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Les Amazighs de Libye à la croisée des chemins...
samedi 15 septembre 2012
par Masin
Il ya un an, ce fut une démonstration de force que les Berbères de Libye ont effectué à Tripoli. Plus de trois-cent-mille personnes ont investit la grande place des Martyrs à Tripoli, fraîchement libérée des forces kadhafistes, ainsi que l’essentiel des grandes artères y menant. Jamais le drapeau amazigh n’a été aussi déployé nulle part en Afrique du Nord. Et ce sont des militaires amazighs qui avaient veillé sur la sécurité des manifestants. Et l’hymne national libyen, dans sa version amazighe, a été entonné par les centaines de milliers de manifestants. Il s’agissait alors pour Imazighen de s’affirmer et de fêter la libération du pays du despote Kadhafi. Personne ne pouvait imaginer, à cette époque, que l’amazighité serait marginalisée.
Un an après, c’est seulement un millier de personnes qui se sont retrouvées le 5 septembre 2012 à Tripoli, devant le siège de la représentation des Nations Unies en Libye, pour demander à cette institution de faire pression sur les autorités libyennes afin que soit faite une place à l’amazighité dans le texte de la future Constitution libyenne.



C’est à l’appel de quarante-six organisations de la société civile amazgihes (Adrar n Infusen, Zouara et le pays touareg au sud), notamment le Congrès national amazigh libyen (CNAL), que les manifestants ont répondu le mercredi 5 septembre 2012. "Jamais nous n’accepterons l’oppression et l’humiliation : nous nous sommes libérés et nous avons libéré le pays !" C’est le mot d’ordre principal d’appel à ce rassemblement qui était nécessaire. Nécessaire, car il permettra certainement de sortir de l’impasse dans laquelle le Mouvement amazigh de Libye s’est mis depuis quelques mois. Cela permettra, fort probablement, de relancer la mobilisation et de créer une dynamique de réflexion et d’action auprès des Imazighen qui ont intérêt à trouver la voie de libération rapidement, d’autant plus qu’ils ont à faire, pour le moment, à un Etat très fragile.

Sur le lieu du rassemblement, ce mercredi 5 septembre 2012, on pouvait lire sur des banderoles et pancartes plusieurs slogans et messages qui sont révélateurs de l’état d’esprit des citoyennes et citoyens lassés d’attendre des droits de la part de tenants du pouvoir décidés à reproduire une politique anti-amazighe. "L’identité amazighe est une composante essentielle de l’identité libyenne !", "Our government = sleeping beauty !", "Nous voulons une Constitution pour l’ensemble des Libyens mais pas pour les seuls Arabes !", "La non reconnaissance de la langue amazighe dans la Constitution c’est la négation de l’existence des Amazighs sur cette Terre !", "L’Etat libyen demeurera raciste tant qu’il n’y a pas de consititutionalisation de Tamazight", "Non à l’exclusion et à la marginalisation de Tamazight", "We want our Tamazight to be an official language in the new Constitution", "La constitutinnalisation de Tamazight est un soutien à l’unité nationale", "Le droit à l’autodétermination est un droit naturel pour les Imazighen, peuple autochtone" ou encore "Il ne peut y avoir de légitimité constitutionnelle sans reconnaissance de Tamazight" furent quelques uns de ces slogans.

Une chose devra être claire pour les Amazighs de Libye. Ils sont chez eux, sur leur Terre. Ceux qui veulent gouverner aujourd’hui, pour la plupart résidus du régime kadhafiste, ne sont que des agents de l’arabo-islamisme qui a programmé l’éradication totale de l’amazighité en Afrique du Nord par l’assimilation forcée de l’ensemble des Imazighen. Se placer dans une logique de dialogue avec ces abrutis risque de conduire dans des voies de garage, sachant que les arabistes se donnent tous les moyens pour faire aboutir leur projet. Il n’y a aucune raison d’aller quémander auprès de ces ennemis de notre pays. Il y a des justices qui ne peuvent se faire que par soi-même. Quant aux instances internationales, comme l’ONU, elles sont loin d’être des instruments de justice et de défense de liberté. Mais il est toujours bien de les prendre à témoin.

