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Lorsque les "acquis" deviennent des obstacles !
vendredi 16 octobre 2015
par Masin
Depuis plusieurs années, le mouvement amazigh à Tamazgha occidentale a changé radicalement de visage. Il est méconnaissable, fragilisé et à la merci totale de la monarchie marocaine qui le manipule à outrance. Le spectacle qu’il offre est affligeant. La majorité des cadres associatifs qui faisaient sa fierté ont été essoufflés. La plupart des présidents des associations les plus actives ont fait le malheureux choix de la compromission et de la servilité depuis qu’ils ont baissé l’échine et embrassé la main du monarque marocain à Ajdir (Moyen Atlas) un certain 17 octobre 2001. Certaines associations et leurs responsables ont été largement récompensés pour leur collaboration. Il faut dire que la servilité est facile surtout lorsqu’elle est lucrative.



Saccage !

Avant d’arriver à ce stade, le régime a tout saccagé avec la complicité de ces mêmes collaborateurs. Le CNC (Conseil national de coordination), un cadre ambitieux qui regroupait des associations amazighes, s’est éteint. Le Congrès mondial amazigh a été détruit, infiltré de toutes parts par les services, réduit en petits groupes rivaux sans aucune influence : même l’infréquentable Kadhafi, le pire des ennemis des Imazighen s’était permis de le fouler de ses pieds en soudoyant gracieusement certains de ses cadres. Les présidents des débris du CMA s’affrontent toujours pour s’octroyer la légitimité de revendiquer ce qui reste de son cadavre. Triste sort pour une organisation internationale qui avait pour mission de défendre les intérêts de "la Nation amazighe".

Des "élites" de la mouvance amazighe ont été recrutées et gracieusement rémunérées après la publication du fameux "manifeste amazigh" et confinées dans un institut, à statut consultatif rattaché au Palais, qui a contribué à saper le mouvement amazigh. Le "choix" suicidaire de la graphie Tifinagh-Ircam, imposé par le Palais, et la gestion de la question de l’enseignement de Tamazight, entre autres, sont révélateurs du caractère nocif de cette structure. Géré comme une vulgaire administration makhzénienne, cet institut assiste aux manœuvres destructrices de la monarchie.

Le règne de la médiocrité

Depuis la création de l’Ircam, un malheur noir s’est abattu sur le Mouvement amazigh. La mauvaise herbe a foisonné partout. Les faux-culs, les artistes-mouchoirs, les arrivistes de tous poils, les "poètes" et "les écrivains" sans scrupules écument les festivals et les salons, organisés souvent par l’Ircam sous "le haut patronage du roi". Partout ils crient "vie au roi" et autres débilités qu’on croyait enterrées à jamais. Ces "artistes" et "écrivains" de service passent à la télévision et sont souvent récompensés par des "prix" plus "politiques" que littéraires.

Une chape de médiocrité s’est aussi abattue sur la littérature amazighe, jeune et très fragile. I’Ircam publie tout et n’importe quoi dans le cadre d’une politique que ses patrons appellent "asgudi" (la quantité). Une politique facile à comprendre puisque ce procédé vise à affaiblir la nouvelle littérature amazighe pour empêcher le peuple amazigh de se doter d’un véritable outil de libération linguistique et politique par la suite. Le très peu de livres de qualité sont submergés par des centaines de textes sans aucune valeur littéraire, ni esthétique. Les exemples sont légion.

Autre manifestation du dérapage du "Mouvement amazigh" est la commémoration, le en grande pompe, de l’anniversaire du discours d’Ajdir qui scelle le pacte de servitude totale des Imazighen à la monarchie. Le Mouvement amazigh a choisi de capituler et faire allégeance à la monarchie au lieu de fêter des faits marquants de notre histoire politique, comme les arrestations de Tilelli (Tizi n Imnayen 1994), les batailles historiques (Dhar Oubarran, Saghru, Badou, Tazegzawt etc.) contre l’armée française et son allié chérifien.

Le mouvement estudiantin, quant à lui, reste le plus actif. Mais, privé d’une structuration solide, il est incapable de se développer. Il est aussi inefficace que la plupart des associations indépendantes qui résistent toujours, avec le peu de moyens dont elles disposent, aux politiques makhzeniennes.

Que reste-t-il de ce Mouvement amazigh qui se revendiquait laïque et indépendant ? Rien de plus qu’un ramassis de débris !

Des "acquis" ? Tu parles !

Il est temps que le Mouvement amazigh indépendant se ressaisisse, se démarque des autorités et de tous les Berbères de service qui ont vendu leurs âmes à la monarchie alaouite. Il est aussi temps de se démarquer de tous les prétendus "acquis" du Mouvement amazigh. L’enseignement de l’amazigh, la graphie Tifinagh, Tamazight TV, entre autres, ne sont pas des "acquis", mais plutôt des freins empêchant l’épanouissement de l’amazighité. Tout ce qui a été fait pour l’amazighité de la part du pouvoir ne sert que ses propres intérêts, pas ceux de l’amazighité et des Imazighen. Ces prétendus "acquis" ne font qu’adoucir la domination qu’exerce la monarchie sur "ses" Berbères, à l’aide d’autres Berbères qui ont choisi d’être serviles.

Le salut de l’amazighité ne viendra ni de l’Ircam, ni de la monarchie marocaine hostile à tout ce qui est amazigh, ni de certains Berbères de service qui sont entrés en "dissidence contrôlée" pour amadouer la militance amazighe. Le salut viendra des Imazighen eux-mêmes qui ont choisi d’être libres et d’œuvrer pour leur souveraineté. Imazighen sont chez eux, sur leur propre terre. Et le pouvoir politique doit leur revenir. Il faut se battre pour construire une conscience nationale et enclencher un mouvement de libération de notre terre, la libération de Tamazgha de l’arabo-islamisme.

Tous les "acquis" ne sont que manipulation.

A. Azergui

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