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Chants de femmes en Kabylie
Première monographie des chants traditionnels
vendredi 23 décembre 2005
par Masin
Après des années de recherches et d’enquêtes de terrain menées à partir du début des années 1980, Mehenna Mahfoufi, ethnomusicologue kabyle, vient de mettre à la disposition du public le premier livre qui traite du chant et de la musique des villages kabyles. Ce livre, intitulé "Chants de femmes en Kabylie. Fêtes et rites au village", est accompagné d’un CD-audio contenant vingt-deux extraits vocaux et instrumentaux. Ce livre apporte une contribution irremplaçable aux études des musiques kabyles.


Mehenna Mahfoufi est docteur es lettres et sciences humaines option ethnomusicologie. Il est membre associé du département d’études d’ethnomusicologie du CNRS/Musée de l’Homme et, depuis plus de vingt ans, membre de la Société française d’ethnomusicologie. Ses recherches portent sur les musiques d’Afrique du Nord. Il a déjà publié un ouvrage intitulé "Chants kabyles de la guerre d’indépendance. Algérie 1954-1962" (Atlantica-Séguier, Paris, 2002) préfacé par Mohammed Harbi, ainsi qu’un "Guide pédagogique d’initiation aux musiques du monde berbère", destiné aux professeurs de musique des collèges, édité par l’Association Awal/Grand Lyon en 2001. Il vient de finir la rédaction d’un ouvrage sur Cheikh EL-Hasnaoui dont le titre provioire est "Cheikh El-Hasnaoui : De la solitude à l’isolement". Sa publication est prévu en Algérie pour le mois de février 2006. Sur sa table de travail l’auteur s’attèle à la finition d’un livre sur Slimane Azem dont il avait obtenu plusieurs interviews au cours de l’année 1982 ; leur dernière rencontre avait eu lieu un mois avant le décès de la figure emblêmatique de la chanson kabyle moderne.
Avec le livre "Chants de femmes en Kabylie. Fêtes et rites au village" et le CD-audio qui l’accompagne, Mehenna Mahfoufi nous offre un véritable cadeau par lequel nous (re)découvrons un pan entier de la culture et de l’art musical kabyles. Cet ouvrage est également une contribution inestimable de l’auteur à la sauvegarde de cet art sérieusement menacé de disparition. L’ouvrage est tiré d’une thèse de doctorat soutenue sous la direction de Gilbert Rouget.




Se voulant une monographie d’études d’ethnomusicologie, cet ouvrage est en quelque sorte "le fruit de la quête d’une meilleure connaissance et d’approfondissement de la culture ancestrale faite par le biais de la musique, puis la musicologie et, enfin, de l’ethnologie de la musique". C’est un véritable périple que l’auteur a dû effectuer pour arriver à rassembler les éléments qui lui ont servi à la réalisation de ce travail laborieux.

Cet ouvrage de référence, le premier du genre, est avant tout l’aboutissement d’une volonté de l’auteur, Mehenna Mahfoufi, de mieux connaître la culture de ses ancêtres. Tout a commencé pour lui en 1970-1971 lorsqu’il a lu le livre "Le conte kabyle" de Camille Lacoste-Dujardin. Cette lecture a fait naître en lui l’idée et l’envie de s’attacher à l’étude des productions sonores traditionnelles de Kabylie. En effet, Camille Lacoste-Dujardin, dans son ouvrage sus-cité, souligne l’intérêt qu’il y a "à étudier les questions de rythmes, d’accent et de sonorités dans le conte kabyle". Le hasard a fait qu’à l’époque, Mehenna Mahfoufi prenait déjà des cours de solfège.

L’avant-propos de cet ouvrage retrace, entre autres, l’itinéraire de l’auteur et la façon par laquelle il est venu à s’intéresser au sujet et à réaliser ce projet. Il donne les repères essentiels de l’évolution de la chanson kabyle. Il met le doigt, également, sur certains phénomènes sociaux qui ont gangrené la société kabyle et contribué à son "acculturation".

