Du 9 mars au 1er avril 1980
samedi 3 avril 2004
par Masin

- Dimanche 9 mars 1980.
En deux années et demie d’existence, le Centre universitaire de Tizi-Ouzou a déjà connu trois grandes grèves dont la dernière en date, très dure, s’est déroulée du 17 octobre au 13 novembre 79 ; elle posait le problème de la représentation authentique des étudiants dans l’instance universitaire. Le FLN avait accusé les meneurs d’être des berbéristes, voire des bébéro-marxistes (ou plus prosaïquement des Bougiots).

On avait alors supprimé la venue des étudiants bougiots sur Tizi-Ouzou, ceux-ci étant désormais orientés sur Sétif. De
même les enseignants algériens ayant accompli leurs études en France, furent particulièrement surveillés, parfois intimidés.
De nombreuses atteintes à la liberté des manifestations culturelles berbères se sont déjà produites à Tizi-Ouzou. Interdiction d’Aït Menguellet et d’Idir ; ou de la pièce de théâtre la Guerre de 2000 ans adaptée en kabyle. En rétorsion, une salle de prière aurait été alors mise à sac par les étudiants.

La venue le 10 mars 1980 de Mouloud Mammeri avait été annoncée par voie d’affiches depuis plusieurs jours déjà. Le
recteur, bien qu’hostile à cette présence a toléré l’organisation de la conférence par le comité de cité d’Oued Aïssi (comité reconnue par l’administration). Toutefois, plusieurs affiches avaient été arrachées. Dans la nuit du dimanche au lundi à minuit, un mystérieux appel téléphonique de quelqu’un se faisant passer pour le recteur de Tizi-Ouzou prévient Mammeri de l’annulation de sa conférence.

- Lundi 10 mars 1980.
Renseignement pris le matin, M. Mammeri s’est entendu démentir au téléphone, par M. Arab, lui-même, toute interdiction ou report de la conférence. Vers 12 heures Mammeri, en compagnie de S. Chaker et d’un chauffeur du CRAPE se dirige en direction de Tizi-Ouzou. Parvenu à 14 heures à Dra Ben Khedda, ils sont interceptés par un barrage de police.
(Un second barrage était d’ailleurs prévu à Boukhalfa.)

Conduit chez le Wali après vérification d’identité, M. Mammeri se voit signifier oralement, l’interdiction de sa conférence sur la « poésie kabyle ancienne », sous prétexte de « risques de troubles de l’ordre public ». Il est également convié à quitter la wilaya immédiatement. Auparavant, il prend soin de se rendre chez le recteur pour s’enquérir de cette interdiction. Le Wali a en effet « lâché le morceau » en trahissant son exécuteur des basses œuvres, puisqu’il avait charge, le directeur du COUS, M. Mérabtène, de téléphoner "l’annulation" à Mammeri, la veille à minuit.

Le recteur et le secrétaire général de l’Université sont effondrés et déclarent être soumis à des pressions intolérables. Aux environs de 16 h 30, à Hasnaoua lorsque la nouvelle de l’interdiction parvient à la nombreuse foule attendant impatiemment (plus de 1 000 personnes !) c’est l’effervescence qui succède à l’indignation. Une A.G. des étudiants est convoquée pour le lendemain mardi 11 mars à 9 heures.

-  Mardi 11 mars 1980. - Première manifestation de rue à Tizi-Ouzou.
Cette manifestation est rapidement décidée par l’A.G. de de 9 heures.
De l0hl5 à l2hl5, soit durant deux heures, ce sont 500 à 600 personnes puis à la fin 700 environ qui ont défilé en faisant deux fois le tour de la ville par les principales artères. Le cortège a marqué des temps d’arrêt devant le CNP du FLN, devant la Wilaya et enfin devant les lycées de la ville.

Les banderoles proclamaient :
« Culture berbère : culture populaire »
« Wali, CNP, Conférence de M. Mammeri interdite ? »
« Halte à la répression culturelle ! »

Les slogans en français étaient :
« A bas la répression » - « Wali, CNP, assassins ».

