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"Election" présidentielle algérienne et jeu de pouvoir !
dimanche 2 mars 2014
par Masin

Amar Saâdani [1] qui, le 3 février 2014, charge, et à juste titre, le général Mohamed Mediene [2] (voir l’entretien paru dans TSA), est celui-là même qui a adressé une lettre-louange à Hocine Ait Ahmed [3] en octobre 2013 ! Et qui dit Amar Saâdani, dit le clan de Bouteflika [4]. Monsieur Saïdani est secrétaire général du Front de libération nationale (FLN) [5]. C’est à dire, le parti avec lequel le Front des forces socialistes (FFS) [6] de Tizi-Ouzou signa un communiqué commun pour demander l’officialisation de Tamazight lors de la prochaine révision constitutionnelle. Il serait peut-être utile de rappeler comment M. Bouchachi [7], député FFS, tourna casaque, début 2011, en sabordant la CNCD [8] sous le prétexte pompeux que l’ennemi n’était pas Bouteflika. Pour épauler ce dernier dans son projet à fixer les limites aux ingérences politiques du DRS [9], Ait Ahmed accepta de sacrifier son élément perturbateur Karim Tabou [10] qu’il remplaça par le docile Ali Laskri [11]. Résultat des courses : le FFS "met de l’eau dans son vin" à l’égard du président, participe aux élections législatives, et Bouteflika met à exécution le deal qui consistait à commencer par attaquer ouvertement la police politique de l’armée, le DRS.

Le nouveau drapeau algérien



Devant les conjurations du chef de l’Etat, l’avertissement de Mediene ne s’était pas fait attendre. C’était l’ex-colonel des renseignements à la retraite, Mohamed Chafik Mesbah [12], ami de Mohamed Benchicou [13], qui fut chargé, en premier, de s’attaquer à Bouteflika qu’il n’hésita pas à traiter de laxiste mortel par rapport à l’ampleur de la corruption qui a gangréné tous les rouages de son gouvernement, de ses proches et de sa famille. Une cabale médiatique menée par des intellectuels organiques affiliés au DRS et qui a failli finir par avoir raison de Bouteflika : le président, victime d’un AVC, est évacué à l’hôpital parisien de Val de Grâce. Après son retour de l’hôpital des Invalides [14] et sous les conseils et recommandations de son frère cadet Saïd [15], le vice ministre de la défense, le Général du corps d’armée Gaïd Salah [16], peaufine au président une liste de cent militaires haut gradés considérés potentiellement dangereux, dont le Général Mediene, et à éloigner de toute urgence des rangs de l’armée par leur mise à la retraite [17]. Une tentative de chamboulement totale et sournoise des instances de l’armée jamais osée auparavant et que le clan de Bouteflika s’empressa de cautionner et de légitimer politiquement en déléguant à son "pitbull" politique à la tête du FLN, Amar Saâdani, la permission de tirer une salve d’accusations sans pareille [18], somme toute vraies, à l’endroit du patron du DRS.

Louisa Hannoune et Amara Benyounes [19] ne savaient plus à quel saint se vouer : le portefeuille Bouteflika ou le "faiseur des rois" Mediene ? Les pauvres ! Khalida Toumi [20], elle qui d’habitude aimait à se plier en quatre pour défendre le chef d’Etat, notamment contre les attaques venant de la Kabylie, garda cette fois-ci un étrange silence ! Néanmoins, la patronne du Parti des travailleurs (PT) [21] tenta une médiation auprès du Général et vice ministre de la défense Gaïd Salah où elle s’aperçut qu’il n’est, malheureusement pour elle, que le bouffon de ses maîtres, les "frères siamois" Saïd et Abdelaziz Bouteflika. Que faire alors sachant que la fin du système signifie leur mort politique certaine ! Ils n’ont d’autre choix que d’observer, neutres, le combat jusqu’à sa fin pour s’empresser d’applaudir afin d’orienter leurs girouettes au vainqueur de demain.

