CUP) aux élections du parlement catalan du 27 septembre.
dimanche 27 septembre 2015
par Masin
Ce 27 septembre 2015 marquera forcément un tournant dans l’histoire de la Catalogne. L’issue du scrutin qui se tient ce jour-là est déterminante pour les Catalans déterminés à accéder à leur indépendance. Si les indépendantistes sortent vainqueurs du scrutin d’aujourd’hui (Elections régionales anticipées en Catalogne), ils s’engageront dans un processus d’autodétermination qui aboutira dans dix-huit mois à un référendum. Et là, rien ni personne ne saura arrêter les Catalans dans leur marche vers l’indépendance ! l’Espagne se pliera ainsi à la volonté du peuple catalan qui ne fera qu’exercer un droit consacré par les Nations Unies !
Nous avons rencontré Toia Codina i Güell qui est coordinatrice de l’Assemblée nationale catalane (ANC) à Garrotxa (région de Girone). Elle est candidate du parti indépendantiste "candidature d’unité populaire" (CUP) aux élections du Parlement catalan qui ont lieu ce 27 septembre 2015.

La Rédaction.



Toia Codina i Güell



Tamazgha.fr : Dès la création de l’ANC et jusqu’à présent vous êtes la coordinatrice de cette organisation à la région de la Garrotxa. Maintenant, vous êtes une des candidats du parti CUP. Pouvez vous vous présenter à nos lecteurs ?

Toia Codina i Güell  : J’ai cinquante-huit ans. Je suis psychologue et professeur de musique. Je lutte en faveur d’une vie digne pour mon peuple et pour le respect de la diversité linguistique et culturelle. J’ai quitté l’ANC pour rejoindre la CUP pour trois raisons : d’abord mon mandat de trois années à l’ANC s’est terminé ensuite je me sens à l’aise pour défendre les idées de ce parti en faveur de la convergence des idées et des idéaux avec l’ANC, comme par exemple la prise de décision en plénière. Les deux organisations font un travail de proximité, mais surtout la CUP est très convaincu de la construction d’un nouveau modèle de pays qui ne plus pas exister au sein de l’Etat espagnol. Par conséquent ce parti ne cesse de se manifester à chaque anniversaire du 11 septembre et rend hommage aux combattants morts pour défendre Barcelone en 1741 durant la guerre de succession espagnole au Monument érigé en leur mémoire au centre de Barcelone, le Fossar de les Moreres.


Il y a quelques jours, la Journée nationale de la Catalogne s’est célébrée avec une intense mobilisation qui a eu un impact mondial. En tant que membre de l’ANC comment s’est portée à terme l’organisation de cette journée pour garantir le succès et surtout le civisme ?

La structure des manifestations s’est organisée par le Secrétariat de l’ANC. Les assemblées locales cherchent à mobiliser les gens de la meilleure façon possible pour leur déplacement. C’est un travail de longue haleine avec une préparation de toute une année. Chaque Assemblée locale organise des rencontres d’informations au niveau des quartiers de chaque ville en tenant toujours compte de l’indépendance comme principal objectif. En avançant des arguments en faveur d’une Catalogne indépendante comme par exemple comment jouir de l’identité de notre culture mais aussi comment améliorer la santé, l’enseignement et le système de pensions. Nous débattons de la situation frustrante actuelle et de nos peurs mais toujours dans une atmosphère festive, de dialogue mais surtout ouverte sur toutes les solutions où tout le monde peut participer en évitant la confrontation. Si quelqu’un ne veut pas venir et ne veut pas écouter notre discours on ne l’oblige pas et on n’essaye jamais de le convaincre. Nous parlons seulement avec les gens réceptifs.


Selon la dernière enquête de la CIS (Centre d’investigation sociologique) il y aura une majorité absolue lors des prochaines élections du 27 Septembre. Comment expliquez-vous cette montée fulgurante des Indépendantistes ?