En kabyle, c’étaient :
«  Tamazight t-tameslayt ennegh  : le berbère est notre langue »
«  anerrez wala aneknu !  : nous briserons mais ne plierons pas ! »
« ‘naâya di lbat’el !  : nous en avons marre de l’injustice ! »

Le service de répression était très important : police, gendarmerie et pompiers, mais il n’a pas osé intervenir.
L’activité dans la ville était paralysée et l’ensemble de la population était aux fenêtres. Il y avait certes une grande approbation tacite, mais pas de manifestations très nettes d’appui ; seules quelques vieilles ont osé pousser des « vouyous » de leurs balcons.

L’après-midi, une réunion des enseignants algériens du Centre universitaire de Tizi-Ouzou met au point le texte d’une pétition
sous forme de lettre ouverte au ministre de l’Enseignement supérieur, texte dénonçant (dans ses deux versions finalement proches l’une de l’autre), l’interdiction dont avait été victime un collègue universitaire, insistant également sur le nécessaire respect des franchises universitaires (présence de flics en civil dénoncée...), et revendiquant la liberté d’expression notamment au plan culturel et précisément en ce qui concerne la langue berbère. La lettre recueillera plus de 40 signatures (soit les 4/5 des enseignants algériens).

- Mercredi 12 mars 1980.

Rédaction en assemblée générale par les étudiants de Tizi-Ouzou, d’une « lettre ouverte au président de la République » qui sera tirée plus tard à des milliers d’exemplaires et largement diffusée (Alger, Boumerdès, etc.). Cette lettre relativement modérée, s’appuie sur la Charte nationale dont elle cite de larges extraits. Elle rappelle les événements et revendique le droit au développement de la langue et de la culture berbères proposant l’adoption du berbère comme seconde langue nationale.

A Alger, les personnes mises au courant de ce qui se passait à Tizi-Ouzou, se sont montrées souvent très mitigées certaines mettaient même en doute la véracité des informations ou la personnalité de M. Mammeri. Quelques rares personnes étaient enthousiasmées par la manifestation de rue !

- Jeudi 13 mars 1980.

Les enseignants de l’Institut des Sciences économiques d’Alger, informés des événements, ont pris l’initiative d’une pétition adressée au ministère protestant contre l’interdiction dont avait été victime l’universitaire Mammeri. Ce texte recueillera une bonne quarantaine de signatures, soit les 3/4 des enseignants algériens (y compris les gens du PAGS et la direction...).
Dans la nuit du 12 au 13 mars, entre Boudouaou et Tizi-Ouzou, la plupart des pancartes routières et des abris d’arrêts
de bus, ont été recouverts d’inscriptions à la peinture noire portant :
« Démocratie », « Aït Ahmed au pays ! », « Halte au génocide culturel ! », « néo-FLN-Fascîste », « Tous opposants ! »

Des inscriptions ont aussi été signalées dans Tizi-Ouzou et sur les routes de la haute Kabylie. Toutes ont été recouvertes précipitamment par les autorités avec plus ou moins d’efficacité, à la peinture blanche ou rosé, et ce, dans la journée du jeudi 13. C’est à cette date aussi, que paraît le premier article de la presse étrangère, faisant état des événements de Tizî-Ouzou. Il s’agit d’un court article de Libération, lequel relate honnêtement la manifestation du 11. (C’est sans doute ce qui éveillera l’intérêt du Monde !)

- Vendredi 14 mars 1980.

Les gens commentent abondamment (et différemment) les inscriptions. Les avis sont plutôt partagés.

- Samedi 15 mars 1980.

Première visite à la présidence de la République d’une délégation d’étudiants de Tizi-Ouzou qui lui remettront la lettre ouverte. Ils sont reçus par A. Benhabyles le secrétaire général qui se montre quelque peu surpris et réservé, mais néanmoins pas trop hostile. Les étudiants lui font une démonstration d’écriture en berbère (Tifinagh) qu’il dit avoir transmise au Président (?). En fait il précisera ses positions lors de la seconde rencontre.

