Teigneux
Traduction de "Tamacahut n Fer’t’as"
jeudi 8 avril 2004
par Masin

II y avait (une fois) deux frères dont l’un avait un garçon ; l’autre n’avait pas d’enfant. Le père du garçon mourut : il lui laissait un veau et un fusil.

Ce garçon s’appelait Teigneux. II gardait les boeufs de son oncle et son veau. Quand i l arrivait aux champs, i l emmenait le veau paître (utilement) et les boeufs, il les faisait entrer dans une écurie.

Au bout d’un certain temps, les boeufs avaient maigri et le veau était en belle forme. L’oncle demanda à son neveu :
- Que se passe-t-il, Teigneux ?... demain, c’est moi qui irai faire paître.

Quand l’oncle arriva au champ, le veau gagna le coin où il mangeait de (la bonne) herbe ; les bœufs se dirigèrent vers l’écurie. Voilà donc, se dit-il, ce que tu me fais (tous les jours ) !
II frotta le veau de terre rouge, revint à la maison et dit :
- Teigneux, ton veau s’est perdu.
Teigneux prit le fusil de son père et ils partirent à la recherche (du veau). Quand l’oncle aperçut la bête, il dit :
- Regarde, Teigneux, un sanglier, là-bas !
Teigneux saisit son fusil et le tua. En s’approchant, il constata que c’était son veau e t qu’il était mort.
- Tu m’as vilainement trompé, mon oncle, dit-il.
II emporta la peau, la laissa se(putréfier) et répandre une odeur affreuse. Alors, il déclara : Je vais la vendre.

Il l’emporta et la jeta. Puis, il se rendit au marché : il trouva deux hommes dont l’un faisait de la monnaie à un autre. Teigneux avait dix sous dans sa poche : il les glissa dans la poche de celui qui avait la grosse somme et se mit à crier, en plein marché :
- Holà ! (bonnes) gens ! Ces (deux-là) m’ont volé le bien (hérité de) mon père !
Les gens accoururent :
- Rendez, dirent-ils, cet argent à son propriétaire.
- Non ! cet argent est à nous.
- Si vous trouvez cinquante réaux et dix sous, dit Teigneux, c’est à moi ; sinon, ce n’est pas à moi.
On compta l’argent et l’on trouva cinquante réaux et dix sous, exactement :
- Rendez-lui cet argent, dit-on : nous vous y obligeons.
Ils donnèrent l’argent à Teigneux.

Il rentra chez son oncle. Celui-ci lui demanda :
- Teigneux, si je les égorge, combien mes bœufs peuvent-ils me rapporter ?
- Si les peaux dégagent une odeur très malodorante, elles te rapporteront cent réaux.
L’autre égorgea ses bœufs ! II laissa les peaux (pourrir jusqu’à) empester. Teigneux dit alors :
- Maintenant, mon oncle, tu peux les porter au marché : elles se vendront.

Son oncle les emporta au marché. Quand il y arriva, le percepteur des droits d’entrée lui tomba dessus à coups de bâton :

Qu’est-ce qu’il te pend, lui dit-il, de nous apporter de telles saletés ? Tu veux empester tout le marché ?

Tout le monde s’ameuta contre lui à coups de bâtons. Revenu chez lui, il cria :
- Ouvrez-moi la porte.
- Les as-tu vendues cher ? demanda sa femme.
- Faites-moi le lit ! Faites-moi le lit ! répondit-il.
Teigneux dit à la femme :
- Fais-lui son lit : il a rapporté tant d’argent !

Le lendemain matin, I’oncle se dit : Je vais aller jeter Teigneux à la mer !
- Allez, viens, dit-il à son neveu.
Ils se mirent en route. Teigneux allait devant. Il trouva un garçon qui gardait un grand nombre de brebis. Teigneux se mit à pleurer. Le berger lui demanda :
- Qu’as-tu à pleurer, Teigneux ?
- C’est que, répondit-il, mon oncle m’a dit : je vais t’acheter une automobile, tu y monteras aujourd’hui... et moi, j’ai peur.
Le jeune berger lui dit :
- Tiens, garde-moi les bêtes, j’irai à ta place.
- Prends mon burnous, lui dit Teigneux, et, en arrivant au bord de la mer, assieds-toi e t mets le burnous comme ça, pour cacher ta figure.
Le garçon, arrivé au bord de la mer, dissimula son visage. L’oncle, pensant que c’était Teigneux, le jeta à la mer.

Le soir, Teigneux, ramenant les bêtes chez son oncle, cria :
- Ouvrez-moi la porte !
- Le voilà revenu, ce galopin ! dit son oncle.
Il alla lui ouvrir. Eberlué de le revoir, il demanda :
- D’où ramènes-tu ces bêtes ?
- De la mer, répondit Teigneux. Si t u m’avais jeté (plus loin) en plein milieu, j’en aurais ramené de plus grosses.
- Nous irons demain, dit l’oncle, et nous les ramènerons toutes.
- (C’est entendu,) dit Teigneux.
Le lendemain matin, toute la maisonnée se mit en route. Ils atteignirent la mer. Teigneux dit :
- Mon oncle, jette la chienne : elle ramènera les bêtes. (La chienne le mordait souvent).
Ils jetèrent la chienne, qui ne revint pas.
- Teigneux, pourquoi ne revient-elle pas ?
- Parce qu’elle dévore les bêtes et boit du lait. Jette ta femme, que tout le monde revienne.
Il jeta sa femme, qui ne revint pas. Il demanda alors :
- Teigneux, comment se fait-il qu’elle ne revienne pas ?
- Vas-y donc toi aussi.
- Vas-tu donc continuer à te moquer de moi ?

Teigneux détala. Son oncle se mit à sa poursuite et finit par l’attraper. Il l’attacha à un arbre dans une forêt pleine de bêtes sauvages.

Au bout d’un certain temps, Teigneux aperçut un vieillard. Il se mit à dire :
- Dieu merci, j’ai de bons enfants...
- Pourquoi dis-tu cela ? demanda le vieillard.
- Parce que, dit Teigneux, hier, j’étais un vieil homme : on m’a attaché ici et, aujourd’hui, me voilà un jeune homme.
- Attends, dit le vieux, je vais te détacher et je me mettrai à ta place : je rajeunirai.
- Non, dit Teigneux : mes enfants me battraient !
- Attache-moi quand même, dit le vieillard : ils ne te battront pas.
Teigneux lia le vieillard à sa place.

Il prit le mulet (du vieillard) et (son) argent et revint chez son oncle ; mais, ils vécurent à part, chacun chez soi.

J.L.D. et J.M.D.

- Version originale : kabyle


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