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Satire.
Dialogue entre M 6 et Boutef.
...presque imaginaire.
vendredi 13 mai 2016
par Masin
Certes INSI a fait une longue pause. N’est-il pas inspiré ? Fatigué ? A-t-il d’autres projets ? Difficile de le savoir… C’est INSI. Mais là, il nous revient avec un dialogue entre M6, chef de la monarchie allaouite, et Boutef, chef de la voyoucratie d’Alger, qu’il nous rapporte avec Timecriwect.



M 6 : Salut camarade !

Boutef. : Salam alikoum.

M 6 : Ta maladie te fait souffrir ? Le pauvre ! Tu me fais pitié, je te le jure !

Boutef. : Ma maladie est comme celle de ton père. Lui aussi a souffert avant de crever et ce fut un plaisir tout particulier pour moi d’avoir assisté, le premier, à son enterrement.

M 6 : Tu ne nous aimes pas, hein ?

Boutef. : Ton père ne t’a rien dit ?

M 6 : Me dire quoi ?

Boutef. : Que ton grand père M 5 a refusé que je devienne policier à Oujda en 1957. Pour deux centimètres de moins, il m’a obligé à emprunter une autre voie qui m’a réservé un autre destin que celui de ma vocation première. Pourtant, ma mère était à la tête d’un grand hammam à Oujda. Ma famille était noble et très connue dans tout l’est marocain. Disons qu’il a brisé ma vie !

M 6 : Devenir policier marocain en pleine guerre d’Algérie ?

Boutef. : C’est lui qui m’a poussé à changer de camp. A devenir algérien tardivement, en pleine guerre, malgré moi. A prendre le maquis au... Sahel alors que je ne supportais pas l’exil du désert, même dans une oasis à l’ombre des palmiers.

M 6 : Moi, je pense que tu devrais plutôt remercier mon grand-père, autrement tu ne serais qu’un simple sujet marocain sans importance aucune aujourd’hui.

Boutef. : Je ne le pense pas. S’il m’avait accepté, j’aurais gravi très facilement les échelons comme je l’ai fait dans les arcanes des sérails des royaumes du Moyen Orient. J’aurais été le théoricien du Makhzen et qu’aujourd’hui je serais devenu ton conseiller particulier, à la place d’Azoulay, et que mon frère cadet, Saïd, serait devenu, peut-être, lui aussi, ministre dans le gouvernement français, pardon, je voulais dire marocain. Ça aurait été, pour moi, un grand honneur d’être considéré comme le préféré de mon Roi plutôt qu’un président d’un pays étranger. Tu sais, à la base, je ne détestais ni les Marocains ni les Juifs ni les Kabyles. Juste qu’ils sont devenus par la suite la source de mes malheurs.

M 6 : Et le Polisario alors ?

Boutef. : Le Polisario n’aurait jamais existé.

M 6 : Donc ?

Boutef. : Le mal est fait maintenant.

M 6 : D’accord ! Tu sais ? J’ai fait le serment à mon père que je ne vous laisserai jamais tranquilles.

Boutef. : Je suis au courant. Tu sais petit, ton père et moi sommes façonnés dans le même moule ; celui de l’intrigue permanente et, donc, toi aussi tu ne peux être que le fils de ton père ! Et si tu veux savoir, c’est le but du jeu. Ton soutien à l’autodétermination de la Kabylie en est une preuve. Je m’y attendais un peu. Sauf que, et tu le sais très bien, il ressemble u peu à notre soutien au Sahara Occidental. Un soutien hypocrite. Un beau mensonge royalement politique. Un soutien qui s’offre en une belle opportunité pour toi, je te le concède, mais qui justifie une fin tellement flagrante qu’elle pue la vengeance et rien d’autre. Cela me fait rire que certains Kabyles naïfs te prennent pour le nouveau commandeur des Amazighs ! Même Ban Ki Moon a choisi de venir à Alger plutôt que chez toi. Et avec lui il n’a été question ni des prisonniers politiques mozabites ni de la situation que j’ai voulue désastreuse et constamment alarmante en Kabylie. Mais, je sais qu’au fond tu n’as rien à foutre de la Kabylie comme moi d’ailleurs du Polisario. Autrement, tu accepterais l’autodétermination du Rif ? De toi à moi, nous savons que nos fins justifient tous les moyens. Tous les coups sont permis. N’est-ce pas ?