Après sept ans passés en France, l’auteur décide de rentrer au pays. Il arrive à Alger un certain 19 juin 1965. Déçu notamment par la situation que subissent les langue et culture amazigh en Algérie, en 1968 il quitte à nouveau le pays et revient en France avec l’idée d’œuvrer pour que sa langue, la langue kabyle, puisse avoir accès à l’enseignement, véhiculer la culture ancestrale et tout ce qui peut faire qu’une langue puisse s’épanouir et se développer. Dès 1969 il écrit des poèmes en kabyle qu’il met en musique et chante à partir de 1971-1972 sous le pseudonyme de Naït-Issad Wejmiâa. Cela lui permet de rencontrer, à Alger, où il enregistre ses chansons à la radio, diverses personnes intéressées par la pratique et le devenir de la chanson kabyle et, à travers elles, l’état de la culture et l’identité berbères.

Déjà à cette époque-là (début des années 1970), l’auteur estimait que "tout projet relatif à la réactivation de la musique traditionnelle devait s’appuyer sur la connaissance de l’ensemble des répertoires villageois et citadin". Le répertoire villageois était à l’époque très peu connu des compositeurs kabyles. Dans son analyse, l’auteur s’est justement posé la question quant aux raisons qui ont fait que ces compositeurs ignoraient le répertoire en question.

Cette monographie répond en partie à cette question. En effet, selon l’auteur, un chanteur pouvait difficilement s’inspirer de la tradition villageoise. Cela s’explique par plusieurs raisons. Parmi elles, il cite l’absence de mode d’apprentissage et l’inexistence de formation musicale qui permettraient l’acquisition du répertoire villageois par les jeunes. Ceci explique, toujours selon l’auteur, pourquoi les compositeurs kabyles se sont inspirés de musiques d’orient et d’occident.

Mais à l’origine de toute cette ignorance, il y a un phénomène grave qui est, par ailleurs, responsable de plusieurs maux que de manière générale la société vit en Afrique du Nord. Il s’agit de la séparation des sexes en vigueur dans la société traditionnelle signalée et largement développée par P. Bourdieu dès la fin des années 1950.
Le répertoire villageois est connu et maîtrisé principalement, voir exclusivement, par les femmes. Et du fait de la séparation des sexes, les créateurs hommes n’ont pas de possibilités d’acquérir le savoir de ces femmes dépositaires du répertoire villageois en matière de chant et de musique.
Pour illustrer ce phénomène, l’auteur raconte une aventure qui lui est arrivée avec un groupe de tambourinaires (Id’ebbalen) au village Igourès (Aïn-El-Hemmam). Invité par Mbarek Axliliw, tambourinaire de renom, pour effectuer des enregistrements de la soirée musicale de mariage qu’il animait, l’auteur raconte ce que l’on fait subir aux tambourinaires ainsi qu’aux étrangers invités : tout cela pour éviter de rencontrer des femmes. Lors de cette aventure, l’auteur dût quitter le village sur la sommation du père du marié qui, le deuxième jour de la fête, s’était rendu compte de sa présence parmi les musiciens. Cela montre la gravité de certaines traditions de la société kabyle en matière de rapports Hommes-Femmes. Cette situation illustre l’ampleur des dégâts que l’islam a produit en Afrique du Nord.
A travers son expérience, l’auteur fait remarquer que les auteurs qui ont étudié la poésie kabyle, lyrique et non lyrique, ont rarement pénétré le monde des femmes : les femmes sont pourtant les dépositaires de la plus grande partie du patrimoine poétique et musical villageois.
Ces faits et cette analyse donnent certainement une explication (ou du moins un début d’explication) à la situation que vit la Kabylie aujourd’hui en matière de culture musicale : la société kabyle, pour ne pas dire les hommes kabyles, ont sérieusement réduit les chances de transmission et de développement du patrimoine local en général et du répertoire musical en particulier. Cela a fait que les générations, venues plus tard à la musique sans bagage consistant, ont été la proie de toutes sortes d’influences qui pourraient expliquer, par exemple, la situation que vit la Kabylie en ce moment en matière de choix musicaux. Mais, les choix de la jeunesse kabyle d’aujourd’hui ne répondent-ils pas à un besoin né de frustrations diverses et variées, notamment la frustration sexuelle ?