Dans cette lutte acharnée que se livrent les deux clans principaux au pouvoir par pions militaires, "intellectuels" et journalistes interposés, les frères Bouteflika ne jurent que par la fin du règne de Mohamed Mediene. Ainsi, cherchant à l’affaiblir et à l’acculer dans ses derniers retranchements, ils chargent leur bouffon vice-ministre de la défense de lancer un mandat d’arrêt contre l’un des fidèles du patron du DRS, le Général Hassane [22], accusé de détournement de l’armement militaire. La riposte des services de renseignement ne s’était pas fait attendre. Elle était tellement violente qu’elle choqua plus d’un ! En effet, un deuxième intellectuel organique affilié au DRS, en l’occurrence l’ex-capitaine des renseignements Hicham Aboud [23], rentre en scène en s’attaquant directement au frère du président, Saïd Bouteflika, qu’il accuse de voleur, de dealer et surtout d’homosexuel avec des penchants sadomasochistes ! Ces "rumeurs" colportées sur le frère, ajoutées au célibat inexpliqué du président, risquent d’être d’une ampleur ravageuse en raison du traitement négatif que leur réserve l’imaginaire archaïque algérien. Une abomination qui pourrait aller jusqu’à justifier l’ex-communion populaire du frère cadet !

Cela pour Saïd Bouteflika. Pour abattre le bouffon Gaïd Salah, Mediene s’octroie les services d’un autre général rancunier et qui est à la retraite, le constantinois Benhadid Hocine [24]. Celui-ci n’hésita pas à révéler que Bouteflika n’est pleinement conscient que quelques heures par jours. Autrement dit, ce n’est pas de lui que viennent les coups portés contre le DRS mais bien de son frère et de son vice-ministre de la défense. L’implication de Benhadid dans la scène politique annonce tout l’intérêt de savoir quel est véritablement le rôle du général Gaïd Salah dans l’institution militaire : un obstacle pour sa modernisation en raison de la jalousie et de la haine viscérale qu’il cultive à l’encontre de tout haut cadre militaire instruit. Une haine dont fut victime Benhadid lui-même, en 1996, quand il prit la décision de démissionner des rangs de l’armée à cause de ce même Gaïd Salah à qui il cracha au visage en le traitant de tous les noms !

Il va de soi que la sortie médiatique de tous ces politiciens et intellectuels organiques ainsi que ces colonels et généraux mis à la retraite ne doit donc aucunement être interprétée comme un signe annonciateur de la fin d’un système ou comme un mea culpa de criminels pour la construction d’une Algérie nouvelle. Sentant l’enjeu majeur découlant de l’élection présidentielle à venir ou encore de la mort prochaine du dictateur en place, ils sortent de leurs terriers, les uns motivés par l’unique souci de la sauvegarde leurs intérêts, les autres juste pour régler de vieux comptes,... et tout cela sous les directives et orientations d’une lutte sans merci menée au plus haut sommet de l’Etat pour la prise ou la reprise du pouvoir. Quant au parti kabyle, le FFS, il est à craindre qu’il ne finisse, lui aussi, par être instrumentalisé par Bouteflika contre le DRS de la même façon que celui-ci instrumentalisa le RCD [25] contre les partisans de qui-tue-qui. En d’autres termes, une Kabylie qui risque d’être instrumentalisée pour être de nouveau sacrifiée pour des enjeux de pouvoir arabo islamistes qui ne la concernent pas et dont elle ne risque pas de tirer un quelconque profit.


Chabane Timecriwect.

Notes

[1Amar Saâdani est secrétaire général du Front de Libération National (FLN), le parti politique algérien au pouvoir depuis 1962.

[2Mohamed Lamine Mediène, aussi appelé "Toufik", un Kabyle né en 1939 dans la région de Guenzet (département de Sétif), est un général de l’armée algérienne et responsable du Département du renseignement et de sécurité (DRS), le service de renseignements algérien, depuis novembre 1990.

[3Hocine Aït Ahmed, kabyle et ex-leader du Front des forces socialistes (FFS).

[4Abdelaziz Bouteflika , né le 2 mars 1937 à Oujda. Il est le cinquième président de l’Etat algérien. Porté au pouvoir le 27 avril 1999. Il détient actuellement le record de longévité à la tête de l’Etat algérien.

[5Front de libération national, le parti politique algérien au pouvoir depuis 1962.

[6Front des forces socialistes, parti politique qui se dit algérien dont la base est essentiellement kabyle.

[7Mestapha Bouchachi, député FFS, est avocat et ex-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH)

[8La Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) est un mouvement d’opposition algérien créé dans la foulée des émeutes de janvier 2011, contre la cherté de la vie, qui ont fait cinq morts et quelque 800 blessés.

