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Hommage
Il y a neuf ans, Haroun nous quittait...
dimanche 22 mai 2005
par Masin
Ses parents l’ont prénommé Mohamed. Lui, il lui a préféré Masin u’Harun. C’est ainsi qu’il a signé toutes ses œuvres poétiques notamment.

Né en 1949, il a du, comme tous les jeunes de son âge, subir les affres de la guerre d’Algérie qui l’a marqué ; son père y a laissé sa vie.

Il aurait entamé des études à l’âge de 11 ans dans un camp militaire français et en 1963 il rejoint un centre de formation à El-Eulma. En 1967, il revient dans le pays natal et s’inscrit au CNET de Sidi-Aïch pour un diplôme de CAP d’ajusteur avant de rejoindre le lycée technique de Dellys où il obtient un bac technique suite à quoi il rejoint la faculté centrale d’Alger et s’inscrit en sciences exactes. En parallèle à ses études de physique nucléaire, il prenait des cours d’astronomie. Il a avait également travaillé comme maître d’internat (surveillant) dans un lycée algérois.

Déjà lycéen à Dellys, Haroun activait pour la défense et la promotion de la langue berbère. Il y était déjà en contact avec l’Académie berbère à Paris. Son action ne s’était pas seulement limité au lycée technique de Dellys, mais aussi à l’extérieur où il avait déjà entamé des actions de sensibilisation auprès de villageois notamment dans sa région natale, Akbou.

A son arrivée à l’Université, il fréquentait l’entourage de Mouloud Mammeri ainsi que l’ensemble des milieux culturalistes berbères. C’est ainsi d’ailleurs qu’il a connu Smaïl Medjeber et tous les jeunes étudiants, artistes et autres acteurs qui s’acharnaient à produire des revues d’information et de conscientisation des Berbères. Deux de ces revues, à savoir Itij et Taftilt, sont très connues du public de l’époque. C’est à cette époque que Haroun met en place l’Organisation des Forces Berbères (O.F.B.). Une organisation dont le principal objectif est d’ébranler le régime du dictateur Boumédiène qui a semé la terreur au sein du peuple et de rompre le mur du silence qui s’y était insinué depuis le coup d’Etat de 1965. C’est donc une organisation qui n’hésiterait pas à faire usage de violence pour s’opposer au régime.

Alliant l’action culturelle à l’action politique, Haroun sillonnera toute la Kabylie. Tout en étant un militant berbériste porté par l’action, il avait également un profond intérêt à la langue berbère qui a fait de lui un véritable amateur éclairé en la matière.

En 1976, Haroun s’implique dans une opération coordonnée par Smaïl Medjeber, connu plutôt pour son action culturaliste, et ayant pour objectif de poser des bombes dans des édifices symbolisant l’Etat répressif de Boumédiène.

Malgré la sincérité de Smaïl Medjeber et des personnes impliquées dans l’affaire, malheureusement il y a lieu de noter que l’organisation était fortement infiltrée par les services algériens (dits S.M. = Sécurité militaire), ce qui a conduit à l’échec de l’opération ainsi qu’à l’arrestation de l’ensemble du groupe ayant participé à la dite opération. C’est ainsi donc que Haroun sera arrêté et incarcéré à la tristement célèbre prison de Tazoult (Lambèse) dans le pays chaoui. A signaler que la bombe posée par Haroun au Trinbunal de Constantine avait bel et bien explosé, et la presse algérienne n’en avait pas fait écho alors que cette même presse avait sur-médiatisé le cas d’El-Moudjahid qui n’avait pas vraiment atteint son objectif. L’implication d’étrangers dans l’opération a permis aux autorités algériennes d’accuser les "poseurs de bombes" d’être manipulés par des forces étrangères, donc de complot contre la nation. Pourtant, selon Haroun, ce point a été bien mis au clair durant les préparatifs de l’opération. La non implication d’étrangers était l’une des conditions qu’aurait posé Haroun à Smaïl Medjeber. Ce dernier aurait assuré que l’ensemble des participants à l’opération étaient de nationalité algérienne. La présence de la main des services algériens dans l’affaire est évoquée aussi par Mohand Aarav Bessaoud qui le mentionne d’ailleurs bien dans son ouvrage "Des petites gens pour une grande cause ou l’Histoire de l’Académie Berbère".

Lors de son séjour en prison, et malgré le traitement inhumain qu’il avait subi, Haroun n’avait pas perdu son temps qu’il avait consacré à la recherche en langue berbère mais aussi à l’écriture notamment de poèmes et de nouvelles.
Dès 1976, il écrit une adaptation de "La cigale et la fourmi" de Lafontaine qu’il intitule "Tawett’uft d wemceddal" (= la fourmi [noir] et la fourmi rouge). En mars 1979, il compose "Abrid umezruy" (=Le chemin de l’Histoire) qui est un véritable appel à la révolte des Imazighen. Ce poème a eu un grand succès à partir de 1987 : il a été publié par la revue Tafsut (n° 12, décembre 1988) ; il a été également chanté par la Chorale de la troupe de théâtre Meghres de l’Université de Tizi-Ouzou sous une musique composée par Nabil Toua. De nombreux poèmes ont été composés par Haroun en prison : "Ay izerman", "Ur nelli d Imazighen", "Izlan iwaziwen", "Ruggel, ruggel...", etc.

Son passage à la prison de Tazoult se trouvant dans le pays chaoui lui a permis d’apprendre le parler de la région qui est le chaoui et par la même consolider ses connaissances en langue berbère.

