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Tamazgha accable L'Etat algérien à Genève.
Elle dénonce sa politique anti-amazighe et ses pratiques discriminatoires...
vendredi 22 février 2013
par Masin
A l’occasion de sa 82ème session qui se tient à Genève du 11 février au 1er mars 2013, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) des Nations Unies a eu à examiner les 15ème, 16ème, 17ème, 18ème et 19ème rapports, présentés en un seul document, de l’État algérien censé le 13 février après-midi et le 14 février matin, le rapport présenté par l’État algérien sur les mesures qu’il a prises pour mettre en œuvre les dispositions de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale.
L’État algérien était censé également répondre aux question du CERD notamment à propos des recommandations que ce Comité avait formulé à l’État algérien lors de son dernier passage devant cet organe onusien en 2001.
A cette occasion, Tamazgha, comme elle le fait avec tous les États installés en Afrique du Nord notamment, a présenté un rapport alternatif qui met le doigt sur toutes les discriminations subies par les populations amazighes, lesquelles discriminations sont du fait de l’État algérien lui-même. Un rapport accablant qui présente l’État algérien comme un État anti-amazigh.


Des experts du CERD avec, au fond, une partie de la délégation algérienne



Et la délégation du gouvernement algérien venue défendre le rapport de l’État algérien, sous la direction du représentant permanent de l’Algérie auprès des Nations Unies à Genève, M. Boudjemaa Delmi, a le culot, en introduction, de déclarer que "l’Algérie est très à l’aise avec les questions de discrimination, d’une part parce que dans la religion musulmane le premier principe est celui de l’égalité entre les races et entre les peuples et d’autre part, parce que dans son histoire, l’Algérie a connu un nombre incalculable d’invasions, de sorte que la population algérienne a été nourrie de ces invasions et que certains algériens ne connaissent même pas leur lointaine origine".

Ainsi, donc pour l’État algérien, l’islam qui est garant de l’égalité et de la justice !!

Quant à Tamazgha, dans son rapport, axé essentiellement sur les discriminations faites aux Imazighen ainsi que leurs langue et culture, a tenu à consacrer un chapitre justement aux discriminations religieuses. Pour Tamazgha, l’État algérien est un État islamique où règne l’hégémonie musulmane et où les non-musulmans subissent des injustices parfois d’un autre âge.

Dans un entretien, Masin Ferkal résume le contenu du rapport de Tamazgha et ce qu’une délégation de cette ONG est allée exposer Genève devant des experts du CERD.

VIDEO.



Principaux point soulevés par Tamazgha dans son rapport :

A. DISCRIMINATIONS LINGUISTIQUES ET CULTURELS

1- La négation officielle et constitutionnelle

Faudrait-il peut-être rappeler le principal article de la Constitution algérienne sur lequel se base la politique d’arabisation, de mépris et de marginalisation de l’identité amazighe du pays :

« Article 3 : L’arabe est la langue nationale et officielle. »

Il est vrai qu’en 2002, le parlement algérien a procédé à la promulgation d’une loi portant révision constitutionnelle qui introduit la langue amazighe comme langue nationale :
« Art. 3 bis : Tamazight est également langue nationale.
L’État œuvre à sa promotion et à son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire national. »

Par ailleurs, une loi de généralisation de la langue arabe est votée par l’Assemblée nationale en décembre 1990 (Loi n° 91-05 du 16 janvier 1991). Elle sera amendée et donnera lieu à une nouvelle loi le 17 décembre 1996 (voir ordonnance N°96-30 du 21 décembre 1996 : Annexe 2 du rapport de rapport de Tamazgha), puis mise en application à partir du 5 juillet 1998.
Cette loi est un véritable apartheid linguistique. Le CERD dans ses conclusions, lors de sa 58ème session à Genève en avril 2001 (CERD/C/304/Add.113) s’est dit préoccupé de l’existence de cette loi et "demande instamment au Gouvernement algérien de réviser cette loi à titre prioritaire, en particulier dans le contexte des mesures prises pour promouvoir la langue amazighe." La demande du CERD est restée sans suite et, douze ans après, la loi portant généralisation de la langue arabe est toujours en vigueur (voir Annexe 1 du rapport de Tamazgha).


2- De la Constitution algérienne et la langue amazighe.

