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Hommage à Masin U'Harun
Le Kabyle de Paris rend hommage au berbériste des années 70...
vendredi 16 mai 2003
par webmaster
Mohamed dans l’état civil, Masin dans la vie. Voici le prénom que Haroun avait choisi de son vivant pour signer ses œuvres.

Masin U’Harun est ce militant qui a défié le régime de Boumediène. Il n’a pas hésité à plastiquer des édifices représentant le régime algérien : symboles de l’injustice et de la répression.

La légèreté et le manque de fiabilité de certains des organisateurs de l’opération ont fait que les services de renseignements algériens (S.M.) ont déjoué l’opération et ont arrêté l’essentiel de ses auteurs. Ainsi, Masin U’Harun a eu à subir les pires des tortures des bourreaux de la prison de Lambèse (Tazoult). Onze années et demi de galère, de souffrance mais aussi autant d’années de travail au service de Tamazight. Masin s’est mis à composer des poèmes, à faire des recherches sur la langue berbère. Autant dire qu’il n’avait pas perdu son temps en prison !

Le Kabyle de Paris lui rend un hommage dans son 6ème numéro à travers un article, signé par Kamel Zirem, que nous vous suggérons à la lecture.


Hommage

Un film sur Mohamed Haroun

Masin U'Harun
L’association culturelle Sidi Hend Awanou de Larbaâ Nath Irathen est en train de réaliser un film-documentaire sur le militant de la première heure de la cause amazigh : Mohamed Haroun. Ce projet verra le jour grâce à la collaboration des compagnons de Haroun et à l’association culturelle Tara de Tifrit, village natal de Mohamed.

Tizi-Ouzou et Akbou se rencontrent donc pour immortaliser à travers l’image celui qui a sacrifié toute sa vie pour que vivent la langue et la culture Amazighes. Mohamed Haroun est né le 13 avril 1949 à Tifrit, à trois kilomètres d’Akbou dans la wilaya de Bejaia. Fils de chahid (son père était officier de l’A.L.N. et connu sous le nom de guerre sergent Tahar), Mohamed a commencé ses études à 11 ans dans un camp militaire français. En 1963, il a rejoint le centre d’enfants de chouhada de Bir-Lahrache à El-Eulma.

Brillant élève, il fera trois classes en une seule année C.M.1, C.M.2 et fin d’études. Puis il sera orienté vers le collège d’enseignement technique d’El-E ulma. En 1967, il s’inscrit au C.N.E.T. de Sidi-Aich pour préparer un C.A.P. d’ajusteur. Après un concours, il sera admis au lycée technique de Dellys où il obtiendra le bac technique.

Par la suite, il s’inscrit à la faculté centrale d’Alger en sciences exactes. Parallèlement, il étudiait l’astronomie à l’observatoire de Bouzareah. En plus de ses études, Haroun faisait de la recherche sur la langue tamazight et il était en contact avec Mouloud Mammeri. Haroun a participé à la création de la première revue en tamazight Itij (le soleil). Par la suite, il a approfondi ses recherches dans la grammaire berbère et les règles de calcul. Haroun a été avec Mammeri chez les Touaregs et les Mozabites. Il envisageait de faire un dictionnaire. Haroun faisait également de la peinture. Tout cela a été interrompu après son arrestation le 5 janvier 1976 dans l’affaire des "poseurs de bombes" qui a défrayé la chronique. Il a fait partie du groupe de l’O.F.B. (l’organisation des forces berbère). Après onze ans et demi passés à la prison de Lambèze, Haroun a été libéré le 5 juillet 1987. Il participa activement à la réussite du 2e séminaire du M.C.B. en juillet 1989 à Tizi-Ouzou. Ce chercheur a vécu sans emploi, sans aucune ressource et c’était grâce à l’aide de ses amis qu’il avait fondé un foyer. En novembre 1994, Haroun avait un projet très ambitieux : fonder une association pour la création d’aune Académie berbère en Algérie.

Parmi les membres fondateurs qui ont adhéré au projet, on peut citer le réalisateur du premier film en tamazight Abderrahmane Bouguermouh, le chanteur Madjid Soula, moi même et d’autres amis. Les premières réunions ont eu lieu chez Bouguermouh et Haroun ne cessait de nous dire : "Les Berbères sont comme des abeilles sans ruches. Nous voulons créer cette Académie berbère ici en Algérie pour rassembler tous nos producteurs dans le domaine amazigh afin de leur donner un lieu pour le travail, la recherche et la production." Une copie de ce projet a été déposée au niveau de la wilaya de Bejaia et au ministère de l’intérieur à Alger.

Le projet n’a pas pu aboutir pour diverses raisons, entre autres, les blocages des pouvoirs publics… Ait-Amrane Mohand Ouidir a été également sollicité pour faire partie de ce projet. Il répondra par une lettre dans laquelle on pouvait lire : "Afin de ne pas galvauder le terme "Académie", je vous suggère, de donner à votre structure le simple nom "d’association culturelle" afin de laisser la dénomination pour une institution de haut niveau qui verra le jour très prochainement".

Ensuite, c’est le H.C.A. (le Haut commissariat à l’amazighité) qui était né. Voilà l’une des raisons du blocage de cette initiative libre d’Académie pour permettre à une institution rattachée à la présidence de la République de naître en l’occurrence le H.C.A. après une année de boycott scolaire (grève du cartable de 1994).

Pour revenir au film et selon Ali Mellal, secrétaire général de l’association Sidi-Hend Awanou : "ce film-documentaire va retracer la vie, l’œuvre et le combat de Haroun en donnant la parole à ses anciens compagnons de l’O.F.B., à sa femme, sa sœur, à des militants du M.C.B., des membres de l’association Tara de son village et à ses amis du projet de l’Académie. Tous les aspects seront abordés sans aucun tabou". Signalons que ce film sera finalisé le 22 mai 2003 à Tifrit.

Suite à une tumeur, Mohamed Haroun meurt le 22 mai 1996. Il laisse derrière lui une veuve et deux fillettes. Akkouche Ahcène, un des compagnons de Haroun résume le combat de ce monument : "C’est quelqu’un de simple et de bon. Il a refusé toute compromission. C’est quelqu’un de digne."

L’association Tara compte lancer un grand prix Mohamed Haroun pour le 5 juillet 2003. Ce prix sera ouvert à tous les poètes et poétesses pour que nul n’oublie.

Kamel ZIREM

Article publié avec l’autorisation de l’hebdomadaire "Le Kabyle de Paris"

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