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Mohamed Arezki Ferrad et Brahim Tazaghart, deux cas très illustratifs des "intellectuels" organiques kabyles.
mercredi 27 avril 2016
par Masin

Il est connu de tous les chercheurs, les vrais - ceux qui font de la rationalité leur unique démarche scientifique - que l’islam interdit toute recherche scientifique en Histoire risquant de le dévoiler dans son imposture. Cette religion exclut toute recherche en Histoire dans les espaces qu’elle domine et qui ne fixe pas son point de limite et de départ narratifs, la date de sa création en Arabie et de son arrivée dans l’espace concerné. Au-delà, elle considère l’humanité comme incroyante donc ignorante, païenne, sauvage et ne méritant, de ce fait, aucun intérêt pour les peuples qu’elle tient à soumettre au dernier diktat monothéiste de l’Histoire. Avant, la civilisation humaine n’existait pas. L’islam se propose aux peuples conquis comme le point de départ et de référence uniques de leur Histoire. L’islam est une religion qui s’installe par la négation du passé, la rupture obligatoire avec le patrimoine : les mémoires ancestrales, tout cet héritage fait de savoirs, de traditions, de valeurs, de mœurs, d’us et de coutumes. Il en fait table rase pour se proposer comme le modèle parfait de substitution répondant à tous leurs besoins aussi bien sociaux, culturels, historiques,... qu’identitaires. Prenons, pour illustration, l’exemple du nationaliste algérien Messali Lhadj [1]. Il est à l’origine d’un coup de force idéologique arabo-musulman qui a fait basculer toute une sous-région dans une bâtardise identitaire, culturelle et historique aux conséquences désastreuses et quasiment irréversibles. C’était quand il décida, de connivence avec ses maîtres de l’Orient, de remplacer le nom géographique "Afrique du Nord" par "Maghreb arabe" afin de réduire l’Histoire plusieurs fois millénaires de la région à quatorze siècles seulement d’existence. Une perversion idéologique criminelle de l’Histoire que ln de ses héritiers idéologiques, Bouteflika [2], n’a pas hésité à reprendre explicitement dans sa nouvelle constitution où l’Etat algérien est bombardé violemment de "Terre arabe". Une nouvelle constitution où il concède, néanmoins, le caractère pseudo-officiel de la langue de l’"indigène", Tamazight. Sauf qu’il est de notoriété historique que dans l’écriture de toute histoire, c’est toujours "le chasseur qui rédige celle des lapins". Et c’est là que des politiques et des intellectuels organiques amazighs prennent le relais pour aller placer tous les garde-fous religieux et pseudo-linguistiques nécessaires afin de projeter cette nouvelle réalité politique amazighe dans une perspective idéologique fortement influencée, déterminée, orientée et contrôlée. C’est ainsi que l’on voit défiler sur des plateaux de télévision, dans la presse et dans des conférences toute une cohorte de demi-savants éructant, chacun son rôle, un savoir pseudo-scientifique sur le monde amazigh enfin "libéré de l’injustice" !

M.-A. Ferrad & B. Tazaghart


Mohamed Arezki Ferrad, ce prêcheur attitré de l’idéologie arabo-islamiste qui se fait passer pour un chercheur en Histoire et en linguistique amazighe, annonce que Tamazight doit s’écrire en caractères arabes et non latins du fait que le monde amazigh fait partie intégrante du monde arabe. Il se positionne déjà dans un conflit de civilisations opposant l’Orient à l’Occident où il somme, implicitement, de prendre parti. L’arabisation de la langue amazighe doit viser, d’abord, et avant toute autre considération scientifique, l’affirmation d’une position anti-occidentale et pro-orientale aussi bien géographique, identitaire, culturelle, politique, linguistique... qu’idéologique. Une audace pseudo-intellectuelle qui l’amène jusqu’à chercher des raisons "historiques" pour justifier et légitimer l’identité musulmane et arabe du monde amazigh. Il nous apprend que les poètes amazighs, notamment kabyles, des derniers siècles se réclamaient tous de la poésie soufie [3]. C’est à dire, qu’ils se revendiquaient tous de la tradition littéraire musulmane. Profitant d’un déficit de recherches en la matière et par le procédé qui consiste à dénaturer librement des faits historiques, Mohamed Arezki Ferrad revisite l’Histoire pour trier quelques rares repères religieux qu’il se précipite de généraliser afin de coudre au monde amazigh une identité exclusivement musulmane et légitime. Autrement dit, le procédé de l’arabisation de la langue amazighe aujourd’hui doit s’accompagner obligatoirement de celui qui consiste à islamiser toute la culture amazighe. C’est l’islam supposé d’hier qui légitime l’arabisation d’aujourd’hui !