Libéré en 1987, il a choisi de continuer son combat et a refusé toutes les offres que le régime lui avait faites.
Quelques mois seulement après sa sortie de prison, il anime plusieurs conférences particulièrement au sein des campus universitaires de Tizi-Ouzou, Bgayet et Alger.
Toutes ses conférences portaient sur la langue berbère ainsi que le combat qu’Imazighen doivent mener pour leur libération. Il a toujours refusé de faire des conférences-témoignages sur la période de sa détention. Il a toujours dit que "cette détention étant révolue et il n’y a que l’avenir qui compte".

Après les évènements d’octobre 1988, il intervient dans le fameux meeting organisé par l’Université de Tizi-Ouzou en novembre 1988 au stade Oukil Ramdane. Ce meeting avait plutôt servi de tribune à Saïd Sadi et ses camarades qui préparaient déjà la création d’un parti politique à base kabyle en puisant essentiellement dans la composante du Mouvement culturel berbère (MCB). Et c’est à partir de cette date qu’est née la fracture entre deux grandes tendances du MCB : ceux qui voulaient transformer le MCB en parti politique et ceux qui tenaient à l’indépendance du MCB et à son caractère "culturaliste".
Haroun avait dénoncé l’instrumentalisation du MCB ainsi que les visées de ceux qui allaient devenir les fondateurs du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie). Il s’était activement engagé dans la préparation du deuxième séminaire du MCB qui allait se dérouler en juillet 1989 à Tizi-Ouzou.

Pendant toutes les années qui ont suivi, Haroun a diffusé ses œuvres sous forme de brochures photocopiées.

Haroun s’est marié et a eu deux filles. Il est décédé le 22 mai 1996 d’un arrêt cardiaque.

Sa disparition a été vécue comme un cauchemar pour nombre de berbéristes qui voyaient en lui le symbole de la renaissance du combat amazigh. Son action militante révolutionnaire restera à jamais dans les mémoires de toutes celles et tous ceux qui l’ont connu de près ou de loin.


Masin Ferkal et Saïd Chemakh

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4 Messages

  • > Il y a neuf ans, Haroun nous quittait... 26 mai 2005 02:16, par AMARGOU
    Malheureusement ,on oubli ce grand monument de la resistance kabyle ,j’ai la chance de le voir a AKBOU c’etait un homme humble plein de génerosité envers les autres ;ça ma choqué une fois d’entendre les sois disants démocrates le prendre comme un térroriste alors qu’eux memes sont a la solde du pouvoir on oubli trop je pense que c’est injuste de la part des citoyens kabyles d’etre ainsi ;mais pour les gens qui l’ont connu il restera gravé dans nos coeurs et mémoires et que le nom de HAROUN ne disparaitra jamais jusqu’a la fin du monde. HAROUN etait de ceux qui sont attaché au valeurs ancestrales c’est un homme du NIF qu’il repose en paix.
    • > Il y a neuf ans, Haroun nous quittait... 27 mai 2005 12:40, par kamel
      mohand haroun ou bien d’autre à l’image de meksa ,farid ali etc sont mort dans la dignité totale ,il se sont eclaboussé de mare de la honte , il ont su preservé le combat sincerement et déemontré le chemin . mohya disait dans une chanson chantait par idir "ay arrac nnegh " "ghurwet wi berrun i tbel deg aman " hélas aujourd’hui ce meme personnage nous parle de l’integration il ne renvoi à d autre debat tel l’universalité ou la mondialisation . en toute sincerité et sans hypocrisie cessons de tuer notre culture .certain personne aujourd’hui sont en train de donner tamazight à ces predateur et ses solde de l’arabisme à ses corrompue qui ont affamé le peuple , qui ont poussé certain de nos frere à se debauché . aujour’dhui le pouvoir par ses complices nous propose dans l’espoir d’imposer les caracteres arabes pour l’ecriture amazigh pour la seule émmission en kabyle à la telivision mr cherif mammeri fait de bonne demonstration dans la langue arabe , quant au pouvoir par la nouvelle chaine de telivision qui il nous prepare pour nous doper a sa maniere à votre information cette chaine sera derigé par un baatiste. repose en paix massin ton combat n’est pas vain ,esperon que tes ouvrage seront un jour publié à l’exemple de ton dictionnaire.

      Voir en ligne : reprenons le flambeua

    • imouth w’argaz adllalen y’argazen ar idhafran avridhiss
  • Propositions concrètes 3 juin 2005 12:11, par amghar
    Si l’hommage à Mass Haroun est unanime chez les Kabyles, il demeure que les actions concrètes devant accompagner cette reconnaissance ne sont pas nombreuses. En effet, nous attendons beaucoup d’une réédition par exemple des publications de Haroun par des associations ou par ceux qui pourraient le faire. Ceux qui travaillent dan sl’audio visuel pourraient également en faire un documentaire sur la vie très riche de Haroun et rétablir la vérité sur ses engagements au lieu de laisser planer la version du pouvoir sur son action. Pour terminer, je reprendrai la proposition d’associer son nom à une école, une rue ou une place ou toute autre institution enn hommage à sa mémoire.
  • Il y a neuf ans, Haroun nous quittait... 21 août 2006 23:34, par R AMAZIGHE DE PARIS.
    Haroun et un grand Monument de la resistance amazighe. il a marqué son époque au moment ou tout le monde se cachaient par peur de dictature de Boumedien. R.AMAZIGHE DE PARIS.
  • Il y a neuf ans, Haroun nous quittait... 15 septembre 2007 16:28, par BOUSSAD BOUIZEGARENE
    j’ai suivi touts ses évenements alors que J’été Etudiant a l’Université de Oued aissi depart Electrotechnique, ça na servi strictement a rien , heuresement que j’ai fait une belle rencontre "TOUA Nabil" d’ailleur c en cherchant ses coordonnées que je suis tombé sur cet article et vous ecrire ses quelques mots a l’occasion un grand BRAVO a nos freres qui n’arretrons jamais le combat