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Un non-lieu pour les deux "dé"-jeûneurs de Michelet.
mercredi 6 octobre 2010
par Masin

Comme attendu, le verdict est tombé ce matin du 5 octobre au tribunal Michelet : "Non-lieu pour Hocini Hocine et Fellak Salem".

Arrêtés le 12 août dernier dans un lieu privé par les éléments de la police judiciaire de la localité, ils étaient accusés de non respect des préceptes de l’Islam et plus précisément pour non observation du jeûne et ils ont été présentés devant le procureur du tribunal de Michelet le jour même. Les deux prévenus ont comparu en date du 21 septembre 2010. (Voir notre compte-rendu de l’audience).

Lors du procès, une peine de trois ans de prison a été requise à leur encontre par le procureur, et ce en s’appuyant sur l’article 144 bis-2 du code pénal qui stipule que « Est puni d’un emprisonement de trois ans à cinq ans et d’une amende de 50.000 DA à 200.000 DA, ou de l’une de ces deux peines seulement, quiconque offense le prophète et les envoyés de Dieu ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’Islam que ce soit par voie d’écrits, de dessins, de déclarations ou tout autre moyens ». A noter que cet article est introduit seulement récemment dans code pénal algérien.

Il est important de rappeler que l’accusation dont ont fait l’objet les deux prévenus a été démontée par le collectif d’avocats pour la défense des droits de l’homme et des libertés fondamentales qui, par leurs plaidoiries talentueuses et remarquables, ont battu en brèche les arguments du procureur et ont démontré que les faits pour lesquels les deux prévenus sont poursuivis ne peuvent aucunement être qualifiés d’atteinte à l’ordre public

Selon les avocats rencontrés, cette inculpation est une atteinte grave et sans précédent à la liberté individuelle, de pensée, de conviction et de culte. Ils rajoutent, par ailleurs, que cela est une véritable inquisition pratiquée par un Etat qui piétine les conventions et la déclarations internationales des droits de l’homme qu’il a pourtant ratifiées.

Ce qui a attiré notre attention en cette journée du 5 octobre, qui coïncide avec la commémoration des événements douloureux de 1988, est l’affluence de la population venue soutenir les prévenus, mais aussi, et surtout, pour défendre les valeurs démocratiques et de liberté sur cette terre amazighe de tradition laïque et tolérante.

Le verdict de non lieu est enfin tombé tel un couperet sur le sol de Michelet, dans une enceinte sensée appliquer la loi algérienne, a réconforté les citoyens venus en masse devant le tribunal.

Un soulagement était visible sur le visage des deux prévenus qui n’ont jamais cessé d’espérer que la justice soit rendue.

Les nombreuses personnalités venues soutenir les deux accusés, soulagées par le verdict, se demandent s’il s’agit là d’un début de la fin d’une justice aux ordres ou s’agit-il seulement d’une illusion que les Kabyles doivent prendre consciemment en considération.

Encore une fois, la forte mobilisation des citoyens dans le calme et la sérénité a eu raison sur une justice aux ordres.

Pour rappel, d’autres procès sont programmés du même genre sont prévus à Larbaâ Nath Irathen, le 10 octobre, et à Akbou le 8 novembre 2010. Dans les deux cas, des personnes n’ayant pas observé le jeûne des musulmans furent arrêtés et accusées de porter atteinte aux préceptes de l’Islam.


De notre correspondant en Kabylie,
Hocine REDJALA

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