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Azawad : l'attitude de la France iquiète les Touaregs !
Entretien avec Habay ag Mohamed
samedi 16 mars 2013
par Masin
Position et rôle de la CEDEAO. Hypocrisie de l’État algérien qui, d’un côté, contribue à pourrir l’Azawad avec ses contingents de terroristes et, de l’autre, s’exprime à la tribune de l’ONU pour dénoncer les exactions dont sont victimes les populations de l’Azawad. Attitude ambiguë de la France. Interpellation de la CPI. Autant de sujets sur lesquels nous avons voulu avoir le point de vue de Habaye ag Mohamed, porte parole de la Coordination des cadres de l’Azawad et membre de l’Exécutif du Conseil transitoire de l’État de l’Azawad (CTEA) et qui a bien voulu répondre à nos questions.

Habaye ag Mohamed


INTERVIEW.


Tamazgha.fr : Dans le communiqué de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), lors de la quarante deuxième session ordinaire de la Conférence des chefs d’États et de gouvernements de cette organisation qui s’est tenue les 27 et 28 février 2013 à Yamoussoukro en Côte d’Ivoire, la Conférence "demande le désarmement de tous les groupes armés, notamment le MNLA. Elle précise davantage que la renonciation du MNLA à la violence et de son projet sécessionniste est une condition minimale à remplir avant son acceptation dans tout processus de dialogue". Quelle est votre appréciation de cette position des membres de la CEDEAO ?

Habaye ag Mohamed : La position de cette institution démontre à quel point les dirigeants de la sous région ouest africaine méconnaissent tout à la fois : le background, la profondeur historique du problème et le contexte du conflit. A aucun moment le désarmement du MNLA ne se pose comme un préalable au dialogue et à la négociation. Poser le problème en de tels termes signifie que la CEDEAO a choisi de s’aligner sur les positions extrêmes d’une partie de la classe politique malienne, sur fond de surenchères électoralistes. In fine, cette position n’est ni réaliste, ni objective et encore moins sage… Elle est inacceptable parce qu’elle est clairement lisible comme un rejet par la part de la CEDEAO de l’offre de dialogue et de négociation maintes fois réitérée par le MNLA à l’État malien, lequel l’a toujours rejetée. Le refus de dialogue par Bamako a été conforté par l’intervention française et le discours ambigu de Paris chaque fois qu’il s’agit d’un règlement politique, dans le fond, de la crise.
Manifestement, la CEDEAO s’engouffre dans ce flou politique entretenu par le régime socialiste de Hollande.


En réponse à la décision de la CEDEAO, Bilal ag Achérif, président du CTEA, dans un communiqué en date du 5 mars, rejette cette exigence de la CEDEAO tout en précisant que "le MNLA est allé jusqu’à faire une déclaration dans laquelle il acceptait de négocier dans le cadre du respect de l’intégrité territoriale du Mali, principale préoccupation des autorités maliennes et de leurs alliés". Sachant que l’outil de base qui encadre les négociations du MNLA avec l’Etat malien reste, jusqu’à preuve du contraire, la plateforme politique rendue publique en août 2012, et que cette dernière est claire sur l’objectif du MNLA d’œuvrer pour l’autodétermination de l’Azawad ; sachant aussi que la déclaration du Congrès de Tinzawatin (janvier 2013) ne revient pas sur cet objectif, comment expliquer cette nouvelle position qui consiste à admettre l’intégrité territoriale du Mali telle que les Maliens et leurs alliés la définissent, donc incluant l’Azawad ?

La déclaration du Secrétaire général du MNLA ne remet nullement en cause, la ligne directrice du mouvement exprimée clairement dans la plateforme politique du mouvement réactualisée en août 2012 et confirmée par les communautés lors de la rencontre de Tinzawaten en janvier 2013.

