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Salih Müslim raconte ses déboires à Prague
Entretien réalisé par "ANF News", traduit au français par "Kurdistan au Féminin".
jeudi 1er mars 2018
par Masin
Nous l’avions signalé dans un précédent article, Salih Müslim, dirigeant politique kurde, a été arrêté samedi 24 février 2018, tard dans la nuit, par la police tchèque sur ordre de la Turquie.
Suite à une large mobilisation ayant exigé sa libération par les autorités tchèques, ces dernières ont fini par le libérer le soir du lundi 26 février 2018.
Le 28 février, le dirigeant politique kurde raconte ses déboires à Prague dans un entretien accordé au magazine en ligne ANF News.
L’article étant en anglais, il a été traduit au français par Kurdistan au Féminin qui l’a publié sur sa page Facebook et que nous reproduisons ci-après.

La Rédaction.



Müslim parle du coup tordu de la Turquie à Prague

BRUXELLES - Après sa détention de deux jours à Prague, l’ancien coprésident du PYD, Saleh Muslim, a parlé à l’ANF de la manière dont il a été détenu et de ce qu’il a vécu.
Saleh Muslim a été arrêté le week-end dernier à Prague, où il assistait à une conférence. Muslim a été détenu pendant deux jours et a été libéré par le tribunal lors d’une audience mardi. Muslim a déclaré que la Turquie essayait de frapper là où elle le pouvait, mais qu’elle n’y arrivait pas. Selon l’ancien coprésident du PYD, la Turquie veut faire taire la voix d’Afrin en Europe.



ENTRETIEN.


- Pourquoi étais-tu à Prague ?
Il y avait une conférence privée annuelle. Nous étions là pour représenter la Syrie du Nord et nous avons tenu plusieurs réunions.

- Le jour de la réunion, avez-vous été détenu ?
C’était le quatrième et le dernier jour. Les réunions étaient finies, j’étais censé y retourner le lendemain. .

- Où étais-tu détenu ?
À l’hôtel. .

- Qui est-ce qui est venu à l’hôtel et quelle raison vous ont-ils donnée ?
C’était la police tchèque. Ils ont dit qu’ils avaient un mandat d’arrêt, c’était un document d’un tribunal. .

- Vous ont-ils dit que la demande venait de Turquie ?
Bien sûr qu’ils l’ont fait. Ils ont dit que toute cette situation se produisait en raison de la demande de l’Etat turc. .

- Comment avez-vous été traité en détention ?
C’était une procédure normale. Il n’y avait pas d’interrogatoire. Ils m’ont directement référé à un tribunal. Mais la détention a duré 2 jours.

LA TURQUIE VEUT FRAPPER OÙ IL Y A UN POINT FAIBLE.


- Tu es en Europe depuis longtemps, pourquoi as-tu fait face à ça en République Tchèque ? Qu’est-ce que tu en penses ?
L’organisation de renseignements de la Turquie est liée aux relations de renseignement. Ils ont des relations dans certains endroits. Ils essaient de frapper où ils voient la faiblesse. Nous savons que les services secrets de la Turquie sont répandus dans toute l’Europe. Ils ne peuvent pas prendre des actions militaires en Europe comme ils peuvent au Kurdistan ou en Syrie, mais ce qu’ils peuvent faire, ce sont des coups tordus et des relations de renseignement. Ils essaient de tirer profit de certains organes judiciaires où ils voient des faiblesses. Mais le système judiciaire tchèque était conscient de cela, ils savaient que c’était un coup tordu. C’est pourquoi ils m’ont libéré. .

- L’État turc avait mis un prix à votre tête avant votre détention. Avez-vous le sentiment que votre vie est en danger ?
Maintenant, la Turquie peut faire n’importe quoi. Cela devrait toujours être prévu. Ils veulent attraper les gens où ils voient la faiblesse avec des tours sales. Ceux qui partent à la chasse à l’homme ne sont que des structures sans principes. Seuls les criminels accomplissent de telles choses. Mais dans le système judiciaire, surtout en Europe, cela ne trouve pas d’écho. .

LES PRÉCAUTIONS ÉTROITES DE LA POLICE TCHÈQUE CRÉENT DU DOUTE.



- Après avoir été libéré, avez-vous été confronté à une autre situation où vous étiez suspicieux ou vous avez vu comme une menace ?
La police (tchèque) prenant des précautions de sécurité aussi strictes et insistant sur celles-ci a créé un certain doute en nous. Cela signifie qu’il y a quelque chose que nous ne savons pas, et la police le sait et ne nous le dit pas. Il doit y avoir d’autres raisons derrière pour qu’ils agissent de cette façon, en restant serrés et m’accompagne jusqu’à ce que je quitte la République Tchèque. .

- Vous êtes sorti menottes aux poignets et cela a créé beaucoup de réactions.
Quand ils m’ont détenu, il n’y avait pas de menottes. Ils ont utilisé les menottes seulement pendant les 15 minutes quand j’ai été transféré à la cour. Quand je me suis opposé, ils m’ont dit que c’est ainsi que les choses sont faites. Je ne sais pas s’il y a d’autres significations. Je ne sais pas si c’est le cas pour eux, mais pour nous cela ne veut rien dire d’être menotté ou pas. .