Alors que dans le préambule on peut lire au paragraphe 4 que « le 1er novembre 1954 aura été un des sommets de son destin aboutissement d’une longue résistance aux agressions menées contre sa culture, ses valeurs et les composante fondamentales de son identité que sont l’islam, l’arabité et l’amazighité, le 1er novembre aura solidement ancré les luttes présentes dans le passé glorieux de la Nation ». Au paragraphe 12 du même préambule, on lit ce qui suit : « l’Algérie, terre d’islam, partie intégrante du Grand Maghreb, pays Arabe, méditerranéen et africain, …… »
Ainsi, ce qui est affirmé au paragraphe 12 est contradictoire avec le contenu du paragraphe 4. Affirmer que l’Algérie est un pays arabe, cela signifie que l’amazighité, pourtant affirmée au paragraphe 4, est exclue.


3- L’alphabétisation, véritable instrument d’arabisation

L’alphabétisation se fait exclusivement en langue arabe (seule langue officielle). Encore une fois, la langue amazighe se trouve exclue et les amazighophones qui souhaitent bénéficier du programme d’alphabétisation mené par l’État algérien se trouvent contraints de le faire dans la seule langue arabe, et il leur est impossible de bénéficier de l’alphabétisation dans la langue qu’ils parlent quotidiennement : tamazight.

Ainsi, l’alphabétisation est plus un instrument d’arabisation que d’alphabétisation proprement dit.


4- Interdiction de prénoms amazighs.

Aujourd’hui encore, il arrive que l’administration algérienne refuse d’inscrire des nouveaux nés qui portent des prénoms amazighs. Si cela n’est pas systématique, il y a aujourd’hui plusieurs centaines de cas recensés qui sont victimes de cette mesure. Même la presse algérienne en rend compte assez souvent.
Aux parents qui insistent, les services d’état civil des mairies font valoir, pour justifier leurs refus, une liste des prénoms autorisés. Le quotidien algérien en ligne TSA (Tout sur l’Algérie) rapporte dans son édition du 4 août 2011 que "dans la seule ville de Tizi-Ouzou plus de 300 bébés sont toujours sans prénom, en raison du refus de la mairie de les inscrire sous des noms berbères choisis par leurs parents, selon une source judiciaire locale".


B. DISCRIMINATIONS RELIGIEUSES.

- Liberté confessionnelle : hypocrisie de l’Etat algérien.

L’Article 2 de la Constitution algérienne est claire dans la mesure où l’islam est élevé au rang de religion de l’Etat :

« Article 2 : L’Islam est la religion de l’Etat. »

Faudrait-il comprendre par là que tous les Algériens ne peuvent avoir d’autres confessions que celle décrétée officiellement à savoir l’Islam ?
Comment l’Etat algérien peut-il affirmer qu’il lutte contre les discriminations alors que le Code de la nationalité exige que celui ou celle qui la demande soit de confession musulmane ?

Comment croire que l’État algérien et ses institutions ne pratiquent pas la discrimination et le racisme lorsqu’on sait que la loi régissant le recueil légal (kafala) des mineurs exclue les personnes qui ne sont pas de religion musulmane ? (voir rapport de Tamazgha, page 17 et annexe 3 : page 39).

L’ordonnance 06-03 du 28 février 2006 fixant les règles et conditions d’exercice des cultes autres que musulman est tout simplement un texte qui officialise et institutionnalise la discrimination religieuse.

La réglementation régissant le mariage des Algériennes avec des étrangers non musulmans est d’un autre âge. Elle interdit le mariage des Algériennes à des étrangers qui ne soient pas de confession musulmane.

Encore aujourd’hui, sur le territoire algérien il est quasiment impossible de manger publiquement pendant le ramadhan aux risque de se faire arrêter par la police ou la gendarmerie. Plusieurs personnes ont été arrêtées et conduites aux commissariats et ont été passées à tabac parce qu’elles se sont permises de boire, manger ou fumer en public pendant le ramadhan. Les restaurants et les cafés sont d’ailleurs fermés la journée pendant les périodes de ramadhan, et c’est une obligation.


C. DU HAUT COMMISSARIAT A L’AMAZIGHITE (HCA)


L’enseignement de tamazight, qui est l’activité principale du HCA chargé de l’organiser et de l’encourager, connaît un bilan mitigé. Le statut de la langue amazighe n’étant pas défini, son enseignement s’en ressent, sa place au niveau des enseignements aussi. Les moyens humains et matériels sont nettement insuffisants aussi bien au niveau quantitatif que qualitatif, et l’État ne semble pas décidé à honorer son engagement. Il en résulte une stratégie de pourrissement qui devrait conduire au découragement inévitable.