Plusieurs barrages ainsi établis par les hommes empêchent toute mise en valeur et toute transmission de cet art par les femmes, aux hommes notamment, à l’intérieur du village mais aussi en dehors de celui-ci. Même les chercheurs qui essayent de faire des enquêtes de terrain, lorsqu’ils sont des hommes, sont considérés comme "intrus indésirables".
Toutes ces raisons, ainsi que les difficultés inhérentes à l’enquête menée sur un terrain miné et difficile d’accès, ont fait que l’auteur a consacré cette monographie à l’étude de la musique du village dont il est originaire : Aït Issaad (A.P.C. d’Ifigha, daïra d’Azazga). C’est là que le terrain, pour lui, présentait le moins d’embûches. Et comme il le dit lui-même, dans son village il a pu y travailler avec des difficultés réduites.


Etablir l’inventaire le plus complet des différents genres musicaux kabyles

Le but du travail mené par Mehenna Mahfoufi était de faire l’inventaire aussi complet que possible des différents genres musicaux locaux.
A partir d’enquêtes faites exclusivement en langue kabyle, l’auteur dresse la typologie générale des circonstances villageoises accompagnées de musique, de chants et de danse. Ainsi ont été enregistrés, non sans difficultés, des chants de naissance, de mariage, de jeux, de joute, d’amour, de guerre, ...
Les enquêtes de terrain ont été complétées par des investigations effectuées à Paris en utilisant l’instrument radiophonique. En effet, ayant animé une émission sur Radio Beur [1] intitulée "Votre mémoire en concert" Ccfawa nnwen s tmeγra, des auditrices chantaient au téléphone en direct sur les ondes. Soixante émissions de deux heures chacune ont été animées et enregistrées entre 1986 et 1991. Plusieurs thèmes ont été abordés : berceuses ou chants d’endormissements, sauteuses, chant religieux de type adekker,...
C’est après de nombreuses pérégrinations, entamées dès le début des années 1980, que l’auteur parvient à mener une étude universitaire du répertoire musical de son village en soutenant une thèse en mars 1992.


Une monographie dédiée aux chants villageois

Cette monographie est dédiée exclusivement aux chants villageois. En marge du répertoire dit des non-professionnels, est faite une courte présentation de la musique intrumentale de tambourinaires (Id’ebbalen) qui sont de véritables professionnels. L’auteur souligne qu’il ne s’agit pas de passer en revue l’ensemble des chants que chaque habitant du village connaîtrait, mais plutôt de rendre compte du répertoire strictement villageois et de décrire ses circonstances rituelles de sa réalisation.
Cette monographie exclue la chanson composée qui a ses auteurs et ses compositeurs connus ainsi que les chants de danse souvent tirés de chansons en vogue.
Par contre, vu l’importance du rôle joué par Id’ebbalen dans l’animation des fêtes villageoises, l’auteur intègre deux pièces instrumentales représentatives de leur répertoire.
L’étude a été entreprise de façon à rendre compte aussi complètement que possible de l’ensemble des formes et genres musicaux proprement villageois. Ce qui permet d’aboutir à une méthodologie qui peut être appliquée à n’importe quel village de Kabylie. Pour l’auteur le village est l’unité politique idéale d’observations des pratiques culturelles traditionnelles.
Sur le plan de la documentation historique, l’auteur a été confronté à l’absence de sources écrites en rapport avec la musique d’Aït-Issad. Cette carence en sources écrites concerne d’ailleurs la musique kabyle en générale. Mehenna Mahfoufi souligne cependant les quelques références traitant de la musique en Kabylie, écrits qui, au demeurant, restent très rares. Il a eu à exploiter à des fins comparatives des enregistrements provenant de quatre collections différentes, retenus pour leur intérêt scientifique. Parmi ces collections figurent les disques de chants kabyles de Marguerite-Taos Amrouche.
Pour la réalisation de ce travail, l’auteur a eu à effectuer quatre missions (enquêtes de terrain) entre 1982 et 1984. Ces enquêtes se sont toutes déroulées en Haute-Kabylie ; elles ont été complétées par des éléments recueillis lors d’émissions radiophoniques.

Dans le cadre d’une formation généraliste acquise à l’université de Paris X-Nanterre, Mehenna Mahfoufi s’est intéressé aux travaux de plusieurs ethnomusicologues comme G. Rouget, B. Lortat-Jacob, H. Zemp, C. Braïloïu. Il obtient ainsi les bagages universitaires nécessaires pour aborder la musique villageoise kabyle.

