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Khénifra, une ville en garde à vue !
samedi 22 mars 2014
par Masin

Mais, que se passe-t-il au juste dans les petites têtes des agents d’autorité à Khénifra (Tamazgha occidentale) chaque fois qu’ils entendent quelqu’un parler la langue amazighe en face d’eux ? Une profonde envie de transgresser toutes les lois, de punir, je suppose ! Tout laisse croire que ces agents sont abreuvés à satiété de racisme et de mépris anti-amazigh. La preuve en est le nombre croissant des affaires les impliquant au cours de ces dernières années dans cette ville maudite par le pouvoir et considérée comme un territoire conquis par certaines familles liées à la monarchie et leurs relais dans la région. Ces derniers jouissent d’une impunité totale. Protégés, ils se permettent tout ce qu’ils veulent.

Khénifra, une ville meurtrie.
Les habitants de cette ville meurtrie dans sa chair et appauvrie gardent toujours en mémoire plusieurs malheureux événements survenus ces dernières années dans la région. Privés d’infrastructures de base, marginalisés, méprisés, leurs forêts dévastées par la mafia, les habitants n’en peuvent plus. Malgré la prétendue "ouverture démocratique" tant chantée, les agents d’autorité, imperméables à tout changement, agissent toujours à leur guise, protégés contre l’impunité. Ces cowboy en babouches et en tarbouches se prennent pour les garants de "l’ordre" dans ce Far West peuplé de tribus des Zayan. Leur arme : le mépris profond de tout ce qui est amazigh.

Faudrait-il rappeler que durant les années soixante-dix, les vieux amazighs de cette région, confrontés aux administrations de l’Etat marocain, s’entendaient déjà dire de parler en arabe ou d’aller l’apprendre en prison. Plusieurs ont été jetés effectivement dans les cachots pour l’apprendre. Croire que cette époque est révolue est désormais une erreur.
En juillet dernier, des agents-officiers des eaux et forêts ont abattu un jeune amazigh de sept balles. Ils l’auraient pris en "flagrant délit" de collecte de bois.
Décembre 2012, le gouverneur de la province de Khénifra a interdit à Oushaq Ajikhoun, un citoyen qui voulait faire entendre ses doléances, de parler publiquement en langue amazighe, la seule langue qu’il connaît, alors que cette même langue est officielle, inscrite dans la Constitution de la monarchie marocaine.

Le pacha imprime sa marque.
Mercredi 19 mars 2014, c’est au tour du dénommé Hamid Ennaïmi, le pacha [1] de Khénifra, d’imprimer sa marque et de faire parler de lui. Normal, il est le neveu d’un autre Pacha de sinistre mémoire à Khénifra. Ce dernier avait, il y a de cela quelques dizaines d’années, rasé le crâne de deux innocentes femmes amazighes pour assouvir son désir d’autorité. Ces femmes avaient refusé de danser lors de "la fête de trône", sous Hassan II, ce qui a été considéré comme un acte hostile à la monarchie. Notre pacha de pacotille, fort de cette réputation, a décidé d’abuser de son pouvoir pour prouver qu’il est là, et par la même imprimer sa marque dans la ville. Le pacha, nostalgique des années soixante-dix, a ordonné à la police d’arrêter Ali Khadaoui, poète et militant amazigh, en violation de toutes les procédures légales. L’alibi est que le poète a parlé sa langue maternelle avec deux de ses amis. Ali Khadaoui, qualifié d’"anarchiste" a été détenu illégalement durant une heure par ce que la police a "exécuté les ordres de ses supérieurs". Des "instructions" ! C’est le seul motif dont la police dispose pour détenir ce militant. Ce dernier explique dans un communiqué qu’il a rendu public jeudi 20 mars 2014 qu’il se rendait à la municipalité à bord de son véhicule avec deux amis. Arrivés devant le bâtiment, il stationna son véhicule, le parking municipal étant occupé par une foire. Un homme en civil s’avança vers lui, sans se présenter, et tenta de le forcer de dégager son véhicule des lieux. Il protesta, faisant remarquer à ses deux amis, en langue amazighe, que les habitants stationnent leurs véhicules dans ce lieux depuis une semaine. "A ces mots, le Pacha fut hors de lui, il me menaça de porter plainte pour outrage à fonctionnaire, alors que nous étions sur la voie publique, qu’il était en tenue civile et ne me présenta aucune preuve de sa qualité de Pacha de la ville", explique Khadaoui dans son communiqué. "Je m’apprêtais à déplacer ma voiture pour mettre fin à cette situation, mais le Pacha appela un mokhazni et lui ordonna d’empêcher la voiture de quitter les lieux. Il appela ensuite la police de la circulation qui arriva et établit un PV pour stationnement interdit."
 