M 6 : Alors, ce sera coup pour coup. La prochaine étape, ce sera l’ouverture d’une ambassade kabyle à Rabat avec un financement cent pour cent marocain. Comme j’ouvrirai mes portes à tous les opposants politiques amazighs algériens : kabyles, mozabites et autres en quête d’exil politique. Ensuite, je ferai mobiliser les ânes de tous l’est marocain, je les ferai charger de dizaines de milliers de fagots de haschich et je les enverrai via monts, plaines et rivières jusqu’à la porte de Tlemcen pour inonder toute l’Algérie de kif que je céderai à prix d’amis. Comme je mettrai à exécution les vives recommandations de mes cousins saoudiens d’encourager tout marocain qui veut se rendre dans les camps d’entrainement de Daech en Libye et par voie terrestre, via l’Algérie, pour te prendre en étaux, t’étrangler : du terrorisme par la Libye et de la drogue par le Maroc. Parole de ton voisin, le roi. Et je ne te parle pas de mon nouveau projet de train transsaharien Maroc-Mauritanie qui scellera définitivement le sort des territoires du Sahara occidentale. Je te mettrai devant le fait accompli d’autant que mes cousins saoudiens sont prêts à y investir plus de 300 millions d’euros.

Boutef. : Pour l’ambassade kabyle, ça m’arrange : je pourrai même te donner un peu d’argent pour son financement. Cela me permettra d’alimenter ma propagande et renforcer mes arguments quant à l’idée selon laquelle les Kabyles travaillent pour des forces étrangères. N’oublie pas de t’arranger à faire venir des Israéliens à l’ambassade kabyle. Pour les opposants, ne t’inquiète pas on t’enverra également plein d’opposants kabyles, mozabites et même chaouis. Pour ton kif, nous allons le faire parvenir en Kabylie . Cela permettra de ravitailler notre marché de drogue : on en manque. Quant au terrorisme, t’auras du mal à rivaliser avec mes services qui ont la maîtrise du sujet. N’oublie pas que nos terroristes contrôlent le Sahara et le Sahel et ils ont de la bouteille.
En même temps, et pour bien t’emmerder, j’organiserai aussitôt à Alger un colloque international sur Abdelkrim du Rif. Je réhabiliterai son fantôme qui hante à ce jour ton palais. Le thème portera sur la trahison de ta famille. Je révèlerai comment ton ancêtre a mené une politique de terre brulée et a commis un génocide contre les siens dans cette partie du Maroc. Je t’avoue que je n’en suis pas du tout ému des méfaits commis par ton arrière-grand-père. Pour une raison toute simple que nous avons fait bien pire en 1963 et en 2001 en Kabylie. Mais, en politique la fin justifie tous les moyens. Je te traînerai dans la boue ! Je réveillerai les démons et du Rif et des deux Atlas marocains réunis. Comme j’ordonnerai la fin de la trêve au Polisario et la reprise immédiate de la lutte armée. Tu peux dire déjà adieu à ton projet de train transsaharien et l’investissement des Saoudiens au Sahara occidental.

M 6 : Et à moi aussi de te révéler quelque chose. Sais-tu véritablement pourquoi j’ai officialisé la langue amazighe ? Loin de mon intention l’idée de réparer une injustice historique perpétrée à l’encontre de mes "esclaves indigènes". C’est uniquement pour te faire chier et rien d’autre. Te mettre devant le dilemme d’être ou de ne pas être. Te mettre devant la contradiction par rapport à ton serment passé de ne jamais officialiser cette langue. Montrer que tu ne tiens jamais ta parole. Que tu es pire qu’un caméléon. J’ai officialisé la langue amazighe uniquement pour mettre le feu à la poudrière kabyle, l’exciter, la pousser au soulèvement et te détruire comme tu as détruit économiquement toute la région est de mon pays en maintenant tes frontières fermées. Tu me cherches des problèmes, je t’en chercherai bien plus et des pires... Mais, je dois reconnaître, tout de même, que ta décision d’officialiser de sitôt cette langue est surprenante. Je ne m’y attendais pas trop.

Boutef. : Et je n’ai pas imposé de caractères d’écriture comme toi avec le tifinagh qui n’est d’ailleurs même pas un héritage marocain aujourd’hui. Ta duperie est trop apparente. Comme je ne l’ai pas officialisée sous un gouvernement islamiste, comme toi avec Benkirane. Deuxième tromperie visible. Ta façon de faire pour comploter est trop flagrante, elle te trahit déjà dans ton amateurisme que tu as du mal à transformer en beau mensonge. C’est une stratégie d’initié. Bon, je sais que nous avons tous les deux un même objectif qui consiste à organiser en ultime piège l’officialisation de tamazight pour qu’elle n’ait plus jamais de chance de survivre à l’avenir. Sauf que ta façon de faire manque de savoir-faire, de perspective tactique et de finesse. Tu risques de devenir ainsi seul à endosser la responsabilité de son échec programmé. Et tu t’attireras et subiras, à coup sûr et sans pouvoir les conjurer, les foudres des Amazighs, notamment ceux du Rif et de l’Atlas dont la méfiance cultivée vis à vis de la monarchie est légendaire. C’est un peu comme celle des Kabyles à mon égard. Il faut être plus malin que ça ! Les deux seules bonnes choses que tu as faites est la création prochaine, par tes services, d’un parti amazigh marocain et cet institut de "l’Illusion Royale pour le Changement Amazigh du Maroc" (IRCAM). C’est un peu comme le RCD et le HCA en Algérie en attendant une académie que j’édifierai en tombeau pour cette langue !

