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Tindaya menacée !
samedi 5 mars 2016
par Masin
Les autorités canariennes comptent autoriser le forage de l’intérieur du mont Tindaya sur Erbane (Fuerteventura), l’une des Îles Canaries, pour en extraire 64.000 mètres cube de roche. Mais pas seulement, puisque cette destruction partielle de Tindaya mettrait fin à l’existence de plus de trois cents gravures rupestres amazighes et quelques 217 habitations troglodytes. Un pan important du patrimoine amazigh sera ainsi rasé pour exhausser le "rêve" d’un artiste qui a voulu réaliser ce projet pharaonique qu’il souhaite dédier à la "tolérance" !!! En plus de ce crime civilisationnel, les tonnes de cette pierre particulière qui sera extraite est l’objet de spéculations puisque sa commercialisation engendrera des bénéfices importantes.
Mais c’était sans compter sur la mobilisation des écologistes canariens ainsi que les défenseurs du patrimoine amazigh qui ne comptent pas laisser se réaliser cette lubie dantesque.



Tindaya, la montagne sacrée.

Située à 6 km de la côte ouest de l’île Erbane (Fuerteventura) de l’Archipel canarien (Taknara), Tindaya représente plus qu’une montagne pour les Canariens ; c’est une montagne sacrée aux pouvoirs magiques. En effet, cette montagne de quelques 400 mètres d’altitude est d’un aspect différent des autres montagnes de cette île canarienne. Tindaya comprend plus de trois cents gravures rupestres : des "podomorfos" (pétroglyphes podomorphes), gravures en forme d’empreintes de pied réalisées par les anciens habitants de l’île avec une signification religieuse. La quasi-totalité de ces gravures sont orientées en direction de l’ouest, vers la montagne de Teide, une autre montagne sacrée, qui se trouve sur l’île Chinet (Tenerife) haute de près de 3800 mètres considérée comme le siège du Dieu Volcan par les Canariens, classée "Patrimoine mondial par l’Unesco". Outre ces gravures rupestres, Tindaya abrite d’autres vestiges archéologiques notamment quelques 217 habitations troglodytes, une nécropole et un dépotoir de coquillages.
Tindaya est classée comme réserve naturelle en 1987, et pourtant en 1991 une carrière est autorisée pour exploiter le trachyte marbré de rouge, une pierre très décorative. Cette exploitation a cessé mais elle a laissé une sérieuse cicatrice sur l’un des flancs de la montagne.


Projet de destruction de Tindaya pour la construction d’un monument dédié à la "tolérance" !

"Une montagne évidée", un tel projet est destiné à rappeler à l’homme sa petitesse et en même temps le consacrer comme monument à la tolérance. C’est l’idée d’un artiste basco-espagnol, Eduardo Chillida, qui a imaginé ce projet pharaonique en 1985 après avoir lu un vers de Cántico, et, semble-t-il, fait un rêve nocturne, celui d’une montagne évidée.
Après plusieurs explorations à travers le monde (Chili, Finlande, Suisse, …), Chillida a sélectionné, en 1994, Tindaya pour réaliser son projet.
« L’idée d’une chambre vide créée en creusant la montagne a évolué ensuite vers la création d’un espace caverneux, mais empli de tranquillité, vécue par l’avancée de la lumière solaire, puis de l’éclairage de la Lune.

Plan de transformation de Tindaya, voulue par Chillida.


La caverne devait consister en une pièce centrale de 49 mètres sur 65, et haute de 45 mètres, pouvant contenir le Panthéon de Rome. La pièce et toutes ses parois devaient être planes et creusées in situ dans la montagne. La lumière est diffusée par deux puits, le petit de 20 x 20 x 65 mètres, le plus grand de 30 x 21 x 65 mètres. L’accès des visiteurs se ferait par un tunnel long de 68 mètres, par lequel une vue sur la mer est conservée ».
Voici l’idée et le projet de Chillida pour Tindaya.
Pour la réalisation de cette folie, et pour satisfaire son égo d’artiste, Chillida a fait fi de tout ce que représente Tindaya. Son acte est un véritable mépris à tout un peuple et son histoire. Et les autorités canariennes, voyant à travers le projet une opportunité économique importante, sont allées à l’encontre même de leurs propres décisions de faire de Tindaya un site protégé car d’intérêt archéologique et naturel.
La volonté de l’artiste et des autorités canariennes s’est heurtée à la fronde des écologistes, des archéologues, anthropologues et tous les défenseurs du patrimoine canarien qui se sont mobilisés contre ce projet qui, faut-il le rappeler, ferait disparaître, entre autre, des gravures podomorphes, héritage de la civilisation berbère. Il a été ainsi abandonné.... momentanément.


Voilà à quoi ressemblerait le trou que Chillida voulait voir creuser dans Tindaya.

Persévérance des autorités canariennes.

Mais en 2011, selon le quotidien espagnol El Paìs, les héritiers d’Eduardo Chillida, décédé en 2002, ont fait don au gouvernement des Îles Canaries des droits du projet. Le président des Canaries, Paulino Rivero, déclarait au Guardian que l’œuvre serait source de "tourisme de qualité". L’association canarienne Ben Magec - Ecologistas en Acción, avait fait campagne en 2011 pour protester contre le projet.
Au moment où l’on croyait que les autorités politiques allaient classer l’affaire et laisser tomber définitivement le projet vu la mobilisation suscitée pour s’opposer à cette catastrophe visant le patrimoine amazigh de Taknara, les autorités canriennes décident en 2016 de partir en bataille pour concrétiser le projet de Chillida et détruire Tindaya.


Les Canariens plus que jamais mobilisés...

Encore une fois, c’est une mobilisation sans précédent qu’a suscité cette décision irresponsable et incompréhensible des autorités canariennes. Aujourd’hui, plusieurs organisations et associations canariennes, notamment les défenseurs de l’identité amazighe des Canaries, se sont mobilisées pour défendre Tindaya et dénoncer l’attitude irresponsable des autorités canariennes. Une pétition est lancée contre ce projet.

L’enjeu principal pour les tenants du pouvoir étant la ressource **manne ?**financière qu’engendrerait la pierre qui constitue cette montagne sacrée qui alimentera certainement la spéculation des autorités politiques qui feignent d’ignorer toutes les formes légales de protection dont bénéficie ce patrimoine culturel et écologique que ces autorités mêmes avaient approuvé, en 1985 et en 1994. Elles approuvent ainsi un projet immoral et techniquement très dangereux dont la réalisation pratique s’avère très difficile.

Défendons Tindaya, notre montagne !

Pour exprimer votre opposition à ce projet et soutenir les populations canariennes qui se battent pour protéger ce patrimoine amazigh, parlez-en autour de vous et signez la pétition en ligne sur Change.org : TINDAYA No se toca !


Protégeons Tindaya, notre montagne...

Masin Ferkal.

Ne touchez pas à Tindaya !







- SOS Tindaya
- Día de las Montañas : Tindaya, un símbolo de Canarias (2013)
- Acampada masiva en defensa de Tindaya (2011)
- La delimitación del BIC de Tindaya, pensada para salvar el proyecto de Chillida (2014)









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