- Dimanche 16 mars 1980.

A Alger, on signale qu’un tract du FFS circule en milieu estudiantin (c’est le troisième depuis six mois), il informe sur
les événements de Tizi-Ouzou tout en exagérant quelque peu le nombre des manifestants (2000 prétend-il).
En Kabylie, les dimanche 16, lundi 17 et mardi 18, Larbaa Naît Irathen puis Azazga et Aïn El Hammam ont connu trois journées de manifestations (à Larbaa, trois jours consécutifs). Les manifestants sont surtout de nombreux jeunes (lycéens, etc.) mais aussi des très jeunes et des femmes (en général des vieilles). Des actions spectaculaires sont signalées.

A Larbaa Naît Irathen, les manifestants entrent dans la caserne et obligent les djounouds à sortir (alors qu’ils étaient en tenue de sport, en train de faire de la gymnastique), pour manifester en faveur de la langue berbère. Le même sort atteint le président de l’APC qui se voit contraint de défiler en tête en scandant : « Vive les Berbères. »

Partout des vitres et des enseignes des édifices publics sont brisées, souvent elles sont repeintes en caractères « tifinagh ». A Azazga, un officier de police venu protester contre la dégradation d’une enseigne du FLN, se voit déverser sur lui un pot de peinture rouge, etc. Les commerçants (certains diront qu’ils y ont été forcés) ont bien évidemment baissé tous les rideaux.

-  Lundi 17 mars 1980.

Daniel Junqua, correspondant du Monde, se rend à Tizi-Ouzou, où il enquête auprès d’étudiants, d’enseignants et tente vainement d’obtenir la version des responsables (recteur absent, etc.). Un premier article honnête va paraître dans le Monde, daté du mercredi 19 mars.
A l’université de Tizi-Ouzou, on commente bien sûr tous les événements. Les partisans d’une prise de position pour dénoncer les « partis d’opposition suspects de chercher à manipuler » sont mis en minorité et le projet est abandonné. Le soir, un gala du chanteur d’Imazighen Imula, Ferhat, a lieu au foyer de Hasnaoua devant près de mille spectateurs dont le directeur du COUS, Merabtène, complètement ivre, qui se prête aux demandes loufoques des étudiants qui le ridiculisent. Ce gala tourne en une espèce de meeting d’opposition à la politique répressive du pouvoir et il a beaucoup de succès car des thèmes politiques sont ouvertement débattus, comme par exemple, le retour d’opposants comme Aït Ahmed et Boudiaf. Le laborantin About Arezki parle imprudemment d’un tract du FUAA qu’il aurait reçu sous sa porte.

- Mardi 18 mars 1980.

On nous confirme les manifestations de Larba, Azazga et Aïn El Hammam. Les gens sont parfois assez circonspects (particulièrement les hommes adultes), « on risque de s’acheminer vers une guerre civile » redoutent-ils.

- Mercredi 19 mars 1980.

Mammeri est reçu une première fois par Bererhi (le ministre de l’Enseignement supérieur) qui s’est montré tout plein d’excuses « mielleuses » mais vagues. Une seconde fois il le contacte pour lui déconseiller fortement de participer à un cycle de conférences organisées à la Cité universitaire de jeunes filles de Ben Aknoun, sur le thème de la Culture nationale. La même démarche semble avoir été faite auprès de M. Labîdi ainsi qu’auprès de Rachid Boudjedra également pressenti pour ce cycle.

Mammeri s’excusera « diplomatiquement » auprès des jeunes filles venues le relancer. Certaines filles de l’UNJA tenteront même de reprendre l’affaire en main.

- Jeudi 20 mars 1980.

On relève un billet plutôt « ordurier » signé K.B. (sans doute Kamel Beikacem, le rédacteur en chef) paru dans la page culturelle de El Moudjahid. Mammeri y est attaqué (sans être nommé) comme un véritable collaborateur du colonialisme.
On note aussi un éditorial très confus mais dont la fin dénonce nettement les fauteurs de trouble de Tizi-Ouzou dans ‘Révolution africaine.

