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Berbère en France
"Conflit entre l'Inalco et l'Etat"
Une dépêche de l’AEF (Agence Education Emploi Formation)
jeudi 20 janvier 2005
par Masin
Nous reproduisons ci-après une dépêche de l’AEF, parue le 18 janvier 2005, signée Tifenn Durand.
cet article rend compte de la décision de l’Inalco de ne plus assurer la conception des sujets de l’épreuve de berbère au baccalauréat ni de la correction des copies. Il pointe également les conséquences de cette décision sur l’organisation de l’épreuve de berbère pour la session 2005.




Enseignement du berbère. La nomination d’un chargé de mission entraîne un conflit entre l’INALCO et l’État et risque de perturber la correction de copies du baccalauréat



L’INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales) se désengage de l’élaboration des sujets de l’épreuve de berbère au baccalauréat, ainsi que de la correction de copies à cet examen, à compter de la session 2005, indique à L’AEF Gilles Delouche, président de l’INALCO, aujourd’hui, mardi 18 janvier 2005. En effet, Salem Chaker, professeur des universités enseignant le berbère, et responsable de la section berbère à l’institut, vient de faire connaître au président de l’INALCO, qui en a informé le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, son intention de ne plus assurer ces deux activités. L’INALCO en avait la charge depuis 1995. En 2004, environ 2 000 élèves avaient choisi cette option au baccalauréat.

Gilles Delouche indique à L’AEF que l’INALCO "approuve totalement la décision de Salem Chaker, car on ne peut pas demander à l’INALCO de faire ce travail et le désavouer, en écartant l’un de ses enseignants du pilotage de l’expérimentation au lycée Lavoisier, après l’avoir sollicité". Le gouvernement avait décidé de mettre en place, de manière expérimentale et suite aux propositions du rapport de Bernard Stasi, (L’AEF du 13/01/2004, 39964), l’enseignement d’une option "berbère" au lycée Lavoisier à Paris, dans le cadre de l’enseignement de langues "inter-établissement". Des élèves de toute l’académie de Paris ayant choisi d’apprendre le berbère devaient être regroupés dans ce lycée lors de l’enseignement de cette option. À ce jour, seule une séance a eu lieu, regroupant une quinzaine d’élèves, sur la cinquantaine qui pourraient prétendre à suivre l’option dans l’académie.

CONDITIONS CONCRÈTES DE MISE EN ŒUVRE

Selon Gilles Delouche et Salem Chaker, ce dernier avait été sollicité par le gouvernement pour "examiner avec le proviseur du lycée Lavoisier les conditions concrètes de mise en oeuvre de cette expérience", puisque l’INALCO assure déjà l’élaboration de sujets et la correction des copies du baccalauréat. "Après les contacts et échanges nécessaires, des propositions précises ont été faites quelques jours plus tard par moi-même au ministère de l’Éducation nationale et à l’académie de Paris", assure Salem Chaker.

Or, par un courrier du 9 novembre 2004 - dont L’AEF s’est procuré une copie - la présidence de la République annonce à Salem Chaker que "Hocine Sadi, professeur agrégé [en mathématiques] en poste au CNDP [Centre national de documentation pédagogique], locuteur berbère reconnu", a été "mis à disposition de la direction de l’enseignement scolaire et a pris ses fonctions [de chargé de mission de l’Éducation nationale sur l’enseignement du berbère dans l’enseignement scolaire] à la fin du mois dernier". Selon ce courrier, il a pour mission de "développer une documentation pédagogique et de faire des propositions de réponse concrète pour la réalisation de cette épreuve", mais est aussi chargé "de l’organisation et du suivi de l’expérimentation, proposée depuis la rentrée 2004 au lycée Lavoisier".

"DESAVOEU SCANDALEUX"

L’INALCO conteste cette nomination, notamment en raison des qualifications de Hocine Sadi : "Nous nous inquiétons beaucoup : la personne nommée est diplômée en mathématiques, et s’il suffit d’être locuteur natif pour être enseignant, c’est un sombre présage pour l’enseignement des langues. Il s’agit d’un désavoeu scandaleux, qui montre le mépris dont l’INALCO est l’objet", tempête Gilles Delouche.

Autre source d’inquiétude à l’INALCO : les affinités politiques de Hocine Sadi. Pour Gilles Delouche, "il est scandaleux que l’on confie l’enseignement du berbère à des associations dont on ignore par qui elles sont dirigées et manipulées". Hocine Sadi est le frère de Saïd Sadi, secrétaire général du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie), parti politique algérien ayant participé au précédent gouvernement d’Abdelaziz Bouteflika, et candidat à l’élection présidentielle algérienne en avril 2004. Salem Chaker, est, pour sa part, militant de l’autonomie de la Kabylie, comme en témoignent ses contributions et tribunes dans de nombreux journaux et sites internet depuis plusieurs années.

"CHASSE AUX SORCIÈRES"

De son côté, Hocine Sadi assure à L’AEF que, pour lui, la convention entre la DESCO (direction de l’enseignement scolaire) et l’INALCO relative à l’élaboration des sujets de baccalauréat et de la correction de copies "est toujours valide", car le ministère n’a reçu "aucun courrier dénonçant cette convention". "Quant à mes qualifications, j’ai réalisé un grand nombre de publications en berbère et sur le berbère, dont certaines sont référencées sur le site même de l’INALCO. Au CNDP, je travaillais sur les langues et je m’occupais déjà du dossier berbère au cabinet de Jack Lang.. Je ne pense pas que mon agrégation, ni même ma thèse de mathématiques, soient un handicap pour occuper ma fonction", argumente-t-il.

S’agissant de ses affinités politiques, il martèle : "ce que l’on me reproche essentiellement, c’est mon frère et je ne veux pas m’associer à cette chasse aux sorcières. Mon lien de parenté ne remet en cause pas ma légitimité à ce poste". Pour le moment, outre les cours au lycée Lavoisier, "qui représentent une activité marginale", Hocine Sadi est chargé de mettre au point une formation, "pour les enseignants du secondaire de toutes disciplines, qui souhaitent enseigner le berbère. En effet, il n’existe pas, dans les textes de l’Éducation nationale, de poste spécifique d’enseignant du berbère." Il doit aussi "élaborer une documentation pédagogique sur CD-ROM pour les élèves qui n’ont pas accès à des cours en classe".

Tifenn Durand
Paris, le 18 janvier 2005.

Dépêche n° 49477

Article reproduit avec l’aimable autorisation de L’AEF.





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