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Mes impressions sur la rencontre "Vive la Kabylie" avec Tamazgha.
jeudi 12 mai 2016
par Masin
Est-il sage pour nous, Kabyles, de ne nous préoccuper que de la Kabylie sans nous soucier des sorts malheureux que réservent les pouvoirs arabo islamistes des Etats coloniaux dits du "Grand Maghreb Arabe" à toutes les autres communautés amazighes que l’Histoire éparpilla, isola, dans ce vaste territoire qu’est Tamazgha ? La Kabylie a-t-elle, seule, un avenir dans un environnement arabiste et islamiste belliqueux, resté farouche et où d’autres ethnies amazighes continuent de subir les affres inhumain de l’un des colonialismes les plus esclavagistes de toute l’Histoire de l’humanité ? La Kabylie, a-t-elle une chance d’aspirer à un lendemain meilleur, d’accéder à sa liberté si la lutte contre ce colonialisme, le même partout, n’est pas entrepris dans une démarche solidaire et collective ? Mais aussi, une Kabylie faible, avec un destin toujours compromis par un pouvoir redoutable qui sait se faufiler dans les moindres failles que lui offre la division navrante de ses leaders, peut-elle continuer à servir d’exemple à suivre pour les autres contrées amazighes assoiffées de liberté ? La Kabylie est-elle capable d’affronter sa propre réalité et tirer les leçons qu’il faut de ses nombreux échecs passés pour ne plus reproduire les mêmes causes à l’origine de la déliquescence politique kabyle actuelle ? Des questions, et bien d’autres aussi, auxquelles, lors de sa conférence, Gérard Lamari a su apporter des réponses simples, franches, directes et surtout nourries de la sagesse d’un homme de terrain et de l’expérience incontestée de l’un des acteurs de l’Histoire du mouvement amazigh de Tamazgha centrale.


Mais avant la conférence de Gérard Lamari, l’assistance a été invitée à visionner le film documentaire de Samia Chala, intitulé "Kabylie : au cœur de la révolte", un film qui retrace quelques séquences ciblées résumant parfaitement l’essence des événements dits de Printemps noir de 2001. Ainsi est planté le décor d’une Kabylie d’aujourd’hui plongée dans la crise et l’incertitude des lendemains, celui du constat amer d’une situation toujours enchevêtrée d’embûches et d’écueils internes dus d’abord aux siens et rendant encore plus problématique son devenir.

Dans sa conférence, Gérard Lamari a d’emblée prévenu qu’il n’irait pas par le dos de la cuillère pour mieux saisir les dangers, internes et externes, à l’origine de la stagnation et surtout de l’impasse vers laquelle ne cesse de tendre inévitablement la Kabylie. Cette inquiétante situation ne peut, selon lui, que s’aggraver si l’on ne prend pas conscience de la nécessité et de l’urgence qu’il y a à faire tous les bilans de la lutte du mouvement amazigh depuis au moins 1980. Il commence par faire un historique de toutes les luttes kabyles en rappelant les grandes dates des événements pour aider à identifier les causes de l’échec et pour mieux comprendre l’impasse actuelle. Il a souligné que malgré des slogans puissants, toutes les luttes kabyles, et ce en dépit de quelques acquis, avaient toutes été légalistes et "gentilles". Une forme de lutte archaïque qui s’avère aujourd’hui dépassée en ce sens qu’elle ne pose pas les enjeux de la Kabylie dans des termes choc, c’est à dire repousser officiellement le triptyque du cosmopolitisme algérien à savoir l’arabisme, l’islamisme et l’anti-colonialisme pour imposer l’indépendance plutôt que de la revendiquer à un pouvoir resté imperturbable dans ses desseins négativistes. C’est là qu’il donne – et incite à le suivre – l’exemple de la Catalane qui a su prendre son destin en main. Repousser tous ces cosmopolitismes qui se déclinent en valeurs colonialistes de substitution et mettre en avant les valeurs plusieurs fois millénaires de la Kabylie, vitales pour la survie de la Nation kabyle laquelle, comme le rappelle Gérard, est une réalité inévitable. Mais une Nation ne peut exister sans l’édification d’un Etat fort qui la protégerait d’autant qu’elle évoluerait dans un environnement très agressif et hostile. Mais un Etat dont l’existence est impossible sans une force de conviction de l’élite kabyle et une convergence maximale pour sa concrétisation effective. Pour cela, il est important que la Kabylie rebondisse de son inertie, se réapproprie son rôle historique d’exemple et de leader et qu’elle daigne affronter les causes à l’origine de sa crise actuelle. Cela est d’autant plus salutaire qu’il permettra d’offrir aux autres contrées amazighes de Tamazgha d’autres perspectives de luttes et, ainsi, pouvoir conjurer les causes à l’origine de leur échecs potentiels. Et c’est là que l’écrivain de Tamazgha occidentale, Aksel Azergui, intervient et donne l’exemple des siens pour confirmer le propos de Gérard Lamari et, ainsi, d’avertir du risque qu’il y a pour toutes les autres communautés amazighes à reproduire les mêmes causes menant aux mêmes échecs.