Mais cette justice, on ne peut la faire soi-même que lorsqu’on a les moyens... Et Imazighen de Libye ont les moyens, pour le moment, d’agir et instaurer leurs droits...

C’est ainsi que la décision prise par le Conseil local d’Ifran, très vite suivi par l’ensemble des Conseils locaux d’Adrar n Infusen et d’At-Willul (Zouara), d’enseigner la langue amazighe dans le cycle primaire est une initiative à saluer. Il ne faudra surtout pas s’arrêter là ; il faut procéder de la même façon en ce qui concerne tout ce qui a trait aux intérêts des Imazighen. A nous de prendre les décisions et les mesures nécessaires pour assurer notre propre épanouissement et celui de nos langue, culture et identité. En un mot, assurons-nous notre liberté !

Par ailleurs, le 5 septembre 2012, lors du rassemblement, une délégation formée par les organisations amazighes ayant appelé au rassemblement a été reçue par des représentants des Nations Unies à Tripoli. Il est à déplorer que la délégation amazighe avait alors brillé par son "sexisme". En effet, la délégation était exclusivement masculine ! Et comme par hasard, ce sont quatre femmes qui les ont reçus : l’image est très symbolique !

Vu l’implication de la femme amazighe dans cette mobilisation pour Tamazight en Libye, et ce depuis le début de la guerre contre Kadhafi, il est regrettable de ne pas l’associer aux missions de représentation et de décision ! Le combat pour l’amazighité va au-delà de l’enseignement de la langue. C’est un combat pour une existence, pour une identité, pour des valeurs.

Nous publions ci-dessous le mémorandum que les organisations amazighes ont présenté aux instances de l’ONU ainsi que le message adressé par Tamazgha en guise de soutien aux manifestants.



La Rédaction





Mémorandum de protestation adressé à la Mission des Nations Unies en Libye par les représentants des associations et organisations de la société civile des régions amazighophones

Nous, Amazighs de Libye, amazighophones ou non, conscients de notre droit à la participation à l’élaboration d’une Constitution pour le pays, et en tant que peuple autochtone de la Libye contemporaine, et conformément à la Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles, considérons que la langue amazighe dans laquelle nous nous exprimons est un héritage de toute l’humanité qui doit être préservé.

Considérant notre foi en les Nations Unies en tant qu’instrument de stabilité, de paix et de sécurité dans le monde, étant fiers que notre pays soit l’un des rares à avoir accédé à son indépendance en 1951 suite une décision de cette institution, nous avons constaté que l’Histoire se répétait ; ce sont les Nations Unies, en effet, qui ont joué le rôle central dans la chute du régime dictatorial et despotique déchu et qui ont soutenu la révolution du 17 février à travers la Résolution 1973 du Conseil de Sécurité pour la protection des civiles. Ces mêmes Nations Unies ont joué un rôle majeur dans la réussite des élections du Congrès national général.

C’est pourquoi, nous, Amazighophone ou non-Amazighophones, attendons des Nations Unies qu’elles nous appuient dans la réalisation de nos droits afin de construire un Etat libyen laïc, moderne et démocratique ce qui permettra à la Libye de remplir son rôle naturel sur le plan international et de contribuer au renforcement de la stabilité, de la paix et du bien-être, aussi bien au niveau régional qu’international.

En référence à la Déclaration des Nations Unies au sujet des droits des peuples autochtones, notamment dans son Article 8, alinéa 1 à savoir que « Les autochtones, peuples et individus, ont le droit de ne pas subir d’assimilation forcée ou de destruction de leur culture. », nous considérons que la non-reconnaissance de la langue amazighe comme langue officielle par la constitution libyenne est une assimilation forcée dans la langue arabe, autrement dit la destruction de notre culture au profit de la seule culture arabe, ce qui constitue une violation flagrante de l’article 8 sus-cité.


