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Pourquoi la mort de Fatima Azhririou est une affaire d'Etat ?
jeudi 23 janvier 2014
par Masin
Elle s’appelait Fatima Azhririou. Elle a disparu le 4 janvier 2014 à Biya (Houceima), à Arif, des effets d’un cancer du sang et surtout, d’après des sources locales, de la négligence et du mépris que cette patiente qui n’avait que quatorze ans a enduré au sein de l’hôpital de la ville. Sa mort a déclenché plusieurs manifestations de colère à Arif (le Rif).


Fatima Azhririou



Une jeune fille qui succombe dans un hôpital d’une leucémie peut sembler "normal", vu le nombre et la diversité des cas de cancers souvent mortels dans le monde. Mais, Fatima et nombre d’autres victimes de cette région sont des cas très particuliers. Sa mort et celle de plusieurs centaines d’autres Amazighs du Rif est une affaire d’Etat. Plus de 70 % des cas de cancéreux sont originaires de cette région. Quelles en sont les raisons ?

Petit rappel historique

Pendant la guerre du Rif (1921-1927), l’Espagne, soutenue par la France, qui menait encore sa guerre, avec la bénédiction des Alaouites, contre les tribus amazighes, a utilisé des armes chimiques pour soumettre la République du Rif fondée par Abdelkrim en 1923. L’armée espagnole a utilisé entre autres le phosgène, le di-phosgène, la chloropicrine et surtout le gaz moutarde (l’ypérite).
Ce recours à l’utilisation des armes chimiques est intervenu en réaction à l’écrasement de l’armée espagnole à Dhar Oubarran en juillet 1921 par les combattants rifains. L’Espagne, humiliée et vaincue, cherchait une solution pour soumettre le Rif. Elle avait sollicité l’appui des Allemands. Ces derniers lui recommandaient alors de bombarder au gaz moutarde les villages, les rivières et les villes les plus peuplées. Berlin avait fourni à l’Espagne des tonnes de bombes chimiques prêtes à l’emploi. Elle l’aide aussi à mettre sur pied La Marañosa, sa propre usine de fabrication de gaz toxiques à Tolède.

L’armée espagnole utilisa 530 avions de construction française, allemande et danoise, pilotés par des mercenaires européens et américains, pour déverser des centaines de milliers de tonnes de gaz toxiques sur le Rif. Plusieurs centaines de milliers de Rifains ont perdu la vie suite à ces bombardements.


Malheurs

L’utilisation des gaz toxiques avait forcé Abdelkrim à se rendre le 27 mai 1926 aux Français qui avaient aussi pris part activement à la guerre contre le Rif sous la direction du Maréchal Pétain qui avait qualifié, à l’époque, les Rifains de "hordes de barbares". Cette reddition n’était que le début des malheurs qui vont, par la suite, frapper le Rif. En proclamant la naissance d’une république indépendante dans cette région et en effaçant la domination du Makhzen, les Rifains s’étaient attiré la colère noire des Alaouites ; ils le paieront très cher. Ils le payent toujours. Le Rif a été appauvri, combattu, délaissé, opprimé. Ses enfants poussés à l’exil. Plusieurs milliers d’entre eux sont rongés par le cancer provoqué par les bombardements.

Malgré le nombre énorme de cancéreux que compte le Rif, la région ne dispose pas d’un hôpital digne de ce nom pour traiter les malades. Ces derniers sont envoyés à Casablanca, à Fès ou à Rabat. Le mal qui ronge les enfants du Rif a une origine : la monarchie alaouite et sa volonté d’écraser les Rifains, de les humilier et de leur faire payer le prix de leur lutte pour leur indépendance.

Mourir d’un cancer dans le Rif n’est pas une fatalité. C’est l’effet d’une politique. C’est pour toutes ces raisons que la mort de Fatima Azhririou n’est pas "normale". Il s’agit bel et bien d’une affaire d’Etat.


A. Azergui


Dans cette vidéo, Fatima Azhririou raconte ses déboires au sein des hôpitaux marocains à Fès, Casablanca et Biya. Elle évoque l’irresponsabilité des médecins et elle remercie toutes celles et tous ceux qui l’avaient aidé financièrement pour faire face aux frais engendrés par les soins de sa maladie.

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