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Aâecciw n tmes, ou le premier roman féminin kabyle
Par Saïd Chemakh
mardi 10 février 2009
par Masin
Le premier roman féminin kabyle vient d’être publié. C’est à Tizi-Ouzou qu’il a vu le jour juste avant Yennayer 2009. Souhaitant qu’il soit le prélude à la publication de tous les romans féminins dont nous avons eu à lire les manuscrits à l’instar de ceux de Fatiha Merabti, Fatima Aït Hemlat et tant d’autres femmes kabyles qui ont rompu le silence pour dire le monde par le truchement de mots sous un genre totalement nouveau en littérature berbère : le roman.
Rappelons-le : le premier roman féminin écrit en berbère est Tasrit n wez’ru (La mariée du rocher) de Samira Yedjis. Il a été édité en 2001 par les éditions Anakhla à Oujda (Rif). Il est par ailleurs le 3ème roman écrit en berbère du Rif (tarifit) après ceux de Med Chacha (1997) et Med Bouzeggou (2001).


La belle jeune femme qui a osé ce défi est déjà connue du public kabyle et amazigh. C’est Lynda Koudache. Avant d’embrasser le genre romanesque, elle s’est déjà lancée dans la poésie. Elle a, donc, trois recueils à son actif à savoir : Comme une forêt de mots dits (2001), L’aube vierge (2003), Lligh uqbel ad iligh (2005).

Lynda Koudache ne s’est pas destinée uniquement à la poésie, elle s’est investie dans la nouvelle. La nouvelle Anagi n tudert traduite en français sous le titre de Témoin d’une vie a été primée au concours Femmes Méditerranée en 2006.

Il semble qu’aucun de ses genres ne parait satisfaire l’auteur. Elle veut dire (et écrire) plus, explorer de nouveaux rivages, aller à la rencontre de nouveaux horizons qui lui permettrait d’accoucher en kabyle ce qu’une femme écrivaine kabyle ressent.
Le pari est gagné avec Aâecciw n tmes
 [1].
Le titre a lui seul est évocateur. Aâecciw désigne, en kabyle, une cabane construite avec du bois, du moellon ou du pisé et servant d’abri aux voyageurs en détresse, aux inconnus cherchant refuge pour fuir les bourrasques et les neiges dans les champs. Times, le feu, c’est cette énergie en incandescence source de chaleur et de lumière.

Aâecciw n tmes n’est autre que cette petite demeure offerte par Dda Saâid à Fatma une orpheline maternelle et sa tante Nna Cabha deux femmes errantes, ne sachant plus à quel saint [se] vouer depuis qu’elles ont quitté leur village.
Le charme et la grâce de Fadhma ne laisseront pas Larbi fils de Nna Ldjuher et de Dda Saâid indifférent. Il succombera aux feux de l’amour. Il ne vivra que pour aimer et être aimé par Fadhma. Mais c’est non sans compter sur la jalousie de sa tante maternelle Yamina qui rêve depuis longtemps de le voir uni à sa fille Chrifa. Ldjouher a un allié de taille, sa sœur Yamina qui, obnubilée par les lieux familiaux, acceptera de recourir aux philtres d’une sorcière pour empoisonner Fadhma alors qu’elle était enceinte de Saïd le fils de Larbi… nous voilà donc placés dans cet univers de lutte, typiquement féminin, seule une écrivaine comme Lynda Koudache peut en parler. Les jalousies, les intrigues des femmes kabyles, les complots, les alliances… pour continuer à régenter la vie des hommes dont nous la savons monnaie courante.

Pour présider à la destinée des hommes, les femmes recourent à tout type de subterfuges dans cette société traditionnelle. Et elles réussissent. La domination masculine n’est qu’apparence. Apparence mais obligation car pour maintenir sa position dans son groupe traditionnel, le kabyle doit s’y conformer. Certes, ce modèle tend à disparaître mais le processus est lent, très lent.

Les descriptions que fait le narrateur de certaines scènes trahissent les connaissances de l’auteur. En fait, qui peut mieux que Lynda Koudache décrire les douleurs de l’accouchement, l’ambiance régnant chez une sorcière ? … Réalisme oblige. A l’instar de la première génération de romanciers kabyles (S. Saadi, R Aliche, S. Zenia, A. Uhemza…) et à l’instar des romanciers de la deuxième génération (B. Tazaghart, Ould Amar, M. Ait Ighil, etc., Lynda Koudache semble très préoccupée par la langue romanesque. Le sujet, bien que simple, trahit la volonté de la romancière de dire plus, de dire mieux, de dire mieux et mieux encore la réalité ambiante. Exercice difficile surtout lorsque nous savons que ces écrivains ne sont pas initiés aux techniques d’écriture littéraires, ni à la langue berbère. Cette dernière étant frappée d’ostracisme, marginalisée et donc non reconnue par l’Etat-nation algérien.

