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Littérature amazighe
"Anzwum" : un recueil de poèmes de Moha Mallal
dimanche 8 octobre 2006
par Yafelman
"Anzwum" (le souci) est le titre du recueil de poèmes que Moha Mallal vient de publier à Tamazgha occidentale.
Regroupant 54 de ses poèmes, traduits en français par Omar Akesbi, ce beau livre de 130 pages vient enrichir la littérature amazighe écrite dans la région et permettra sûrement de l’ouvrir sur l’universel.

Chanteur, poète, compositeur et interprète, Moha Mallal, écrit Ahmed Haddachi dans la préface du livre "fait partie de ces jeunes chanteurs qui ont fait naître l’amour d’un genre nouveau de chansons amazighes dans le coeur de leur génération. Nombreux sont ceux qui ont suivi sa trace".

Pour sa part, le traducteur de l’oeuvre, M. Omar Akesbi, artiste peintre et nouvelliste constate que dans plus de 60 pc de ses poèmes, Mallal parle à la deuxième personne, et dès le premier ver, s’adressant directement à son interlocuteur pour consoler, calmer, encourager, soutenir, apporter espoir, s’enquérir, quémander, se plaindre, tenir à témoin, et parfois tout simplement pour raconter et rappeler de moindres souvenirs nostalgiques.

Dans sa poésie, Moha Mallal "a consolé son frère et sa sœur, a consolé Moh (A Muh’ a Muh’ Yuda tallad imett’awen) [1], s’est plaint auprès de son âme sœur qui l’a laissé en pleurs (May ran ak-id irar, adday-k zz’len imett’awen [2], a supplié la vieille qui sauvegarde l’histoire de lui conter le passé (A tamghart a tenna yeh’d’an amezruy, qqis-i may zrin [3]".

Outre le monde des humains, il s’est adressé spontanément à la fleur (ayedjig), à l’oiseau des cieux (A yagd’id’ n igenwan ikkan nnig tmizar) [4], aux séquelles du coeur (izmulen), à la vallée de Dadès à laquelle il déclare son amour (Tarat-i s imett’awen a yasif n Dads [5], à la figue précoce et au puit (A yanu izwan ibbey-ak ugatu [6]. Moha, s’est aussi adressé à la vie (tudert), au soleil (tafuyt) et au temps comme s’ils se tenaient juste devant lui.

Plusieurs poèmes de Mallal, écrit le traducteur, "sont des vers libres et sans rimes. Ils sont pour la plupart d’une grande concision et les vers bien que parfois légers, sont d’une grande profondeur, des vers, dont chacun parfois, pris part semble à lui seul résumer tout un poème, des vers qui cachent d’autres".

Certains poèmes semblent résonner comme des hymnes, d’autres sont d’une légéreté extrême et relatent un monde paisible (Asif n Dads, illis n yigran = fille des champs).
De la poésie de Mallal émane un grand espoir, donnant un sens à ce qu’à enduré un peuple colonisé depuis des siècles, sans toutefois ni avoir oublié ni s’être résigné car "viendra un jour, chante Mallal, j’en ai la prémonition, le temps basculera et nous aurons les rênes". Notre espoir est grand.

Lhoussain Azergui

Moha Mallal, Anzwum, éditions Publisud, 2006, 130 pages

Notes

[1Assez pleuré oh Moh ! page 106

[2qui ce qui va te ramener quand les larmes te pourchassent ? page 104

[3De grâce grand-mère toi qui préserve l’histoire, raconte-moi ton vécu, page 40

[4Oh ! Oiseau des cieux qui survole les villages, page 90

[5Avec des larmes tu m’as ensorcelé, page 20

[6Oh ! Puit desséché à la corde cassée, page 54

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9 Messages

  • "Anzwum" : un recueil de poèmes de Moha Mallal 8 octobre 2006 20:13, par azergui

    Pour plus d’infos sur l’artiste, visitez son blog :

    http://anazuramazigh.over-blog.com/

    • azul ihrran , ayenna yak nigh idrus xf muha smi yan unazur amqran ayega yusin anzwum i tmazight d tamazirt , iya aha asafu isididen i waraw n idurar d dadda umazigh .tanmmirt cigan xf twuri na tskart ar nsutur ad isudu y ubrid ulawen negh lan dis aha aqbur
  • "Anzwum" : un recueil de poèmes de Moha Mallal 12 octobre 2006 10:25, par SOUPAPE

    Azul !

    Merci d’ avoir pensé à cet artiste hors du commun...

    Que dire de ce magnifique recueil de poésie ?

    Malgré les nombreux défauts qu’ abritent l’ ouvrage notemment d’ orthographe et de mise en page, défauts bien-sûr qui ne sont pas l’ oeuvre de l’ auteur, Anzwum est un vrai trésor. Un trésor plein de métaphores magiques d’ une syntaxe et d’ un style exceptionnels.

  • "Anzwum" : un recueil de poèmes de Moha Mallal 12 octobre 2006 11:33, par SOUPAPE

    ( Suite ...)

    Le lecteur est un peu confus et se heurte à une problématique intéressante : Mallal fait-il passer un message porteur d’ espoir ou est-il, en fin de compte, pessimiste ? En réalité, les deux. Mais l’espérance l’ emporte fort heureusement. Révolté mais toujours perséverant, le poète y croit. Et donne envie d’ y croire. J’ avoue qu’ avant d’ avoir lu le recueil, j’ étais un tantinet pessimiste et pensais que jamais notre drapeau serait un jour visible de tous les monts. Mais Mallal m’ a redonné espoir ! Oui, l’ espoir de récupérer nos droits, notre terre et de faire reconnaître notre langue. L’ espoir de vivre notre dignité une bonne fois pour toutes. L’ espoir fait vivre...