L’idée de l’indépendance de la Catalogne n’est pas nouvelle. Le Gouvernement espagnol n’a jamais tenu compte ni appliqué ce qui a été stipulé par le statut de l’autonomie de la Catalogne et pourtant approuvé en 1979 après la mort de Franco.
La situation a empiré depuis que le Parti socialiste espagnol (PSOE) nous a promis que le gouvernement de Madrid approuverait le nouveau statut que votera le Parlement catalan. Le nouveau statut a été approuvé par le Parlement de la Catalogne en 2005, puis a été approuvé par le Congrès des députés espagnols, mais il a été modifié par le Sénat espagnol en 2006 et finalement le Tribunal Constitutionnel l’a modifié de nouveau en 2010 en éliminant certains articles essentiels. C’était la goutte qui a fait déborder le vase. C’est durant la même année que nous avions organisé des manifestations pour dénoncer cette injustice. Avec l’arrivée du PP (la droite espagnole) au pouvoir en 2011, la situation n’a fait qu’empirer en violant les droits fondamentaux des catalans comme la langue, l´éducation, l’économie, etc... par l’annulation des lois spécifiques à la Catalogne.
En effet, en 2010, une consultation pour l’indépendance a eu lieu à Arenys de Munt avec la question : “acceptez-vous que la Catalogne devienne un Etat indépendant ? OUI / NON ", la consultation a été interdite par l’Etat Espagnol, mais les Organisateurs ont désobéi. Grâce au soutien de milliers d’indépendantistes venus de toute la Catalogne elle a pu se propager au reste du pays catalan.
C’est de là qu’est née l’ANC. Formée par des militants de différents partis politiques et organisations indépendantistes qui travaillaient dans la clandestinité à l’époque franquiste et postfranquiste (1940-1980). Ces militants se sont rencontrés et ce sont rassemblés pour créer cette organisation en tant qu’association privée aux idéaux indépendantistes.
L’organisation s’est structurée grâce aux assemblées locales, afin de réunir le maximum de gens avec un seul objectif, "l’indépendance de la Catalogne". Les assemblées fonctionnaient en réseau. En Mai 2012, L’ANC célèbre son premier congrès. Une des conditions les plus importantes est que les réunions doivent être ouvertes à tous, sans idéologie politique particulière. Personne n’avait le droit de dire "de quel parti êtes-vous ?". Il était interdit d’entrer dans les débats politiques. L’ANC est une organisation transversale, avec des sensibilités politiques différentes.


L’Etat espagnol réagit de manière ambivalente. Parfois, en utilisant la menace à l’exemple de la dernière déclaration du ministre de la Défense, et parfois en utilisant la politique de la terreur tels les conséquences désastreuses qu’il prévoit si la Catalogne devient indépendante. Qu’en pensez-vous ?

La façon dont l’Espagne réagit est primaire. C’est une réaction d’arrogance et de maître colonisateur qui ne veut pas perdre le territoire avec le seul argument que la loi ne le permet pas. Mais en même temps il refuse tout type de négociation et par conséquent à chaque provocation, le peuple catalan est de plus en plus déterminé et plus uni que jamais. Ils ne nous ont tellement humiliés que maintenant ils ne nous font plus peur.
Heureusement, au niveau de l’ANC nous avons toujours usé de la pédagogie concernant d’éventuelles menaces afin de vaincre les peurs et de donner des réponses aux gens. Durant ces quatre années, nous n’avons pas cessé de porter un discours haut et fort d’une Catalogne indépendante : pourquoi sortir de l’Espagne devient une nécessité absolue, est-ce que le système de pension serait toujours viable ? Est-ce qu’on restera toujours dans l’Union Européenne ? Est-ce que ceux qui veulent rester espagnole pourront l’être ? Qu’arrivera-t-il aux comptes épargnes qui sont dans les banques espagnoles ? Est-ce qu’on changera de monnaie ? Est-ce que les catalans perdront les résidences qu’ils ont en dehors de la Catalogne ? Que se passera-t-il aux diplômes universitaires, etc. À l’heure actuelle, la grande majorité des catalans connaissent les réponses.
Nous rappelons que les Espagnols ont toujours eu les yeux bandés devant les conflits territoriaux, tout et si bien que tous les territoires qu’ils avaient conquis jusqu’au XVIe siècle, ont été perdus de la même manière.


