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Le retour du "laïque" printemps berbère
Paru dans "Il Manifesto", jeudi 18 décembre 2003 (Quotidien italien)
dimanche 21 décembre 2003
par Masin
Nous publions ici la traduction de l’article paru dans le quotidien italien Il Manifesto et que nous avons repris dans sa version originale.
La traduction en français est de Vermondo Brugnatelli que nous remercions pour son aimable collaboration.

Le retour du "laïque" printemps berbère

Histoire : Dans un documentaire, l’Algérie de la révolte de la Kabylie, à travers les images de Metref et Severgnini.

Par GIULIANA SGRENA

Si l’Algérie, après les horribles massacres de années 90 - qui continuent encore mais en ton mineur - a été oubliée, la révolte de la Kabylie n’a jamais été rapportée (ou presque) par la presse Italienne.
Et cela malgré que, depuis son éclatement en avril 2001 - anniversaire du dramatique "Printemps Berbère" de 1980 - elle ait déjà enregistré plus d’une centaine de morts, effet de la lourde répression par celui que les manifestants dans les rues de Tizi-Ouzou ou Béjaïa appellent "pouvoir assassin".

A briser ce mur de silence est un documentaire - "le retour des Archs, les villages de la Kabylie bousculent l’Algérie" - réalisé par Karim Metref et Michelangelo Severgnini et distribué par l’hebdomadaire Carta. L’initiative a été présentée hier dans une conférence de presse qui a eu lieu au sénat et à laquelle ont participé Gigi Malbarba, chef des élus de Refondation Communiste, Cesare Salvi, vice-président du sénat, Francesco Postiglione d’Amnesty International, ainsi que les réalisateurs du documentaire.

L’importance de cette révolte berbère, éclatée après une décennie durant laquelle la scène politique algérienne était le plus souvent occupée par le mouvement islamiste et les groupes islamistes armés, réside avant tout dans sa "laïcité" : il s’agit d’un mouvement qui ne lutte pas pour la prise du pouvoir mais pour des revendications démocratiques, pas seulement identitaires - la culture et la langue berbère - mais aussi socio-économiques. Sa nature même l’a rendue impénétrable par les islamistes. Et ce n’est pas tout. Le mouvement des Archs dérive son nom du fait qu’il a ressuscité une forme
d’organisation du passé, une sorte de comités de villages, justement les Archs, tout en le modernisant, car en effet ce n’est pas seulement les hommes âgés mais toutes les catégories qui y sont représentées.

Une forme organisationnelle d’en bas qui a remis en discussion les partis, même les Berbères et qui, devant l’impénétrabilité du système politique algérien, a décidé le boycott des élections. Mais même ce geste extrême n’a fait bouger le président Bouteflika, qui ne se rend pas compte d’avoir jeté une région entière dans un état d’étrangers, au risque de provoquer des réponses séparatistes. Cependant, cela ne s’est pas produit : sur les cercueils des victimes de la répression apparaît le drapeau algérien, et les "rebelles" de la Kabylie revendiquent toujours leur liens avec les principes qui ont inspiré la guerre de libération algérienne en 1954. Les mêmes principes des démocrates qui se sont battus et qui continuent de se battre contre le projet islamiste. Et en effet la révolte berbère a dépassé les frontières de la Kabylie, en se joignant aux luttes démocratiques, surtout celle estudiantines et féminines dans le reste du pays.

Les témoignages recueillies dans le documentaire, pas seulement celles des leaders de la révolte, mais aussi de plusieurs femmes, illustrent une réalité souvent ignorée. Ce sont ces forces qui ont empêché l’Algérie de tomber dans un régime théocratique, mais jusqu’à présent elles n’ont pas réussi à renverser un régime autoritaire où les militaires restent encore un élément déterminant.

Le documentaire a eu le mérite d’attirer l’attention de la gauche afin d’aider ces forces qui, en Algérie, se battent pour la démocratisation.

Article paru dans le quuotidien "Il Manifesto", jeudi 18 décembre 2003, p. 14

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