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"La ville est à vous, mon Colonel !"
Tribulations françaises dans les sables sahariens 120 ans après...
lundi 11 février 2013
par Masin
‘’…La ville est à vous, mon colonel !’’ Ces mots d’un officier français à son homologue malien à l’entrée de Gao, tout autant que l’image du farfelu maire de Gao tenant dans la main le drapeau français, éjecté des entrailles de la carlingue de l’avion de transport de troupes sur le tarmac de l’aéroport de Gao, resteront à jamais gravés dans la mémoire des téléspectateurs des grands médias en cette fin du mois de janvier 2013. Un an après le déclenchement de la lutte de libération de l’Azawad, la France revient au secours du Soudan français devenu Mali en 1960.



Depuis le 11 janvier, les soldats français se promènent d’abord au Mali puis progressivement dans l’Azawad comme si on était encore au début du 20ème siècle, à l’époque de la pacification bienfaitrice et de l’occupation civilisatrice.

Dès les premières sorties, pendant que l’armée française affrontait les groupes narco-terroristes, les Maliens, arrivés dans les bagages des Français tels des tirailleurs sénégalais, se livraient à leur sport favori : massacrer des Touaregs et des Maures identifiés au Mali par le vocable "peaux rouges’’ et pour la première fois, aussi, d’autres groupes azawadiens (Peuls et Songhaïs). L’imaginaire collectif peul n’oubliera jamais l’hécatombe faite par les Maliens parmi la communauté peule de la zone de Konna.

Au fur et à mesure que les Français livraient les villes reconquises aux Maliens, ceux-ci comprirent cela comme un blanc seing de la France à mater et massacrer du touareg et du maure azawadien.

Les Maliens venus dans les soutes des avions français de Bamako et du sud se livrent à une véritable chasse aux ‘’peaux rouges’’ à Sevaré, Niono, Diabali, Tombouctou, Ber, Gossi et Gao. Les Maliens, dès lors, couvrent les pillages et le vandalisme des biens appartenant aux Touaregs et Maures par des populations locales, leurs voisins. Même les Mauritaniens n’ont pas échappé : c’est comme pour signifier que ce n’est point la nationalité qui est ciblée mais la couleur de la peau.

Rien de tout cela ne serait arrivé si la France avait écouté les mises en garde du MNLA et des communautés de l’Azawad qui alertaient sur les dangers de ramener l’armée malienne dans l’Azawad sans aucune précaution, sans implication des Azawadiens et sans un règlement préalable du problème quant au fond.

Ayant choisi l’entêtement dans une orgueilleuse assurance, la France s’enlise doucement dans un conflit qui ne la concerne pas et dont elle payera le prix le plus fort.

L’Etat français, tout d’abord, est en train de se rendre complice d’un génocide rampant tout comme il est resté silencieux depuis 1963 sur les crimes et les massacres perpétrés par les différents régimes maliens contre les communautés touarègues et maures de l’Azawad.
Ensuite, la France, au Mali et dans l’Azawad, joue maladroitement malgré toutes les alertes fournies depuis de nombreuses années par des Azawadiens et d’autres amis. Dans son discours, la France justifie l’intervention en s’appuyant sur un appel d’un État membre de l’ONU menacé dans sa sécurité. Dès lors que le régime de Dioncounda n’était plus menacé, il était devenu difficile de poursuivre l’intervention sans le reste de la communauté internationale. Hollande a franchi le rubicond, et malheureusement cette intrépidité à un prix.

La France a endossé la responsabilité de rétablir l’intégralité territoriale du Mali sans que cela ne soit fondé sur aucun texte juridique international pertinent. Plus curieux, la France ne se soucie que de la seule intégrité territoriale mais pas de l’unité nationale. Encore une erreur majeure dans l’attitude d’un pouvoir donneur de leçons et qui se revendique un modèle de la normalité.
Pire lorsque les militaires français ramènent dans les soutes des C–130 des Maliens prétendument militaires et des élus, ces derniers sont toujours noirs comme si ni Gao, ni Tombouctou n’ont pas d’élus touaregs ou maures, commis du régime malien et bien terrés à Bamako.
Il aurait été plus seyant de mettre Ag Imbarcawane tel le cafard qu’il est dans la soute de l’avion aux cotés du troublant maire de Gao, M. Diallo. Il aurait été encore plus malin de ramener Oumarou, le patriote et zélé président du Haut Conseil des collectivités locales, dans la soute à bagage de l’avion de Papa François le libérateur de Tombouctou et le sauveur de Dioncounda II.

Maladroite, la France socialiste vient de montrer sa vraie face. Le 8 février, à Ménaka, position tenue par le MNLA, un membre du mouvement sur invitation d’un officier français est allé à la rencontre d’une patrouille française. A sa grande surprise, il se rendit compte qu’il vient de tomber dans un piège tendu par les Maliens avec la complicité des forces françaises. M. Abdoul Karim ag Matafa et ses compagnons sont depuis détenus par les Maliens et auraient été transférés à Bamako. L’acte est d’une extrême gravité. Il s’agit d’un abus de confiance sans précédent de la part d’un État et surtout de l’armée française qui fut jadis respectée dans la région justement en raison de sa parole d’honneur. Faute d’éclairer cette affaire, l’armée française aura perdu toute sa crédibilité dans le Sahara.
Il démontre enfin que la France de Hollande a choisi son camp et a donc implicitement déclaré la guerre aux Azawadiens !!!

Les Azawadiens ont tout cédé, multiplié les compromis, souvent les compromissions, et démontré toute leur disponibilité à favoriser la paix et la sécurité dans la zone saharo-sahélienne. Malheureusement, la France de Hollande dans un sursaut néo-colonial et dans un réflexe de reconstitution de l’empire a choisi le mépris et la fuite en avant vers un enlisement sans précédent dans les sables du Sahara. Un Sahara, à tout point de vue, différent de l’Afghanistan, de la Somalie et de la Côte d’Ivoire.

Face au silence et à la complicité passive des forces françaises, nous nous tournons vers le Peuple français, élus, les organisations des droits de l’homme, les femmes et les hommes épris de paix et de justice afin qu’ils exigent de leur dirigeants de prendre toutes les mesures idoines pour que :
- cessent les massacres, les pillages et vandalismes de Touaregs et de Maures de l’Azawad sur la seule base de la couleur de leur peau,
- soit immédiatement relâché notre frère, Abdoul Karim AG Matafa et ses compagnons et que des excuses soient présentées au MNLA par l’officier auteur de ce rapt,
- les populations civiles soient secourues aussi rapidement que possible tant à l’intérieur de l’Azawad qu’à l’extérieur,
- soient engagées immédiatement des négociations entre le MNLA et le gouvernement malien afin d’aboutir à un règlement définitif et durable du conflit conformément à l’engagement de la médiation burkinabé, sous la supervision de la CEDEAO, et à la résolution 2085 des Nations Unies.



Habaye ag Mohamed
Porte-parole de la coordination des cadres de l’Azawad




Solidarité avec les Touaregs de l’Azawad...

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