Ni le Mali, ni la CEDEAO, ni la France, ni quiconque ne devraient tenir compte d’autre chose que de ce document qui fait foi et loi tant qu’il n’aura pas été modifié dans le cadre d’un congrès régulièrement tenu.
C’est sur la table de négociations que l’équipe de négociateurs, habilitée, explicitera de la façon la plus claire ce que notre mouvement entend par ‘’respect de l’intégrité territoriale’’ et par ‘’autodétermination’’. Tout ce qui sera dit avant reste du domaine des déclarations qui ne sauraient remettre en cause ce que le peuple de l’Azawad a décidé souverainement. Les déclarations déclamées ou écrites en catimini sous la dictée de forces extérieures n’engagent nullement les militants du mouvement et les citoyens azawadiens. Le peuple de l’Azawad a une cause légitime qu’il entend faire aboutir par les voies légales internationales qui lui sont ouvertes, comme elles le sont à d’autres peuples.


A Genève, à l’occasion de la 22ème session du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, le ministre algérien des affaires étrangères, Mourad Medelci, a appelé mardi 26 février 2013 la communauté internationale à tout entreprendre pour mettre fin aux crimes commis dans l’Azawad, il a déclaré que "L’Algérie est vivement préoccupée par les dérives et les exactions commises contre les populations du Nord du Mali", et il rajoute : "Nous exhortons la communauté internationale à tout entreprendre pour que cessent ces crimes qui contrarient la réconciliation nationale". Lorsqu’on connaît le rôle, pour le moins nuisible, que joue l’État algérien dans ce conflit, comment interpréter cette position qui donne l’impression d’un État soucieux de la paix dans l’Azawad et des intérêts des populations de cette région ?

Tout nous lie à l’Algérie et aux Algériens. La position de l’État algérien par rapport à l’Azawad est induite des intérêts et des enjeux de la classe dirigeante. C’est une palissade, l’État algérien ne souhaite pas avoir une entité touarègue à ses frontières sud sans que ce pays puisse objectivement démontrer la menace et le risque que représente une telle entité pour son existence !!!

Ce n’est pas pour autant que l’Algérie soit insensible aux crimes odieux contre les communautés touarègues et maures de l’Azawad. Déjà en 1990, il l’a démontré. Sur ce point, la position algérienne a toujours été constante et les pouvoirs algériens ont régulièrement demandé à Bamako de mettre fin à de telles pratiques inhumaines.
L’appel de Medelci, à Genève à l’occasion de la session du Comité des droits, à la communauté internationale pour que cessent les crimes contre les populations azawadiennes, signifie simplement que Bamako n’a pas répondu aux sollicitations d’Alger.

Enfin, si l’Algérie dépasse ses appréhensions que nous estimons objectivement infondées, ce pays frère devra jouer un rôle majeur dans la résolution du conflit dont il subit directement les retombées.


Le MNLA a récemment interpellé la Cour pénale internationale (CPI) quant aux exactions commises par l’armée malienne et ses milices sur les populations civiles dans l’Azawad. Sachant que la Communauté internationale reste solidaire du Mali et refuse de discuter avec le MNLA et encore moins le reconnaître, avez-vous l’espoir que cette instance internationale puisse accéder à votre demande ?

Le MNLA est en contact avec la CPI. Je suis particulièrement ce dossier qui relève de mon ressort, avec d’autres collègues du mouvement ainsi que des associations azawadiennes de défense des droits de l’Homme. Nous avons de multiples appuis à ce sujet : nombreux militants et organisations de défense des droits de l’Homme à travers les cinq continents.
Même si nous n’avons pas le statut d’État membre, la Cour est tenue d’écouter toutes les parties lorsqu’elle décide d’ouvrir une enquête sur des accusations aussi graves que celles de crimes de guerre, crimes contre l’humanité. C’est ce qu’elle fait. Le bureau d’avocats conseils mandaté par le MNLA travaille à faire entendre la voix du MNLA. Des rencontres avec des membres du MNLA sont envisagées.
Le MNLA a déposé une plainte contre l’État malien pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de génocide, sur la période qui va de 1963 à nos jours. Les dossiers sont prêts.
Malheureusement, les crimes se poursuivent encore à l’ombre de la lutte anti terroriste. La France fait des efforts pour limiter les crimes contre les populations civiles mais il apparaît clairement que le gouvernement malien ne l’écoute pas.
Le peuple français devrait aujourd’hui s’inquiéter et demander à son gouvernement d’exiger du Mali et de son armée, que l’armée française a réintroduit dans l’Azawad, de faire cesser les crimes et de présenter les criminels devant les tribunaux.