Après une étude d’ethnomusicologie très poussée, l’auteur résume la musique villageoise en huit occasions sociales auxquelles sont liés huit genres musicaux qui se rattachent :
1- A la naissance d’un garçon : talalit n weqcic ;
2- Au mariage : zzwağ ;
3- A l’évocation amoureuse : tayri ;
4- A la joute chantée : amεazbar ;
5- A l’endormissement de l’enfant (berceuse) : asgan n wegrud ;
6- A l’amusement du bébé (sauteuse) : aselεeb ;
7- A la mort : elmut ;
8- A la guerre d’Algérie : tt’rad.

Les paroles et les airs musicaux des chants sont propres à chaque village. En d’autres villages ou confédérations de villages, les airs se retrouvent sous d’autres formes. Pourtant, il existe un fonds pankabyle dont l’auteur souligne la nécessité de mettre au jour.


L’évitement ou la relation mutuelle de respect "amsethi"

Dans l’introduction de l’ouvrage est donnée une présentation du village Aït-Issad en tant qu’espace traditionnel au sein duquel la pratique musicale s’effectue en fonction du respect de certaines règles régissant les comportements des gens qui y vivent.

L’auteur explique comment est compartimenté l’espace physique où l’on chante et danse de sorte que chaque individu ou groupe d’individus y tienne une place déterminée. Au moins trois raisons concourent à cet état de fait affirme l’auteur : la première relève des structures sociales propres à la société villageoise de Kabylie ; la deuxième résulte de ce que l’on appelle "amsethi" ("évitement" ou "relation mutuelle de respect") et la troisième raison provient de la séparation des sexes.
L’auteur définit "Amsethi" comme étant un des traits conditionnant les comportements des habitants entre eux. Cette attitude, selon l’auteur, va au-delà du simple respect mutuel. A titre d’exemple, faire de la musique en dehors du cadre qui lui est strictement réservé est considéré comme une violation de la relation mutuelle de respect. Et cette violation provoque les mêmes effets que toute transgression d’autres interdits. Ainsi, chanter, jouer d’un instrument de musique, danser ou encore siffler, relève du domaine du défaut au sens d’opprobre et d’obscénité tant que cela n’entre pas dans cadre cérémoniel, collectivement suscité, et n’est pas sous l’autorité et la responsabilité d’une famille qui en est l’initiatrice.

Toujours dans l’introduction, l’auteur évoque "ancad" (l’invitation à la fête) et comment sur le lieu de la pratique musicale on retrouve les invités, les non-invités tolérés et les musiciens. Il définit ainsi les différentes strates des spectateurs et leur plce dans cet espace plac é sous la seule responsabilité de l’organisateur de la fête.


Une explication sur le choix de la notation strophique des paroles des chants kabyles est donnée dans l’introduction. Il s’agit d’une notation basée sur celle utilisée par Mouloud Mammeri dans ses différents ouvrages sur la poésie mais aussi sur la pratique révélée par les femmes détentrices de la tradition.


Comment se présente l’ouvrage ?

