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Libye : des jeunes fusillés pour avoir boycotté un défilé pro-Kadhafi
AFP, le 3 juillet 2011
dimanche 3 juillet 2011
par Masin
Les exécutions sommaires sont largement dénoncées : les personnes refusant de participer aux rassemblements partisans de Mouammar Kadhafi prennent le risque de se faire tuer.

Après le refus de sa famille de participer à un rassemblement partisan de Mouammar Kadhafi, Ahmed est tué de deux balles dans la tête. Au bord des larmes, Mohammed raconte comment le corps de son neveu a été laissé devant la maison familiale à Tripoli.

Pour lui, il ne fait aucun doute qu’Ahmed, 30 ans, a été abattu par les pro-Kadhafi en raison du refus de sa famille de prendre part au rassemblement tenu vendredi à Tripoli à l’occasion duquel M. Kadhafi a menacé l’Europe, l’Otan et les "traîtres" libyens.

"Il y a quatre ou cinq jours, un membre d’un des ’comités révolutionnaires’ de Kadhafi a abordé la famille de mon frère à Tripoli", raconte ce quinquagénaire de Benghazi, fief de l’insurrection qui lutte contre le leader libyen depuis près de cinq mois.

"Ils lui ont dit ’nous tenons ton fils, il est détenu dans la prison d’Abou Salim. Si ta famille ne sort pas manifester vendredi, tu ne le reverras jamais", poursuit-il, la voix remplie de colère.

"Nous pensions qu’ils proféraient juste des menaces"

Ahmed avait disparu à Tripoli juste après le début de la révolte en février, lorsque des jeunes ont brûlé des portraits de M. Kadhafi et pris d’assaut le siège de la télévision d’Etat. Sa famille avait pensé qu’il avait été tué par des soldats, des mercenaires ou des membres de la redoutable Sécurité.

Convaincus de sa mort, et à entendre plusieurs autres voisins faire état de menaces similaires, ses parents ont refusé de participer au ralliement. "Nous pensions qu’il était impossible qu’il soit encore en vie, qu’ils proféraient juste des menaces", ajoute son oncle.

La famille pense aujourd’hui qu’il a été arrêté le 22 février et détenu dans la prison tristement célèbre d’Abou Salim. Quoi qu’il en soit, la dernière fois qu’elle a vu Ahmed, c’était samedi matin devant le seuil de la maison familiale, mort.

"Les blessures étaient récentes, il a été abattu le matin, même le sang était encore chaud", raconte Mohammed qui a contacté son frère de Benghazi plus tôt dans la journée via des communications clandestines.

Mêmes assassinats dans le voisinage

Mohammed soutient qu’au moins deux familles de leur voisinage à Tripoli ont également reçu les corps de leurs fils le matin même. Les deux ont refusé de prendre part au rassemblement.

Il n’était pas possible de confirmer cette version vu les restrictions imposées aux médias dans les zones contrôlées par le régime, mais des groupes des droits de l’Homme comme Amnesty International et Human Rights Watch ont parlé de "preuves" d’exécutions sommaires menées par les pro-Kadhafi.

Des informations concernant des exécutions à Tripoli ont également circulé, mais ces ONG, interdites d’accès à la capitale, n’ont pas pu mener une enquête indépendante.

"Soit vous êtes avec Kadhafi, soit vous mourrez"

Un représentant à Londres du Conseil national de transition (CNT), organe de la rébellion, a fait part le 26 juin d’"informations confirmées" selon lesquelles 187 prisonniers ont été tués en deux jours dans la prison d’Abou Salim au début du mois.

En raison des rationnements d’essence à Tripoli, Mohammed indique que la famille avait l’intention de marcher quatre ou cinq kilomètres pour pouvoir enterrer Ahmed.

"Je voudrai juste que le monde sache comment ça marche avec Kadhafi", lance-t-il. "Soit vous êtes avec Kadhafi, soit vous mourrez".

Lire sur le site de La Tribune de Genève






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