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Tunisie : le combat amazigh en marche !
Entretien avec Nora Gharyéni, présidente du Club de la culture amazighe de Sfax.
mardi 11 octobre 2016
par Rédaction-Tamazgha

Âgée de dix-huit ans seulement, Nora Gharyéni est à la tête du Club de la culture amazighe de Sfax qui a vu le jour lors de l’Assemblée générale de ses membres qui s’est tenue le 18 septembre 2016 à Sfax. Cette lycéenne qui s’apprête à passer son baccalauréat Lettres a pris conscience de son amazighité depuis son enfance. C’est notamment grâce à son père qui lui a expliqué les origines amazighes de leur nom de famille "Gharyani". Sa mère qui a vécu huit ans à Metlaoui (près de Gafsa) a été marquée par les traditions locales qui ont inspiré ses œuvres artistiques. L’image de la femme amazighe libre est alors.
Cet environnement familial lui a fait prendre conscience mais aussi une certaine fierté de ses origines amazighes et son appartenance à cette culture. Un sentiment qui n’a fait que se développer et prendre de l’importance ce qui l’a motivé à creuser davantage dans l’histoire ce qui n’a fait que renforcer son sentiment d’appartenance au peuple amazigh et l’Amzighité. Ses rencontres également dans le cadre d’activités organisées par des associations amazighes ont alimenté sa curiosité et enrichi ses connaissances. De tout cela est née, tout naturellement, l’envie de participer à cette lutte en faveur de l’Amazighité.
Pourtant Nora Gharyéni ne parle pas Tamazight ce qu’elle vit comme une frustration. Mais la volonté d’apprendre sa langue est là et compte, un jour où l’autre, renouer avec la langue de ses ancêtres.
Pour en savoir plus sur ses motivations et celles de ses camarades avec qui elle a mis en place le Club de la culture amazighe de Sfax, nous lui avons posé des questions auxquelles elle a eu l’amabilité de répondre.

La Rédaction.


Nora Gharyéni


INTERVIEW.


Le dimanche 18 septembre 2016, vous avez créé, à Sfax, le Club de la culture amazighe à Sfax. Quel est l’objectif de ce Club ?

Le Club de la culture Amazighe à Sfax a pour objectif la promotion et le développement de la culture amazighe. Il aura à contribuer à faire découvrir l’amazighité sous tous ses aspects : culturels, civilisationnels et artistiques. Tout en ancrant un sentiment d’appartenance nationale tunisienne et nord-africaine.


A Sfax, on ne parle pas Tamazight. Pourquoi alors un club amazigh à Sfax ?

Vu que la culture amazighe est la première graine qui a contribué à la formation de l’élément culturel de la Tunisie, nous pensons qu’il est nécessaire que le peuple tunisien de différentes catégories sociales découvre d’une part les divers épisodes de l’histoire qui se sont succédés dans le pays, et d’autre part l’impact et l’efficacité de ses racines dans la réalité quotidienne actuelle. À Sfax, en particulier, qui est en majeur partie amazighe – et que je préfère, par ailleurs, appeler Syphax par référence au roi Amazigh numide – nous avons remarqué le manque d’information et de sensibilisation à la culture amazighe en dépit de la pratique de diverses coutumes et traditions de la population amazighe dans la région. Le bazine, l’assida, le couscous, la bsissa, le zamit ne sont que quelques exemples de plats traditionnels qui trouvent leur origine dans la culture amazighe. En plus, les tenues traditionnelles des fêtes et des mariages Sfaxiens (Jilwa Sfaxienne) , et nombreux mots et expressions Sfaxiens sont purement amazighs. À ceci s’ajoute L’île de Kerkennah qui se trouve au sud de la Tunisie et dont la plupart des familles vient de la tribu Melliten. Aussi, l’abondance du nombre de familles à Sfax qui portent des noms d’origine amazighe comme Mizghani, Masmoudi, Ghariani, Jelassi, Louati, Henteti etc.
Et en se référant au nom d’origine, nous trouvons que les habitants sfaxiens (amazigh Masmoudi) s’entourent le milieu du corps du "mizar" en laine qu’ils appellent "asfaqis" ("fqas" voulant dire "se ceindre" et "Afkasé" qui signifie ‘’ceinture‘’). Les habitants de cette ville entourée de remparts lui ont donné le nom ‘’Sfax’’ qui peut vouloir dire "celle qui est ceinte de remparts"
Pour cela, nous voyons que la culture amazighe est enracinée dans l’histoire de la culture de Sfax, c’est une réalité qu’on ne peut pas la nier.


Comment sont perçues la langue et la culture amazighes par les Tunisiens aujourd’hui ?