Le Secrétaire Général du HCA, lui-même, a mis en garde quant aux menaces sérieuses qui pèsent sur la langue amazighe (Tamazight). Lors d’une conférence de presse tenue à Alger le 5 septembre 2012, Youcef Merrahi déclare que "Tamazight risque de s’éteindre dans les écoles dans les années à venir" Voir compte-rendu de la conférence de presse sur Le Matin-Dz.


D. SUR L’ENSEIGNEMENT DE LA LANGUE AMAZIGHE

En se basant sur des chiffres que l’État algérien a communiqué aux Comité pour les droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies, lors de sa quarante-quatrième session qui s’est tenue à Genève du 3 au 21 mai 2010, concernant l’enseignement de la langue amazighe, Tamazgha a pu évaluer le nombre total d’élèves qui bénéficient de l’enseignement de la la langue amazighe, deuxième langue nationale, à seulement 2,15 % et ce plus de quinze ans après la mise en place de l’enseignement de cette langue. C’est dire le sérieux avec lequel l’État algérien s’occupe de l’enseignement de la langue amazighe !

Par ailleurs, Tamazgha a tenu à attirer l’attention des membres du Comité sur les éléments suivants :

- L’aspect facultatif et marginal de l’enseignement de la langue amazighe ne peut contribuer à "promouvoir la dimension amazighe dans tous ses éléments constitutifs (langue, culture, profondeur historique et anthropologique) dans le cursus éducatif" comme l’affirme souvent l’État algérien dans ses déclarations ;

- L’absence totale de toute évaluation qualitative de l’enseignement de la langue amazighe et ses résultats ;

- L’absence de toute étude sérieuse et indépendante sur la situation de l’enseignement de la langue amazighe depuis sa mise en place en 1995 ;

- L’exclusion de la langue amazighe de l’ensemble de l’appareil administratif et judiciaire, malgré sa "promotion" au statut de langue nationale. Les amazighophones ne peuvent toujours pas utiliser leur langue ni recevoir une information dans leur langue et ce dans toutes les administrations. Ils ne peuvent obtenir les actes judiciaires et notariés dans leur langue, etc.

Plus fondamentalement, il convient de relever le caractère marginal de la reconnaissance de tamazight, qui exclut la reconnaissance des droits linguistiques des populations concernées, notamment celui de recevoir une éducation complète dans sa langue (on leur impose notamment un enseignement quasi-exclusivement en langue arabe). La notion de "langue nationale" a pour but explicite (voir préambule du décret HCA de 1995) de déposséder les amazighophones de leur langue.


E. RECONNAISSANCE DE L’IDENTITE ET PROMOTION DE LA CULTURE AMAZIGHES.

Même le HCA qui est une institution officielle rattachée à la Présidence de la République déplore la politique de l’État dans le domaine des médias amazighs. Ainsi, lors d’une journée d’étude organisée le 29 avril 2010 à Tizi-Ouzou sur "les médias audiovisuels algériens en relation avec l’Amazighité", Youcef Merahi, secrétaire général du HCA, déplore la faible présence de tamazight dans les médias. Il estime que la chaîne TV4 en tamazight n’est pas un canal digne de ce nom. La Chaîne, selon lui, manque de moyens. (voir TSA du 29 avril 2010-> http://www.tsa-algerie.com/culture-et-media/le-haut-commissariat-a-l-amazighite-deplore-la-faible_10510.html].


F. TAMAZIGHT LANGUE OFFICIELLE.

La réponse de l’État partie quant à l’officialisation de la langue amazighe n’est pas convaincante. Il n’explique pas ce qui empêcherait cette officialisation. Pourquoi seule la langue arabe doit être langue officielle ? Qu’est-ce qui justifierait cela ? Pourtant l’État marocain qui est dans la même situation que l’État algérien a introduit dans la nouvelle constitution, adoptée par référendum et promulguée le 1er juillet 2011, la langue amazighe comme "langue officielle" au côté de l’arabe. Ce qui est possible au Maroc pourquoi ne le serait-il pas en Algérie ?