Certes, les critiques peuvent reprocher à Lynda Koudache sa naïveté, ses phrases simples, son manque de descriptions amplifiées... Certes, certaines coquilles et autres erreurs de notation usuelles subsistent encore dans le texte. Mais Lynda Koudache, à l’instar de Taos Amrouche, première romancière kabyle et… algérienne (comme on dit dans certains cercles éculés) innove : elle permet aux femmes kabyles de s’affirmer, de s’assumer et d’assumer la destinée de toute une frange de la société.
Du statut de gardienne du feu sacré, la gardienne préservatrice de la langue et culture amazighes, l’écrivaine kabyle est en train de devenir "passeur de gué", la salvatrice de la mémoire non pas par la mémorisation de contes merveilleux et de poésies amoureuses mais par la création, par l’entrée par effraction, dans un monde longtemps resté l’apanage des hommes.
Kateb Yacine disait qu’une femme qui s’émancipe vaut son pesant d’or et qu’une femme qui écrit vaut son pesant de poudre. Ne pourrait-on pas dire, pour paraphraser Kateb Yacine, qu’une femme qui écrit en kabyle, de surcroît, vaut son pesant d’uranium 238 ? Lynda Koudache est de celles qui valent tous ces pesants.

En tout état de cause, l’œuvre de Lynda Koudache fera date : elle est une des premières pierres d’un édifice certes fragile mais désormais en voie de consécration, à savoir la littérature kabyle.

Subjectivement, nous estimons que cette voie est à encourager car payante. Mais n’est-il pas objectif d’encourager la naissance, la promotion d’un art, d’une littérature ? Nous sommes subjectifs, certes, dans nos propos en parlant de Lynda Koudache mais nous ne sommes pas autant objectifs en encourageant les femmes kabyles à écrire, à dire le monde, à s’exprimer, à s’assumer,… nous le sommes en disant à Taqbaylit, ini-d/aru-d s teqbaylit. Lynda l’a fait et nous lui sommes reconnaissants. Que d’autres femmes kabyles écrivent : elles ne seront que les bienvenues dans le monde où l’humain, l’Humanité, ses préoccupations et son devenir sont dits par le truchement du langage. Une fois embarqués dans le navire des lettres, la langue importe peu, l’essentiel c’est de dire le monde. Lynda Koudache a pris le risque. Elle l’a fait en kabyle. Ce n’est que tant mieux.


Saïd Chemakh


[|Lynda Koudache|]

Notes

[1Aâecciw n tmes, par Lynda Koudache, Préface de Saïd Chemakh, 164 pages, Editions Tasekla, Tizi-Ouzou, 2009.

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5 Messages

  • Aâecciw n tmes, ou le premier roman féminin kabyle 14 février 2009 18:51, par agenduz

    azul,

    ça aurait été bien si vous aviez met un extrait du roman, comme ça au moins on aurait eu une idée par rapport au style...remarque c’est pas trop tard !!

    tannemirt

  • Aâecciw n tmes, ou le premier roman féminin kabyle 17 février 2009 22:46, par zizaoui

    azul fellawen

    je suis très content de cette publication, car tamazight a besoin de nous.
    je veux savoir coment pourai-je avoir une copie de ce roman, moi qui est Rifain du Maroc ? est ce que mass S ; Chamakh ou quelqu’un d’autre peut m’aider pour avoir une copie.

    Abdelmottaleb zizaoui : amazigh39 yahoo.fr

    tanemmirt

    • Aâecciw n tmes, ou le premier roman féminin kabyle 8 mars 2009 21:26, par winn n"da
      voila, c’est ce qu il faut faire,acheter des livres ecrits dans notre langue,est un devoir pour nous les amazighs,comme,on a su crées une littérature amazigh,on doit savoirs la faire vivre,et la faire epanouire azul d’amoqran i watmaten negh,dhina dil maroc ,jjighawen talwit ar thufat
      • Aâecciw n tmes, ou le premier roman féminin kabyle 5 mai 2009 20:31, par ageswah n tudert
        www Azzul a weltma Azzul a tin iwarten imghi n ssaba,imghi i d-yekren deg yiger n tusna d tmusni ,imghi i yefkan lhebb n tsekla ,tasekla taqbaylit i yueswan s waman n yighbula n yiheddaden n wawal. Ihi kemm a weltma tesbeddedh tigejdit n tissas,tigejdit n tinzert ,tigejdit n tutlayt,kemm tlemdedh awal n Dda LMulud mi d- yenna :(Win iharzen ayen d-yufa winna d cci,ma d win yernan ghur-s kra ,winna yaghleb kulci) .Ihi kemm assa tecbidh ifeggagen n uzetta }} QADER BEL3IDI Ageswah n tudert
  • Aâecciw n tmes, ou le premier roman féminin kabyle 9 septembre 2009 18:46, par SOS KABYLIE
    c’est un inorme plaisir d’apprendre encore qui a un roman de plus en kabyle, cela va enrechir notre littérature, bravo pour Lynda. Mais une question, je me demande comment elle écrit en kabyle alors quand on l’enttend parlé , elle s’exprime qu’en français !! ?