Une nouvelle tentative de déviation de la réalité historique amazighe animée d’une relecture révisionniste qui se décline, et c’est le moins que l’on puisse dire, comme une violation forcée de son Histoire faite à des fins d’orientations nouvelles : idéologique et civilisationnelle. C’est là que le "chercheur" et écrivain d’expression amazighe, Brahim Tazaghart [4], réconforte cette "conspiration anachronique de l’Histoire amazighe" en l’appuyant de nouvelles donnes "historiques" tirées d’œuvres de "savants", tous musulmans, et qui ne manqueront pas de faire le bonheur du régime algérien et de tous ses relais associatifs et politiques, oulémas, islamistes et arabistes, thuriféraires convaincus de l’ordre négativiste anti-amazigh. C’était au colloque national portant sur "la dimension spirituelle dans le patrimoine national amazigh" organisé par la direction des affaires religieuses algériennes en collaboration avec la direction de la culture de Tizi-Ouzou et la coordination algérienne des Zaouias [5]. Mais, pourquoi toute cette obsession à vouloir mentir sur des faits historiques têtus au seul but de lier la langue amazighe à l’islam ? Tamazight n’a-t-elle pas le droit d’exister, seulement par elle-même, en dehors de toute tutelle idéologique, à fortiori religieuse ? La stratégie de Brahim Tazaghart, qui est en réalité celle du pouvoir, consiste à tout faire pour arracher l’Amazighité de sa dimension spécifiquement politique et historique en transformant tous ses acteurs et défenseurs en de simples musulmans partisans de zaouias. Ainsi, l’on apprend que des berbéristes "purs et durs" des années quarante, à l’instar de Bennaï Ouali, étaient des élèves de la Zaouia de Charfa n Bahloul dirigée par le chef spirituel Cheikh Arezki Cherfaoui [6]. Notre révisionniste cherche à démontrer que le monde amazigh, particulièrement kabyle, aurait été en marge de l’Histoire sans l’apport savant de l’islam. Car, seul l’apprentissage des commandements de cette religion, en prenant comme modèle de conduite l’exemple de Mahomet, prophète des Musulmans, furent derrière l’élan révolutionnaire de tous les nationalistes algériens et kabyles, berbéristes compris. Elle en était l’inspiratrice doctrinaire principale et incontestée de l’éveil révolutionnaire des Amazighs. En peu de mots, c’était grâce à la religion musulmane que le monde amazigh, notamment kabyle, s’est défait du joug colonial français ! Le procédé de manipulation mis en action est simple : on islamise d’abord l’Histoire de la culture kabyle, ensuite celle du combat politique et identitaire kabyles et, comme l’islam ne va pas sans la langue arabe, on finit par légitimer le droit d’arabiser la langue amazighe. Machiavélique !

En bon musulman pratiquant donc, et échaudé par les applaudissements hypocrites nourris d’une salle remplie de "salariés du système", Brahim Tazaghart se risqua dans une narration religieuse de faits historiques qui paraissent pour le moins déconcertants par leurs aspects osés, invraisemblables. Il nous apprend que le guerrier amazigh Aksel fut le fondateur musulman de la première mosquée de Tamazgha centrale. Et tout comme la Chef guerrière amazighe Dihya qui, selon l’éminent chercheur, éleva ses enfants dans les préceptes de la religion de Mahomet et qu’ils n’ont jamais combattu l’islam qu’ils ont épousé pacifiquement dès son avènement en Afrique du nord. Et qu’en réalité, les guerres que nos deux "Amazighs musulmans" ont menées contre des armées arabes sont à mettre sur le compte de simples guerres d’influence entre leaders, tous musulmans, pour la prise du pouvoir au nom d’Allah. Selon l’illuminé de Tazmalt, avec la venue des Arabes en Afrique du nord, nos deux guerriers amazighs, Aksel et Dihya, n’avaient ni territoires, ni peuples, ni langue, ni traditions et encore moins d’autres religions et croyances à défendre. Et que l’assassinat de nos deux grands résistants amazighs par des Arabes n’est rien d’autre qu’un fait qui relèverait d’une tradition guerrière musulmane remontant aux premières années qui ont suivi la mort de Mahomet. Suivons maintenant un peu plus le raisonnement de M. Tazaghart et, par extension logique, remontons jusqu’au vingtième siècle et ce qui s’était passé pendant la guerre d’Algérie et après, et ce afin de mieux cerner et décoder le message que le régime algérien cherche à transmettre via cet idiot utile, à tous les Kabyles. Tous ceux qui ont été assassinés par le FLN-ALN durant la guerre livrée au colonialisme français pour leur kabylité, et ceux qui ont été assassinés par les appareils de l’Etat algérien depuis 1962 (Kamel Amzal, Matoub Lounes ou encore les 130 jeunes kabyles du printemps noir, et d’autres encore), ne seraient, selon la logique de M. Tazaghart, porteurs d’aucun autre idéal ni culturel ni identitaire spécifiques ni civilisationnel et ni politique, que celui du monde arabo islamiste auquel ils sont tous supposés appartenir. C’est à dire, à la guerre comme à la guerre, même les berbéristes étaient des musulmans avant tout, partageant la même cité musulmane mais juste avec une vision différente de la gestion de ses affaires que celle de leurs bourreaux arabo islamistes et que leur extermination s’inscrivait dans une simple lutte d’influence entre "frères d’une même religion" pour la prise de pouvoir. Une tradition sommes toutes normale propre à l’Histoire de la civilisation musulmane. On est là en face d’une nouvelle théorie religieuse de l’Histoire que nous appellerons : étude historique d’événements et faits amazighs selon l’approche dialectique musulmane. Une approche d’autant bénie que selon son théoricien de Tazmalt, le peuple amazigh est un peuple Elu du fait que Dieu cita dans les Evangiles le légendaire roi berbère Sheshonq ! Même Karl Marx n’aurait pas fait mieux. Impressionnant !