[9DRS : Département du Renseignement et de Sécurité, la sécurité militaire algérienne.

[10Ex-premier secrétaire du FFS.

[11Nouveau premier secrétaire du FFS.

[14Hôpital militaire français.

[15Saïd Bouteflika, né en 1957 à Oujda. Il est le frère et conseiller spécial d’Abdelaziz Bouteflika, actuel président de l’Etat algérien, sur qui il aurait une influence considérable.

[16Ahmed Gaïd Salah, né le 13 janvier 1940 dans le département de Batna, est un officier général de l’armée algérienne. Il occupe depuis le 3 août 2004 la fonction de chef d’état major de l’ANP (Armée nationale populaire). Depuis septembre 2013, il est aussi vice-ministre de la Défense.

[19Louisa Hannoune est une femme politique algérienne d’obédience "trotskyste" et partisane de la théorie du complot étranger. Elle est à la tête du PT, le Parti des travailleurs. Amara Benyounes, ex-cadre et député kabyle du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie) a occupé plusieurs postes ministériels sous Bouteflika et est actuellement à la tête d’un parti politique, le Mouvement patriotique algérien (MPA), considéré comme un parti satellite du pouvoir. Il est aussi ministre de l’industrie.

[20Ex-cadre et députée kabyle du RCD, Khalida Toumi est ministre de la culture sous Bouteflika depuis les événement de Kabylie de 2001 à ce jour.

[21Le Parti des travailleurs (PT), parti politique "d’opposition" considéré comme l’un des soutiens sans faille au régime algérien.

[25Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), parti politique à base kabyle d’obédience laïque.

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4 Messages

  • "Election" présidentielle algérienne et jeu de pouvoir ! 2 mars 2014 05:30, par La Mecreante !

    une bonne et franche rigolade en lisant cette article !!!

    ce n’est même pas un panier de crabes. c’est juste une grosse bouse pleine d’asticots !!!

    à rectifier en urgence SVP  : le FFS n’est pas un parti Kabyle. C’est un ramassis d’islamo-arabistes dont l’idéal est "le grand maghreb islamo-arabe".

    Mon avis sur leur merdier : je suis enchantée ravie que boutef leur soit imposé (je ne sais par qui et je m’en fous). Qu’ils s’entre-bouffent donc le foi ! Et la populace rampante n’a encore pas assez dérouillé !

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    • azul

      bien dit MECREANTE. le ffs n’est pas un parti kabyle. c’est un parti baathiste arabo-islamique. son ideologie est celle de saddam hussein, de bechar el assad et hafed el assad et de nasser,de boumedienne,de bouteflika. "tacriht n bullis" comme il l’avait dit en 1990

      il y reste juste quelques marabouts qui ne comprennent pas l’arabe ou le francais en kabylie qui le soutiennent encore.

      Depuis 1963 et peut etre meme avant disant 1949 que houhou est anti-berberiste et anti kabyle.

      Les kabyles et les imravden iqvayeliyen doivent comprendre que la politique de da houhou est une perte pour la kabylie. Depuis 1962 aucun resultat positif pour la kabylie.mais ça vient de loin :de l’internationale baathiste sponsorisé par la francarabia et le ffs est membre a part entiere. observer tout ce qui se passe au mali,en libye,en tunisie etc...

      La kabylie doit se battre et lutter ,.La politique du boycotte du ffs a demobilisé le militant kabyle.
      ALORS JE VEUX BIEN QUE L’AUTRE CLAN DRS GAGNE POUR ANEANTIR CETTE POLITIQUE DU BAATH MALGRE QUE NOUS N’AVONS RIEN A GAGNER CHEZ LE DRS MAIS IL YA L’IDELOGIE BAATHISTE EN MOINS CHEZ EUX.

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  • "Election" présidentielle algérienne et jeu de pouvoir ! 2 mars 2014 05:33, par La Mecreante !
    il faut lire le foie et non "le foi".

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  • "Election" présidentielle algérienne et jeu de pouvoir ! 2 mars 2014 05:43, par La Mecreante !

    ha ha ha !!! Kamel DAOUD en a vraiment marre !!!

    - "Bouteflika, le peuple vous lynchera un jour..."

    http://www.courrierinternational.com/article/2014/02/24/bouteflika-le-peuple-vous-lynchera-un-jour

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