Après l’avant-propos et l’introduction, huit chapitres sont consacrés aux huit genres musicaux villageois mis au jour. Ainsi, une description minutieuse est faite de chaque occasion rituelle et de chacun des rites qui ponctuent le rituel de naissance, celui de mariage, mais aussi le rituel de la mort et la situation de joutes entre poètes ou entre belles-mères et brus, etc. Mehenna Mahfoufi engage une discussion qu’il soumet aux linguistes berbérisants à propos du lexique d’intérêt musical. La question des appellations des genres musicaux relevées auprès des acteurs de terrain, mais aussi des synonymes employés d’une région de Kabylie à une autre, sont abordés avec la lucidité qu’exige le traitement de la tradition orale propre à la culture kabyle traditionnelle. Des exemples de chants liés à chacune des occasions sociales accompagnées de musique sont donnés avec textes kabyles et traduction française ainsi que les transcriptions musicales correspondantes. C’est la première fois que des partitions musicales accompagnent la poésie kabyle chantée donnée dans les études contemporaines. Du coup, les musiciens disposent désormais d’outils de reproduction qui leur manquaient jusque-là.
Le neuvième chapitre est consacré aux musiciens itinérants et professionnels. Enfin, un dixième chapitre est dédié à l’analyse musicale qui met au jour des structures musicales scalaires et rythmiques propres aux chants kabyles qui sont uniques au monde. Pour la première fois, grâce à une méthode personnelle mise au point pour les besoins de sa recherche, Mehenna Mahfoufi parvient à noter des chants au rythme non mesuré. Chacun des chants soumis à l’analyse figure sur le disque qui accompagne le livre. Ainsi, chaque lecteur intéressé peut vérifier les termes et les résultats de l’approche musicologiques.
Une conclusion d’une dizaine de pages revient sur les occasions et genres musicaux, le chant féminin, l’autarcie musicale villageoise, les conditions de participation d’une personne ou d’une famille à une fête, la pratique musicale en tant qu’activité codifiée dans la société villageoise et, enfin, les structures poétiques et musicales des chants du répertoire villageois.
Une bibliographie, une discographie et une filmographie sont données en fin d’ouvrage.
L’auteur a tenu également à inclure un lexique d’intérêt musical de 232 termes kabyles qu’il a établi après de longues années de recherche et d’enquêtes de terrain.

Il est donné aussi, en début d’ouvrage, un tableau alphabétique de la notation de la langue utilisée pour la transcription des textes kabyles de la monographie.


Un ouvrage de référence

Cet ouvrage, défrichant un terrain miné et difficile d’accès, est d’un intérêt scientifique sans égal. Si les chercheurs potentiels de ce domaine restent jusque-là sans références bibliographiques, aujourd’hui ils disposent d’une monographie entièrement dédiée au chant et à la musique traditionnels villageois de Kabylie. Cela ouvrira certainement des pistes de recherche dans ce domaine à des jeunes chercheurs formés en Afrique du Nord d’une part, principalement l’E.N.S. (Ecole normale supérieure à Alger), l’I.N.S.M. et les I.R.S.M. (Institut national supérieur de musique à Alger), et des départements de langue et civilisation amazigh de Tizi-Ouzou et de Bgayet, et ailleurs, de l’autre.

Sur le plan de la sauvegarde du patrimoine kabyle, cet ouvrage et le disque qui l’accompagne sont une contribution sans commune mesure. Les chants enregistrés par l’auteur sont tout d’abord sauvés de l’oubli, et aussi mis à la disposition du public.
Ce projet donnera certainement des idées à des jeunes chercheurs du domaine mais également à toute personne soucieuse de la sauvegarde du patrimoine traditionnel amazigh. Il s’agit, faut-il le rappeler, d’un patrimoine menacé de disparition du fait même de son cantonnement dans l’oralité, oralité qui ne peut plus assurer la transmission correcte de ce patrimoine dans un monde où les nouvelles technologies réduisent l’espace de cette transmission orale qui ne fonctionne déjà presque plus.


Masin Ferkal



Mehenna Mahfoufi, Chants de femmes en Kabylie. Fêtes et rites au village, Ibis Press, Paris, 2005.
CD audio inclus.
288 pages
34 €.



Sommaire
Avant-propos
Introduction
CHAPITRE I - La naissance
CHAPITRE II - Le mariage
CHAPITRE III - Évocation amoureuse
CHAPITRE IV - Chant de joute
CHAPITRE V - Chant d’endormissement
CHAPITRE VI - Sauteuse
CHAPITRE VII - La mort et les chants religieux
CHAPITRE VIII - Chants de femmes sur la guerre d’indépendance
CHAPITRE IX - En marge du répertoire villageois, les musiciens itinérants et professionnels
CHAPITRE X - Analyse musicale

Versification : segmentation morphologique
Méthode de notation musicale (rappel)

Conclusion :
- Occasions et genres musicaux
- Chant féminin et autarcie musicale villageoise
- Conditions de participation d’une personne ou d’une famille à une fête
- La pratique musicale est une activité codifiée dans la société villageoise
- Structures poétiques et musicales des chants du répertoire villageois

Bibliographie
Discographie
Filmographie
Lexique kabyle d’intérêt musical
Extraits sonores du CD audio

