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Entretien.
Azawad : le paludisme aussi tue.
mardi 6 octobre 2015
par Masin
Depuis plusieurs semaines, de nombreux décès faisant suite à des fièvres ont été enregistrés dans de nombreuses localités de l’Azawad. Ces fièvres et décès ont également touché les jeunes enfants. Pour en savoir plus, nous avons contacté un médecin qui travaille pour une ONG internationale parmi les rares à intervenir dans l’Azawad, à Kidal.
D’après les informations fournies par ce médecin, il s’agit d’une épidémie de malaria (paludisme) qui frappe de plein fouet l’ensemble de l’Azawad et ce depuis le début de la saison des pluies.
Le paludisme est une maladie infectieuse qui se transmet d’une personne malade à une personne saine à travers les piqûres de moustiques infectés qui transportent et transfèrent le parasite. La maladie se manifeste essentiellement par une fièvre et des courbatures, mais d’autres symptômes peuvent y être associés.
Nous rappelons que d’près l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les épidémies de paludisme sont des urgences de santé publique graves qui peuvent être lourdes de conséquences pour la santé de la population. Si l’apparition de ces épidémies est favorisée par des facteurs environnementaux, quantité importante de moustiques, agents de transmission du parasite responsable de la maladie, il n’en demeure pas moins que l’absence de toute stratégie de prévention et de programme de prise en charge des personnes déjà malades afin d’éviter de nouvelles contamination sont également responsables de la propagation de cet autre mal dont souffrent les populations de l’Azawad.

Dans cet entretien que nous a accordé Docteur A.M.A., qui a souhaité garder l’anonymat, il revient sur cette épidémie et les moyens d’en limiter les conséquences.



Tamazgha.fr : Depuis plusieurs semaines on entend dire qu’une épidémie frappe dans de nombreuses localités de l’Azawad. Pouvez-vous, en tant qu’intervenant de terrain, nous préciser la nature de cette épidémie ?

Dr. A.M.A. : D’après les signes cliniques et les examens réalisés tels que le TDR (test de détection rapide), il s’agit d’une flambée de cas de paludisme à plasmodium falciparum. Les premiers symptômes sont une fièvre, des maux de tête, des courbatures et une anorexie pour les cas dits simples. Lorsqu’on est en présence de cas grave, il peut y avoir des convulsions, des troubles digestifs tels que diarrhée, vomissements, douleurs abdominales chez les enfants et des délires chez les adultes.


A quel moment est apparue cette épidémie ?

Les premiers cas avérés remontent au mois de juillet 2015. Cela correspond au début de la saison des pluies qui favorise la multiplication des vecteurs. La multiplication des moustiques quand elle est associée à de mauvaises conditions d’hygiène de vie générale, favorise la propagation rapide de la maladie. Le grand nombre de moustiques infestés facilite la diffusion du parasite et augmente ainsi le nombre de personnes touchées.


Avez-vous une estimation du nombre de personnes qu’elle concerne ?

Disons que ce sont toutes les populations de la région de Toumbouctou, Gao, Kidal ainsi que celles vivant le long des frontières avec l’Etat algérien et l’Etat nigérien qui sont exposées.


Et des statistiques de celles infectées ?

Il est difficile d’avoir des statistiques précises dans les conditions actuelles et que vous connaissez. Selon les informations qu’on a, pour la région de Kidal, on a enregistré 14 décès dans la zone du sud-est, 20 décès du côté de Tinassako à l’est de Kidal et 4 décès au niveau du centre de santé de référence de Kidal même. Cela nous donne un total de 38 décès en une seule semaine (du 21 au 27 septembre). Il faut noter que ce sont les informations dont nous disposons pour la région de Kidal mais d’autres cas existent et nous ont été rapportés pour les régions de Toumbouctou, de Gao et Ménaka.


Quels sont les moyens mis en œuvre pour soigner les personnes malades et éviter de nouvelles contaminations ?

Le système de santé est très fragilisé par la crise qui prévaut dans la zone. La majorité des centres de santé ne sont pas fonctionnels. Cependant certaines ONG tentent de faire face dans les limites de leurs moyens. Une ONG a par exemple déployé quatre équipes de cliniques mobiles dans huit aires de santé dans la région de Kidal. Ces équipes sont composées chacune de trois agents de santé dont un médecin et un mobilisateur communautaire pour la sensibilisation des populations. La couverture des autres aires de santé (Tinassako, Abaibara, Tessalit) de la région de Kidal reste un défi.


Pouvez-vous nous rappeler comment se propage la maladie ? Et quels conseils donnerez-vous pour que les populations s’en protègent ?

La maladie se transmet d’une personne malade à une personne saine à travers le sang par la piqûre de moustique (anophèle femelle) infectée les parasites de paludisme. Donc pour s’en prémunir il est important de s’assurer une hygiène maximale, veiller à un bon assainissement pour ce qui est des « bases ». Il faut ensuite utiliser des moustiquaires et des insecticides (type DDT) à pulvériser sur les concessions, les eaux stagnantes et les plantes sales. Aussi, pour les femmes enceintes, la prise de Sulfadoxine Pyremitamine est nécessaire.


Qu’est-ce que les lecteurs peuvent faire pour aider à la prise en charge des personnes malades ou participer à la prévention de cette épidémie ?

Les lecteurs peuvent partager les conseils de prévention pour sensibiliser au maximum les populations sur l’utilisation des moustiquaires et l’importance de la prise en charge précoce de la maladie. Plus on intervient tôt, plus la personne a de chances de guérir et d’éviter de contaminer les autres. Les lecteurs peuvent aussi faire des plaidoyers auprès des partenaires nationaux et internationaux pour apporter un soutien à ces populations touchées par la maladie.

Propos recueillis par,
Tamilla At Ali.


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