M 6 : Tu vois que je peux faire mieux que toi !?

Boutef. : Et puis, tes positions pro-kabyles risquent de te coûter cher. Alors que ton père et toi-même au début de ton règne avez tout fait pour couper le mouvement amazigh marocain des Kabyles de peur de contamination, là tu veux même les faire venir chez toi. Tu n’as plus peur des Kabyles ?

M 6 : Nous avons bien étudié l’affaire. Avec ma démarche je m’assure la sympathie des Kabyles. Plusieurs de leurs leaders ont même fait mon éloge et me donnent comme exemple. Et c’est le meilleur moyen pour moi de neutraliser toute velléité anti-monarchique au sein de mes Berbères. Avec mes conseillers avons beaucoup travaillé pour trouver cette parade, et si tout va bien j’arriverai à sceller définitivement le sort de mes Berbères. Tu vois : en jouant avec tes Kabyles, je te mets dans la merde et je m’en sers pour neutraliser mes Berbères.

Boutef. : Dans tout ce qui a trait au monde amazigh algérien, ma stratégie politique et idéologique est fondée sur l’art d’anéantir mais sans me mouiller personnellement comme toi, d’effacer sans m’impliquer vraiment, en prévoyant des recours, des issues pour dégager toute responsabilité au final. C’est la stratégie qui consiste à corrompre pour impliquer la victime comme actrice de son propre anéantissement. Tu comprends ? Une fois officialisée, je l’ai jetée tout de suite aux spécialistes de tous bords comme un maître jette un os à ses chiens affamés. Contrairement à toi qui impose, décrète et nomme par le Dahir. Le but du jeu est de faire participer un maximum de concernés d’horizons culturels, politiques, idéologiques et ethniques différents comme acteurs compromettant à coup sûr l’avenir de cette langue, puisque que j’ai pris le soin de les diviser auparavant. Tu es donc loin de m’égaler en matière de politique anti-amazighe.

M 6 : Et après ?

Boutef. : Si nous n’avons pas pris soin de diviser d’abord les nombreuses contrées amazighes du pays, la Kabylie risquerait de s’imposer comme le porte-drapeau imbattable de la revendication amazighe nationale menée dans un cadre dangereusement unitaire. D’où le risque de l’option généralisée de la transcription de cette langue en caractères latins, c’est à dire occidentaux, signes d’éveil dangereux des consciences et de remise en cause des constantes nationales. Or, il nous est impossible de concevoir une telle éventualité sans prendre le risque de bouleverser en profondeur les fondements idéologiques de l’arabo islamisme de l’Etat algérien tels que nous les avons conçus, voulus, proposés et même imposés en cosmopolitismes de substitution sociétale pour les Amazighs. C’est ainsi que nous avons réussi à faire admettre à toutes les autres contrées amazighes, et même pour certains spécialistes kabyles d’ailleurs, l’option de la transcription de l’amazighia en caractère arabes. Une démarche de longue haleine mais qui nous a permis de l’imposer "démocratiquement" et par la loi du nombre. De toutes les façons, et pour parer à toute éventualité, les membres de l’académie berbère à venir seront tous triés sur le volet.

M 6 : Très intéressant. C’est bon à savoir. Je ne t’aime pas trop mais sur ce coup... je t’admire, vraiment !

Boutef. : Tu fais mine de sous-estimer ma stratégie mais, au fond, tu me ressembles comme je ressemble à ton père. Je suis donc un peu ton père aussi. N’est-ce pas ?

M 6 : Et puis, de toi à moi, nous sommes conscients que, abstraction faite de toutes les divergences que nous pouvons avoir, nous sommes condamnés à être solidaire dans la gestion de cette question amazighe : nous avons la mission, ensemble, de l’éradiquer et d’en finir avec ce danger qui peut à tout moment menacer notre projet d’arabisation et d’islamisation totale de l’Afrique du nord.

Boutef. : Très bien mon fils. Tu es le digne héritier de ton père.

INSI qui écoutait discrètement, avec Timecriwect, ce dialogue n’a pas pu se retenir et a dit à Timecriwect : "wali tura iqewwaden agi !", ce qui a attiré l’attention des sbires qui veillent sur les deux couillons qui se sont mis à chercher d’où vient un bruit qu’ils ont cru entendre. INSI et Timecriwect, qui connaissent bien les lieux, ont emprunté un passage qui les a éloignés de tout danger. Ils se sont vite mis à transcrire le dialogue auquel ils ont assisté pour le partager avec les lecteurs de Tamazgha.fr.

Dialogue rapporté par INSI et Timecriwect

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