Accueil > Actualité > Que se passe-t-il à Kidal ?
Que se passe-t-il à Kidal ?
lundi 23 décembre 2013
par Tamilla
Alors que les médias en France ne cessent de reprendre à leur compte la ligne du président de la République et des ministères impliqués à propos de ce qu’il convient d’appeler "la guerre de recolonisation du pays touareg", maquillée et présentée en guerre contre les terroristes djihadistes que les Touaregs tentent pourtant de combattre depuis plus de dix ans, la situation sur le terrain paraît bien moins glorieuse pour la France. Les récents évènements qui secouent tout le territoire de l’Azawad et en particulier la région de Kidal le démontrent de façon cinglante.



En effet, la situation dans cette ville – capitale de l’Azawad – devient chaque jour un peu plus tendue. Longtemps restée aux mains du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), Kidal s’est vue mise sous le contrôle de la MINUSMA après les accords de Ouagadougou en juin 2013, avant de permettre aux troupes de l’armée malienne ainsi que ses milices de revenir dans la foulée de la mascarade électorale qui a vu désigner les membres du parlement malien en novembre 2013.

Depuis, la situation ne cesse de se dégrader et chaque jour qui passe apporte son lot d’événements qui ne manquent pas de secouer cette région où les populations touarègues poursuivent ce qu’elles considèrent comme une résistance à l’occupation malienne.
Malgré donc l’installation par la France des troupes de l’armée malienne, aux côtés des forces de Serval et de la Minusma, à Kidal, la prétendue sécurité qu’elles étaient sensées apporter n’est pas au rendez-vous.
Après le rapt et le lâche assassinat des deux journalistes français, c’est un attentat à la voiture piégée qui, le samedi 14 décembre, ôte la vie à deux soldats (de nationalité sénégalaise d’après plusieurs sources concordantes) et fait sept blessés.
Dans la nuit du lundi 16 décembre, ce sont deux des camps où sont basées les forces françaises et celles de la Minusma (aéroport et Etambar) qui ont été l’objet de tirs d’obus. Aucune victime n’est enregistrée.

Au delà du fait que la sécurité est de nouveau menacée à Kidal depuis l’arrivée des troupes maliennes et leurs milices, ces dernières s’en prennent, désormais, elles-mêmes aux populations civiles de l’Azawad. L’on se souvient encore de l’armée malienne qui a répondu par des balles réelles à la manifestation pacifique des femmes venues protester le 28 novembre 2013 contre la visite du premier ministre malien à Kidal, en tuant ainsi deux en blessant grièvement d’autres.

Le lundi 16 décembre, c’est au tour des forces de la Minusma de semer la terreur parmi les populations civiles en procédant à des tirs de sommation, des tirs dont les éclats ont légèrement blessé un jeune circulant en moto. Dans la même journée, c’est un véhicule puis de nouveau un motard qui ont été tour à tour les cibles de tirs de la part de ces mêmes casques bleus, pour refus d’obtempérer aurait-on déduit, blessant d’ailleurs ce dernier.

La tension reste palpable à Kidal où les différentes armées en présence auraient, selon des sources locales, modifié leur comportement depuis ce qui s’apparente à une offensive islamiste terroriste. Les soldats, dont la présence est bien plus visible depuis peu, s’en prendraient aux populations pour le moindre mouvement "jugé suspect" et avec beaucoup moins de tact qu’auparavant. Au-delà du climat tendu que cela engendre, la suspicion et la peur qui l’accompagnent risqueraient de faire fuir les populations de Kidal déjà éprouvées par près de deux années de violences et de guerre et plus de cinquante années de résistance à l’oppression malienne.

Enfants touaregs au camps de réfugiés de M’berra (Mauritanie)



Une résistance qui ne semble d’ailleurs par prête de s’affaiblir puisqu’elle concerne l’ensemble de la société dans l’Azawad. En effet, aux côtés des femmes et des jeunes qui poursuivent leurs manifestations pacifiques malgré la répression sanglante dont elles ont fait l’objet de la part de l’armée malienne et ses milices, ce sont, depuis le mois de septembre 2013, des centaines d’élèves qui protestent contre la réinstallation de "l’éducation nationale" malienne dans l’Azawad, rejetant tout autant les fournitures scolaires que l’affectation de nouveaux "professeurs", maliens, dépêchés depuis Bamako. Ainsi des élèves de l’école Baye Ag Hamaha, qui organisent tous les matins la levée du drapeau de l’Azawad au sein de leur école, y ont refusé l’accès à quatre enseignants maliens envoyés sur les lieux en "garants de la transmission d’une certaine histoire" de l’Azawad. Ils souhaitent poursuivre leur scolarité assurée par des enseignants Azawadiens. Ils promettent un accueil similaire aux forces Franco-maliennes qui ont le projet de tenter d’y introduire de force ces enseignants prochainement.

Voilà là un bel exemple de la résistance du peuple touareg au retour de la colonisation que lui a organisé la France, elle-même ancienne puissance coloniale, comme si ce peuple ne mérite pas de se gouverner sur sa propre Terre !


La Rédaction

Articles dans la rubrique :

Actualité
09/12/16
0
Le Centre international des cultures populaires (CICP) abritera une journée de solidarité avec (...)

Lire l'article

02/12/16
0
Samedi 3 décembre 2016 à 15h, à Place de la République à Paris. Le Comité international pour la (...)

Lire l'article

26/11/16
0
Rmexzen aɛuṛubi n ccuṛfa di Rbaṭ, i dinni yegga ufṛansis d uṣpanyu, lebda ixes ad yarz tagrawla di (...)

Lire l'article


Rejoignez nous


1 Message

  • Solidarité Amazigh 23 décembre 2013 16:01, par Mohand Oukaci
    Il est temps pour les Amazigh de se débarrasser de ce manteau de victime pour passer à l’offensive en se solidarisant avec leurs coreligionnaires de toute Thamazgha. Contrairement aux apparences la France avait et est toujours l’ennemi principal des Imazighenes et à ce titre il faut se remémorer la guerre d’Algérie ou elle s’était particulièrement acharnée sur la Kabylie, celle du Rif ou elle avait volé aussi au secours des Espagnols battus par ces fantastiques Amazighs de cette région et les exemples sont forts nombreux.
    - Ceci bien sur pour une seule raison, c’est celle de l’organisation des amazighs, l’amour qu’ils ont de leurs pays et surtout ils sont incorruptibles car nationalistes. Alors ne nous lamentons plus agissons !

    repondre message

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.