De nos jours, nous assistons à l’absence apparente de la culture et de la langue amazighe dans la conscience des Tunisiens à tous les niveaux. En outre, nous pouvons diviser les Tunisiens en trois catégories : Tout d’abord, il y a ceux qui sont familiers avec la culture et la langue amazighes. Cette catégorie englobe, entre autres, les responsables des médias qui, prennent rarement l’initiative de faire la lumière sur cette culture, ce qui est le cas d’ailleurs également des organisateurs de séminaires, des forums et même des concerts et des festivals culturels. La deuxième catégorie de Tunisiens voit dans la culture amazighe une menace à l’union nationale et une incitation à la discorde lorsqu’ils ne l’associent pas à de la discrimination ethnique et raciale. Cette catégorie use de tous les moyens possibles pour exclure la composante amazighe et cacher ou même falsifier des faits historiques, en plus de refuser la reconnaissance de cette culture et considérer la langue amazighe comme une langue morte, relevant du passé, alors que la réalité est toute autre. Quant à la troisième catégorie, représentée par une minorité de Tunisiens, elle prend au sérieux la question de la culture amazighe et voit que cette culture a suscité une floraison de développement culturel en Tunisie, ce qui nous donne une dose d’espoir et d’optimisme quant à l’avenir de Tamazight en Tunisie.


Quelle est l’attitude de l’État tunisien envers Tamazight ?

L’État tunisien ne donne pas à Tamazight (la langue des Amazighs) son droit à s’épanouir dans le pays, en dépit de l’efficacité potentiellement engendrée par la participation des Amazighs dans la sensibilisation des Tunisiens à leur langue d’origine, le Tamazight.


Pensez-vous que l’État tunisien doit mettre en place des moyens pour que les Tunisiens qui le souhaitent puissent apprendre Tamazight ?

Certainement. De nombreux Tunisiens sont très intéressés par l’apprentissage de la langue amazighe et ont appelé à la création d’espaces pour l’apprentissage de cette langue. C’est un droit, et l’État tunisien doit tolérer sa diffusion sur tout le territoire de la république, en plus de fournir les livres et les CD éducatifs nécessaires. A ce sujet, Khadija Saad dit : "Quand quelqu’un abandonne sa langue et sa culture, il doit avoir dessiné à ce moment le plan de sa descente vers la non-existence et signé un certificat de son retrait comme un être humain quelconque. La langue est la source de l’identité, de l’appartenance culturelle et de la culture de l’individu".


Quelles sont vos attentes en matière de prise en charge et de développement de la culture et l’art amazighs ?

Ce que je souhaite est de voir des spectacles culturels et musicaux amazighs sur scène des théâtres tunisiens. Aussi, je pense qu’il est nécessaire d’organiser plus d’expositions artistiques qui combinent le caractère amazigh et Art-Déco et Art Céramique graphiques. Aussi, il faudra mettre en place des ateliers d’art de calligraphie amazighe en caractères tifinaghs (l’alphabet amazigh).


Que pensez-vous de la nouvelle Constitution tunisienne en ce qui concerne notamment sa définition de l’identité tunisienne ?

À mon avis, l’identité tunisienne n’a pas été formulée comme il se doit. En effet, la part originelle importante de celle-ci, c’est à dire la composante amazighe, a été supprimée intentionnellement et n’est mentionnée nulle-part dans le premier chapitre de la Constitution tunisienne alors que Tamazight est une langue encore vivante et toujours pratiquée par plusieurs Tunisiens en dépit de la marginalisation dont elle est victime. Cependant, nous devons garder à l’esprit que même si la plupart des citoyens parlent l’arabe, la langue ne reflète pas l’identité, mais la patrie le fait ! Non à la discrimination ! Oui à la coexistence !


Quels sont vos projets au sein du Club ?

Notre projet principal dans ce club est la sensibilisation à la culture, à la civilisation et à l’histoire amazighes à travers l’ensemble du territoire de la République de différentes manières. Nous comptons commencer par l’organisation d’ateliers, des séminaires et des spectacles culturels tout en prenant soin de consolider les échanges culturels entre les Amazighophones partout dans le monde et de conclure des accords de coopération et de partenariat avec les institutions et tisser des relations avec les associations qui ont les mêmes objectifs que notre club. En plus, nous souhaitons avoir des tutoriels de la langue Tamazight, avec un accent sur l’étude des documents et de la littérature et la présentation de films documentaires qui, nous l’espérons, vont nous aider dans la diffusion de la culture amazighe et de la faire connaître à tout le monde comme il se doit. Aussi nous projetons d’organiser des voyages d’exploration dans les zones amazighes et en apprendre davantage sur les habitudes traditionnelles qui valorisent le concept d’identité chez les Tunisiens et contribuent à la consolidation du sentiment d’appartenance à l’identité tunisienne amazighe spécifique et riche.


Propos recueillis par
Masin Ferkal.



A Sfax, le jour de l’Assemblée générale constitutive du Club de la culture amazighe de Sfax.











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1 Message

  • Tunisie : le combat amazigh en marche ! 11 novembre 2016 11:24, par Aliche
    Tunisie : le combat amazigh en marche ! Grand bravo pour votre louable - je dirais même obligation morale en tant q’Amazigh - entreprise de réveiller les consciences sur l’Amazighite du peuple tunisien et par de là de l’ensemble de Tamazgha .L’histoire réelle des peuples ne peut être falsifiée ni enterrée surtout en cet ère d’essor des réseaux sociaux ; encore une fois grand bravo pour cette heure initiative et bonne continuation. ⵜⴰⵏⴻⵎⵉⵔⵜA

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