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Affaire Mécili : deux mandats d'arrêt émis contre les assassins
mercredi 2 janvier 2008
par Masin
Etouffée pour raison d’Etat depuis 20 ans, l’affaire d’André Mécili vient de rebondir. Le juge Français Baudoin Thouvenot a en effet lancé le 7 décembre un double mandat d’arrêt international contre deux responsables de l’assassinat le 7 avril 1987 de Mécili, l’une des figures marquantes de l’opposition démocratique au régime d’Alger. Il a été exécuté à bout portant de trois balles dans la tête devant son domicile parisien sur ordre de la sécurité militaire algérienne (SM) avec « la bienveillance de la police, qui dépend alors du ministre de l’intérieur Charles Pasqua » [1]

André Mécili, 47 ans, était réfugié politique en France depuis 1965 et faisait office de porte-parole de Hocine Aït Ahmed, chef du Front des Forces Socialistes (FFS). Ce dernier, auteur d’un livre sur cette affaire [2], avait accusé juste après l’assassinat de Mécili "les services" algériens d’être derrière le crime.
Le premier mandat concerne le tueur lui même, Abdelmalek Amellou ; un truand et proxénète algérien. Il avait été interpelé à Paris deux mois après l’assassinat de Mécili et avait reconnu qu’il travaillait pour le compte de la Sécurité Militaire algérienne, mais au lieu d’être traduit devant la justice française, il a été "expédié" à Alger à l’issue de sa garde à vue en France. Arrivé à destination, Il a été laissé en liberté. Selon le juge, l’enquête ouverte en France sur cet assassinat politique a démontré qu’Amellou "était en relation avec des membres de la Sécurité Militaire ou des officiers de l’armée algérienne et qu’il possédait un ordre de mission du capitaine Hassani."
Le second mandat vise le dénommé Mohamed Ziane Hassani, un capitaine du Département du renseignement et de la sécurité (DRS). Il est consul d’Algérie à Bonn en Allemagne. Il aurait, à l’époque, pour mission d’assurer le suivi de l’exécution de l’avocat kabyle.

Selon plusieurs sources, ces nouveaux rebondissements interviennent après l’audition par le juge Thouvenot le 2 juillet 2003 de Mohamed Samraoui, un officier dissident, exilé politique en Allemagne. Il était au moment de l’assassinat de Mécili, responsable d’une "section de prévention économique de l’armée pour la région Est".

D’après le juge Thouvenot, Mohammed Samraoui auditionné en qualité de témoin dans cette affaire, a déclaré avoir "assisté à une réunion fin juin-début juillet 1987, au cours de laquelle Amellou a reçu des mains de Hassani une forte somme d’argent en liquide, qui n’était visiblement qu’une partie de ce qu’il devait recevoir", à savoir 800.000 francs français.
Hicham Aboud, un autre ex-officier de la Sécurité Militaire, également auditionné par le juge, a confirmé cette information.

Paris a tout fait durant les deux dernières décennies pour étouffer cette affaire et a toujours couvert le pouvoir d’Alger. Des officiels français ont même poussé leur zèle très loin. Charles Pasqua, le ministre français de l’Intérieur de l’époque a déclaré dans les heures qui ont suivi l’assassinat de Mécili, dans un appel téléphonique à l’ambassadeur d’Alger à Paris, que "l’Algérie n’a rien à voir dans cette affaire". Cette couverture a permis par la suite au pouvoir algérien de faire la sourde oreille à la commission rogatoire internationale qui lui a été adressée le 4 septembre 1998.

Sur les raisons de l’assassinat de l’avocat berbère, Jean Lacouture écrivait dans la préface du livre de Michel Naudy consacré à cette affaire [3] "André Mécili était non seulement un opposant très actif au régime de Chadli, l’animateur du journal Libre Algérie, le très habile négociateur de la réconciliation entre les deux chefs de l’opposition (Ndlr : Aït Ahmed et Ben Bella), mais il était également mêlé à des démarches pour la libération des otages français au Liban dont Alger voulait monopoliser l’initiative et les bénéfices. Il était en outre porteur de secrets susceptibles de gêner bon nombre de hiérarques du FLN".

"Quant au mobiles des dirigeants français, il faut les trouver dans le permanent souci des héritiers du régime colonial de ménager les héritiers des colonisés, dans l’intrication des intérêts et des services … " [4], écrivait le journaliste français.

Le mandat d’arrêt du 7 décembre 2007, émis contre la volonté du parquet de Paris, vient de briser la loi du silence qui régit les relations franco-algériennes. Tout dépend pour le moment de la suite qui sera donnée à cette affaire, surtout que Nicolas Sarkozy n’a pas arrêté de clamer son intention de fonder, sur de nouvelles bases, les rapports franco-algériens que l’affaire de Mecili mettra sûrement en épreuve.

Reste à savoir quelles seraient les chances de voir aboutir les deux mandats d’arrêt internationaux. "Normalement, si la procédure va à son terme, les deux hommes seront un jour jugés par une cour d’assise à Paris, qu’ils soient présents ou non" avait déclaré à l’Agence France Presse Antoine Comte, avocat d’Annie Mécili, la veuve de l’opposant kabyle au régime algérien.



Lhoussain Azergui



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Notes

[1Histoire secrète de la Vème République (ouvrage collectif), la Découverte, Paris, 2007, page : 353

[2Hocine Ait Ahmed, L’Affaire Mécili, La Découverte, Paris, 1989 (réédition en 2007)

[3Michel Naudy, Un crime d’Etat, l’affaire Mécili, Albin Michel, Paris,1993

[4Michel Naudy, Un crime d’Etat, l’affaire Mécili, Albin Michel, Paris,1993

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