Algérie Actualité, quant à lui, souligne bien que le départ de Chadiy pour le Moyen-Orient était prévu de longue date et n’a donc rien de conjoncturel. En fait une venue de Chadly à Tizi-Ouzou était bel et bien prévue pour le 15 ou le 16 mars. En témoignent les nombreux (et précipités) travaux d’embellissement dans toute la ville.

A Dra El Mizan, une première tentative de manifestation a eu lieu alors que les lycées étaient en vacances, avec environ deux cents lycéens. A Tizi-Ouzou, les étudiants tiennent une A.G. assez houleuse, au cours de laquelle certains dénoncent les manipulations des partis d’opposition, FFS, FUAA et PRS ; certains y ajoutent le PAGS (qui effectivement manipulerait au moins un ou deux des « meneurs » estudiantins). Par ailleurs l’AG prend la décision d’aller au-devant des manifestants lycéens des villes de Larba, Azazga, etc. qui s’apprêtent à descendre en cortège sur Tizi-Ouzou, afin de les dissuader de faire le regroupement. La manifestation dont la rumeur était connue depuis plusieurs jours, même à Alger, est difficilement contenue. En fait les forces de l’ordre étaient sur les dents.

- Samedi 22 mars 1980.

Au niveau des enseignements de Tizi-Ouzou, on parle d’une nouvelle initiative à prendre suite à l’article injurieux d’El Moudjahid, qui met en cause également la communauté universitaire de Tizi-Ouzou de façon indirecte. A Alger, certains universitaires tentent avec peu de succès, de faire signer une pétition demandant à El Moudjahid de garantir le droit de réponse à Mammeri.

La pétition recueille difficilement des signatures, même parmi le personnel du CRAPE dont Mammeri avait été directeur.

- Lundi 24 mars 1980.

On note de nombreuses tergiversations en milieu enseignant à Tizi-Ouzou sur les initiatives à prendre. La lettre ouverte au ministre tarde à être envoyée. A l’Institut des Sciences économiques, le recteur Arab vient d’installer la commission pédagogique. Les enseignants décident à propos du problème des polycopies et du tirage d’adresser une lettre-ultimatum à l’administration pour la date limite du samedi 29 mars, au-delà de laquelle ce serait la grève.

- Mardi 25 mars 1980.

L’Institut des Sciences économiques d’Alger se met en grève pour trois jours à propos principalement de leur comité d’institut non reconnu par l’administration.

Mammeri a été reçu par le ministre de l’Information, Mehri, qui, tout en lui présentant des excuses polies, s’oppose à la publication de sa réponse par El Moudjahid. Mammeri semble plutôt résigné à ne pas pousser plus loin, mais à sonder du côté d’Algérie-Actualité...
Entre-temps, le directeur de la Recherche scientifique au ministère, Benbouzid, ainsi que des gens de l’ONRS se mon-
trent plutôt favorables à l’idée de l’ouverture d’une chaire de berbère et de filières de recherches dans le domaine.



- Mercredi 26 mars 1980
Une première et double tentative de manifestation à Alger, rue Larbi Ben M’hidi, plus précisément place Emir Abd El Kader.

Vers 11 heures le premier regroupement est immédiatement et violemment dispersé par la police qui a cerné la rue Ben
M’hidi. La manifestation était en effet « dans l’air » depuis plusieurs jours et donc connue de la police. Une seconde tentative a eu lieu en tout début d’après-midi, semble-t-il, et là, les charges de police ont été encore plus féroces, il y aurait eu des dizaines d’interpellations, dont certaines maintenues un certain temps (quelques semaines ?). Cette violence aurait succédé à une distribution de tracts du FFS.

Au total, quelque trois cents ou quatre cents personnes auraient tenté cette manifestation.

La seconde manifestation à Tizi-Ouzou a regroupé environ cinq cents ou six cents étudiants et quelques dizaines de jeunes.