L’affaire aurait pu en rester là. Mais, le pacha en a décidé autrement. Au moment où Khadaoui allait récupérer les papiers de sa voiture après sa verbalisation, une autre voiture de police arriva sur les lieux : un policier en tenue en descend et lui demanda de l’accompagner au commissariat. Le policier monta dans la voiture de Khadaoui sans sa permission, et, en compagnie des deux témoins et se dirigèrent vers le troisième arrondissement. "Là, on me fit attendre sans que personne ne me donne d’explication. Le Commissaire arrive enfin et on me fit entrer dans son bureau. Alors commence une sorte d’interrogatoire qui n’en était pas un car à ma question : "pour quel motif suis-je ici ?" la réponse est laconique, mais on me fit comprendre que c’est par demande ou ordre du Pacha de la ville. Après presque une heure, on me relâcha sans explication aucune."

 
Ali Khadaoui a déjà fait savoir sa volonté de porter cette affaire devant un tribunal. 

Ali Khadaoui


 
Nécessité d’un sursaut. 
 
Parler tamazight avec des citoyens amazigh devant un agent d’autorité constitue-il un outrage à fonctionnaire même après la reconnaissance de la langue amazighe comme langue officielle ? Telle est la question que s’est posé Ali Khadaoui dans son communiqué. Et chacun de nous devrait se poser cette question trois ans après cette "constitutionnalisation".

 
Ce nouvel incident vient nous prouver, malheureusement, que rien – ou presque – n’a changé dans "le plus beau pays au monde" concernant l’amazighité. Le mépris et le racisme anti-amazigh est bien ancré dans les administrations et dans les agissements des agents d’autorité forts de leur impunité et des hommes politiques corrompus et acquis à l’idéologie arabo-islamiste.

 
Quant à Khénifra, seul un sursaut de la jeunesse et des cadres de la région pourra mettre un terme aux agissements des gueux aux commandes de cette région méprisée et marginalisée. Il ne faut rien attendre des autorités.


 
A. Azergui

Notes

[1Le pacha est un administrateur qui est à la tête d’une Pachalik, une circonscription administrative urbaine qui fait partie de certaines préfectures ou provinces.

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2 Messages

  • Khénifra, une ville en garde à vue ! 23 mars 2014 11:30, par lurcher

    Les berbers resteront toujours dans la meme situation, rien ne changera. C’est des gens tres pacifiques et tres placides.
    Ils se laissent faire, ils s’unissent jamais pour se defendre, quand les berbers d’une partie du pays souffre et se fait agresser par les ratons arabes, les autres berbers font l’autruche. Pour changer et faire avencer les choses, il faut s’unir main dans la main et crier avec une seule voix du Sud au Nord et de l’Ouest a L’Est. Les berbers de Khnifra ne peuvent pas se defendre tout seuls contre ces ratons oppresseurs sans le suport des aures berbers ailleurs.C’est rien que la desobeissance et desordre total a ce regime par tous les berbers que que les droits s’arraches.

    Etats-Unis : Un mot arabe prononcé pendant une météo déchaîne

    les foudres de certains habitants du Texas

    http://www.huffingtonpost.fr/2014/03/20/meteo-texas-arabe-racisme_n_4998687.html?ir=France#slide=3533304

    repondre message

    • imazighens victimes des siens...et des impérialistes colonisateurs. si vous regarder bien dans toute tamazgha ce sont leurs frères amazighs corrompus ou aliénés qui sont les premiers à servir de bras pour frapper leurs frères. Tant que ces pseudo frères qui les tiens en marge ne seront mis en évidence et combattus le pouvoir raciste continuera à les opprimer et les réduire à la faim et au silence. Nous sommes victimes de nos véreux qui servent nos ennemis. Que les citoyens se rendent compte qu’il faut commencer par gagner la victoire contre ceux-là pour ensuite franchir le rubicond et s’attaquer au pouvoir car sans eux il ne sera que l’ombre de lui même. Pour ma part la chef je la situe à cet endroit pour espérer gagner la guerre contre le pouvoir..il y a les KDS et ADS qui sont la ruine de tamazgha après leurs maîtres diaboliques.Banais

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