    Critique ( virulente mais très franche ! ) à l’égard de la traduction :

    Etant " berberophone " , je n’ ai pas apprécié le travail de traduction de Monsieur Akesbi dans son ensemble. Cela ne regarde que moi mais personnellement, j’ ai senti un vrai décalage entre le sens des vers et de leur traduction. Je pense, en effet, que l’ auteur a tout simplement sur-traduit et a exagéré dans l’ utilisation du lexique soutenu. Des mots plus simples auraient pu être employés. Je n’ ai pas du tout apprécié le terme " fading " par exemple. La pensée du poète est difficile à décrypter ce qui rend laborieuse la compréhension du poème mais pas seulement ; cela incite le lecteur à aller chercher le sens là où il est, à se mettre à la place du poète, à vivre, en fait, ce qu’ il vit. Le traducteur m’ a quand même appris certains termes que je ne connaissais pas et je l’ en remercie :). Ce que je lui reproche, c’ est sa sur-traduction seulement ( Je suis loin de penser qu’il est responsable des fautes d’ orthographe ! Enfin, j’espère ! ). La préface de Haddachi, par contre, est particulièrement riche et indispensable à lire avant de se lancer dans l’ aventure des vers de Mallal. J’ aimerais, par contre, savoir si Monsieur
    Akesbi s’ est déjà initié à la traduction tamazighte/ français et, si oui, connaître ses ouvrages ? Je tiens à noter que je n’ aurais jamais pu et oser traduire ce recueil, qui doit être une tâche difficile, comme il l’ a dit, de peur de transformer le sens des vers de l’ auteur et donc son message...Bravo à Monsieur Akesbi d’ avoir eu ce courage !

    Je reviens à l’ auteur qui, à travers ce recueil, m’ a redonné l’envie de me battre et de ne jamais baissé les bras. Merci à lui :).

    Difficile d’ avoir un " poème préféré " car tous sont d’ une nostalgie étouffante et d’ une beauté mélancolique unique.

    Le seul qui ait réussi à me faire pleurer, c’ est l’ émouvante Iliss n Tmazirt ( sans parler de son accompagnement musical encore plus larmoyant...). Les poèmes qui ne m’ont pas plongé dans un univers taciturne m’ ont baigné, eux, dans une atmosphère philosophique et harmonieuse. D’ où ma réfléxion au début du commentaire sur l’ état d’ âme qui domine Mallal...Les vers sur la nature placent le lecteur entre ces deux états d’ âme. Une sorte d’ équilibre émotionnelle en quelque sorte. Et vitale pour ne pas sombrer dans le chaos psychologique...

    Nombreux sont les poèmes qui m’ ont fait sourire. Un sourire à la vie. La majorité des poèmes dégagent une émotion si forte, si particulière, en tout cas, pour un Amazigh, que l’ ont lit et relit et multiplie les lectures jusqu’ à s’ épanouir. Quand je lis les poèmes de Mallal, je me sens encore plus forte et encore plus acharnée à me battre pour notre cause, pour notre liberté.

    Mallal peut et doît être très fier de son travail. En tout cas, cet artiste à part entière a réussi, en tout cas, à me réveiller, à réactiver ma conscience.

    Un dernier point ( Pour la pub :) ) : Je vous invite très fortement à lire ce recueil ( sans modération :) ) et à le relire une fois lu pour ceux qui n’ ont pas encore découvert " Mallal l’ écrivain-poète ". Cela en vaut vraiment la peine.

    Tanmirt et Ayuz !

    • "Anzwum" : un recueil de poèmes de Moha Mallal 20 novembre 2006 22:12, par Omar AKESBI
      Merci pour votre critique franche et virulente. J ai traduit Mallal en tant qu ami. C est la premiere fois que je me suis essaye a un travail pareil. Mao Tsi Tung a dit que si le tigre gouverne la jungle c est que le lion n est pas la .J espere que des lions surgissent ( des specialistes ayant beneficie d une formation academique) ;et se mettent a l oeuvre .Je n ai traduit qu une petite partie de l oeuvre de mallal .Dailleurs il n ya pas que lui . J espere avoir attise la ferveur des traducteurs specialistes et experimentes. Quand LESHVALEZA s est aventure dans la politique alors qu il n etait que syndicaliste il a dit : Je ne suis pas politicien mais un homme bourre de colere Une autre fois merci pour votre critique franche. N.B:pardon pour les accents et les apostrophes Omar AKESBI
      • azul a moha !

        ne te lamente pas si tes traductions sont vues comme étant médiocres !ya que les gens qui ne font rien qui ne font pas d’erreurs !

        moi, en tant que kabyle d’algerie, ce n’est pas du tout ça que je cherche ! je voudrai trouver ces poémes sur le net pour les lire car je suis un amedyaz (poête).alors je veus lire tamedyazt nelmeroc pour enrichir mes connaissances et connaitre ce qui s’ecrit chez vous.

  • "Anzwum" : un recueil de poèmes de Moha Mallal 21 janvier 2007 18:09, par Carole Gibelin-Leclère

    Comme le disait Albert Eintein :

    "Toute grande réalisation a d’abord été

    un rêve."

    Alors, souhaitons que les poètes, de ce

    monde contemporain puissent faire

    entendre la voix des muses angéliques

    pour adoucir les réalités.

    Soyons, nous poètes, les magiciens de

    demain,"panseurs" de mots...

    Carole Gibelin-Leclère

    bibliothécaire CFP Charles Péguy de

    Blois, écrivain, poète, Vice-présidente

    section Lettres de L’Ecole de la Loire-

    Académie-Internationale