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Poésie
La furigraphie de Hawad : trente ans de poésie, trente ans de combat
Inventer sa route hors des voies tracées
samedi 22 avril 2017
par Masin
Chez Gallimard dans la prestigieuse collection Poésie/Gallimard, vient de paraître l’anthologie d’un poète amazigh, Hawad, avec une préface d’Hélène Claudot-Hawad.

Intitulé Furigraphie, Poésies 1985-2015 l’ouvrage qui vient de paraître aux éditions Gallimard, est une anthologie de la poésie de Hawad : deux-cents pages d’extraits d’une vingtaine d’œuvres poétiques, publiées entre 1985 (Caravane de la soif, Edisud, Aix-en-Provence) et 2015 (Irradiés, Portique nomade, Agadez), précédés d’une excellente préface d’Hélène Claudot-Hawad qui trace un tableau synthétique de l’œuvre et du combat de Hawad. Mais cette préface est également un condensé de l’histoire contemporaine du Sahara central, cette région de Tamazgha, qui n’a cessé de souffrir et de faire face aux appétits politiques, économiques et territoriaux des puissances coloniales et postcoloniales décidées à éradiquer la vie et la liberté sur ce territoire.



Inventer sa route hors des voies tracées


La poésie de Hawad est particulière. Elle sort des sentiers battus. Elle se démarque de la poésie traditionnelle touarègue et s’affranchit de ses contraintes thématiques, prosodiques et stylistiques. Hawad fait de la poésie un instrument de lutte et de résistance.

Mais qu’est-ce que la "furigraphie" ? "Zardazgheneb" en tamajaght (tamazight dans l’accent du nord). Hawad la définit comme "le moyen de dépasser les limites, de contourner l’enfermement, de faire ricocher les échos de (s)es paysages et de construire des espaces inédits pour penser, ressentir et dire autrement le monde". Pour lui, la poésie, tout comme la peinture d’ailleurs, est une forme de lutte, de combat qui aide à résister et à ne jamais renoncer à ce que l’on veut être.

Dans sa préface pour l’ouvrage, intitulée "Hawad, le furigrapheur d’horizons", Hélène Claudot-Hawad trace le portrait du poète-peintre-combattant et résume sa production poétique trois décennies durant.

Peintre et poète amazigh de l’Aïr, Hawad est né en 1950 au sein de la confédération des Ikazkazen à laquelle il appartient. Elevé dans un monde nomade, sa jeunesse est marquée par des récits de la résistance anticoloniale que ses ancêtres ont menée au XXe siècle, une résistance qui leur a coûté cher et a décimé les rangs des résistants et leurs familles. Il a assisté également à la répression sauvage et à la politique anti-touarègue qu’ont mené les Etats hérités de la colonisation française qui ont poursuivi l’œuvre coloniale agrémentée d’une idéologie raciste et discriminatoire. Il a ainsi, comme la plupart de la jeunesse touarègue, vécu l’exil qui l’a amené à connaître la Libye de Kadhafi ou encore le territoire voisin au nord sous administration de l’Etat algérien qui a contribué et continue à contribuer à la destruction du monde touareg et de ses liens supra-étatiques. Il a vécu la sécheresse des années 1970 et comme tous les autres Ishumar (emprunt au terme français : "chômeurs"), il a dû aller chercher du travail loin de chez lui dans les grands chantiers de construction pour pouvoir survivre. Il a eu à connaître les affres des prisons des Etats arabo-islamiques pour délit de faciès, d’écriture tifinagh illégale ou de mobilité transfrontalière. Comme beaucoup de Touaregs, il a connu l’arbitraire et l’humiliation.
Après deux voyages en Europe, le monde qu’il qualifie d’"obèse", Hawad finit par s’installer en Occitanie. C’est là qu’il a réalisé l’essentiel de ses nombreuses œuvres poétiques et picturales qui tracent un tableau de l’histoire du pays touareg et de ses diverses luttes.

«  Face au chaos et à l’absurde, Hawad recourt à une méthode thérapeutique touarègue de détournement du mal : par la répétition frénétique des mots, des gestes, des sons et des images ressassés, amalgamés, pétris e transformés au rythme vertigineux et obsessionnel de la transe, ses personnages s’affranchissent des limites prescrites et cravachent la "jument de leurs désirs", le désir d’exister autrement que dans le scénario imposé par la force et le viol  », écrit Hélène Claudot-Hawad dans sa préface.

Par son œuvre, Hawad nous transmet la mémoire menacée d’un peuple. Mais au-delà de la description des épreuves de la dépossession sur tous les plans, Hawad nous montre la voie de la résistance et, surtout, de la reconquête par l’imaginaire de Temujagha/Timmuzgha, le fait d’être amazigh comme on veut l’être, et non selon le cadre imposé par le pouvoir "à travers le viseur de son fusil braqué à bout portant". C’est dans ce sens que la poésie de Hawad est un outil de libération et de désaliénation des modèles imposés par la force et la domination.

Si l’oeuvre de Hawad paraît décrire le monde amazigh de Ténéré (le désert des Touaregs) et exprime ses blessures, en réalité elle concerne l’ensemble de Tamazgha et aussi "tout peuple menacé d’extermination", les "peuples des marges" auxquels Hawad fait très souvent allusion. Elle suggère une voie originale pour la libération de Tamazgha et de tous les exclus, une voie hors des modèles établis qui rétrécissent l’imaginaire et empêchent de se réinventer dans la dite "modernité". Tout Amazigh, là où il est, des Oasis de Siwa à Taknara (Canaries) et de la Méditerranée au Ténéré, pourra se reconnaître dans cette poésie et dans son mot de passe, le Eza de l’alphabet tifinagh.

Un ouvrage absolument à lire et à faire connaître.

Masin Ferkal.


Hawad, Furigraphie. Poésies : 1985-2015, éditions Gallimard (collection "Poésie/Gallimard"), Paris, 2017. 210 pages, format poche. 7,30 €.
Furigraphie sur le site de Gallimard




Wer nla tizawatin, nla awal

(Nous n’avons pas de munitions, nous avons la parole !)




Hawad : "Être Amazigh !"

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