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La littérature amazighe a été bafouée par décision politique
Interview avec Asafar Lihi, fondateur de la revue "Asirem Amazigh"
jeudi 11 juillet 2013
par Masin
Né à Tizi-n-Imnayen en 1989, Asafar LIHI est étudiant-chercheur en didactique du français. En 2009 il fonda à Tamesna (Rabat) la revue estudiantine Asirem Amazigh. Poète et nouvelliste, Asafar collabore à la revue Idles éditée en France (et dont le premier numéro vient de sortir) et se consacre ces deux dernières années au Mouvement Tawada et au Café Littéraire de Tamesna dont il est co-fondateur.
Nous avons rencontré Asafar Lihi qui a répondu volontiers à nos questions.



Tamazgha.fr : Pourquoi Asirem Amazigh ?

Asafar Lihi : Asirem Amazigh est un rêve, disons reporté, que nous avons pu concrétiser deux années plus tard. En 2007 à Tizi-n-Imnayen, lycéens déjà nous avons pensé à publier Asirem Amazigh, un bulletin interne dont la mission était de rendre compte des activités culturelles organisées par les élèves du Mouvement culturel amazigh de Goulmima (EMCAG). Étouffés par les examens et intimidés par les agressions perpétrées contre les étudiants à Imtghren (Errachidia), nous avons été contraints d’abandonner le projet en question.
Il a fallu attendre l’avènement de mai 2010 pour prendre le projet en main et en faire une revue. Ce bulletin, comme nous l’avons déjà exprimé dans notre premier éditorial, se veut une contribution conséquente à la littérature du Mouvement amazigh et espère amener les militants à se pencher davantage sur la collecte et la création amazighes, faire du passage de l’oral à l’écrit un réflexe de tous les jours.

Quelles sont les difficultés rencontrées lors de l’élaboration de ce projet ?

Les difficultés endurées sont essentiellement liées à tout ce qui est d’ordre technique et qui relève des ressources humaines. Pour les deux premiers numéros, j’ai dû travailler tout seul des mois durant pour corriger les textes, les écrire presque tous sous le couvert de l’anonymat et les mettre en page.
Maintenant que nous sommes cinq, trois rédacteurs et deux maquettistes, nous pouvons travailler tranquillement. Il n’ya que le manque de formation en matière de journalisme qui pèse sur la qualité de la revue. Pour ce qui est de la distribution, il s’est avéré que la clandestinité entrave la propagation de la revue auprès d’un large public ; la toile, à elle seule, ne suffit pas.

Vous publiez des nouvelles et des poèmes dans Asirem amazigh. Quel regard portez-vous sur la littérature amazighe moderne à Tamazgha Occidentale ?


Au Maroc, nous comptons à peine une trentaine de romans et à peu près une douzaine de recueils de nouvelles. Vu ce nombre restreint de publications, et sachant que le premier roman d’expression amazighe date de 2002, je trouve qu’il est trop tôt de parler d’une littérature amazighe moderne notamment en matière de roman. Par ailleurs, nous pouvons parler de modernité dans la poésie. Ce genre a récemment connu une émergence remarquable aussi bien au niveau quantitatif que qualitatif.
En dépit u côté quantitatif, la littérature amazighe gagne du terrain et commence à avoir un lectorat conscient de son pouvoir en l’occurrence les étudiants et les acteurs du Mouvement culturel amazigh. Dans le cadre du mouvement Tawada, nous avons fondé, en mai 2013 à Tamesna, un café littéraire qui accueille chaque semaine deux voire trois présentations de romans.
Je pense qu’un sujet qui fait l’objet du désir de la jeunesse finira par triompher. Je dis triompher parce que la littérature amazighe a été bafouée par une décision politique. En effet, le ministère de la culture s’avère très hésitant sur la question du livre amazigh : il promet beaucoup mais ne réalise pratiquement rien. Et à l’exception des éditions de l’IRCAM, aucune maison d’édition ne peut prendre en charge un livre. Rares sont ceux qui parmi les créateurs arrivent à se faire publier. Se faire publier à compte d’auteur, au Maroc, relève de l’imagination. Raison pour laquelle bon nombre de nouvellistes et poètes finissent par laisser tomber leurs projets.


Propos recueillis par
L. Azergui.


Consulter les numéros d’Asirem amazigh





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4 Messages

  • Ayuz ameqwran i Usfar ghef twuri nnes ar as ttinigh tanemirt irghan d ikkn seg izuran n Tmazgha ucku issen mag illa ubrid n ugmad n tmentilt tamazight , ar as ttinigh abrid n tlelli hat itkar s isennanen walayenni hat ilaq ad yili uzzider . Ar tyd

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  • qui veut conjuguer le verbe ramper ? 12 juillet 2013 11:02, par La Mecreante !

    - « La littérature amazighe a été bafouée par décision politique »

    et imazighen rampent devant "la décision politique" depuis bientôt la nuit des temps.

    Stop la jérémiade SVP !

    levez-vous ou rampez en silence !

    Vous nous pompez l’air à la fin !

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  • Le comble de ridicule, cher Asafar, c’est que l’ircam publie n’importe quoi, n’importe qui et n’importe comment et n’oublie pas bien sûr de récompenser ses auteurs médiocres. l’ircam viole aussi les droits des auteurs (les vrai). il est en train de tout ruiner.

    J’ai acheté récemment au salon de livre de Casablanca un livre reunissant les izlan d’un poète de Goulmima signé par une personne qui a collecté les chants. je me suis alors demandé : ou sont les droits d’auteurs de ce poète ? je me suis renseigné et ben, c’est le type -qui a collecté les izlan- qui a touché les royalties. le poète (le vrai auteur),il peut courir. lorsqu’on veut publier un recueil de poèmes collectés ou un témoignage, on ne met pas le nom de celui qui les a collecté sur la couverture, mais de poète. Mais l’ircam c’est la makhzen et ceux auquels il publie sont aussi des adeptes de makhzen, ses enfants chéris qu’il nourris grassement. tu crois que l’ircam pourra publier un jour un livre de Derouich ou d’autres poètes et auteurs sincères, sérieux et compétents comme toi. Il veut nous noyer dans la médiocrité. et il a réussi.

    a bon entendeur, azul.

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  • Hamza 13 juillet 2013 05:29
    Tantôt créateur littéraire tantôt militant engagé,Asafar ne finira jamais de m’étonner. Je l’ai rencontré une seule fois prés du parlement à l’occasion de Yennayer célébré par ses amis de MCA. Un bon type à qui je demande, comme l’ont fait plusieurs avant moi, de cesser de s’en prendre aux islamistes dans les activités qu’ils organisent au campus universitaire. Je m’inquiète pour lui, c’est tout. Sinon Asirem est une expérience que l’on retiendra dans l’Histoire du MCA. Ayouz !

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