Ces jours-ci on entend beaucoup parler de la désobéissance civile pacifique. En quoi consiste-t-elle ? Jusqu’au peut aller le peuple catalan pour satisfaire ses revendications ?

À partir du 28, le futur gouvernement de la concentration Catalan, devrait s’asseoir, exposant son programme pour les prochains mois et doit s’accorder sur une feuille de route.
Pour le parti la CUP désobéir signifie continuer le processus de l’indépendance du 28 septembre, faire prévaloir les lois du parlement catalan sur les lois du Gouvernement de Madrid, proposer de faire une déclaration unilatérale d’indépendance. Mettre en marche l’urgence sociale, arrêter les délogements, la pauvreté énergétique, la réforme locale et des pensions, invalider les différentes lois, créer nos propres structures des financements, créer une banque catalane, etc.


Revenons à la journée du 11 septembre, journée de la fête nationale catalane. Lors de la manifestation on a remarqué la présence de beaucoup de drapeaux en particulier ceux des peuples qui revendiquent le droit à l’autodétermination et à vivre pleinement leur identité à l’exemple du drapeau amazigh, écossais, basque, galicien ... etc. En tant que représentante de ce mouvement, Quel est votre message pour ces peuples et que pourrait être l’impact du processus catalan sur les peuples qui vivent la même situation ?

Il est bien connu que durant les manifestations indépendantistes nous avons toujours eu la solidarité inconditionnelle des peuples occupés et humiliés par leurs dirigeants qui essaient d’étouffer leurs voix afin de les faire disparaître ; ces peuples trouvent leur point d’expression dans les mouvements indépendantistes d’autres pays parce qu’il ne leur est pas possible de revendiquer le droit à l’autodétermination dans leur propre pays. A tous ces peuples je leur recommande de commencer à faire un travail de fourmi, en créant de petits groupes, en allant partout pour créer l’enthousiasme et l’espoir, parlant ouvertement du pays qu’ils veulent mais qu’ils ne peuvent pas avoir. Il faut aussi qu’ils sachent ce qu’ils veulent et tracer leur objectif en mobilisant progressivement la population. Nous savons que ce n’est pas facile et qu’il s’agit d’un long chemin, mais quand l’objectif est clair, la force du peuple est imparable, chose qu’aucun gouvernement ne peut arrêter.

Le peuple catalan, qui sait ce que être occupé et humilié veut dire, a toujours exprimé sa solidarité aux peuples opprimés dans toutes les manifestations. Si nous avons notre indépendance, la Catalogne aura l’obligation d’aider les autres peuples à se libérer. Par conséquent, je souhaite que les amazigh, les écossais, les Basques, les Galiciens, les Bretons, les flamands et les Corses, etc... se mettent à travailler pour la libération de leur peuple afin de briser les chaînes. Même s’il s’agit d’un travail de longue haleine il n’est pas impossible. J’espère que notre indépendance serait le déclic qui les motivera à tracer leurs propres chemins.

Propos recueillis par
Tukyist At Brahem.


Version catalane de l’entretien




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1 Message

  • La Catalogne sur la voie de l’indépendance. Un exemple à suivre ! 28 septembre 2015 07:43, par Lwennas Ajennad
    Ahhhhh ! tafrara agi imi ghrigh ayen d nna massa agi Amzun d abehri i turet, Tebra Amzun teghra-d dacu yellan deg wallagh-iw ladgha asmi id -meslay ghef wacu ig ilaq ad xedmen wid yebghan ad awin Timunent i tmura-nsen. 1- être bon stretège 2- travailler la conscience nationale tout en soyant patient ( travail de fourmi) 3- éviter l’affrontement avec son peuple ( ce n’est le même degrés de conscience qu’a tout le monde ) 4- passer par le premier stade primordial pour atteindre l’indépendance , la désobéissance civile, biensur en travaillant d’arrache pied au niveau local ( travail de proximité ) s Tegmat. Lwennas Ajennad.

    repondre message

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