Ecouter quelques extraits du CD

Aâarus
MP3 - 1.1 Mo
Aserqes/Sauteuse pour enfants
MP3 - 585 ko
Talalit
MP3 - 1.1 Mo
Tayri
MP3 - 1.1 Mo
Zzwağ
MP3 - 1.3 Mo


Un mot de l’auteur

L’ambition de cette étude d’ethnomusicologie se limite aux chants strictement villageois et à la description de leurs circonstances de réalisation. J’ai choisi la musique du village dont je suis originaire pour y travailler avec des difficultés réduites. Ainsi, j’ai observé et enregistré des enfants, des hommes et des femmes, le plus souvent en situation, parfois à la demande.
Il ne s’agit pas d’une recherche théorique, mais d’une étude d’ethnomusicologie. A la suite d’enquêtes faites exclusivement en langue kabyle, je dresse la typologie générale des circonstances villageoises accompagnées de musique, de chants et de danse. En 1982-1983, ces enquêtes ont pu être menées car un grand nombre de personnes enregistrées me connaissaient et admettaient l’utilité de ce travail. Ainsi, les chants de naissance ont été enregistrés chez la famille des Aït Ali, proches voisins de ma famille. Dans le même type d’ambiance, j’enregistre les chants de mariage. Mais les chants dits "de la mariée" ont été recueillis avec beaucoup de difficultés depuis l’extérieur de la maison, en introduisant la perche de mon microphone par l’une des fenêtres de la pièce où se tiennent les femmes qui chantent. A cause de la promiscuité que cela aurait engendrée, il n’était pas question d’accéder à cet espace où, dans une petite pièce, sont cantonnées près de quatre-vingt femmes.
Les quelques chants du corpus enregistrés hors situation sont colligés grâce à des femmes invitées dans ma maison par ma mère. La présence à mes côtés de ma mère, dont la forte personnalité, doublée d’une grande connaissance de la culture traditionnelle, était reconnue de toutes, m’a maintes fois facilité la tâche dans ce monde des femmes.


Mehenna Mahfoufi




L’ouvrage apporte à la connaissance de la musique kabyle vécue dans son contexte, une contribution irremplaçable et qui fera date dans l’histoire des recherches sur la musique berbère.

Gilbert Rouget


On doit à Mehenna Mahfoufi une œuvre de sauvegarde tout à fait capitale en même temps qu’une véritable découverte - pour les non familiers de la Kabylie - de la richesse et de la beauté exceptionnelles de ces chants féminins.
Ce travail vient à point pour combler une énorme lacune dans l’ethnographie algérienne ; il est capital pour la culture orale.

Camille Lacoste-Dujardin

Notes

[1cette radio devient plus tard Radio "Beur F.M."

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5 Messages

  • > Chants de femmes en Kabylie 31 décembre 2005 20:12
    tanemmirt i mhenna mahfoufi. un travail qui merite des remerciements les plus profondes de la part de tous les kabyles ainsi que de tous ceux qui s’interssents de pres ou de loin à la culture kabyle.
    • > Chants de femmes en Kabylie 11 juin 2006 16:24, par dida
      bonjour , a mhanna , votre etude s’avere trés précieuse et riche d’un grand apport a notre culture , a la fois trés rare de nous jours .
  • > Chants de femmes en Kabylie 1er janvier 2006 22:29, par BAHMAD

    Azul fellawen !
    I seize the opportunity of my reading this article to :
    1:Thank those serious, faithful researchers who are now spending their time doing research on matters Amazigh.
    2:Say that one of the problems of Amazigh activists is that they often neglect the importance of fieldwork in Tamazgha. Major works on our culture are by foreign researchers. It is high time we started to write our own histories and destinies !

    Bahmad U Zeggane= a postgraduate from Western Tammazgha.

  • Chants de femmes en Kabylie 15 janvier 2008 17:40, par Boudraa

    Je viens de lire cette étude et écouter les morceaux de chants des femmes kabyles et je peux vous dire que j’ai les larmes aux yeux.
    C’est fantastique et merveilleux
    Mille mercis pour ce cadeau que tu nous offres

    Un fan de la culure kabyle de SEDDOUK OUFELLA