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"Fugues marocaines" ou l'Atlas souillé
mardi 24 novembre 2015
par Masin
La chaîne franco-allemande Arte a diffusé récemment un film allemand, réalisé par Caroline Link et intitulé "Fugues marocaines" (titre original : Exit Marrakech).
La fiction raconte l’histoire de Ben, un adolescent allemand de 17 ans qui, pendant les vacances scolaires, s’envole à Marrakech pour retrouver son père Heinrich, metteur en scène de théâtre nombriliste. Les deux hommes sont presque des étrangers l’un pour l’autre. A Marrakech, le jeune homme rencontre Karima, une très jeune prostituée dont il tombe amoureux, et décide de la suivre dans son village reculé de l’Atlas. Abandonné par la prostituée à Tinghir, après un périple à travers l’Atlas, le jeune homme s’aventure dans le Tafilalt. Heinrich s’inquiète pour son fils et prend la route pour le retrouver enfin à Merzouga.


Si l’histoire du film semble banale, les idées qu’elle véhicule ne sont pas innocentes. Mal rythmé, le film qui dépeint caricaturalement un pays rongé par la prostitution et la corruption, occulte magistralement l’identité profonde du pays. On ne voit que la version carte postale, mais peinte à outrance d’arabisme. Tout est fait pour montrer que le pays est arabe. Le spectateur est placé d’emblée dans un Atlas où des femmes en costumes et en tatouages amazighs s‘expriment en arabe. A Tinghir, la réalisatrice ne filme que les ruelles d’Aqeddar, le célèbre quartier des prostituées. Ces dernières ainsi que tous les jeunes guides touristiques de Tinghir ne parlent également que l’arabe. L’un d’entre eux a même poussé un peu plus le bouchon en traduisant en anglais, au jeune Ben, les paroles de l’appel à la prière. Bref, on se croirait dans un quartier du Caire ou de Damas et non à Tinghir, au cœur de l’Atlas amazigh. Tamazight a été écartée de ce film. Seule subsiste la toponymie pour prouver que le pays est amazigh.

Le film, qui a reçu l’Oscar du meilleur film étranger (Nowhere in Africa, en 2003), exprime un souhait profond de certains politiques occidentaux. Celui de voir l’Afrique du nord arabisée et islamisée. Dans ce film, on voit Tamazgha occidentale, surtout l’Atlas, le symbole de l’amazighité et de la résistance du peuple amazigh à travers les siècles, souillé par l’arabité, l’islam et la prostitution. C’est l’Atlas comme souhaitait le voir la réalisatrice, ou comme elle l’imaginait qu’on découvre, pas comme il est dans la réalité, c’est à dire vivant et amazigh.
L’Atlas et l’amazighité ne sont pour certains cinéastes, auteurs ou journalistes occidentaux, qu’une source d’inspiration folklorique. Il est, pour eux, hors de question de présenter l’amazighité comme une culture vivante.
Le film montre ces "fugues occidentales" d’une façon très claire. Il faut dire qu’il a au moins ce mérite.


A. Azergui


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