Mensonges sur mensonges doublés d’une mauvaise foi dont seule la croyance musulmane en est capable ! A travers cette interprétation de faits, supposés historiques, servis en un prêche mi-religieux mi-mythique, M. Tazaghart vise en réalité plusieurs objectifs politiques et idéologiques :
1- Islamiser la culture ancestrale amazighe, et particulièrement kabyle, pour rendre acceptable l’arabisation en général et celle de la langue amazighe en particulier.
2- Islamiser la culture amazighe, en général, et kabyle en particulier, pour les extirper de leur essence fondamentalement rebelle et espérer, ainsi, les neutraliser dans leur résistance historique contre la colonisation arabo-musulmane.
3- Islamiser la cause amazighe, et kabyle en particulier, pour disculper le pouvoir algérien de tous ses crimes politiques perpétrés sur des Kabyles au nom de la religion musulmane et de l’idéologie arabiste.
4- Islamiser tous les rebelles kabyles et amazighs de l’Histoire pour innocenter les Musulmans de tous leurs crimes commis en Afrique du nord au nom de la religion musulmane.
5- Islamiser tous les Amazighs, Kabyles particulièrement, ainsi que leur parcours militants, pour les rendre seuls responsables de leurs morts et, ainsi, dédouaner l’idéologie mortifère musulmane et panarabe portée par le pouvoir algérien.

6- Et, surtout, partant du fait imposé que tous les Amazighs sont nés musulmans, lancer un avertissement à tous les survivants du "pogrome" amazigh et, particulièrement kabyle, que l’islam permet l’assassinat de tout Amazigh rebelle politisé accusé d’apostasie en terre d’islam, l’Algérie.

Brahim Tazaghart, cet homme au prénom biblique, place ainsi en sacrifice la Kabylie sur l’autel de l’idéologie mortifère du pouvoir comme Abraham proposa d’égorger son fils pour plaire à son dieu !

Alors, avis à tous les Kabyles indépendantistes qui veulent se défaire du joug du système de vase clos arabo-islamiste algérien ! Voir cet article où Sellal avertit le MAK.


Ceεban u Muḥ.

Notes

[1Messali Lhadj, nationaliste arabe et musulman algérien, leader du premier parti politique, ENA (Etoile nord-africaine), créé en 1926 en exil, en France, par des ouvriers kabyles. Il est connu pour avoir été celui qui mit l’Algérie sous l’emprise de l’idéologie nationaliste arabe dirigée par le leader égyptien, Djamel Abdennacer.

[2Bouteflika, l’actuel Chef d’Etat algérien.

[4Poète et écrivain kabyle d’expression amazighe né à Tazmalt, petite ville non loin de Bgayet.

[5"Zaouia" est un mot arabe signifiant "angle" ou retrait ascétique soufie d’un religieux dans un coin ou un angle d’une institution encore plus vaste. C’est le nom donné aux écoles traditionnelles religieuses où l’on enseigne le coran, le "hadith" (paroles de Mahomet) et la "sira" (parcours de Mahomet pour la formation de talebs, des élèves religieux, en charges de colporter "la parole de dieu et de son prophète" au sein de la société. La zaouia remplit des fonctions religieuses mais aussi sociales où la maîtrise du texte religieux permet au chef de zaouia d’exercer le rôle de juge, de savant, de chef de guerre,... et même de guérisseur qui dispense le remède, sous forme d’amulette, aux patients-pèlerins de passage. Considérant toutes les maladies d’ordre spirituel que seul Allah peut guérir, le procédé de "guérison" mis en place consiste à faire danser le patient par l’apport d’un "bendir" jusqu’à le faire entrer dans une transe seule à même d’extirper de son corps tous les djinns qui l’habitent.

L’islamisme politique, le wahhabisme entre particulier, est une idéologie qui finit toujours par se retourner contre ceux qui s’en servent, en particulier les régimes dictatoriaux arabes en place. Pourquoi ? Parce que les deux idéologies visent le même objectif : prendre le pouvoir pour accéder aux richesses. L’islamisme est donc, lui aussi, une idéologie bourgeoise en perpétuel conflit d’intérêt. Par contre, l’islam dit traditionnel, cette religion séculaire traversée par les courants de pensées maraboutique et soufie, est un islam populaire tellement anesthésiant et dépourvu d’ambitions politiques et matérielles qu’il ne représente aucun danger pour le pouvoir. C’est pour cette raison que le système Bouteflika renfloue périodiquement les caisses des zaouïas en vue de les réhabiliter dans leur rôle qui consiste à fournir l’opium populaire et servir de tribunes parfaites pour tous les corrompus du régime en quête d’examens de conscience !

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