Elle a été une réussite et il n’y a eu aucune réaction des forces de l’ordre pourtant nombreuses. Les étudiants scandaient notamment des slogans hostiles aux « mensonges à El Moudjahid » et exigeant la libération des personnes détenues (tels Chemime Mokrane de Béni Douala et About Arezki, laborantin de l’université dont la nouvelle de l’arrestation est parvenue aux étudiants).

Par ailleurs, outre les banderoles habituelles les étudiants influencés par les « Pagsistes » introduisent des banderoles du genre « oui à la Charte et au Socialisme ». En tout cas le Wali, sorti au-devant des étudiants pour parlementer, se verra conseiller de rentrer se cacher, sa sécurité ne lui étant pas garantie (propos qu’il retiendra contre les étudiants).

Samedi 29 mars 1980.

A l’Institut des Sciences économiques de Tizi-Ouzou, les enseignants n’ayant pu obtenir satisfaction pour leur revendication concernant le centre de tirage, se mettent en grève pour une semaine.

Durant la semaine qui s’ouvre, les étudiants de Tizi-Ouzou vont envoyer la deuxième délégation à la présidence ; celle-ci est encore une fois reçue par le secrétaire général Benhabyles.

Celui-ci précise sa pensée (et prétend-il celle du Président) : il s’agit en fait de tentatives de manipulations assez nettes : « Je suis moi-même berbère ; l’Algérie devrait s’appeler "Berbérie", nous n’avons rien à voir avec le Moyen-Orient ; on a de sérieux problèmes avec ces fanatiques "baasistes" au sein du pouvoir qui est divisé. Au prochain Comité central du FLN, ça va être une belle bagarre. Vous savez, Chadly a trop de problèmes et des tas de dossiers sur son bureau ; il ne peut pas s’occuper du vôtre, le CC tranchera peut-être. Mais je vous mets sérieusement en garde : quoi qu’il en soit, s’il y a des troubles sur la voie publique, même à Oran ou Annaba, vous, les étudiants de Tizi serez considérés comme responsables et donc réprimés ! »

Dimanche 30 mars 1980.

Certains bruits font état de manifestations qui auraient eu lieu en petite Kabylie (Béjaïa, Akbou ?).

On apprend par ailleurs que le commissaire de police de Tizi-Ouzou ayant appris la grève des Sciences économiques a commencé à effectuer une enquête auprès de l’université sui
les causes et les responsables (sic). Le secrétaire général Tahi quant à lui, viendra chercher les dossiers de travaux dirigés en souffrance et ira les porter pour tirage... à la Wilaya !

Mardi 1er avril 1980.

Des rumeurs commencent à circuler quant à une prochaine manifestation à Alger, prévue en fait pour le lundi 7 avril 80 A Alger, c’est la fin de la grève des étudiants de Sciences économiques mais l’effervescence continue et la mobilisation reste assez forte. Un des problèmes d’actualité est celui du code de la famille et plus généralement la lutte des femmes qui prend une acuité nouvelle, puisque plusieurs actions spectaculaires se sont déroulées les 13, 20 et 27 mars avec pour théâtre, l’Union locale d’Alger-Centre, rue Hassiba, puis à la
Maison du peuple, place du 1er Mai, au secrétariat général de l’UGTA, puis encore à la villa Joly, au siège de l’UNFA. Plus d’une centaine de femmes, intellectuelles mais aussi travailleuses, ont été concernées, avec un fort noyau d’activistes : le cheval de bataille étant l’ouverture d’un large débat démocratique autour de la préparation du Code de la famille (jusque-là secrète). Un écho a même eu lieu à Paris avec la réunion de l’ASFA le 28 mars (assez houleuse). De nombreuses affiches et contre-affiches traitent du sujet à la faculté centrale.

En Kabylie, de très nombreux renforts de police anti-émeute, sont cantonnés au centre de formation professionnelle de Tadmaït.

- Chronologie du 9 au 25 mars

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2 Messages

  • > Du 9 mars au 1er avril 1980 16 avril 2004 05:23, par Mohand Sebti

    Montréal, le 15 avril 2004

    Azul fellawen,

    Ce n’est pas une réaction que je vais exprimer par rapport aux dates des événements du printemps berbère, mais je fais un témoinage sur la date du 26 mars 1980.