Les Articles 13 et 27 de cette Déclaration précisent ce qui suit :

Article 13 :
Alinéa 1 : - « Les peuples autochtones ont le droit de revivifier, d’utiliser, de développer et de transmettre aux générations futures leur histoire, leur langue, leurs traditions orales, leur philosophie, leur système d’écriture et leur littérature, ainsi que de choisir et de conserver leurs propres noms pour les communautés, les lieux et les personnes. »
Alinéa 2- « Les États prennent des mesures efficaces pour protéger ce droit et faire en sorte que les peuples autochtones puissent comprendre et être compris dans les procédures politiques, juridiques et administratives, en fournissant, si nécessaire, des services d’interprétation ou d’autres moyens appropriés. »


Article 27 : « Les États mettront en place et appliqueront, en concertation avec les peuples autochtones concernés, un processus équitable, indépendant, impartial, ouvert et transparent prenant dûment en compte les lois, traditions, coutumes et régimes fonciers des peuples autochtones, afin de reconnaître les droits des peuples autochtones en ce qui concerne leurs terres, territoires et ressources, y compris ceux qu’ils possèdent, occupent ou utilisent traditionnellement, et de statuer sur ces droits. Les peuples autochtones auront le droit de participer à ce processus. »


Conformément à ces deux articles, les Amazighs, amazighophones ou non, peuvent développer leur langue et son alphabet, à travers son officialisation aux côtés de la langue arabe. Ce faisant, cette langue pourra bénéficier du budget de l’État pour la création de centres de formation et de recherche susceptibles de la développer afin qu’elle puisse remplir progressivement son rôle comme toute autre langue officielle.

Et comme les Nations Unies sont chargées de superviser l’élaboration de l’ébauche de la Constitution libyenne, nous attirons votre attention sur ce qui suit :
1- Nous, ensemble des Amazighs libyens, amazighophones ou non, demandons à ce que la langue amazighe - somme toute langue de tous les Libyens - soit affirmée langue officielle dans la Constitution aux côtés de la langue arabe, et que le texte constitutionnel stipule la création d’un Centre national qui prenne en charge la langue amazighe afin de lui donner les moyens de remplir son rôle de langue officielle.
2- Les Amazighs de Libye, marginalisés sous le régime déchu, soient enfin reconnus citoyens à part entière dans leur pays.
3- L’identité de l’État est l’identité de la terre et de la région où se trouve cet État, et non l’identité de groupes exogènes qui se sont intégrés à la terre et se sont mélangés au peuple autochtone de cette Terre, devenant tous citoyens jouissant des mêmes droits, sans distinction de race, de sexe, de couleur ou de religion. Autrement dit, l’identité de l’État est l’identité libyenne.


Avec tout notre respect et considération.


Tripoli, le 5 septembre 2012.


Les représentants des organisations et structures de la société civile.






Message de Tamazgha aux Imazighen de Libye rassemblés devant le siège de la représentation des Nations Unies à Tripoli, le mercredi 5 septembre 2012.



Chères sœurs, chers frères,
 
 
C’est tout naturellement que nous vous adressons ce message de solidarité en ce jour où vous avez décidé de vous exprimer dans la rue afin de rappeler, une énième fois, aux autorités, par ailleurs peu légitimes, de la nouvelle Libye que ce pays, la Libye, ne peut exister sans la reconnaissance de sa dimension amazighe. L’amazighité de ce pays, comme de toute l’Afrique du Nord, n’est pas à justifier. C’est le socle identitaire de cette partie de l’Afrique.
 