Depuis l’attaque d’In Khalil, des milieux relayés par certains médias, notamment l’AFP, continuent à colporter l’idée selon laquelle le MNLA est responsable de viols et de pillages sur des populations arabes. Les mêmes réseaux soutiennent que l’attaque d’In Khalil était menée par le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) qui l’a d’ailleurs revendiquée. Est-ce vrai ?

L’une des voix les plus autorisées, le Secrétaire général du MAA, a, dans le cadre d’une conférence de presse tenue à Nouakchott trois jours après les affrontements d’In Khalil, revendiqué cette attaque et dénoncé le parti pris de la France.
Je prends acte de cette déclaration mais ne saurais véritablement me prononcer sur les tenants et aboutissants de ce macabre affrontement pendant que des notables maures sont assassinés à Tombouctou par l’armée malienne, des paisibles bergers touaregs sont enlevés et présentés comme de dangereux terroristes à la télévision malienne, des notables sont battus à mort, assassinés entre Gossi et Rharous depuis le 10 mars par des patrouilles de l’armée malienne. La sagesse, le pragmatisme et l’urgence commandent à présent aux dirigeants des deux camps de se retrouver et de faire face à l’ennemi commun, à l’adversité à laquelle font face au quotidien dans les camps de refugiés, à l’intérieur du territoire et ailleurs, des centaines de milliers d’Azawadiens. J’y travaille avec d’autres, notables et sages de l’Azawad.


Et si la France ne fait qu’utiliser les Touaregs du MNLA pour mener à bien ses opérations militaires dans l’Azawad, après quoi elle lâcherait le MNLA et installerait l’armée et l’administration maliennes dans l’ensemble du territoire de l’Azawad ?

Nous sommes très inquiets, car c’est exactement cela le schéma. Monsieur Le Drian avait annoncé, dès le début, la couleur en disant ouvertement qu’entre la France et le MNLA il n’y a que des "relations fonctionnelles". En clair, cela signifie que le rôle des forces du MNLA à Kidal se résume à informer et guider les forces françaises dans le massif montagneux de l’Adrar.
Dans la pratique, tout porte à croire que les politiques et les diplomates français se sont fait doubler par les bidasses.
La France a été unanimement saluée pour son engagement contre les narco-terroristes, mais en ramenant l’armée malienne sur le territoire de l’Azawad sans prendre aucune précaution pour éviter les crimes que commet, depuis le 11 janvier 2013, cette dernière, en travaillant exclusivement à réinstaller une administration incompétente, corrompue, dévoyée et une armée génocidaire, sans aucun discours politique fort sur l’exigence de régler au fond le problème, elle prend d’énormes risques à disloquer définitivement le Mali et créer le chaos dans la sous région.

Cela signifie, et objectivement, que le MNLA devrait comprendre définitivement que la France n’est ni l’amie du Mali, ni des Azawadiens. Hollande a besoin de démontrer qu’il a une touche d’originalité en se démarquant de la Francafrique, or il y nage. Seuls le discours, le ton et les méthodes semblent changer. Il convient de se rappeler de la façon dont la France avait lâché aux portes de Ndjaména les forces rebelles, il y a de cela deux ans, lorsque Deby a cédé à ses attentes. L’aviation française était entrée en action et a mis fin à la prise de la capitale tchadienne. Deby est toujours au pouvoir et il s’est empressé à faire monter son armée aux premières lignes alors même que les États CEDEAO ont de pénibles difficultés à dépasser Diabali et Konna.


Propos recueillis par,
Masin FERKAL.




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