L’intervention de Gérard Lamari a ceci de sage que, malgré le constat amer d’une réalité kabyle au devenir fortement compromis, elle s’interdit tout discours culpabilisant ciblé. L’intervenant préfère inciter l’élite, toute l’élite politique et intellectuelle kabyle sans distinction, à l’urgence de mener une réflexion qui soit la plus largement collective possible pour l’établissement de bilans de parcours des luttes, seuls à même de permettre d’échapper "au carrefour de l’inconnu". Mais faire un bilan, ce n’est pas que pondre une parole ou un écrit d’un "pamphlétaire irréprochable et parfait", mais c’est d’être capable de se résigner, d’abord, à l’inévitable examen de conscience pour mieux donner sa chance à l’espoir qui ne peut naître que d’un élan collectif inscrit dans une démarche de concessions partielles.

Cette initiative prise par l’ONG Tamazgha d’organiser cette rencontre adressée et ouverte à tous les Amazighs et, particulièrement, à tous les Kabyles sans distinction politique et idéologique et sans exclusion aucune, est franchement à encourager car elle s’inscrit dans une démarche saine avec cette impression que de son renouvellement périodique, l’espoir finira par naître.
Tamazgha, c’est aussi toute une équipe d’infatigables militants, Tamilla, Irij, Masin, Yan, Aras, Ɛlilu et bien d’autres aussi, que l’engagement et la force de conviction ont ceci de très particulier qu’ils rendent de telles rencontres amicales, conviviales, fraternelles et que de petits gâteaux et diverses spécialités kabyles du terroir servis dans le bar rendent même quasiment familiale. Bravo à Tamazgha et que vive la Kabylie et toute Tamazgha.


Ceɛban u Muḥ.

Quelques moments de l’événement...

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6 Messages

  • AZul Excellent article, comme à l’accoutumée..... Cabane U Muha a bien raison d’expliquer l’intérêt, tout l’intérêt de ce genre de rencontre car, en effet, c’est de la discussion que jaillira la lumière. Mais pas que cela ! Il est temps pour nous Kabyles de nous regarder dans un miroir et de nous questionner sans complaisance aucune sur ce que nous étions, ce que nous sommes et ce que nous risquerions de devenir ! Les feux ont pris en Kabylie, le feux de l’islamisation des esprits, même éclairés et c’est cela le grand danger, le feux de l’ignorance car l’école n’est plus le sanctuaire de la connaissance et du savoir.... et enfin le feu attisé par ceux qui n’ont jamais osé ce bilan dont parle si bien Gérard, ceux qui ont par calcul ou par indiscipline politique mangé à tous les râteliers car oui la kabylie à besoin d’un état pour s’accomplir, elle a besoin de se prendre en charge par elle même car elle en est capable mais pas n’importe comment, pas dans un nationalisme revanchard effréné, pas dans le racisme et la haine de l’autre car nous n’avons pas les moyens de la violence.... le pouvoir central algérien nous aime bien dans des postures de violence, c’est comme cela qu’il nous écrase avec facilité. Nous avons été fragilisé par la catastrophe de 2001, par le génocide et l’ethnocide, nous ne pouvons l’oublier. Bon nombre de Kabyles ont changé leur façon de penser la Kabylie depuis et ils ont raison. Cette fragilité ne doit pas nous précipiter vers l’acceptation des propositions mensongères d’un pouvoir mensonger, ni même verser dans l’islamisation car en ce qui me concerne je refuserai tamazight dans les principes arabo-musulmans responsables de notre aliénation future et de notre disparition en tant que peuple et langue. Il est temps de nous remettre à nous parler sincèrement, la situation actuelle invivable de la Kabylie doit donner le signal de la fin de la récréation.... Merci à Tamazgha, Merci à Gérard d’avoir permit un tel moment d’échange...Vive la Kabylie Tanemmirt

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  • Comme le dit le dicton : "Charité bien ordonnée, commence par soi-même". Avant de s’occuper des autres, commençons par s’occuper de nous-mêmes à savoir :libérer la Kabylie de la peste arabo-islamique. Après cela on pourra venir en aide aux autres.

    Saga des Gémeaux

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  • Comment arriver à parler du chemin vers un Etat Kabyle sans citer à aucun moment le MAK ! Une prouesse...

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  • On en vient enfin au vrai débat ! Sortir des mises en scènes et autres emblèmes factices (...) est une nécessité pour la Kabylie, mais aussi par ricochet pour la communauté berbère dans son ensemble. Car les autres régions berbères ont toujours pris pour exemple la Kabylie dans son ressourcement, ses luttes, ses symboles,... sa dérive. Tamazgha, avec "Vive la Kabylie" pointe du doigt la problématique à creuser, à élucider. Tanemmirt

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  • il faut absolument recentrer les luttes et le combat politique sur le devenir de la kabylie entant que nation,ceux qui par opportunisme politique ou interet personnel,continent a projeter l’avenir de la nation kabyle dans l’algerie arabe,font le jeu du pouvoir colonial. on ne peut envisager l’avenir d’une nation dans une autre,comme on ne peut mettre deux tetes dans une seule casquette.

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