    J’ai envoyé le message ci-dessus sur amazigh-net le 21 mars 2002 comme témoignage. je vous l’envoie intégralement.

    Azul akw fellawen,

    Je viens par ce témoignage rappeler une date
    importante dans l’Histoire du Mouvement Amazigh après l’indépendance.

    Lors du mouvement de Tafsut Imazighen de 1980, après l’interdiction de la conférence que devait donner Da L Mulud At Maamar à l’université de Tizi Ouzou, la première manifestation publique (marche) en l’Algérie
    indépendante a eu lieu le mercredi 26 mars 1980 à 10h à Alger, contrairement à la date du 7 avril 1980 que l’on cite dans l’ordre chronologique des faits qui ont marqué le printemps berbère de 1980.

    Cette marche avait été organisée par les étudiants de Boumérdes (INIL et INH en majorité), car il y avait un grand nombre d’étudiants Kabyles dans ces Instituts.

    Tout s’est passé dans un secret absolu. Il y avait une vingtaine de personnes qui avaient planifié cet événement comme la veille du premier novembre 1954 (rire j’éxagère).

    J’étais revenu de chez-moi un vendredi soir ( fin de semaine jeudi-vendredi vous voyez ce n’est pas du tout catholique) ; un ami m’a demandé de me parler en privé.

    Il m’avait dit qu’on préparait une marche pour le 26 mars et que je devais aider à cela.

    Sans réfléchir, j’ai embarqué. J’ai pris l’initiative
    de rentrer en contact avec les gens que je connaissais dans d’autres écoles. Je suis allé au centre d’études en informatique de Oued Smar(CERI) et à l’École d’Ingénieurs des travaux publics (Dar EL-Beida Alger) où étudiait mon frère.

    Le jour J, c’est à dire le 26 mars 1980, dès 6 h du matin Boumérdes commençait à se vider. Même les étudiants qui avaient peur ont fait le déplacement à Alger par devoir ou par peur de représailles. Par train, par autobus, par auto-stop, etc. les gens ont pu regagner Alger sans que les autorités (Gendarmes, police militaire, etc. ) ne s’en aperçoivent.

    À Alger tout le monde faisait mine de vaquer à ses occupations. À 10h on était une poignée de personnes (une vingtaine environ !) au centre de la place des Martyrs. On avait peur. Que faire ? Puis d’un seul coup un cri retentissant Imazighen, Imazighen ... jaillit de la foule et c’est parti. Les gens (étudiants de Boumérdes) les manifestants quoi ! sortaient de partout : des cafés, des abris bus, des magasins, de sous les arcades, etc. On avait sorti des
    banderoles, on avait brisé la peur.

    La marche s’est ébranlée sur le Boulvard Ché Guevara direction Fac (faculté) centrale pour aider les étudiants bloqués à l’intérieur de sortir. C’était vraiment quelque chose d’extraordinaire !

    Personne de la HOUKOUMA (pouvoir)ne
    s’attendait à cet événement. Au moment où on
    surveillait Tizi Ouzou, le volcan avait éclaté à
    Alger. Durant notre marche d’autres personnes se sont jointes à nous ( probablement des Kabyles ! ).

    L’itinéraire s’est improvisé de lui-même. Arrivés à la place Port Said (Ledjnina) près du TNA, on avait pris la montée rue d’Isley ( je ne sais pas si c’est comme ça qu’on écrit d’Isley, je m’en excuse si c’est mal écrit).

    Ensuite on a pris la rue Michelet, là où il y a la
    Statue du traître d’Émir Abdelkader sur son cheval. C’est à ce niveau là (statue) que la police
    anti-émeute nous attendait. C’est dire à quel point que la marche a été organisée dans un secret absolu ; ça a pris beaucoup temps pour que la police réalise ce qui vient de se produire et se mobiliser pour venir nous barrer le chemin. On avait marché 2 à 3 km.