ILS ONT VOULU FAIRE DU SILENCE AUTOUR D’AFRIN.


- Votre détention a-t-elle quelque chose à voir avec l’invasion d’Afrin ?
Je suis sûr que oui. La Turquie agissant tout pétulant est due à la victoire là-bas. Ils sont vaincus à Afrin. La résistance là-bas est glorieuse. Maintenant, nous sommes la voix d’Afrin en Europe. Nous amplifions les voix des femmes et des enfants là-bas, nous exprimons les cris des gens. Ils ont essayé de nous faire taire. Mais ils ont échoué. Ils n’ont pas réussi. .

LA TURQUIE VEUT CHANGER LES DONNÉES DÉMOGRAPHIQUES À AFRIN.


- En parlant d’Afrin, pourquoi la Turquie a-t-elle attaqué une région que le monde entier considère comme l’une des zones les plus paisibles et les plus sûres de Syrie ?
La raison de la pétulance de la Turquie est le fait que de nombreux groupes qu’ils utilisent dans d’autres endroits ont échoué, comme Daesh. Ils ont été vaincus à Kobanê, ils ont été vaincus à Raqqa. Ils sont vaincus à Deir Ez Zor. Donc, pour remédier à cela dans une certaine mesure, Afrin est le dernier point. Tous les groupes terroristes d’Idlib qui sont sous le contrôle de la Turquie les mettent également dans une situation difficile. Il y a une pression sur la Turquie pour résoudre tout cela. Maintenant, ils veulent pousser et attaquer Afrin. C’est une situation où ils rassemblent tous les restes de Daesh restants de Kobanê, Raqqa et même Mossoul et les ont organisés pour attaquer Afrin. Et puis il y a d’autres groupes qui attaquent du sud et de l’ouest. Ils veulent absolument prendre le contrôle d’Afrin à la fois pour changer la démographie et s’installer dans les forces qu’ils veulent là-bas. .

- Alors, peuvent-ils le faire ? Peuvent-ils réussir ?
Non bien sûr que non. La résistance du peuple est glorieuse. Quoi qu’il arrive, ils ne réussiront jamais. .

LA RELATION RUSSIE-TURQUIE N’EST PAS STRATEGIQUE.

- Pourquoi la Russie a-t-elle fait ça ?
Il y a d’autres intérêts sous la table. Ce pourrait être le problème du gaz, il y a le pipeline. Il y a des intérêts économiques. C’est probablement pourquoi la Russie est silencieuse. La Russie viole vraiment leurs propres principes. Ils prétendent qu’ils vont protéger l’intégrité territoriale de la Syrie, mais ici, la Turquie a pris le contrôle de Shehba. C’est sous l’invasion. Et maintenant ils veulent envahir Afrin. La Russie a une responsabilité là-bas, et maintenant ils devraient faire quelque chose. Mais ils sont silencieux. Quels que soient leurs intérêts. .

- L’alliance Turquie-Russie est-elle durable ?
Je ne pense pas que ce soit stratégique. C’est une question d’intérêts, et c’est temporaire. La Turquie sera leur fléau un jour. Avec cette politique, la Turquie représente une menace pour la paix dans le monde entier. Ils veulent obtenir des résultats en Europe grâce à des trucs d’intelligence sales qu’ils n’ont pas réussi à faire dans la région. Ils mélangent la région et l’Europe. Le monde ne peut pas supporter cela, à un moment donné quelqu’un y mettra fin. .

JARABLUS ET BAB NE PEUVENT PAS RESTER SOUS L’OCCUPATION TURQUE.


- Comment la situation d’Afrin affectera-t-elle les régions envahies par la Turquie avant, comme Jarablus et Bab ? Ces endroits sont encore sous occupation turque.
Ce n’était pas seulement les Kurdes qui vivaient dans ces régions. Ils étaient mélangés. Le jour viendra aussi pour ces régions. Personne ne restera silencieux. Ces lieux ne peuvent rester sous l’occupation turque. .

- Enfin, comment expliquez-vous le régime syrien qui envoie des forces à Afrin ?
Nous avons toujours dit que nous faisons partie de la Syrie. Nous ne voulons pas nous séparer de la Syrie. Ils ont un devoir. Protéger la frontière relève de la souveraineté. Malheureusement, ils ont été très indisciplinés. .

- Pourquoi ? Ne sont-ils pas assez forts ?
Je ne sais pas s’ils ne sont pas forts. Mais ils peuvent au moins vouloir obtenir l’approbation de la Russie. Et il y a des coups tordus en place pour ça. .


Propos recueillis par :
Maxime Azadi (ANF).

Entretien paru dans le magazine en ligne ANF News, le 28 février 2018.

Lire l’article en anglais sur ANF News :
Muslim speaks to the ANF about the Turkish state trick in Prague

Traduction par « Kurdistan au Féminin ».

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