Enfin Tamazgha fait un certain nombre de propositions pour mettre fin à toutes ces discriminations (voir rapport de Tamazgha : pages 30 et 31)

En plus du rapport de Tamazgha, deux autres associations dont AMUSNAW (Tizi(-Ouzou), ont présenté des rapports sur les discriminations faites aux Imazighen et leurs langue et culture par l’État algérien.

Le Comité adoptera des observations finales sur le rapport de l’État algérien et seront rendues publiques à l’issue de la session, qui se termine le vendredi 1er mars 2013.

La Rédaction.


- Lire également : L’État algérien et la discrimination à l’égard de Tamazight


- Rapport de Tamazgha

- Rapports de l’État algérien

- Rapport de l’association AMUSNAW

- Recommandations du CERD en 2001

- État des Associations subventionnées depuis 1999 et Liste des titres édités par le Haut Commissariat à l’Amazighité (document remis par la délégation algérienne au membres du CERD)



Tamilla Aït-Ali et Masin Ferkal, de Tamazgha, et au milieu Ferroudja Moussaoui, de l’association AMUSNAW



Dans la salle des conférences du Palis Wilson, lors de l’audition de la délégation algérienne

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6 Messages

  • Tamazgha accable L’Etat algérien à Genève. 22 février 2013 13:56, par La Mecreante !
    il y a longtemps que l’état algérien a fait crever de rire le monde entier ! Bled Mickey. et Mickey est désormais en kamis. Il a appris à égorger.

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    • Tamazgha accable L’Etat algérien à Genève. 22 février 2013 16:59, par AGWZUL

      azul a "la mécreante"

      Isefkk ad tinidh tinebadhin n’’Mikey" imi si zik akka g tmurt ennegh, maca tardast, tardast ad nawedh s’angga yeghs w-ul, tanemmirt i Mass FERKKAL imeghnasen am netta isefkk ad egwten, asrag ensen yemsidhen (leur heure/temps est compté).

      agwzul

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      • merci tamazgha de mettre au pilori cet état criminel et menteur.
        l’état arabo-islamique est par essence un état colonisateur raciste et exterminateurs des autochtones dont il s’efforce de r"duire en minorité pourprendre sa place afind’exister en tant que.
        Si l’état extémiste algérien refuse de donner les statistiques sur la réalité éthnique c’est tout simplement il sait que la majorité algérienneet même nord africaine est amazighe .
        si les arabes étaient majoritaire il y a longtempsqu’il aurait fournis ces statistiques .En attendant il fait tout pour augmenter le pourcentage de bédouins il faut bien qu’il seurf sur des slogans évasifs comme le trip type islam /arabe/amazigh.
        TAMAZGHA ENTERRERA CETTE ESPECE D’IMPOSTEURS ENNEMIS DE LA VIE..........

        O

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    • DIRE UN MENSONGE PAREIL...

      "la religion musulmane le premier principe est celui de l’égalité entre les races et entre les peuples" .

      C’est être un vrai négationniste quand on sait que tous les pays où l’islam a pénétré le sang à coulé PROFUSION la nature dévastée ,les peuples réduits en esclaves et dhimmis leur culture phagocytée et devenus des minorités.

      L’islam ,l’arme fatale des exterminators sans vergogne qui trompent les pauvres naïfs pour mieux les maintenir dans des mythes farfelus et mensongers inventés pour mieux les dominer pour les achever.

      L’islam ne connaît ni l’amour ni la liberté encore moins la démocratie mais un vrai outil et allier de L’exclusion et de la négation des minorités.

      JE LE MAUDIT AINSI QUE SES SORCIERS.

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  • Tamazgha accable L’Etat algérien à Genève. 22 février 2013 16:18, par Afrikab

    Un grand BRAVO et beaucoup d’encouragements à TAMAZGHA, ainsi qu’à toutes les associations qui luttent pour la reconnaissance par les états du MAGHREB de Tamazight pleine et entière dans toutes ses dimensions , en particulier par l’état algérien qui essaie vainement de gagner du temps alors qu’en réalité ce n’est qu’une perte de temps inutile qui empêche notre pays d’avancer sur le chemin de la justice, du progrès et de la modernité.

    Avec la volonté des Imazighen jaloux de leur culture et de leur langue qui ne se laisseront jamais assimiler, et avec les moyens de communications actuels et futurs de plus en plus répandus et disponibles, tous les mensonges seront dévoilés et la vérité finira par triompher.

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  • Tamazgha accable L’Etat algérien à Genève. 26 février 2013 06:17, par La Mecreante !
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