 
Vous avez fait preuve d’engagement et de sacrifices pour débarrasser le pays d’un tyran qui a ruiné, à tout point de vue, la Libye. Vous avez payé cher le soulèvement de février 2011, et l’apport des Imazighen a été déterminant pour la libération de la Libye. Vous avez fait preuve de fraternité et d’ouverture envers les non-amazighophones. Jamais vous n’avez renié quiconque qui se dit libyen. Pour autant, vous avez tenu à mettre en avant l’amazighité dans votre combat. Vous avez tenu à préciser que votre combat est également celui pour l’existence en tant qu’Amazighs rejetant toute aliénation. Tout au long de la guerre vous avez rendu la fierté à l’ensemble des Imazighen : le drapeau amazigh n’a jamais été aussi brandi et aussi vu à travers le monde que lors de la guerre contre Kadhafi.
 
 
Au cours de cette guerre, ceux qui se sont autoproclamés "dirigeants de la révolution" n’avaient jamais remis en cause la légitimité de Tamazight, bien au contraire. Mais voilà que dès que le territoire libyen fut entièrement libéré, et le despote trépassé, les nouveaux dirigeants autoproclamés feignirent d’ignorer subitement l’amazighité et ne parlèrent que de l’arabe et de l’islam comme seuls fondements identitaires de la Libye. Pire, au sein des instances qu’ils mirent en place, les Amazighophones furent purement et simplement exclus.
 
 
Ainsi, ils ont fait preuve de malhonnêteté et de ruse. En effet, ils sont tellement lâches et sans parole qu’ils ont très vite montré leur véritable visage voulant reproduire l’humiliation et la domination des Imazighen et en projetant de reléguer l’amazighité à une valeur appelée à disparaître au profit de ce que l’idéologie qu’ils défendent réserve comme visage à l’Afrique du Nord.
 
 
Avec leur attitude indigne, ils ne méritent nullement notre confiance. Ces individus sont naturellement disqualifiés pour diriger le pays. Pouvons-nous sincèrement les accepter comme dirigeants étant au courant de leurs macabres calculs ? Si nous leur confions les affaires de l’Etat, nous aurons été complices de notre propre oppression.
 
 
Est-il normal que les Amazighs soient réduits à quémander leurs droits naturels sur leur propre Terre auprès de personnes qui s’inscrivent dans la logique de notre assimilation ?
Aujourd’hui, nous ne pouvons marchander notre existence ou une petite place à Tamazight sur notre propre Terre. Cette Terre nous appartient et nous nous devons d’y vivre libres et dignes.
 
 
Est-il possible, aujourd’hui, d’imaginer un retour à la situation que Kadhafi nous a imposée quarante-deux ans durant ? Ce serait inconcevable ! Et d’ailleurs, avons-nous le droit de faire subir aux générations à venir une telle humiliation ? C’est pourquoi Imazighen de Libye se doivent de durcir leurs positions et trouver une solution le plus tôt possible.
 
 
Si Kadhafi et ses mercenaires ont été débarrassés (quoi que nombre de ses collaborateurs soient aujourd’hui aux commandes), ce ne sont pas les résidus de ce régime macabre, qui tiennent à s’accaparer le pouvoir, qui arrêteront la volonté d’exister des Imazighen de Libye.
 
 
Bien entendu, vous pouvez toujours compter sur la solidarité de notre organisation Tamazgha dans votre combat. Nous nous sommes engagés à vos côtés depuis février 2011, et nous serons toujours à vos côtés tant que le combat est celui de la libération totale de notre pays de ceux qui veulent le travestir et qui ont programmé notre assimilation totale en nous imposant un modèle colonial.
 

 

Pas de Libye sans Tamazight !

Vive Tamazgha !

Vive Tamazight !

Masin Ferkal ,
Président de Tamazgha


Paris, le 4 septembre 2012

Télécharger le message en format PDF (version française)
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Message de Tamazgha (Fr.)
Messages aux Imazighen de Libye rassemblés devant le siège de la représentation des Nations Unies à Tripoli, le mercredi 5 septembre 2012.
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PDF - 37.2 ko
Message de Tamazgha (Eng.)
Message to the Amazigh of Libya gathered in front of the offices of the United Nations in Tripoli, Wednesday September 5th, 2012.

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