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Tamazgha occidentale
Aït Slimane, de nouveau face à l'injustice
vendredi 18 octobre 2013
par Masin
Dans la vallée de Tasemmit au cœur de Moyen-Atlas, Aït Slimane, une tribu amazighe, subit une véritable guerre d’usure menée contre elle depuis une décennie par les autorités marocaines. Les habitants ne baissent pas les bras pour autant et comptent se battre pour faire valoir leurs droits. Ils ont lancé un appel à tous ceux qui sont épris de justice et des droits humains. Ils ont besoin d’être soutenus.



Pour comprendre ce qui se passe...

A l’origine de toute cette histoire, il y avait des mouflons. Oui, quatre mouflons que des hommes de pouvoir mal intentionnés et zélés comptaient utiliser pour contrôler Tasemmit, une belle vallée habitée par une tribu amazighe au Moyen Atlas, les Aït Slimane, depuis plus de neuf siècles. Ils ont alors mis au point un stratagème diabolique. Ils ont décidé de déloger plusieurs centaines de villageois qui y vivaient tranquillement pour transformer leur territoire en réserve pour quatre mouflons. Des grillages ont été posés et des villageois contraints par la force à quitter des terrains qui leur appartiennent depuis des générations pour aller grossir les bidonvilles.

Mais c’était sans compter sur la ténacité des habitants et surtout d’un homme qui a réussi à soulever les villageois et à médiatiser cette affaire. Amale Samie, puisqu’il s’agit de lui, est journaliste. Ce Robin des bois, qui refuse de voir les habitants de cette vallée chassés de chez eux, fonda une association Asidd (Association pour l’intégration et le développement durable) pour se battre contre cette injustice et bâtir une école au profit des enfants de la vallée. Un long bras de fer s’engagea alors avec les autorités. Cette affaire a été largement commentée et plusieurs chaînes de télévision et des médias internationaux en ont fait écho. L’issue, on la connaît. Des irresponsables locaux furent mis au placard et la tribu a retrouvé ses territoires. Ces faits s’étaient déroulés au cours de l’année 2004. Et cette lutte a duré quatre ans. Hélas, la leçon infligée aux autorités par les habitants est trop amère pour être oubliée si facilement. L’association Asidd, quant à elle, n’a pas failli à sa mission. Elle a continué de se battre au profit des habitants. Deux écoles ont été construites. Une coopérative aussi, Amalou. Mais ce travail de proximité déplait, dérange et agace. Et tout sera fait pour le saboter.

Escroquerie et comportement voyou…
Pour arriver à leur fin, les autorités s’attaquent d’abord à la coopérative, ce symbole d’unité et de force des habitants. Ils ont usé d’un cheval de Troie, le président élu. Fort du soutien d’agents d’autorités corrompus, le président "n’a jamais convoqué d’assemblée générale annuelle depuis 2006, soit sept exercices. Il n’a jamais rendu de comptes. Pire encore, il a vendu nos chèvres, nos ruches et notre magasin coopératif", écrit Amal Samie, le secrétaire général d’Amalou, dans un SOS lancé récemment. Bref, le président s’était enrichi sur le dos des habitants et les autorités ferment les yeux. Les 122 coopérateurs ont porté l’affaire devant un tribunal. Trois plaintes ont été déposées depuis trois ans et rien n’a bougé. Le président d’Asidd et secrétaire général d’Amalou, Amal Samie, est même pris à partie. Il a été menacé de mort devant vingt-cinq témoins. Son domicile, situé dans la vallée, a été violé en son absence. Ni la gendarmerie ni la "justice" ne s’en sont inquiétés dans ce "Far West" marocain.
Et pourtant la revendication des habitants est légitime. Ils appellent tout simplement le président de leur coopérative à présenter des comptes réguliers, avec relevés de banque et factures. Amale Samie dit qu’"il s’agit de trois millions de Dh et que cette petite tribu pouvait être définitivement tirée d’affaire si la caisse de la coopérative n’avait pas été nettoyée".

Un combat à soutenir…
"Ou on gagne ou on meurt debout", me disait Amal Samie, déterminé à continuer la lutte. L’enjeu est énorme. Il s’agit de soutenir les habitants pour qu’ils puissent reprendre le contrôle de leur coopérative et qu’enfin justice soit faite. Il s’agit aussi d’exercer des pressions sur les autorités par tous les moyens possibles, et surtout de médiatiser cette affaire à travers les médias et les réseaux sociaux. Si les autorités, qui entretiennent le statu quo pour démoraliser les habitants et les pousser à l’abandon, réussissent à arriver à leur fin, ce seront les habitants de toute la vallée qu’on abandonnera aux funestes desseins des autorités marocaines.
Et peut-être que leur territoire arraché, après une lutte amère, des crocs des autorités deviendra cette fois-ci une véritable "réserve amazighe".


Affaire à suivre…

L. Azergui.


A lire également (affaire des mouflons : 2004-2005) :

- Aït-Slimane : l’arbitraire continue...
- Aït Slimane : le système devient fou...
- L’injustice s’abat à nouveau sur les Aït Slimane
- Arrestation de deux femmes à Aït-Slimane (Tamazgha Occidentale)
- Des mouflons et des Hommes
- At Sliman, le wali et les quatre mouflons
- Une réserve de mouflons menace la survie des habitants...

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