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Tagrawla, l'appel au sursaut !
dimanche 1er avril 2018
par Masin

"Inger tmezgida d tmezgida timezgida" (entre une mosquée et une mosquée est construite une autre mosquée), chante le groupe Tagrawla dans son dernier album "Lmrrukkistan". Le poème intitulé à l’origine "Maghribustan" est écrit par Omar Derouich. Il met le doigt sur les ravages que provoquent la religion, l’esprit de troupeau et la propension de certains Berbères à agir sans réfléchir, à se soumettre à la religion et à se dresser contre ceux qui se battent pour leurs droits. "Utaɣ winna inna : ttrataɣ izerfan" (attaquons ceux qui revendiquent les droits), semblent dire ces Berbères inconscients qui ont préféré tourner le dos à leur identité et à ceux qui défendent les droits des Imazighens.


Dans ce texte, le poète s’insurge également contre cet engouement irréfléchi contre l’intelligence, contre cette haine de soi qui pousse certains à "enterrer leur avenir et leur liberté", appelant à lutter, à « ouvrir les portes », à espérer et à résister.

Ur nenezza i yiḍan :
Aseḍsu nil yiɣerfan.

Nous refusons de nous soumettre aux chiens
Risée de tous les peuples.


Le groupe assume d’emblée cette liberté de ton dans la chanson « Aheddawiy » (l’Errant). Il revendique ce droit d’exprimer librement ses pensées, peu importe les conséquences.

Ayenna ukzeɣ ad tt-iniɣ
Je dirai ce que je pense
Meqqar i-tgam d-aheddawiy
Peu m’importent vos préjugés
Tidet aẓaẓa xef unelli
La vérité est certes amère
Ur da tt-ittasi menwala
Mais, je suis né pour la propager.

Dans cette même chanson, le groupe appelle à la lutte pour l’existence :

Imaziɣen iwda n gar ili
Imazighen, réveillez-vous
Izerfan, ad nili amur.
Il est temps de lutter pour exister.

Dans ce nouvel album, le groupe a tenu à rendre hommage à Feu Muhend Amezyan Saïdi, artiste-peintre disparu le 21 décembre 2013.

Ad allaɣ imeṭṭawn d idammen
Je verserai des larmes du sang
Xef Sɛidi Muḥend Ameẓyan
À chaque évocation de Feu Muhand
Ameqwran iddan g ifesti
Ce géant parti dans le silence
Yusy asafu n tlelli n umaziɣ
Vivant, il portait l’étendard de la liberté
Ul igan aɣbalu n timmuzɣa
Son cœur, une source jaillissante de noblesse
Ar aɣ isswa allig idda
Dont il nous a tous, abreuvés
Ur issutir saḥa n cigan
Généreusement.
Idder i cigan g wulawen.
Vivant à jamais dans nos coeur
Muḥend adrar n tiffugna
Muhand, cette montagne d’humanisme
Irat uwessar d umeẓẓan
Aimé de tous
S twuri-nnes izeddign.
Imazighen, chérissez son souvenir.

Il dénonce également la politique amazighophobe de la monarchie marocaine et des partis politiques, fidèles à des idéologies liberticides et étrangères. « Trahison » :

Yuger ɛas taɣaṭ
Les donneurs de leçons abondent
Kulci ira tanbaṭ
Chacun n’aspire qu’au pouvoir
Iffus d uzelmaḍ
De gauche comme de droite,
Ran ad ttcin tamnaṭ
S’enrichir est leur seul dessein
Agdud igellin walu mayd tt-iktin
Le peuple, quant à lui, est oublié
Tanbaṭ ur tekkul ku yan ittca nil-as
Le pouvoir, sans scrupule, dévore saccage le pays
Tanbaṭ taberrkant tenneḍ-as i tifawt
Ses desseins sont noirs comme la nuit.
Ikabaṛen n tkendawt ur aɣ rin afella
Les partis lui enboitent le pas
Tabrat a sen-inna Lyuṭi d Benterfa
Fidèles aux messages de Lyautey et de Ben Berka.


Dans ce pays dans lequel les Berbères sont soumis, on ne se rappelle d’eux que lors des élections qui visent à légitimer le pouvoir et la répression exercée sur eux :

Ngin inegyan ḥrin akw takatin
Les villages ont été innondés
Ddan iberdan yusy akw tibḥirin
Les routes et les champs rasés
Ur da kettin amezluḍ xes ig ran tanfulin
Oubliés, ils ne souviennent de nous qu’à la saison des élections.

Et puis un appel au sursaut, dans la chanson « Tamazgha » :

[…]

Nker-at akey-at iwda-aɣ n tawda ad nsenfel tawada
Réveillez-vous, enterrez votre peur
Nesɣuy xef winn ikkusen tanbaṭ ad nessiyell tamara
Crions notre colère contre ceux qui ont hérité le pouvoir
Ukern ččan azerf n ufgan ar ttamẓen rrecwa
Voleurs, corrompus et méprisants
Ssiklen-aɣ s ddustur ungal ar ttleqqamen lfuṣul
Écrasés, nous sommes, par leurs textes de loi injustes
Nkrat akeyat
Réveillez-vous, prenez conscience
Yili usefru d izli tili taẓuṛi
Luttez dans la joie par la poésie et l’art
Yili usafar nazzel ad nasi tadusi
Organisons-nous
Nut ḥerribu i ucengu yusy-i memmi
Vengeons-nous de notre ennemi, ravisseur de nos enfants
Irru ufrak isew udabu alili
Faisons-le boire la calice jusqu’à la lie
Ayd ur dmiɣ a mma-new akem zzenzin !!!
Oh mère, je n’ai pas prévu qu’ils te vendent.

Dans ce même album, le groupe rend hommage aux mères dans les chansons « Tasuta » (Génération) et « Mma », appelant la génération actuelle à s’inspirer de l’histoire du peuple berbère, à garder la langue des ancêtres et à transmettre leur savoir.

Ad nettirir izlan lliɣ
Nous chanterons les chants
Nna aɣ-ittini dadda
Que grand-père nous a transmis.
[…]
Af ad netturu asefru
Nous écrirons aussi des poèmes
D issikiyn aydud-nneɣ diɣ
Qui feront sursauter notre peuple
Am williɣ yusin buḥebba
Comme ceux qui avaient pris les armes
I ccrif lliɣ ɣman azzar
Et humilié l’ennemi
Yugertn d Yuba d Dihya
Rappelez-vous de Yugerten, Yuba et Dihia
G umezruy ag tga azmul
Indélibiles sont leurs traces dans l’histoire.

Avec ce quatrième album, Tagrawla, l’un des groupes engagés très actifs sur la scène artistique dans le Tafilalt, reste fidèle à son combat pour l’amazighité. Il garde une liberté de ton et de parole qui fait de lui le porte-drapeau d’une génération de chanteurs jeunes et engagés dans cette partie de Tamazgha.

A. Azergui

Ecouter Tagrawla :




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