    Quand on était arrivé au niveau du « mur » dressé par la police avec leurs boucliers et leurs matraques, on avait continué à crier des slogans hostiles au pouvoir. La police avait commencé à matraquer sans pitié sur toutes les parties du corps : tête, dos, jambes, bras. Les gens fuyaient dans toutes les directions. On avait pris un grand risque, mais on avait osé défier le pouvoir central. C’était la première grande manifestation anti-pouvoir depuis 1962 à ma connaissance.

    Le lendemain évidemment, des actions d’intimidations ont commencé. On a pris les noms de tous ceux qui étaient absents aux cours du 26 mars. On avait cherché à identifier les meneurs, toute absence aux cours
    était suspecte par la suite.

    Une tentative d’une deuxième marche a eu lieu
    effectivement à Alger le 7 avril 1980. Les étudiants de Tizi ouzou, de Boumérdes, d’Alger ont participé ou tenté de participer à cette marche. Mais cette fois-ci, le pouvoir mafieux était au courant donc on a empêché les gens de Tizi Ouzou de se rendre à Alger.

    À Boumérdes les gendarmes armés (jusqu’aux dents) de mitraillettes surveillaient la gare routière et la gare ferroviaire dès l’aube et donc on ne pouvait pas se rendre à Alger. Seuls ceux qui se sont déplacés la veille ont pu assister à cette marche.

    Je ne relate pas cet événement comme héros, mais tout simplement pour rendre à César ce qui lui appartient.

    Dans la chronologie des événements, c’est seulement le 7 avril qui est mentionné comme première marche alors que la vraie première marche a eu lieu le mercredi 26 mars.

    C’est simple j’ai écrit cette date dans mon
    journal (souvenirs) et on peut vérifier que c’est bien un mercredi.

    Le véritable architecte de cet événements’appelle
    Salah Ahcène qu’on appelle communément SALAH de l’INH, car il était étudiant à cet Institut.

    Je prie les gens qui ont étudié à Boumérdes à cette époque et qui se souviennent de cet événement d’apporter une affirmation ou une infirmation à ce sujet.

    Je demanderais aussi au MCB et aux gens qui ont à coeur de laisser des traces véridiques de placer cette date dans la chronologie des événements.

    Amazighement

    Muhend Sebti Montréal

    • > Du 9 mars au 1er avril 1980 25 juillet 2004 21:20, par rachid yahou(journaliste)
      azul felawen, je m’excuse de devoir te contredire cher frère. la première manifestation prônant la reconnaissance des droits de la communauté amazigh s’est déroulé à azazga, en grande-kabylie, et ce le 18 mars 1980. sans rancune et bonne chance à tous les imazighène !!! rachid yahou !
      • > Du 9 mars au 1er avril 1980 15 octobre 2006 00:04, par amar_75_78
        je m’exuse cher frere je suis entreint de lire l’article que tu as ecrit sur nous grand combattons et je suis tres desole d’un cote pour tout nous martyrs des printemp quand on a depasse et d’un autre cote je suis tres fiere d’etre parmis mes frere berbere qu’ils veulent ou non(ce pouvoir incorigible) je suis un berbere je suis tres fiere et je suis tres fiere de l’etre . et bon pour nous brave journaliste je souhaite toujour jusqua la fin du monde qu’ils reste toujour debout pour une raison tres juste ces la democracie des berbere on veut une vie thamazight pour nous et pour nous enfants...ect et bonne chance pour tamazight que notre drapeau sera le meilleur bonne chance mon ami frere

        Voir en ligne : pour toi cher frere

    • > Du 9 mars au 1er avril 1980 19 octobre 2007 19:08, par Saïda

      Place des Martyrs ? Tiens ! tiens ! j’y particpais et c’était... Place du 1er mai... quant à uniquement Boumerdès, ça c’st un mythe et l’oubli des 4 banderoles de femmes revendiquant l’égalité des droits, ça c’est une volonté d’évacuer le féminin de l’histoire.

      Saïda R.