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Salima Ikhlef, le Ballet Gouraya : sur les pointes des pieds, la permanence Kabyle...
vendredi 26 juin 2015
par Masin
Salima Ikhlef vient de couronner au Théâtre du Moulin à Marseille, une tranche de sa carrière, vingt-cinq ans de danse, de scène et d’enseignement, de façon majestueuse. Nous avons assisté à la prestation du ballet Gouraya, ce nom significatif de plus de 25 ans d’une permanence Kabyle à Marseille et en France en général.



Notre danseuse chorégraphe est née à Marseille dans une famille kabyle. Cet ancrage l’incite à dire à haute voix ce que beaucoup murmurent en cercle restreint "savoir d’où l’on vient pour savoir qui l’on est pour s’accomplir et vivre ses rêves" dit-elle. Salima a choisi la danse par passion mais également pour contribuer à cette noble entreprise de transmission, la transmission d’une culture entière par le mouvement et l’esthétique, un art pour lequel elle vibre depuis sa tendre enfance dans ce quartier historique qui fait face au large de la Méditerranée, le village de Saint-Antoine. L’artiste ne fait pas dans l’improvisation et la folklorisation de l’une ou de l’autre (sic provençale) de ses deux cultures pour lesquelles elle exprime un remarquable attachement. Salima explique l’importance de cet apport des femmes kabyles en termes de danse, de gestuelle véhiculant la solidarité, les codes et l’histoire, comme un hommage à sa mère en premier.
Petite, elle observait son entourage, s’imprégnait progressivement de mélodies de chants issus de l’oralité. Elle apprend vite à apprécier les chanteurs contemporains. La passion aidant, Salima Ikhlef a consigné tout cela dans sa mémoire et son quotidien pour le transmettre généreusement via ses fabuleux ballets. Quant à la culture provençale Salima, elle la revendique. Par ailleurs, sa passion de la danse ne la pas exonérée de l’apprentissage du métier dans des écoles spécialisées, notamment l’école de danse des Chartreux (Reynald Desire), de la danse contemporaine au théâtre national de l’Opéra de Paris (Daniel Agesilas) et de danse classique au théâtre de l’Opéra de Wien (Alyocha Ponziewitch). Salima a choisi de vivre ce métier de manière assumée alors qu’elle est détentrice d’une maîtrise en sciences économiques de l’Université de Provence pouvant lui ouvrir d’autres horizons.

Elle mène un travail de recherche chorégraphique, multiplie les prestations de qualité grâce à tout ce background. Elle crée une école de danse, le Ballet Gouraya, où des petites d’à peine 3 ans côtoient des adolescentes et des adultes sur une scène aux couleurs de la "fouta" et à l’arrière fond de musique kabyle. Elle embarque ainsi les filles des quartiers dans ses projets de création. Partant de la danse traditionnelle artistique et ludique, Salima Ikhlef privilégie le développement des aptitudes des danseuses à travers un travail sur la gestion de l’espace, du temps et de l’énergie. En 2001, elle crée spectacle "Kahina" puis participe, entre autres, au Festival sud Culture Tamazgha devant un très large public marseillais.

Tout au long de son parcours, Salima va nourrir ce lien entre création et permanence des cultures désormais inscrite dans "son corps et dans son âme" faisant ainsi de ces corps en mouvement "des lieux de mémoire et de partage". Ce partage vient aussi du fait qu’elle associe d’autres danses et airs berbères à savoir le chaoui et le touareg ; sans hésiter se réapproprie le terroir provençal, le flamenco, la culture celtique, l’Inde les invitant à une belle fusion : c’est ce qui fait la singularité de sa démarche !

Le répertoire choisi est minutieusement cocoté, il est adapté de façon professionnelle et ingénieuse à la danse classique et contemporaine, un répertoire de chants à textes engagées, Lounès Matoub, Ferhat, Ait Menguellet, Idir, de Chérifa qu’elle affectionne particulièrement, et un clin d’œil à Hnifa, une figure de proue de la chanson féminine de l’exil. Le Fil conducteur de ce spectacle au Théâtre du Moulin en deux parties, comportant de manière symétrique plusieurs tableaux riches en couleurs et en mouvements.
Imaginez des petites de 4 ans avec une robe kabyle revisitée, dansant l’air musical JSK de Ait Menguellet le tout dans une chorégraphie aux tonalités contemporaines ou encore une danseuse non kabyle exécutant un solo sur un air célèbre de Hnifa ! Il ne s’agit nullement d’une juxtaposition de danses à l’image d’un festival mais d’une belle osmose où la culture berbère affiche son hospitalité traditionnelle. Il n y a que Salima qui peut opérer une telle magie. L’universel pour elle ne doit pas mener à l’aliénation.
Le ballet Gouraya est un sanctuaire pour les amoureux de l’art et de la danse qu’elle a su dès le départ, ouvrir aux autres pour mieux vivre avec elle cette aventure. Elle est toute reconnaissance à son fidèle public toujours au rendez-vous de la passion de la danse. Ce fût un spectacle enchantant, unanimement et chaleureusement applaudi.
Sur ce socle toujours kabyle, elle a su greffer des apports diversifiés. La greffe a bien pris. On attend Salima Ikhlef pour encore plus de vingt-cinq ans de bonheur artistique.

Mestafa G’idir



P.-S.

Nos remerciements à Salima Ikhlef qui a généreusement accepté d’échanger avec nous après son spectacle et accepté l’enregistrement malgré le manque de temps, la fatigue et l’agitation dans les coulisses.

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